‹ L'islâm algérien en l'an 1900Chapitre 5 sur 24 · CONCLUSIONS · texte numérisé non relu

CONCLUSIONS

Nos sujets algériens nous apparaissent comme un peuple d'intelligence lente, d'un tempérament essentiellement conservateur, attaché aux traditions, amoureux de son pays, peu sensible aux influences étrangères, éloigné des excès du mysticisme autant que de ceux de la pure spéculation théologique, mais volontiers strict et formaliste.

L'Islam s'est développé lentement chez eux ; leurs tendances à l'anthropolàtrie ayant toujours été marquées, ils ont pu être conduits vers le chî'isme, mais, gens de peu d'imagination, ils n'en ont pas goûté les excès ; ils n'en ont retenu que les idées mahdistes qui, du reste, avaientdéja pénétré chez eux auparavant. Ils se sont, pour la même raison, toujours adonnés au culte des saints qui a pris chez eux la forme actuelle du maraboutisme.

Les marabouts sont le principal élément de rislàm maghribin ; depuis le XVP siècle surtout ils ont multiplié leur prédication. Leur 'influence reste locale ; faciles à amadouer par des faveurs, ils ne constituent pas un danger pour nous: d'ail-

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leurs, ils se neutralisent les uns par les autres. Ce sont eux qui font la force des confréries religieuses ; celles-ci ont surtout progressé depuis un siècle ; leurs doctrines mystiques ne paraissent pas pouvoir trouver ici le succès qu'elles ont eu en Orient. Les confréries restent sans cohésion : elles valent ce que valent les marabo|Uts qui, sauf exceptions, comme enKabylie, sont leurs moqaddem ; elles ne prennent guère l'aspect de sociétés secrètes disciplinées ; elles obéissentdifTicilement aux impulsions venues de l'Orient. Plusieurs d'entre elles nous ont rendu d'éminents services.

Le maraboutisme ne saurait devenir un instrument de Gouvernement : une neutralité bienveillante, interrompue de temps à autre par quelque répression sévère, si des sentiments d'hostilité se manifestent, telle est la politique suivie jusqu'à ce jour. Elle est satisfaisante. Notre clergé officiel n'a pas l'influence qu'on lui souhaiterait, mais il ne renferme que des éléments tolérants et disciplinés ne pouvant donner, pour l'avenir, quels que soient les événements, aucune appréhension.

L'ignorance religieuse est encore grande dans les tribus ; elle disparaîtra lentement; petit à petit s'en iront les restes de vieux cultes, les superstitions. Mais c'est le pur islam qui les remplace tout doucement partout; favorisons-le, s'il se montre

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sage : mieux vaut^ pour nos sujets, rester quelque temps dans le demi-jour de la science musulmane que d'être aveuglés soudainement par la lumière éclatante de la science e uropéenne et par la vision trop subite de notre civilisation industrielle.

"Oran, 17 mars 1900.

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