IV. — Arabes
On a vu que la première apparition des Arabes dans le Sahara septentrional, remonte à la conquête du Maghreb par Okba ben Nafih. En l’an 62 de l’Hégire, il soumit les Lemta Masoufa, qui habitaient au sud de l’oued Drâa. Mais bientôt rappelé par la révolte des peuples du littoral méditerranéen, il dut abandonner cette tentative qui ne paraît pas avoir eu de résultats durables. Les Masoufa recouvrèrent leur indépendance un moment compromise. Dès lors et pendant les premiers siècles de l’Hégire, l’élément arabe ne se répandit plus dans le désert que par une infiltration progressive.
Celle-ci s’était étendue déjà de la Tripolitaine aux confins du Soudan, par le Fezzan. En effet, à l’époque même où Sidi Okba quittait le pays des Lemta, la capitale de Ghana comptait douze mosquées. Ce fait, rapporté par Ahmed Baba, l’historien des Songhaï, montre que les missionnaires de l’Islam étaient nombreux déjà chez les Berbères du Sud, et au début, presque tous appartenaient nécessairement à la race arabe. Ils furent plus tard remplacés dans leur œuvre de propagande par les habitants mêmes du pays, mais n’en formèrent pas moins çà et là, dans les villes surtout, de petites colonies. A la fin du Ve siècle de l’Hégire, Aoudaghost était ainsi peuplée en partie d’Arabes. Quelques-uns s’occupaient de divers métiers manuels, se livraient au commerce. Mais la plupart étaient Tholba ou Feky; ils tenaient écoles, professaient la langue du Koran et les doctrines musulmanes, enseignaient oralement les livres saints.
C’est parmi ces derniers que se recrutaient les hôtes arabes des tribus nomades. Plusieurs familles métisses semblent, dès
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cette époque, s’être formées au sein de celles-ci, par les alliances qu’y contractèrent les nouveaux venus. Leur influence se traduisait déjà par la substitution partielle de leur langue à celle des indigènes.
Mais le réveil de la nationalité autochtone, les soulèvements du Maghreb, puis la conquête des Almoravides, ralentirent le mouvement commencé. Le premier chef des Morabethyn avait, il est vrai, puisé l’inspiration de sa mission auprès d’un Cheikh de Kaïrouan, d’origine chérifienne et arabe, quoique né à Fet. Néanmoins, les événements qui se déroulèrent, arrêtèrent forcément toute immigration nouvelle, même individuelle.
Lorsqu’au siècle suivant, les Almoravides du Nord abandonnèrent à eux-mêmes ceux du Sahara, cette contrée parut un moment se fermer davantage encore à toute influence extérieure.
Elle ne tarda pas cependant à subir le contre-coup de l’invasion arabe du XIe siècle, à s’ouvrir comme le Maghreb, devant le flot des hordes bédouines, parties d’Égypte en 1048 (440 H.).
Pour punir les provinces barbaresques révoltées, le calife Fathimite El Mestamer avait résolu de lancer à leur conquête les peuplades arabes établies sur la lisière de la vallée du Nil. Il fit publier que toutes les familles qui passeraient en Afrique recevraient, en quittant l’Égypte, un Dinar par tête. Trois grandes tribus pouvant, au dire des chroniqueurs du temps, fournir 5o,ooo combattants se mirent en marche.
Ce mouvement était commencé depuis sept ans, lorsque les Lemtouna firent leur apparition au nord du Sahara. Mais arrêtés par la résistance qu’ils rencontrèrent dans la région de Kaïrouan, les Arabes s’étaient répandus dans les déserts de la Cyrénaïque. Ils ne se reportèrent en avant le long du littoral, qu’après l’arrivée de nouvelles bandes de leur race, attirées par l’espoir du butin. Une des trois tribus, la plus nomade, celle des Béni Hassan, s’était avancée rapidement jusqu'à l’oasis de
Ouadan, au sud de la Tripolitaine. Lorsqu’elles continuèrent leur migration, elle suivit constamment la lisière du désert, abandonnant aux deux autres les pays du Sahel et du Tell. Une de ses fractions même, celle des Oudaïa, qui avaient occupé le Ouadan, paraît s’est dirigée de cette région sur Oualata où elle s’arrêta en dernier lieu, parla frontière du Soudan.
Dès le commencement du XIIIe siècle, elle était arrivée au terme de ce long déplacement et par son mélange avec les Berbères, Lemtouna et Massoufa, avait formé les nouvelles tribus des Aroussiyn et des Mechdouf.
Le Oudaïa appartenaient à un groupe isolé des Béni Hassan, les Oulad Hassein, auxquels échut en partage le Sahara occidental. Les autres fractions qui s’y établirent tout d’abord, sont celles des Oulad Delim et des Oulad Berbèch qui fusionnèrent avec les Djeddala, l’une sous le même nom, l’autre sous celui de Berabich, puis les Oulad Amran, Oulad Menebba, etc...
Quelques siècles plus tard, d’autres tribus arabes fixées d’abord au Maroc, s’enfoncèrent à leur tour dans le désert : les Bouidat, les Oulad Reguig, etc... Mais ce nouvel appoint ne modifia pas sensiblement la situation faite dès le XIIIe siècle aux Berbères sahariens, par la récente invasion.
Il serait difficile de préciser la forme que revêtirent tout d’abord les relations des deux races qui se trouvèrent ainsi mises en présence. Cependant on peut admettre que s’il y eut souvent des luttes acharnées de tribu berbère à tribu arabe, l’ascendant religieux des nouveaux venus contribua pour une large part à assurer leur suprématie. Non qu’ils fussent eux-mêmes des musulmans très fervents, mais parce qu’ils représentaient somme toute les traditions primitives de l’Islam. Aujourd’hui encore, tout Arabe de race pure, venant du Nord ou de l’Est, est considéré, dans le Sahara, comme d’une origine plus élevée que ses habitants, de quelque souche qu’ils soient. Il lui suffit de
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prétendre au titre de Ghérif pour se le voir accorder sans conteste.
Ce fut sans doute aux sentiments qu’ils développèrent dans cet ordre d’idées chez les autochtones, en dépit de leur récent mouvement national, que les Béni Hassan durent le rapide triomphe de leur race.
En thèse générale, on ne sauiait regarder aucune des tribus issues de leur souche, dans le Sahara, comme pure de tout mélange avec les anciens habitants du pays. Il n’en est pas, même des dernières venues, qui n’ait subi un métissage accusé, bien que presque toutes s’attribuent des origines exclusivement arabes. Cependant il est quelques fractions issues de familles puissantes, chez lesquelles l’infusion du sang berbère a été relativement faible. Elles forment ainsi une sorte d’aristocratie ethnique, et comme conséquence, politique, que caractérise le nom de Hassan, conservé par elles avec une valeur spéciale. Hassan dans le Sahara est l’équivalent de Horr dans le Tell. Le mot implique l’idée de race noble. Parmi les plus connues des tribus Hassan de l’époque actuelle, on peut citer les Trarza et les Braknadu Sénégal; les Oulad-Yahia ben Othman de l’Adrar et Temar; les Oulad Embarek du Bakhounou.
Ces tribus elles-mêmes comprennent, comme celles des pays du nord de l’Afrique, des familles, des fractions plus spécialement Horr, nobles. Elles n’en représentent pas moins, au milieu de la masse de la population, une classe supérieure.
Pour compléter les indications déjà données sur le peuplement du Sahara, dans sa forme moderne, il convient donc d’ajouter qu’à côté des tribus berbères guerrières, Tholba ou Zaouiya qui sont restées indépendantes, et au-dessus des tribus de race vassale à quelque titre que ce soit, se trouvent des tribus arabo-berbères par leurs origines ethniques, Arabes par leurs tendancesetleurs traditions, qui subissent l’ascendant de quelques
fractions d’autant plus respectées que leur descendance est moins mélangée.
Cette manière de voir sur le métissage général des peuplades sahariennes ne s’accorde pas de tout point avec les opinions généralement reçues, qui admettent une distinction beaucoup plus tranchée entre l’élément berbère et l’élément arabe. Sans parler de la corruption de la langue introduite par ce dernier, corruption qui s’explique d’elle-même, bien des indices la justifient. L’hypothèse repose surtout sur la prétention des nomades du désert à une origine exclusivement hymiarite. Mais elle conduit inévitablement à des contradictions telles que celle dont a été l’objet la tribu des Berabich, berbère suivant Barth, arabe suivant Lentz.
L’histoire proprement dite des anciens Sahariens se trouve close par l’arrivée des Arabes, rattachée à la leur. Ceux-ci, à dire vrai, n’en ont guère plus à partir du XIIIe siècle, que les autochtones auxquels ils se sont substitués. Dès leur arrivée, les tribus du désert se sont divisées à l’infini, et redevenant exclusivement nomades, elles n’ont plus formé ni confédérations, ni états durables.
En admettant qu’elle puisse être reconstituée, la chronique de leurs luttes intestines, de leurs razzias sur la limite des pays nègres, n’offrirait qu’un intérêt secondaire.
Quelques événements seuls méritent d’être cités. C’est d’abord au XVe siècle, une longue guerre des Berabich contre les Oudaïa Mechdouf qui s’étendaient alors au nord et à l’est de Oualata et se trouvent ensuite confinés au sud dans le pays d’El Hodh. Puis à la fin du XVIe siècle, apparaît momentanément dans l’Ouest, une grande tribu, les Rahamna, qui y acquiert une situation prépondérante. Mais elle ne tarde pas à retourner dans la région du Tell, où elle se disperse.
A la même époque remonte la conquête marocaine de Tim-
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bouctou et du Sahara oriental. En 1 5 2 1 , une dynastie de Berbères Zenata qui s’était substituée aux Almohades dans l’émirat de Fez, avait été renversée par les Ghorfa du Maroc et de Taroudant, qui s^étaient rendus maîtres de tout le Maghreb de l’Ouest. Dès le milieu du siècle, leur puissance devint telle que le sultan Mouley Ahmed songea à reprendre l’œuvre réalisée autrefois par les Almohades, à réunir dans un seul empire tout le Sahara jusqu’au Soudan, et le Maroc. Il entra d’abord en relations avec les Songhal, alors revenus au pouvoir dans le pays de Ghana, et envoya à leur chef Askia, une ambassade chargée de riches présents, pour lui demander l’abandon des salines de Taghaza. Puis peu après, et au moment même où Askia répondait à ces ouvertures par des cadeaux plus riches encore, comprenant entre autres quatre-vingts eunuques, le sultan marocain mit en marche une armée de 20,000 hommes, destinée à assurer en tout cas la réalisation de ses projets. Mais les nomades et les sables du désert eurent raison de l’expédition qui n’était pas organisée de manière à traverser la solitude où elle s’engageait. Elle périt tout entière avant d’atteindre Taghaza.
Une seconde colonne moins nombreuse et composée de troupes armées de mousquets, arme encore inconnue des Sahariens, fut plus heureuse, et, en 1 586, occupa les salines. C’étaient les seules qui fussent encore exploitées et Mouley Ahmed avait espéré, en s’en rendant maître, dicter sa volonté aux peuplades qui s’y approvisionnaient. Mais d’autres connues déjà, celles de Taodeni notamment, furent aussitôt utilisées et l’entreprise n’eut pas ainsi le succès attendu.
Ce fut alors contre Timbouctou même que le sultan organisa une nouvelle expédition. En 1 588, une petite armée marocaine de 3,6oo fusiliers, commandée par un eunuque d’Alméria, le Bacha Djodar, et composée en partie de musulmans andalous, arrivait devant Timbouctou. Elle mit en déroute l’armée des
Songhaï, et renversa définitivement leur dynastie. Bientôt les Marocains se rendirent maîtres de tout le cours du Nil jusqu’au pays Mali-nké, mettant des garnisons à Djenné, Bamba, dans toutes les villes. En même temps, ils fortifiaient par des mariages leur domination, qui put ainsi se maintenir pendant une longue période. Tout d’abord les pays ainsi conquis continuèrent à relever du sultan du Maroc. Mais au milieu du XVIIe siècle, des troubles graves empêchèrent les successeurs de Mouley Ahmed de s’occuper de leur empire soudanien. Peu à peu, les descendants des compagnons de Djodar devinrent pour leur propre compte, sous le nom de Rouma, possesseurs des pays conquis par leurs ancêtres et, en 1667, un caïd du Sons, Sidi Ali, qui s’était sauvé au désert à la suite d’une révolte, réussit sans grande peine à se faire accepter d’eux, comme chef d’une dynastie locale, indépendante de la cour chérifienne. Chérif lui-même il n’en conserva pas moins, avec son pays d’origine, des relations assez suivies qui eurent pour résultat de provoquer un nouveau courant d’émigration du Maroc vers le Soudan. Ce mouvement devint fort important sous son successeur Mouley Ismaïl, qui avait organisé une armée de nègres, de Songhaï principalement, et entreprit de les marier avec des femmes marocaines, achetées à cet effet en grand nombre dans les pays du Sous et du Drâa. Ces districts n’étaient en effet soumis que nominalement à la domination des sultans et se trouvaient alors sous l’autorité d’un neveu de Mouley Ismaïl.
Les Rouma, issus, comme on l’a vu, des mariages contractés par les fusiliers de Djodar avec les femmes nègres, virent ainsi s’accroître leur nombre, en même temps que s’établissait le courant d’émigration temporaire qui s’est maintenu jusqu’à nos jours entre le Maroc et les régions du Niger septentrional.
Mais, peu à peu, la prédominance atavique du sang nègre finit par l’emporter, dans les familles métisses des Rouma, et ainsi
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qu’il a été dit, ceux-ci se confondirent graduellement avec la population indigène, bien que le souvenir des origines qui leur sont dues soit encore conservé dans quelques familles des villes du Niger. En même temps, leur influence s’affaiblissait rapidement. Du vivant même de Mouley Ismaïl, Timbouctou fut prise en 1680 par les Mandé du Sud.
Des débris du royaume marocain, fondé sur les ruines de l’empire Songhaï,il se forma plusieurs petits États indépendants, limités aux voisinages des villes qui les représentaient: Djenné, Bamba, Sansanding, etc...
Dans cette révolution, les tribus arabo-berbères du Sahara paraissent avoir joué un rôle important. L’une d’elles, celle des Oulad Embarek, cantonnée dans le Bakhounou, en était devenue maîtresse en 1672, par l’investiture que Mouley Ismaïl avait donnée à son chef, Hermoun. Après la prise de Timbouctou, elle cessa de reconnaître les Chorfa marocains, et jusqu’à l’arrivée des Peul, qui la détruisirent en partie, conserva le pouvoir.
Une autre tribu, plus berbère, celle des Aïdou Aïch, dont une fraction, fixée maintenant sur le Sénégal, est en général désignée sous le nom de Douaïch, s’unit aux Touareg pour refouler les Mandé au delà du Niger.
Un peu auparavant, l’Adrar et Temar, l’aucien berceau des Lemtouna, avait été le théâtre de luttes successives. C’est là que s’étaient établis les Rahamna, lors de leur apparition au désert. Ils en furent chassés par les Oulad Billah, qui, vers le milieu du XVIIe siècle, y avaient formé une confédération assez puissante. Elle fut détruite en 1680, l’année même de la prise de Timbouctou par les Mandé, par le neveu de Mouley Ismaïl, qui, partant du Sous, à la tête de contingents imposants, s’avança jusqu’au Tagant et, malgré des pertes nombreuses dans la traversée du désert, réussit à les disperser. Ce fut, semble-t-il, une expédition du même genre qui amena dans le Sahara les Bouidat, et
plus tard les Oulad Reguig. Ils ne purent d’ailleurs supplanter dans l’Adrar, les Oulad Yahia ben Othman qui y avaient déjà remplacé les Oulad Billah, et s’y partagent aujourd’hui encore le pouvoir avec les Aïdou el Hadj, descendants des Lemtouna anciens maîtres de Ghana.
Depuis la décadence des Rouma, les tribus sahariennes n’ont joué dans le Sahara nigérien qu’un rôle secondaire. On a vu que plusieurs se joignirent aux Touareg pour lutter contre les Peul, sous les ordres des Kountah. Il suffit d’ajouter qu’au nordouest de Timbouctou, les Berabich et quelques autres fractions du même groupe, jouent le même rôle que les Aouelimmiden au nord-est. Ils campent les uns et les autres sous les murs de la ville, et leur influence s’y fait parfois équilibre, encore que les Berabich soient plus particulièrement cantonnés dans l’Azaouad occidental.
Dans les parages du Sénégal, au contraire, il s’est produit un mouvement qui mérite d’être noté. Les tribus sahariennes voisines du fleuve, Trarza et Brakna, appartiennent à une des branches les plus directes de la descendance des Béni Hassan. Lors de leur arrivée sur leurs territoires actuels, elles trouvèrent établie en partie au nord du Sénégal, la peuplade nègre des Ouolof, qui occupe maintenant, au sud, le Cayor, le Djolof, le Oualo.
Les Oualof formaient une confédération de petits royaumes féodaux souvent en guerre. Appelés à intervenir dans ces luttes comme mercenaires à la solde des uns ou des autres, les Trarza et les Brakna arrivèrent peu à peu à atteindre le Sénégal, sur la rive droite duquel ils ne pouvaient se rendre encore, au siècle dernier, qu’en payant un tribut. Puis, quoique se battant souvent entre eux-mêmes, ils prirent pied dans le Cayor et le Oualo surtout, d’où nous avons été forcés de les refouler il y a cinquante ans. Par leur intervention dans les querelles des Ouolof, leur histoire se trouve entièrement liée avec celle de ces derniers, d’au-
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tant que les alliances matrimoniales furent très fréquentes entre les deux races. La fraction principale des Trarza, les Oulad Ahmed ben Dahman, a eu à sa tête, depuis 1871 jusqu’à ces dernières années, le fils d’une reine du Oualo, la négresse Djimbot, mariée avec leur ancien chef. Il semble du reste que si notre propre conquête n’avait établi une ligne de démarcation fixe entre les Ouolof et leurs voisins du Nord, ceux-ci auraient été absorbés à la longue, tout en étendant leur suprématie au delà des limites qu’elle avait atteintes. En effet, les Trarza ont eu pour prédécesseurs dans les parages qu’ils occupent, les Oulad Rezg, des Béni Hassan également et qui, confondus avec les noirs du Oualo, ont aujourd’hui presque entièrement disparu comme tribu.
L’occupation arabe du Sahara offre donc des caractères divers. Cependant, ses traits essentiels ne se trouvent pas altérés par la forme locale qu’elle a pu revêtir. Au début, elle s’est effectuée par infiltration lente. Les représentants de la race arabe, jusqu’au Ve siècle de l’Hégire, ont été surtout des missionnaires de l’Islam. A peine ont-il formé de petites colonies dans quelques centres.
Interrompu par le soulèvement des Berbères du Maghreb et les conquêtes des Almoravides, le mouvement commencé a repris avec une intensité nouvelle et sous forme d’invasion, par l’exode des tribus Hymiarites d’Égypte au XIe siècle. Lancées par les califes Fathimites contre leurs sujets révoltés de l’Afrique du Nord, elles s’y dispersèrent. Celles qui occupent aujourd’hui le Sahara y étaient arrivées pour la plupart dès le XIIIe siècle.
Elles eurent à soutenir des luttes souvent acharnées pour s’imposer aux autochtones, mais le prestige de la race aidant, l’élément qu’elles représentaient a fini par dominer presque partout. En se mélangeant aux peuplades berbères, dont quelquesunes à peine ont conservéleur indépendance, elles ont formé une population nouvelle essentiellement métisse, mais dans laquelle
le premier rang appartient, sous le rapport politique, aux fractions dont la descendance arabe s’est maintenue la plus intacte.
A côté des tribus ainsi constituées, et où les familles dites Hassan, de sang pur, dominent les fractions plus mélangées, vivent, sur un pied d’égalité, quelques groupes berbères, descendants directs des anciennes branches souveraines des Sanhadja sahariens, ou des premiers Morabethyn. Les autres rameaux de la population primitive, restés indemnes de tout métissage, forment une caste vassale de la première, les Hassan.
En outre, contemporaine de l’invasion arabe, il s’est produit, du XIe au XIIIe siècle, une immigration de Berbères fixésd’abord sur la limite septentrionale du Sahara. Quelques fractions maraboutiques ont gardé leur autonomie pendant que les autres se métissaient, ou subissaient à leur tour la suprématie des maîtres du pays.
Tels sont les éléments constitutifs de la population actuelle du Sahara. Mais, indépendamment de quelques migrations temporaires ou récentes qui aux XVIIe et XVIIIe siècles ont légèrement accru l’importance numérique de l’élément arabe, il y a lieu de faire la part d’un courant de relations très suivies, établies pendant la même période entre le Maroc et la vallée du Niger septentrional. La conquête des Rouma, faite au nom et pour le compte des sultans de Fez, n’a pas eu d’influence durable sur les destinées politiques de la région. Mais si momentanée qu’ait été l’occupation marocaine, elle n’en a pas moins suffi pour déterminer des rapports suivis entre le Maroc et la zone frontière du Soudan : ces rapports, qu’ont resserrés encore les alliances contractées par les soldats de Djodar et leurs descendants, se sont maintenus jusqu’à ce jour. Ils sont assez importants pour donner droit de cité aux Ghorfade Fez, dans tout le moyen Niger.
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