I. Gabriel Charmes^ l'Avenir de la Turquie
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ment Tlslam, c*est à lui-même qu*il faut le comparer. On ne saurait se faire une idée raisonnée du mouvement progressiste en Turquie qu'en cherchant dans l'histoire antérieure du pays les termes du'rap*.
port.
Basée sur un tel point de départ, l'appréciation des résultats obtenus par les partisans des idées nouvelles dans Tempire ottoman devient tout autre. Quel que soit Pavenirde ces idées, elles ont déjà eu pour conséquence le développement de l'instruction et de la culture intellectuelle/ la transformation dans un sens libéral des croyances religieuses. Elles ont contribué â la naissance d'un sentiment national.
Leurs partisans, leurs propagateurs peu- .
vent, à bon droit, se montrer tiers du chemin qu'ils ont déjà parcouru.
Que si le terme final de révolution islà- .
mique devait être une assimilation complète avec la civilisation occidentale, il resterait assurément un chemin beaucoup .
plus long à parcourir. Mais en Turquie plus qu'ailleurs, malgré le contact des
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colonies européennes, des peuplades chrétiennes de Syrie; des populations grecques de quelques provinces, Tatavisme religieux conserve une influence qui* rend toute assimilation de ce genre impossible.
Il est facile de distinguer déjà dans te pays les éléments d^une société nouvelle en voie de formation. Tout en tendant à prendre beaucoup de nos mœurs/ de nos idées, tout en nous empruntant nos sciences, nos arts, cette société est et reste musulmane, orientale.
Seule, rinconnue politique de Pavenir peut lui imprimer un caractère diffé" rent.
A bien des égards, le mouvement moderne de rÉgypte peut être comparé à celui de la Turquie* Toutefois, dans le premier pays, où la pénétration des idées européennes a été plus active, grâce à Mehèmet-Ali et à sa dynastie, l'influence de ces idées est carai^tériséepar une transformation sociale et religieuse plus complète* - Depuis lès origines de son histoire, l'Egypie n'a cessé d'être terre conquise.
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Elle ne s'est jamais appartenue; elle a.
toujours été considérée par ses maîtres comme un riche domaine et exploitée sans, merci.
A ce point de vue, on ne saurait guère établir de distinction entre Tlslam et les dominations temporelles. I^es confréries niusulmanes surtout, qui se sont multipliées dans tout le pays» Tout mis de bonne heure en coupe réglée. Actuellement encore, elles prélèvent sur les Fellahin^ sur la population des campagnes, une dîme, qui équivaut presque à l'impôt perçu par rÉtat. Leur influence sur cette race déshéritée s^est cependant maintenue à peu près, intacte.
Mais dans toutes les villes, leurs agissements, ceux des men)brçs du çlçrgé officiel et aussi le peu de respectabilité personnelle de ce clergé ainsi que des chefs d'or** dres, ont provoqué, du jour oti l'élément européen a eu droit de cité, une désaffec-* tion très marquée à l'égard de la religion même. Dans les classes élevées de: la société, l'indifférence religieuse est gêné-.
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raie. La jeune génération ne craint même pas d'afficher un scepticisme absolu, de s^abstenir de toute pratique du culte. Chez les hommes d^un certain âge, ces tendances sont moins accusées. A défaut de croyances, beaucoup ont conservé le respect d^habitudes anciennes ; mais, sous des dehors différents, se cachent des idées communes.
En un mot, l'Islam en Egypte ne se transforme pas comme en Turquie ; il disparait, sinon comme tradition, com* me code moral et social, du moins comme foi.
On ne saurait assurément généraliser cette manière de voir ; elle n^est vraie que pour une petite minorité ; mais c*est cette minorité qui représente le parti progressiste et aujourd'hui plus que jamais dirige le pays.
L'incrédulité n'est d'ailleurs pas le partage exclusif des Égyptiens instruits suivant les idées européennes. Plusieurs des hauts dignitaires du clergé officiel sont notoirement connus pour remplie leurs
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charges sans avoir aucunes des convictions qu'elles comportent.
Cet état de choses, outre la cause que nous avons indiquée tout d^abord, est aussi une conséquence du développement de la culture intellectuelle et de la présence de nombreux fonctionnaires étrangers dans toutes les branches de l'administration.
Sous le régime actuel, la haute direction des affaires appartient aux représentante de TÂngleterre. Tous les ministères cependant sont pourvus de titulaires responsables envers le khédive. Or, le dernier président du conseil^ par exerii-i pie, était Arménien. Tel de ses collègues, d'origine grecque, s'est converti à Tlsla-.
nisme, sans que lies circonstances de sa carrière l'aient jamais appelé à pratiquer cette foi. Ailleurs, le titulaire du portefeuille est musulman ; mais il est secondé par des sous-secrétaires d'État arméniens, grecs, étrangers. 11 n'y a guère qu'au ministère des Wakf, des fondations pieuses, du culte, qu'on puisse constater une direction exclusivement orthodoxe.
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Le personnel gouvernemental est donc, à peu d'exceptions près, international d'extraction et de croyances. Or, cette situation n'est pas nouvelle. Elle existait déjà sous Ismaïl pacha, et Mébémet-Ali était entouré lui-même de conseillers chré^ tiens, de Français surtout.
L'Islam/ en Egypte, subit ainsi, depuis longtemps. Faction • d'un pouvoir temporel. indifférent aux questions reli* gieuses.
En ce qui concerne le développement dt la culture intellectuelle, auquel la France a pris, de même qu'au mouvement industriel corrélatif, une part 'prépondérante, les progrès réalisés son( fort remai*-
quables.
Au Caire, pàr^ exemple,* les établisse-^ ments dUnstruction publique relevant du gouvernement comprennent : une école polytechnique, une école de droit, une école de comptabilité et d'arpentage, une école dies arts et métiers mécaniques, une école de médecine, une école de pharmacie, une école de sages-femmes, etc.
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Presque toutes ont été fondées et quelques-unes sont encore dirigées p^r des Français. . i * '
Les cours qui y sont professés dénotent une instruction complète. A Técole polytechnique, outre Parabe, le français», le turc, l'anglais et l'allemand, on enseigné larchitecture, la miécanique et Phydraulique, Palgèbre, le calcul, différentiel, la géon[iétrie descriptive, la physique et la chimie. Les élèves de Pécole prépairatoire, destinés surtout à former des instituteurs primaires pour les campagnes, apprennent le français ou Tanglais, Phistoire, la géographie, l'arithmétique, la géoiriétrie,; le dessin, etc. i
Indépendamment des établissenients de, PEtat, le Caire compte 21 collège^ ou écoles fondées par des Égyptiens, par les^ colonies italiennes ou grecques, par les frères français ou italiens, par les $œqrs.
du Bon Pasieur, les sœurs Clarisse, les missions anglaises, américaines, etc. Dans toutes, les enfants indigènes, garçons ou filles^ sont admis au même titre que les
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eiifatits européens eux-mêmes, et parfois en plus grand nombre ■•
Actuellement, le chiffre des élèves musulmans qui reçoivent ainsi l'éducation primaire ou supérieure au Caire, à Alexandrie, Port-Saïd, Mansourah, Benda, Fàyoum, Tantah, Akmiii, Ghirgeh, Ke^ hehy Nagadeh, Kous, etc;, se rapproche beaucoup de iO|00o.
De tels résultats prouvent qu'il ne s^agit pas là d^un mouvement factice, mais bien d'une évolution complète des mœurs égyptiennes. Il convient, d^ailleurs, d^a-> jouter quMndépendamment de rinstruction acquise dans leur patrie, les jeuties Égyptiens vpnt en grand nombre à Tétrànger; Beaucoup/ parmi les hommes qui sont actuellement au pouvoir, ont fait en France des études aussi complètes que n^importe quel élève brillant de nos lycées.
L'Angleterre, aujourd'hui, attire aussi un contingent important de « student^s » mu«