‹ L'Islam dans l'Afrique occidentaleChapitre 12 sur 28 · V. — Races soudaniennes · texte numérisé non relu

V. — Races soudaniennes

Dans toute l’Afrique du Nord, et même au Sahara, il existe de nombreux monuments mégalithiques, qui rappellent le souvenir des races disparues. Rien au contraire n’indique qu’au Soudan d’autres peuplades aient précédé celles qui l’occupent actuellement. On n’y trouve ni tombeaux, ni vestiges d’aucune sorte d’un peuplement préhistorique au sens usuel du mot.

Les origines de la période historique ne sont guère moins obscures. Elle paraît cependant présenter plusieurs phases, correspondant aux migrations successives de races diverses qui toutes, venant des contrées de l’Est, se sont avancées vers l’Océan. Les plus anciennes ont été refoulées ainsi jusqu’à la côte. Quelques-unes forment encore de petits Etats. Telles sont les Ouolof, les Sérères, entre le Bas Sénégal et la Gambie, les Aschantis, les Agni et leurs voisins sur la côte du golfe de Guinée. D’autres, presque détruites dans les luttes qu’elles ont subies, ne sont plus représentées que par des familles peu nombreuses, groupées dans quelques villages, comme les Bagnoun, les Yola, les Aïamat de la Cazamance. Beaucoup enfin, absorbées par les envahisseurs, ne subsistent plus que comme fractions métisses de nations nouvelles.

A ces aborigènes ont succédé, dans les régions soudaniennes, deux grandes races qui sur quelques points s’étendent jusqu’au littoral : les Mandé et les Peul.

Depuis l’apparition historique des premiers, il s’est écoulé déjà de longs siècles. Ils sont contemporains au moins des Sanhadja, des Songhaï, au sud du Niger, et dès le moyen âge avaient atteint l’Atlantique. En dehors des pays de Sahel et des hauts plateaux, ils forment l’élément essentiel de la population dans

toute la Nigritie occidentale, de l’Atlantique au méridien de Timbouctou et même au delà.

Deux divisions générales, correspondant à deux phases de peuplement, sont ainsi à observer dans l’étude des races nègres. Ce sont celles qu’indique aussi la configuration du pays : d'une part, les peuples du littoral ; de l’autre, les peuples soudaniens.

Venus beaucoup plus tard, les Peul ne sont pas de sang nègre, et sauf quelques fractions fortement métissées, sont cantonnés sur la lisière du Sahara, près du Niger, et dans la région montueuse qui sépare la zone côtière du Soudan. Leur histoire est d’ailleurs toute moderne. Ils ne peuvent être confondus avec les premiers.

L’importance relative des peuples aborigènes qui habitent aujourd’hui le littoral atlantique est très variable. Deux surtout dans la région du Sénégal, les Ouolof et les Sérères, méritent une mention détaillée, en raison de leur situation dans le Bas Sénégal. Quelques autres sont intéressants à divers égards. Mais sauf les deux premiers, tous présentent ce caractère commun de vivre au milieu des Mandé qui se trouvent partout sur la côte, de la Gambie au golfe de Bénin. Ils feront l’objet d’une seule énumération.

Ouolof.

Les Ouolof occupent aujourd’hui les trois pays du Gayor, Oualo et Djolof, dont les deux premiers sont situés sur la rive gauche du Bas Sénégal. Le Djolof s’enfonce au Sud vers la partie supérieure du Saloum. L’époque de l’arrivée de cepeuple dans son territoire actuel est inconnue. Toutefois, on sait que, antérieurement à la découverte du Sénégal parles Portugais qui le trouvèrent déjà près de la côte, le pays avait été occupé parles Lébou et pendant quelque temps par les Mandé que refoulèrent ensuite ceux-ci. Les Ouolof remplacèrent les Lébou en les absor-

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bant pour la plupart. Au milieu du XVe siècle, ils formaient déjà, quand Çada Mosto les vit pour la première fois, trois Etats comme aujourd’hui. Le Djolof exerçait primitivement la suprématie et son chef, le Bourba Djolof, régnait également sur le Gayor et le Oualo. Puis ces deux pays se rendirent indépendants avant l’arrivée des Portugais, sous les ordres du Damel dans le Cayor, du Brak dans le Oualo.

Toute la rive droite du Sénégal, jusqu’à plus de ioo kilom. du fleuve leur appartenait alors, ainsi que deux provinces dépendant aujourd’hui du Fouta Sénégalais, le Dimar et le Toro.

L’occupation portugaise créa de bonne heure des relations suivies entre les Européens et les Ouolof. Chassé par un de ses frère, un Brak du Oualo, Bemoï,se rendit à Lisbonne, où le roi Jean II le fit baptiser. Déjà les Portugais avaient commencé à s’immiscer dans les affaires intérieures du pays. Ils envoyèrent avec Bemoï une expédition qui devait l’aider à reconquérir le pouvoir. Mais l’amiral qui la commandait, Vas d’Acunha, le fit assassiner sous prétexte de trahison. Cette entreprise, qui eût rendu les Portugais maîtres du Sénégal, n'eut pas de suite.

Cependant, jusqu’à la fondation des compagnies françaises de Dieppe et de Rouen, ils purent continuer à exploiter seuls leur découverte, dont ils furent ensuite dépossédés. Tour à tour les Hollandais, au nord du fleuve et les Anglais à son embouchure nous la disputèrent. De 1758 à 1779 notamment, puis de 1809 à 1817, le Sénégal devint ainsi colonie britannique. Néanmoins, même au XVI I Ie siècle, notre influence y avait été prédominante.

En même tempsque s’établissait ainsi la conquête européenne, les Ouolof, dont l’empire s’étendait assez loin dans le Sahara, pour que les Portugais l'aient un moment confondu avecleOualata, commençaient à reculer devant les tribus sahariennes. C’est vers la fin du XVe siècle qu’ils avaient perdu le Dimar et le

ISLAM

Toro, subjugués par les Maures. Jusqu’au XVIIe, ils conservèrent la rive droite du bas fleuve, puis s’en virent chasser définitivement, avant le commencement du XVIIIe.

Sauf dans le Dimar, le Toro et la partie orientale du Oualo, il ne paraît pas qu’ils aient contracté d’alliances matrimoniales suivies avec leurs voisins du Nord, bien que, comme on l’a vu, une fractiou maure, les Oulad bou Rezg, se soit confondue avec les habitants du Oualo. Mais leurs relations avec les nomades arabes eut du moins pour effet leur conversion à l’Islamisme.

Les anciens habitants du Toro devinrent les premiers musulmans, longtemps avant leurs frères de l’Ouest. Puis à partir du XVIIe siècle, ce fut le tour des gens du Oualo et du Cayor, où cependant une partie de la population, la caste guerrière et nobiliaire, avait jusqu’à une époque récente conservé les traditions fétichistes. Il en est de même encore dans le Djolof, et dans l’état semi-Sérère du Baol, où la famille régnante est d'origine Ouolof.

Actuellement le Oualo constitue, à proprement parler, la banlieue de Saint-Louis, et le Cayor forme une province que nous administrons directement. Le Baol, le Djolof après avoir conservé jusqu’à ces dernières années une indépendance nominale, par fiction administrative, ne diffèrent guère plus du Cayor à cet égard. L'organisation sociale des Ouolof mérite quelques remarques. Ils sont divisés en castes très caractérisées, qui forment une sorte de société féodale. Ces castes sont celles des hommes libres, les Ndiam Bour, comprenant une aristocratie peu nombreuse, et la classe ordinaire, les Badolo. Viennent ensuite lesDomi-Ndiam Bour qui représenteraient une ancienne classe de serfs émancipés, et les Selm Bour ou Niobé, à un rang très inférieur. Puis les gens de métiers, isolés dans leurs groupes comme les Paria de l'Inde: forgerons et bijoutiers ; cordonniers ; chanteurs : guéwel ou griots. Enfin, les esclaves.

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Politiquement, comme tous leurs congénères de l’Afrique occidentale, les Ouolof se répartissaient autrefois en tribus, qui représentaient autant de descendances familiales. Telles sont celles des N’diagnes, Nianes, Talls, Thianes, N’diayes. Le souvenir ne s’en est guère conservé que par l’adjonction du nom de tribu au nom particulier de chaque indigène. Mais les origines ainsi rappelées n’en ont pas moins une certaine importance. Ce sont elles qui déterminaient les droits d’accession au pouvoir suprême. Ainsi dans le Oualo, pour prétendre au titre de Brak, il fallait appartenir, par la lignée masculine, à l’une des trois familles ou tribus Logr, Trédick et Dieuss, et par la lignée féminine, aux M’bodi.

Dans le Cayor, le Damel devait descendre, par son père, des Fal et par sa mère, d’une des familles Garmi, au nombre de sept.

Les Ouolof, malgré l’absence complète de littérature écrite, de civilisation matérielle, présentaient ainsi un certain développement social. C’est d’ailleurs le cas général de toutes les races nègres de l’Afrique occidentale. Si beaucoup aujourd’hui semblent revenues à un état primitif, il n’en est pas moins certain qu'elles ont eu à une époque antérieure, une organisation plus perfectionnée Leur décadence à ce point de vue a été un des effets de l’invasion de l’Islam.

Sérères.

Les Sérères semblent appartenir à un groupe ethnique voisin des Ouolof, mais séparé depuis longtemps. De nombreuses racines communes dans les deux langues et quelques analogies grammaticales, indiquent tout au moins une certaine affinité d’origine. Toutefois, les Sérères eux-mêmes comprennent des tribus de souches différentes qui parlent les unes le Quégem, les autres le Noun, subdivisé lui-même en plusieurs dialectes:

Noun, Paror, Safi, etc... Il ne s’agit donc là que d’indications générales.

Les Sérères sont connus pour la première fois comme captifs, vassaux des Mandé, sur la haute Gazamance, dans le Gabon, où ils avaient précédé leurs maîtres. Vers le XVe siècle, ils émigrèrent versla côte ets’établirentles uns dans la basse Gazamance, où ils sont connus sous le nom de Diola ; les autres sur le Saloum, où ils devinrent les Sérères actuels. Ce mouvement avait été dirigé par un chef Mali-nké (tribu royale des Mandé), en compétition avec le souverain du Gabon. Il explique l’origine également Mali-nké des familles régnantes dans les divers États que forme la race.

Vers le Nord, les Sérères se trouvèrent bientôt en contact avec les Ouolof, qui les refoulèrent du Cayor méridional, et se mélangèrent à eux dans le Baol. Au Sud, ils sont de même confondus avec les Mandé. Mais le caractère de leur race ne s’en est pas moins conservé très pur, leur territoire n’ayant subi aucune invasion dans sa partie centrale, depuis leur établissement jusqu’au milieu du siècle actuel. Il a alors été envahi par les musulmans de la Gambie et nous y sommes nous-mêmes intervenus.

Cependant et quoique relevant ainsi du Sénégal, les trois États Sérères, du Saloum, du Sine et du Baol, de même que les districts côtiers voisins de Joal et de Portudal, ont gardé une autonomie très marquée. La race n’a pas à beaucoup près subi au même degré les influences étrangères qui ont changé les destinées des Ouolof. Elle était encore presque exclusivement fétichiste, il y a quelques années et le mouvement musulman n’y domine que très localement.

Son organisation politique s’était de même maintenue, jusqu’à l’époque récente de sa transformation administrative. Elle comportait une royauté héréditaire dans chaque État, royauté féodale

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et ne s’exerçant sur les clans étrangers à l’apanage royal que sous forme de suzeraineté. Dans le Saloum, les liens existant ainsi entre les grands feudataires et le pouvoir suprême, étaient devenus d’autant plus faibles, que le Bour avait pour agent exécutif un véritable maire du palais, le Diaraf. Dans le Sine au contraire l’autorité était restée plus absolue.

Sous réserve de ces nuances, la constitution des États Sérères est partout identique. Ils forment au milieu des pays voisins, convertis à l’Islam, une enclave fétichiste complètement isolée.

Peuples du littoral.

Le rôle peu important et tout local des nombreuses peuplades étrangères à la race Mandé, qui habitent le littoral au sud de la Gambie, rend suffisante une simple énumération de leurs principales tribus. D’une manière générale, toutes sont sédentaires, et formaient en dehors de l’exercice des influences européennes, de petits États, anarchiques le plus souvent, gouvernés quelquefois par un chef. Bien que l’Islam ait fait, surtout pendant la période actuelle, de rapides progrès sur toute la côte, jusqu’au golfe de Guinée, ces populations aborigènes sont en général restées fétichistes.

Au sud de la Gambie, sur la basse Cazamance, habite un premier groupe de plusieurs nations différentes. Les anciens habitants du pays semblent être les Bagnoun, aujourd’hui peu nombreux sur la rive gauche et très métissés de sang portugais. Ils sont fixés principalement au nord du ffeuve et s’étendent jusqu’à la Gambie dans le Fogny. Après eux sont venus les Balanta, originaires du Rio-Geba, et cantonnés maintenant en face de Sedhiou, puis une foule de tribus, auxquelles les Portugais ont donné le nom collectif de Feloup, mais qui sont d’extractions diverses. Tels sont au Nord, près de l’Océan, les Aïamat, les Yola, les Kabil ; et encore sur la rive droite, mais à

l’est des premiers, les Fogni, les Kaïmout, les Songragon ; sur la rive gauche, les Banjiar, les Fouloum, les Bayot.

Quelques-unes de ces peuplades semblent d’origine Sérère : d’autres viendraient de fort loin au Sud et seraient apparentées aux Ashantee. Certaines, enfin, peuvent être considérées comme des fractions métisses des Mandé.

Dans la Guinée portugaise, on retrouve encore des rameaux des Bagnoun, Balanta et Feloup; puis les aborigènes, les Biafar, les Papel, les Bonjago des îles Bissagos ; enfin les Nalou dont l’habitat s’étend vers le Sud. Avec les Mali-nké et les Peul, les indigènes de la Guinée forment plus de cinquante nations distinctes, sinon par la race et la langue, du moins par le nom et les traditions.

La confusion ethnique n’est guère moins grande dans les rivières du Sud. Au Nord, près du Rio Cassini, vivent les Baya, fixés là depuis plusieurs siècles et qui ont dominé toute la contrée, puis les Landouman et les Nalou du Rio Nunez, en partie mélangés de Sousou Mandé qui forment l’élément principal de la population jusqu’à Sierra-Leone, avec quelques autres fractions de la même race: Kisi Kisi, Solimah, etc... De ce côté, le fétichisme a perdu beaucoup de terrain, et dans la région méridionale des rivières du Sud principalement, l’Islam domine, même chez les anciens habitants.

A Sierra-Leone, il y a lieu de mentionner, outre l’élément indigène, les émigrants nègres, venus des colonies anglaises, et qui, bien qu’appartenant à la grande famille noire, se rattachent à la civilisation occidentalepar leurlangueet leur religion. Aunombre de 25,ooo environ, ils constituent un noyau important du peuplement étranger.

En première ligne, parmi les indigènes, on peut citer les Timni ou Timéné qui, au nombre de 200,000, habitent la région comprise entre la Roquelleet les Scarcies. Par leur langue, ils sem-

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bleraient se rapprocher des Landoumanet de quelques fractions Sousou. Race essentiellement belliqueuse, ils habitaient sans doute autrefois les hauts-plateaux, d’où les ont délogés les Peul et les Mandé Mali-nké. Dans leur nouvel habitat, où ils sont fixés depuis trois siècles, ils ont réussi à conserver leur indépendance religieuse et nationale, menacée cependant maintenant d’un côté par les musulmans de l’Est, de l’autre par les Anglais,

Ils ont pour voisins au Nord-Est, les Limba de la petite Scarcie ; à l’Ouest, près de Freetown, les Boullom, et un peu plus au Sud, les Mampona, qui se rattachent à la même souche, ou du moins ont en partie subi leur métissage, et sont d’ailleurs beaucoup moins nombreux.

Dans la partie méridionale du territoire de Sierra-Leone, vivent sur la lisière des hauts-plateaux d’autres peuplades également indépendantes : les Mendi, les Saffroko, les Kono, et sur la frontière de Liberia, près de l’Océan, les Gallinas. Tout le territoire de Sierra-Leone semble ainsi indemne de l’invasion Mandé qui ne s’y est produite qu’à l’époque actuelle, et sous forme d’immigration individuelle.

Cependant les Gallinas paraissent apparentés avec la grande race nègre du Soudan, où ils ont habité avant de s’avancer vers la côte. Ils ont, en tout cas, pour voisins au Sud, les Veï qui en font partie. Dans la région des hauts-plateaux, les gens du Soulima, du Kouranko sont eux-mêmes des tribus Mandé. La zone côtière seule se trouve habitée par un autre élément.

Le territoire de Libéria, où une population de nègres affranchis, de l’Amérique du Nord, joue le même rôle ethnique que les noirs anglais à Sierra-Leone, était occupé dans sa partie septentrionale par quelques peuplades aborigènes, dont les unes ont disparu, tels les Deh, et dont les autres, Boussi, Gala, etc., sont peu nombreuses. Tous les hauts-plateaux sont occupés par

les Mandé, dont une fraction très puissante, celle des Weï, déborde jusqu’à la côte.

Au sud de la rivière Saint-Paul, vivent les Bassas et diverses tribus réunies sous le nom général de Krou, puis les Zemma dont font partie les Apolloniens, aux traits parfois caucasiques, comme l’indique leur nom, et qui sont avec les Kroumen, dans une note plus affinée, comme intelligence, activité et aptitudes de tout genre, les plus remarquables des nègres de la côte. Au nord de leur cantonnement littoral, vivent d’autres tribus d’origines distinctes : les Ochin, qui seraient venus du Soudan en conquérants au XVIIIe siècle, puis fractionnés par îlots, les Gouro, peut-être Mandé, les Los, fraction moins policée des Apolloniens, les Gouros et les Ouobés anthropophages, que leurs caractères ethnologiques semblent rattacher aux Pahouins, aux Fans, qui, chassés du Sokoto parles Peuls, émigrèrent en majeure partie au sud du Bas Niger, vers le Cameroun et les pays du Gabon.

Sans continuer pour les autres régions côtières une énumération qui sortirait du cadre de cette élude, il est à noter que dans l’Est du littoral, deux grandes familles ethniques, celle des Agni, dont les Zemma forment le rameau le plus avancé vers l’Ouest, et les Ashantis dont les Dahoméens purs sont un des principaux groupes, représentent une exception remarquable dans le peuplement de la zone maritime de l’Afrique occidentale.

Ce peuplement est en effet caractérisé d’une façon générale par le même fractionnement que sur la côte ouest, mais avec des localisations plus accentuées encore, comme si, indépendamment des races aborigènes refoulées vers la côte par les Mandé, du Soudan, il s’était formé des races métisses d’origine, fixes cependant dans leur nature actuelle, peut-être sous l’influence de la traite. En effet, les nations européennes n’ayant

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guère eu jusqu’à la fin du XVe siècle, de contact avec cette partie de la côte que pour l’exportation des esclaves, il est assez logique de penser que sur bien des points il a dû se former autour des trafiquants indigènes de chair noire des agglomérations hétérogènes. Étrangères aux races locales, celles-ci ont évolué sur elles-mêmes, en prenant des caractères définitifs.

Mais si de nombreuses peuplades échappent ainsi à un groupement générique, la masse de la population ne s’en rattache pas moins à quelques groupes principaux, parmi lesquels dominent les Agnis et les Ashantis.

D'après les traditions locales, les premiers auraient été refoulés vers l’ouest dans leur habitat actuel par lesAshantis. — Quant à ceux-ci, sans que rien de précis puisse motiver des hypothèses rationnelles sur leurs origines géographiques, il est à noter que leurs mœurs et leurs traditions dénotent une civilisation ancienne et compliquée.

D’une part leurs coutumes religieuses évoquaient le souvenir de Carthage et peuvent s’expliquer par la version du Périple d’Hannon qui en fixerait les limites au sud du Cameroun et de Fernando Pô. D’autre part, seule de toutes les races nègres de l’Afrique occidentale, elle a une écriture idéographique dont les quippos complexes rappellent par bien des analogies ceux du Yucatan.

Quoi qu’il en soit, les peuples du littoral du golfe méridional constituent ainsi à divers titres, au sud du Soudan, un groupement étranger au peuplement des pays du Nord, animé de tendances sociales et religieuses différentes des leurs, hostiles par conséquent à leur infiltration.

La région côtière échappe donc, en dehors d’une zone frontière où les races restent nécessairement mélangées, au mouvement soudanien, qui dans l’Ouest s’étend jusqu’à l’Océan.

Mandé.

Par l’étendue de leur territoire, le nombre de leurs peuplades, le rôle qu’ils ont joué dans l’histoire de l’Afrique occidentale, les Mandé ont une importante exceptionnelle au point de vue du développement de l’Islam. Il importe donc de leur consacrer une étude plus détaillée qu’aux peuplades limitrophes de la côte.

Quelques remarques préliminaires sont, à cet égard, nécessaires pour définir la race même qu’ils représentent. Leur histoire, fort ancienne déjà et très complexe, permettra ensuite d’établir la répartition actuelle de leurs différentes fractions, ce qui, au point de vue de l’évolution de l’Islam, peut offrir un intérêt particulier.

Définition de la race. — Bien qu’en Europe, les divisions ethniques tendent à s’effacer, on parvient cependant, en s’adressant simultanément à l’anthropologie, à la linguistique, à l’histoire, à retrouver dans les races de l’époque moderne, la trace des grandes familles qui les ont constituées.

En France, « où la nation est cependant si homogène et l’unité si complète, on découvre ainsi, au Nord, les descendants des Belges, des Wallons et autres Kymris; à l’Est, ceux des Germains et des Burgundes ; à l'Ouest, des Normands ; au centre, des Celtes; au Midi, des anciens Aquitains et des Basques, sans parler d’une foule de colonies comme les Sarrasins, qu’on retrouve çà et là, les Toctosays de Toulouse », etc...

Il n’en existe pas moins une race française, si l’on donne à ce mot une valeur plus générale que celle d’une formule d’anthropologie, de linguistique ou d’histoire.

En Afrique, où d’une part nos connaissances ethnographiques et ethnologiques sont très bornées, où, de l’autre, la confusion des nationalités est extrême, on s’exposerait à des erreurs mul-

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tiples en attribuant une signification trop précise à quelques constatations isolées. Une telle méthode ne peut conduire qu’à des discussions, des contradictions stériles. Il faut emprunter aux trois sciences sur lesquelles repose la classification des peuples, les données générales qu’elles peuvent fournir, et compléter, contrôler celle-ci l’une par l’autre ; mais ne pas s’arrêter à des vues de détail ou isolées, qui seraient nécessairement insuffisantes et inexactes. C’est ainsiseulementqu’onpeut espérer mettre quelque ordre dans le chaos des tribus africaines.

Par race Mandé, ilfautdoncentendreunensembledepeuplades qui forment un groupe naturel par leurs affinités historiques, dont les langues offrent au moins quelque analogie, chez lesquelles il existe une certaine ressemblance du type humain. Que des recherches muhiples permettent d’établir des distinctions définitives entre les différents éléments de ce groupe, cela est fort possible. Dans le présent, c’estlà, semble-t-il, une limite au delà de laquelle il ne saurait se produire que des hypothèses gratuites.

Le terme de Mandé appliqué à la race ainsi définie, est luimême de convention. Il emprunte sa principale valeur aux définitions formulées par Binger, mais doit être conservé au moins provisoirement, en l’absence d’études concluantes, en un autre sens. Cette désignation a d’ailleurs le mérite de ne répondre à aucun des vocables, tous inexacts, usagers parmi les Européens. Le terme français de Malinké, celui de Mandingo qu'emploient les Portugais, ne sont que des termes partitifs, de même que les noms indigènes des différentes tribus du groupe. Aucun de ceux-ci n’a pour ceux qui les revendiquent, un sens collectif dépassant les limites d’une branche particulière de la grande famille qu’ils évoquent. Il n’est pas certain ni même probable que la notion d’une désignation générale, dont relève la dénominative spéciale de la fraction du groupe entier, se soit

conservée. — Peut-être même le vocable de Mandé a-t-il plutôt une signification qualitative qu’une portée généalogique et historique. Mais il a le mérite incontestable de substituer une désignation raisonnée, sûrement générale, aux synonymes usuels, tous pris dans un sens impropre. A ce titre il doit être conservé, comme une définition préférable à toute autre, à défaut d’études définitives sur une question trop indifférente et trop complexe pour comporter de longues discussions, en dehors du domaine de la philologie pure.

Histoire. — Avant d’aborder l’étude de l’histoire proprement dite des Mandé, il n’est pas inutile d’en indiquer les grandes lignes, pour préciser quelques notions générales, dont la place se trouverait plus difficilement dans le récit des faits.

Quelle que soit l’origine première des Mandé, il est constant que presque toutes leurs fractions prétendent être venues de l’Est. Quelques-unes revendiquent comme première patrie, l’Arabie, subissant en cela la seule influence des traditions musulmanes. Peut-être cette influence combinée avec celle des légendes juives, répandues par l’immigration hébraïque, suffit-elle pour expliquer la tendance commune. Un seul point peut être considéré comme certain à cet égard : pendant la période moderne, tous les déplacements des Mandé se sont en effet produits de l’Est à l’Ouest. Mais rien ne permet de supposer avec certitude qu’ils aient primitivement dépassé le Bas Niger, dont ils sont maintenant séparés par d’autres peuples.

Quoi qu’il en soit, c’est, semble-t-il, comme tribus isolées, en très grand nombre, que les Mandé ont commencé à jouer un rôle au Soudan. Aujourd’hui encore, ces tribus, bien que n’existant plus en tant qu’organisme politique, sont représentées par leur nom, celui du Diamou, que tous les indigènes ajoutent au leur propre.

Ils se disent ainsi Kamara, Sissoro, Dembélé, Traouré, Ko-

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naté, etc... tout en appartenant à une nouvelle nation, formée de fractions de ces anciennes tribus. Celles-ci en effet se sont divisées au début de la période historique.

•Quelques régions du Soudan ont de tout temps été pour ses habitants des centres d’attraction : le Ouassoulou, le Oughadougou, le Manding, le Sahel du Kaarta et du Bakhounou. Peutêtre est-ce là que se fixèrent tout d’abord les diverses peuplades. En tout cas elles s’y trouvèrent à un moment donné représentées en clans isolés, par un essaimage qui laissa d’autres fractions, issues des mêmes tribus, dans les territoires voisins.

A la suite de compétitions faciles à comprendre, il se produisit alors un groupement régional de ces colonies, sous la suprématie de la plus puissante. Dans tel pays par exemple, les Kamara imposant leur autorité aux Sissoro, Dembélé, Traouré, Konaté, devinrent la souche d’un nouveau peuple. De même ailleurs pour les branches différentes de ces diverses familles. C’est ainsi que se formèrent, pendant la période qui s’ouvre avec l’Hégire, les nations de Ghana, de Mali : des Sousou, des anciens Mali-nké. D’autres, comme celles des Tékrour, des Wakoré, les avaient probablement précédées. Puis plus tard les Bambara se groupèrent de même dans la région du Bélédougou, du Minianka.

Mais à la chute des empires ainsi fondés, une nouvelle dissémination s’effectua. Elle eut pour effet de diviser les nations récentes en quelques grandes fractions, qui comprenaient ellesmêmes naturellement des groupes d’origines multiples. Les Soni-nké, les Kissi Kissi, par exemple, se rattachent ainsi aux Sousou.

Dans la suite des âges, ces mouvements alternatifs de groupement et de désagrégation continuant à se produire, on conçoit que les subdivisions de la race primitive soient devenues extrêmement nombreuses.

Il serait d'autant plus malaisé de déterminer la provenance de

toutes celles qui existent, actuellement qu’elles remontent à des périodes d’évolutions différentes et qu’elles s’enchevêtrent mutuellement. On peut toutefois donner à la loi qui les régit et qui est celle de toutes les migrations des Mandé, une formule explicite : à l’origine, la race est divisée en tribus isolées : Kamara, Sissoro, etc. Ces tribus se fractionnent et se dispersent. Les fractions se groupent et forment des nations : Sousou, Malinké, etc... Les nations à leur tour se divisent en nouvelles tribus: Soni-nké, etc..., qui elles-mêmes se désagrègent.

Les cantonnements actuels peuvent ainsi renfermer côte à côte des indigènes de toute origine, et c’est là un cas fréquent, quoique parfois aussi un même territoire se trouve occupé par une seule grande fraction de nation. Dans ce cas, qui est, par exemple, celui du Kassa, il n’y a plus qu’un mélange des Diamou.

On voit donc que l’histoire de la race Mandé pourrait se diviser en trois grandes périodes : celle de l'existence des tribus, de la formation des nationalités, et de leur dispersion. Il y a lieu d’ailleurs d’ajouter que le mouvement commencé ainsi, continue, comme le montrent la formation du royaume Bambara du Kaarta avant l’invasion Peul, et tout récemment, la fondation des empires de Thiéba, de Samory, puis la décadence de ce dernier État.

Ces indications générales étaient nécessaires tout au moins pour permettre de suivre l’histoire des Mandé, en attribuant aux termes consacrés par l'usage, par les traditions de nos pays, la valeur qu’ils doivent avoir, lorsqu’il s’agit du Soudan, de l’Afrique nègre.

On a vu qu’il n’existe aucune donnée précise sur la période pendant laquelle les tribus soudaniennes se sont formées et dispersées pour la première fois. De même que les monuments mégalithiques des âges primitifs font défaut dans le continent

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noir, il n’a d’autres chroniques que celles des écrivains musulmans, et ses légendes nationales sont ou très vagues, ou fort récentes. C’est à partir de l’Hégire seulement qu’on peut, en utilisant ces deux sources d’information, tenter la reconstitution du passé.

La première apparition historique des Mandé remonte cependant à une époque antérieure, à la fondation du premier'royaume des Songhaï de Ghana, par Ouaqaïmagha, quelque temps avant l’Islam. Ce chef avait à son service une caste de fonctionnaires, Ouakoré, dont on retrouve le nom chez les Mandé du Sud-Est, les Ouakoré actuels.

Avec eux vivaient dans le pays d’autres tribus de leur race, les Sébé et les Asouaneck ou Souaninké, les Soni-nké du Sénégal. Cette tribu très importante dès lors, et déjà divisée en plusieurs fractions, se trouvait en même temps représentée dans l’Adrar des Lemtouna, par les Macina, qui ont donné leur nom au pays Peul du Niger ; dans la région de Oualata, par les Azer; et sur le Niger, par les Silla, qui, aujourd’hui encore, comptent parmi les Soni-nké du Soudan occidental. Enfin à l’est des Silla, habitaient les Takrour, désignés sous le nom de leur capitale et qui formaient une nation puissante. Leur provenance n’est pas certaine. Il semble cependant qu’ils étaient de la même famille que les tribus précédentes.

Ainsi un peu avant l’Hégire de nombreuses fractions de la race Mandé se trouvaient cantonnéees au nord du Soudan. Avaientelles été subjuguées par les Songhaï, ou commençaient-elles seulement à s’insinuer parmi eux? On ne saurait préciser. En tout cas, elles formaient jusque dans les Ksour Sahariens, une partie notable de l’élément sédentaire et, comme l’a si judicieusement mis en lumière Binger, leur influence sociale se faisait sentir jusque dans la dénomination individuelle des rois Songhaï désignés souvent par un Diamou Mandé, ou par un Tenné im-

pliquant au moins une affinité nominale avec la famille représentée par ce Totem.

Jusqu’au Ve siècle de l’Hégire, les peuplades Mandé restèrent idolâtres. Les Tékrour, dont le pays avait été envahi, en 320 de l’Hégire, par l’armée d’un émir de Fez, mais qui étaient redevenus indépendants et les Silla, de la ville de ce nom, embrassèrent alors l’Islam, prêché par un apôtre de la première tribu, Ouardjabi, qui mourut en 432 H. Peu après, la conquête du pays de Ghana par les Sanhadja, accéléra la conversion des pays compris entre le Haut Sénégal et le Niger. Elle était terminée dès le VIe siècle de l’Hégire.

Sous l’occupation berbère, les Mandé étaient devenus fort nombreux et puissants. Outre Takrour et Silla. ils occupaient sur le Niger les grandes villes des Tirekka et de Koukia, qui appartenaient toutes deux aux Ouakoré. Bientôt ils se soulevèrent dans tous les pays Songhaï et substituèrent leur pouvoir à celui des Sanhadja, pendant les guerres de Youcef ben Tachfin, l’Almoravide, dans le nord-ouest de l’Afrique et en Espagne, et pendant les luttes de ses successeurs contre les Almohades.

Dans le Ghana, ce fut une nouvelle tribu, celle des Sousou, apparentée aux Ouakoré, qui s’empara du pouvoir. Elle fonda une dynastie locale et semble avoir étendu ses conquêtes assez loin. Mais son triomphe resta éphémère.

Une autre tribu, issue des Takrour, avait en même temps formé entre Ghana et le Niger, un petit Etat dont la capitale était Mali ou Mellé et qui conserva le nom de Mali, avec la valeur d’une désignation générique.

En 610 H. (1214 J.-C.), son chef, Baramindana, le premier souverain musulman de Mali, avait fait le pèlerinage de la Mecque. Sous son règne, les Takrour devinrent de plus en plus puissants et au milieu du siècle, son successeur Maré Djata, vainqueur des Sousou, acheva de créer le grand empire Mali,

G.STEINHEIL Éditeur lmp. IH0NR0CQ.3rueSugir, Paris.

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qui touchait d’un côté au Sénégal moyen, par le pays de Ghana, et de l’autre dépassait vers l’Est le Niger septentrional.

De nouvelles guerres développèrent encore ce vaste domaine, qui au VIIIe siècle de l’Hégire (XIVe J. -G.) englobait le Tagant et l’Adrar des Lemtouna, et plus tard s’étendit au sud du Sénégal jusqu’à l’Atlantique.

Les souverains de Mali entrèrent alors en relations suivies avec les califes d’Égypte et les émirs du Maghreb. L’un d’eux, Mansa Ouali, fils de Maré Djata, s’était, en 658 H. (1259 J.-C.), rendu au Caire sous le règne du sultan Beibars, en allant en pèlerinage. Un autre, Sakoura, arrivé au pouvoir par usurpation, vit de même El Melik en Nasir, en 710 H. Enfin, Mansa Moussa, le plus célèbre de la dynastie, conclut un traité d’amitié avec le sultan Abou el Hassen, du Maghreb marocain.

Sous son règne, Timbouctou qui avait été tour à tour conquise par les Lemtouna, réoccupée par les Songhaï et dévastée par les Mossi, fut prise et il y construisit des mosquées. Toutefois, les Mossi, qui habitaient près du Niger et étaient des adversaires déterminés de l’Islam, revinrent encore attaquer la ville, et la saccagèrent de nouveau vers y2>o H. (1329 J.-C.).

A cette époque remontent les premiers signes de décadence de l’empire Mali. Un prince Songhaï qui était élevé à la cour du souverain, réussit à s’enfuir et à reformer dans l'Est un petit État indépendant. Peu après les Masoufa, tribu des Lemta, qui se forma d’une fraction des Touareg, s’emparent de Timbouctou. Leur conquête, il est vrai, ne fut pas de longue durée. Mais dès lors, les Mandé n’exercèrent plus qu'une autorité peu absolue dans la partie orientale de leur territoire, où Gogo notamment formait un État vassal.

A partir de la fin du VIIIe siècle de l’Hégire (XIVe J.-C.) des luttes intestines, où succombèrent plusieurs souverains, affaiblirent plus rapidement la puissance de Mali. Elle était cependant

ISLAM

assez grande encore, lorsque les Portugais arrivèrent au Sénégal. En 1454, en effet, Çada Mosto trouvait des peuplades tributaires du royaume, à l’embouchure de la Gambie. Déjà cependant les Touareg avaient recommencé leurs dévastations qu’ils étendirent jusqu’au Niger et ils reprirent une fois de plus Timbouctou qu'ils conservèrent pendant quarante ans. En même temps, les Songhaï s’emparaient de Gogo, bâtissaient Agadez, détruisaient Tademekka. Une lutte définitive se préparait entre eux et leurs voisins de l’Ouest. Elle eut lieu un peu après le milieu du IXe siècle H. (XVe J.-C.). Le chef des Songhaï, Sonni Ali, avantdernier roi de leur seconde grande dynastie, envahit les pays situés à l’ouest du Niger, le Ghana, le Oualata, et conquit le Bakhounou. Sans disparaître complètement, l’empire de Mali se trouva ainsi réduit à quelques provinces de son domaine primitif. A Oualata même, sous le dernier successeur dynastique de Sonni Ali, El Hadj Mohammed Askia, l’ancienne population avait complètement disparu. Le Songhaï s’y parlait seul.

Toutefois on retrouve encore des Diamou et des Tenné Mali dans la liste des souverains Songhaï de cette période, ce qui montre que la domination politique des uns n’excluait pas l’influence sociale des autres.

L'ancienne capitale du Mali fut probablement détruite pendant les guerres qui se suivirent, de Sonni Ali à El Hadj Askia. En tout cas, leur souverain résidait à Zillen, plus au Sud, sur la frontière même du Soudan, au commencement du Xe siècle de l’Hégire (XVIe J.-C.). Il y fut attaqué par le frère d’El Hadj Mohammed Askia, et par celui-ci qui, après un court siège, s’empara de la ville et la détruisit.

Ce ne fut cependant pas encore la ruine définitive du pouvoir des Mali. Ils conservèrent tout au moins les territoires qu’ils avaient occupés au sud du Sénégal jusqu’à l’Atlantique et étaient encore assez puissants pour qu’en 904 H. (1 533 J. -G.) les Portu-

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gais aient envoyé une ambassade à leur roi Mandi Mansa. Peutêtre, au cours des migrations déterminées, ainsi qu’on le verra ultérieurement, par là conquête Songhaï, s’était-il produit dès la fin du XVe siècle des divisions nombreuses dans leurs anciennes peuplades. Celles du Soudan occidental se seraient ainsi trouvées indépendantes des tribus qui habitaient encore les pays de Mali. En tout cas, il existait encore dans cette région un souverain Mali, tributaire des Songhaï et qui, en 942 H. (1645 J.-C.), essaya de secouer leur joug. Sa révolte fut bientôt comprimée et, à partir de ce moment, on peut considérer comme close l’histoire de cette branche de la race Mandé au nord du Soudan. Elle n’est plus représentée aujourd’hui dans le Kaarta,le Bakhounou, dans son pays primitif, que par quelques familles de captifs.

A une époque plus récente, un autre peuple issu de la même souche et venant du Sud, celui des Bambara, y a au contraire joué un grand rôle, ainsi qu’il est dit plus loin.

Avant d’envisager cette période moderne de l’histoire des Mandé, il convient de compléter les indications qui précèdent, pour la fraction septentrionale. Empruntées aux chroniques arabes, à celle d’Ahmed Baba notamment, elles ne visent pas l’occupation du domaine actuel des peuplades refoulées par les Songhaï. Quelques traditions arabes conservées par les griots, permettent de combler en partie cette lacune. lien est ainsi pour le Soudan surtout.

L’origine des tribus Mandé qui sont cantonnées le long de l’Atlantique reste plus confuse. Il semble certain que pendant la période de prospérité de l’empire Mali, la race se trouvait représentée sur le littoral par une population plus nombreuse qu’à l’époque actuelle. Le Gayor, par exemple, a été un moment envahi par les Mali-nké, les Mandé de Mali que les Ouolof ont encore trouvé établis dans les parages de Dakar. Les récits des

voyageurs portugais montrent d’ailleurs combien les premiers étaient puissants au XVe siècle jusqu’au sud de Sierra-Leone.

Il est probable qu’ils s’étendaient ainsi par des invasions successives. des guerres de conquêtes, dont les annales restent mystérieuses. C’est à partir de la fondation de la seconde dynastie Songhaï seulement, qu’on peut suivre le mouvement des peuples Mandé sur la côte comme au Soudan.

Afin d’éviter toute confusion dans la mesure du possible, il est bon d’indiquer sommairement tout d’abord, les conséquences qu’eut le bouleversement provoqué par le triomphe des Songhaï dans la région littorale. Chassés du pays de Ghana parles Mali, les Sousou leurs congénères s’étaient fixés dans la contrée limitée par le Sénégal, le Niger et le Foutah-Djallon, et quelques-unes de leurs tribus qui avaientembrasséHslamisme étaient cantonnées au Nord, et dépendaient directement de leurs vainqueurs. Peut-être avaient-elles commencé à s’avancer vers l’Ouest dès l’arrivée de ceux-ci. En tout cas, au moment de la conquête Songhaï du XVe siècle, elles étaientencore représentées par plusieurs fractions, entre le Foutah-Djallon et le Sénégal. Au Sud, les autres Sousou avaient formé un Etat vassal des Mali, qui pendant les luttes de ces derniers contre les Songhaï se rendit indépendant et auquel se joignirent les peuplades voisines, pour lutter contre Sonni Ali dont les armées s’avancèrent en même temps dans le Soudan et sur la lisière du Sahara.

Mais là aussi, les Songhaï furent victorieux.il se produisit alors un mouvement général d’émigration des Sousou vers la côte. Fétichistes ou musulmans, ils franchirent tous les plateaux du Foutah-Djallon et vinrent occuper leurs cantonnements actuels, les premiers en conservant leur ancien nom, les seconds sous ceux de Solima et de Socé. D’autres tribus musulmanes du même groupe, les Kissi-Kissi, fixées également sur le versant

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Atlantique, paraissent ne s etre converties que depuis leur arrivée dans cette région.

Ce déplacement, qui suivit immédiatement la conquête de Sonni Ali pour les Socé, les Solima et aussi pour quelques fractions fétichistes, ne se produisit qu'un peu plus tard pour les autres Sousou. Ils se groupèrent tout d'abord à l’est et au sudest du Foutah-Djallon, dans la vallée du Baling, et ne le quittèrent que refoulés par les Djallonké actuels. Ceux-ci comprenaient des représentants isolés de toutes les tribus Mandé qui, fuyant devant la conquête Songhaï, vinrent chercher un asile de ce côté. Bien que leur cause eût été celle même des Sousou, ils ne tardèrent pas à entrer en lutte avec eux et à les forcer de quitter le pays. Ce mouvement, qui semble s’être terminé vers le milieu du XVIe siècle, eut ainsi pour conséquence de jeter sur le littoral la peuplade Sousou tout entière. A ce moment les Mandé de l’Ouest dépendaient encore, comme on l’a vu, des derniers souverains de Mali . Peut-être fût-ce l’arrivée des nouveaux venus qui acheva de rompre le lien.

Il se produisit d’ailleurs bientôt sur leurs traces, une seconde émigration, celle des Djallonké, dont le nombre s’était considérablement accru et qui formaient une nouvelle agglomération ethnique. De la vallée du Bafing, ils s’étaient avancés vers le F’outah-Djallon où s’étendaient de vastes forêts désertes, puis descendirent sur le versant ouest de ces plateaux, dont ils ne s’écartèrent pas. Tous étaient idolâtres.

L’importance de l’élément Mandédans la zone côtière se trouva ainsi fort augmentée dès le commencement du XVIIe siècle, et par l’appoint d’une population en majorité fétichiste. Cette population se trouvait répartie en une foule de petits États indépendants, dont quelques uns anciens déjà, comme celui de Gabou sur la haute Gambie.

Mais à cette période d’expansion de la race Mandé succéda

rapidement la conquête des Peul. Venus en même temps du Nord et du Sud, ceux-ci se rendirent facilement maîtres du Foutah-Djallon. Puis convertis à l’Islam, ils envahirent les pays voisins et les dévastèrent presque jusqu’à la côte qu’ils atteignirent sur quelques points. Les Djallonké se trouvèrent ainsi réduits au rang de vassaux de leurs puissants voisins, et la race Mandée qui cessa jusqu’à l’époque actuelle de recevoir de nouveaux appoints dans ces parages, perdit presque tout le terrain qu’elle venait de gagner. Seules ses fractions musulmanes continuèrent à se développer, en même temps que les peuplades aborigènes, fixées sur le littoral, et qui échappèrent ainsi à l’invasion Peul, se reconstituaient çà et là, ou tout au moins recouvraient leur indépendance.

Les bouleversements qui suivirent la chute de l’empire Mali eurent ainsi pour première conséquence dans l’Ouest, le déplacement des Sousou, qui. occupaient alors les territoires englobés dans le Soudan, et vinrent s’établir entre le Foutah-Djallon et l’Atlantique. Une nouvelle agglomération de Mandé se forma dans la région que quittaient les Djallonké. Ceux-ci essaimèrent également dans la région côtière où la race Mandé devint ainsi plus nombreuse au XVIIe siècle qu’elle n’avait jamais été sous les souverains de Mali. Puis l’arrivée des Peul mit fin à ce mouvement.

Au Soudan même, les remous ethniques dont le triomphe des Songhaï donna le signal, semblent beaucoup plus importants. On a vu comment disparurent d’après les historiens arabes, les souverains de Mali, et comment les Sousou quittèrent leur pays suivant les traditions locales. Quelques développements sont nécessaires pour rattacher ces événements à ceux dont le Soudan fut le théâtre.

Tout d’abord, il y a lieu de noter que les légendes soudaniennes s’accordent pour personnifier le choc des deux races,

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Songhaï et Mandé, en deux héros d’épopée, Soundjataet Soumma Oro. Le premier n’est autre, semble-t-il, que Sonni Ali, l’avantdernier souverain de la 2e dynastie Songhaï. Le mot Soundjata n’est, en effet, qu’une crase de Sonni Djata, où Djata (lion) intervient comme Tenné maternel. Puis les chants des griots attribuent à leur héros, comme l’histoire au chef Songhaï, une cruauté extrême, et comme elle, en font une sorte de dieu du mal. Enfin Sonni Ali meurt noyé dans une rivière, et de même Soundjata.

Quant à Soumma Oro, il était roi des Sousou, vassaux autrefois de Mali, puis redevenus indépendants de ceux-ci, lorsque décrût leur puissance Dabi Touré,

Sansoum Touré,

Baraka Niakhali,

Sousou Massa Soumma Oro, disent les chants des griots :

Dabi était Touré,

Sansoum Touré.

Le plus fort contre sa mère

était le roi des Sousou Soumma Oro.

Pendant la période qui précède la restauration du pouvoir des Songhaï dans le pays de Ghana, ils s’étaient graduellement relevés au sud du Niger. On a vu qu’au XIVe siècle, un prince de leur race, otage à la cour de Mali, avait réussi à s’enfuir. Leurs tribus s’étaient alors soulevées. Ils avaient recouvré leur indépendance, formé un nouvel État, dont les frontières étaient au Nord, marquées par la boucle du fleuve. Peu à peu ce royaume s’était développé dans le pays Mandé du Soudan, vers le Oughadougou.

Au moment où Sonni Ali commença ses conquêtes dans l’Ouest, il avait ainsi comme serfs, comme vassaux, de nombreux

peuples de la même race que les Sousou. Appliquant dès lors un système qui a été suivi de nos jours par Samory, par Thiéba, il lança toutes ces tribus contre celles qui dépendaient de l’empire Mali ou en avaient fait partie.

Parmi ces sujets des Songhaï, se trouvait un peuple qui devait jouer plus tard un rôle prépondérant à Ségou et dans le Kaarta, les Bambara. Nouveau venu sur la scène africaine, il s’était constitué de fractions Mandé de toutes provenances et dont quelques unes étaient également représentées dans le parti de Mali : les Kouramakha, Diara, Kamara, Traouré, Fofana, Sakho, etc... Ilavait, semble-t-il, euson premier berceau dans le pays de Kong, au sud du bassin du Niger et y était gouverné par un roi Kamara, quandles Songhaï entraînèrent une partie de ses tribus. Dès lors, les Bambara comptèrent parmi les défenseurs les plus énergiques de la cause de Sonni Ali et ce furent leurs chefs qui dirigèrent au début la campagne contre les Sousou.

Une autre peuplade Mandé, les Keïta,qui représententaujourd’hui dans le Manding la lignée royale, se trouvait rattachée au parti des Songhaï par d’autres liens. Elle habitait primitivement le pays de Oughadongou, près de celui qu’occupent les Mossi, puis était venue se fixer dans le Manding, Par la lignée féminine, Sonni Ali appartenait à une de ses fractions, les Konaté. Presque tous les Keïta comptaient ainsi parmi ses partisans.

Quant aux captifs proprements dits du chef Songhaï, suivant l’expression indigène, ils étaient également fort nombreux et prirent part aux luttes contre les Sousou et Mali. On peut citer parmi eux, les Sissoro, les Dembélé, Jes Dabo, sans compter quelques familles des tribus comprises également dans le groupe Bambara, les Kamara, les Dembélé, etc...

Enfin, les Songhaï avaient de bonne heure soumis une partie des Takrour, et presque tous les Asouaneck, les Soninké de la vallée du Niger. Ceux-ci leur fournirent également

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des contingents, notamment les Touré, les Diané, les Sissé.

Ces derniers étaient musulmans, tous les autres idolâtres. Sonni Ali se trouva ainsi personnifier aux yeux des populations soudaniennes la cause fétichiste, bien qu'il fût lui-même musulman. Son renom de férocité, les ruines qu’il entassa partout, y contribuèrent d’ailleurs aussi.

Le parti opposé, celui que représente Soumma Oro, se trouva au contraire représenter la cause musulmane, bien qu’il comptât des peuplades païennes, les Sousou du Nord notamment. Soumma Oro était lui-même d’une tribu des Asouaneck, des Soni-nké,les Touré, fixée sur le Niger en amont de Timbouctou. Peu après le soulèvement des Songhaï de l’Est au XIVe siècle, il s’était formé à Ouagadou, dans le Bakhounou, un petit Etat Soni-nké indépendant, ou qui tout au plus reconnaissait la suzeraineté de Mali. Il était gouverné par les Bakiri ou Sempré et fut de bonne heure attaqué par ses voisins. Dans ces premières luttes, il se trouva soutenu par une importante fraction des Mandé actuels, les Traouré, qui comptaient aussi parmi les Bambara, et réussit à se défendre victorieusement. Mais lors de l’invasion du Bakhounou par Sonni Ali, toute résistance devint impossible. Les Bakiri se dipersèrent et Soumma Oro, qui était l’un d’eux, ou leur succéda, se réfugia chez les Sousou du Sud, accompagné par ses partisans. Outre les Traouré et les Touré, il avait avec lui de nombreuses fractions des Soni-nké purs, les Tabouré, Kogorota, Silla, Diané, etc... et quelques autres de tribus mixtes, les Dabo, Diaouara, etc... les premières entièrement musulmanes, les autres en partie fétichistes, et représentées comme telles chez les Bambara.

Les Sousou accueillirent avec empressement les nouveaux venus, et pendant que Sonni Ali poursuivait ses guerres contre Mali, il se forma au sud du Sénégal un Etat Sousou, gouverné par Soumma Oro, dont la puissance se trouva bientôt accrue

par l’arrivée d’émigrants du Nord, des fractions musulmanes des Sousou notamment.

Comptant ainsi de nombreux groupes mahométans, le parti tout entier représenta naturellement la cause de l'Islam, en opposition à celui des Songhal, ou plus exactement de leurs vassaux fétichistes. La forme que revêtit la lutte qui s’engagea bientôt, est en effet exclusivement celle d’un choc des peuplades Mandé du Sud et de l’Est contre les populations de même race du Nord et de l’Ouest.

Tout d’abord, Sonni Ali occupé par la conquête du Bakhounou, du Oualata, ne se préoccupa pas du nouveau mouvement. Mais bientôt Soumma Oro, prenant l’offensive, envahit le Manding, pour subjuguer les Keïta. Le souverain Songhaï vint alors au secours de ses alliés et après diverses alternatives, Soumma Oro, vaincu, périt à Néma, au cœur du pays qu’il avait tenté d’occuper.

Ses partisans se dispersèrent aussitôt. On a vu comment les Sousou se réfugièrent d’abord sur la limite du Foutah-Djallon avant de s’enfoncer dans l’Ouest. Les Soni-nké moins nombreux restèrent dans le pays, mais très disséminés dans les forêts, dans les solitudes de la brousse.

Vainqueur de tous ses adversaires, Sonni Ali n’en avait pas moins redoublé ses cruautés, et les dernières années de son règne achevèrent de pousser à la dernière limite la haine de ses sujets contre la dynastie Songhaï.

A peine était- il mort, noyé dans le torrent de Koura, dans une expédition contre les Kourma, en 1492, que les révoltes éclatèrent de toute part. Les tribus captives émigrèrent en masse vers l’Ouest et vinrent, ainsi qu’il a été dit, peupler les pays Djallonké où se trouvèrent réunis côte à côte, les Traouré, Keïta, Kamara, Silla, Sissé, Dabo, Fofana, Sakho, etc..., toutes les fractions Soni nké, Mali-nké, Bambara, qui avaient pris part aux événe-

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ments précédents. En même temps des mouvements analogues avaient lieu dans le Manding et au Sud, jusqu’au delà du Ouassoulou. Les Soni-nkéqui étaient restés dans le Bakhounou l’évacuèrent presque tous, pour venir s'établir dans le Guoy et le Kamira, où ils formèrent momentanément une nouvelle confédération. Mais bientôt, d'autres Mali-nké arrivèrent sur leurs terres et, leur en enlevant une partie, les forcèrent à se disperser de nouveau.

C’était d’ailleurs leur cause surtout, celle de l’Islam, qui venait d’être vaincue et, plus que toute autre tribu, ils subirent les conséquences de la défaite. Après avoir longtemps formé l’élément principal de la population entre le Niger et le Sénégal, ils ne sont plus aujourd’hui représentés que par des colonies isolées sur les deux fleuves.

Partout ainsi se produisirent un mélange, une confusion extrême des peuplades Mandé, qui cessèrent dès lors d’avoir une homogénéité générale dans toute la contrée où venait d’avoir lieu ce bouleversement.

Une exception très remarquable est cependant à noter, d’autant qu’elle a eu pour résultat un nouvel échec de l’Islam.

La nouvelle nation des Bambara, étrangère encore au Soudan septentrional, et qui paraît n’avoir pas été, comme les autres tribus, réduite par les Songhaï à une dure servitude, perdit seulement quelques fractions qui émigrèrent vers le Manding. Les autres restèrent groupées dans le Toron, sur le haut Niger, près du Ouassoulou. Puis profitant de la dépopulation des pays du Nord, elles s’avancèrent peu à peu vers le Macina, ralliant sur leur route tous les débris des anciennes peuplades ; au commencement du XVIIe siècle, leur nombre s’étant ainsi considérablement accru, elles arrivèrent en conquérantes dans les parages de Ségou, où quelques Soni-nké, de la fraction des Sissé, s’étaient rendus indépendants des Songhaï.

En i65o, le Kouloubali Kaladian, chef des Bambara, renversa la dynastie locale et lui substitua sa propre autorité. Ses successeurs eurent encore à soutenir quelques révoltes des anciens habitants , mais elles prirent fin sous le règne de son arrière-petit-fils, Tiguitton, qui réussit à établir un accord durable entre ceux-ci et ses propres partisans. Il conclut tout d’abord avec leur chef une alliance, puis un soulèvement ayant eu lieu peu après, le réprima avec une énergie qui suffit pour prévenir toute autre rébellion.

Après avoir fondé Ségou, Tiguitton entreprit la conquête de la rive gauche du fleuve et commença à s’étendre dans l’Ouest. Ce mouvement se trouva ralenti après sa mort par des compétitions qui mirent aux prises les diverses tribus Bambara. L’intervention des gens du Kaarta qui prirent part à ces luttes, appelés par un parti vaincu, leur valut bientôt l’envahissement de leur propre territoire, dont l'occupation ne fut d’ailleurs que momentanée. Les Bambara se trouvèrent en effet aux prises, dès la première moitié du XVIIIe siècle, avec les Peul qui arrivaient de l’Est. Sous le règne du roi de Ségou, Ngolo, une première tentative des nouveaux immigrants fut repoussée avec succès, et ils durent se contenter d’être acceptés dans le Macina qui tout entier relevait du souverain de Ségou, comme sujet de celui-ci. Libre de tout soin de ce côté, Ngolo passa sur la rive gauche, où il guerroya pendant huit ans avec succès contre les nomades, puis entreprit une expédition contre les Mossi.

A sa mort, les Bambara occupaient tout le cours du Niger du Mandingau lac Debbo et ses abords jusqu’aux pays Songhaï d’un côté, jusqu’au Kaarta de l’autre. Son successeur Mansong, qui mourut en 1808, acheva la conquête de ce dernier Etat.

Mais, après lui, la puissance de sa race décrût rapidement. En i8io,les Peul avaient déjà conquis le Macina. Ségou et le Kaarta continuèrent cependant à former un Etat indépendant, qui, tout

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en subissant des attaques incessantes, résista à la nouvelle invasion jusqua l’arrivée d’El Hadj Omar. Avec lui, les Peul devinrent partout victorieux et la prise de Ségou en 1861 consacra la ruine du royaume Bambara.

Il ne paraît pas que pendant la période où se déroulèrent tous ces événements, c’est-à-dire du XVIe siècle à nos jours, il se soit produit des mouvements similaires dans le reste du Soudan. Cependant, on peut mentionner dans la partie septentrionale du Manding, près de Kita, la formation éphémère d’un État Mandé dont le chef Tamba Bokhari étendit un moment ses conquêtes jusqu’aux abords du Foutah-Djallon . Enfin, dans le Sud, il y a lieu de noter l’existence d’un autre royaume ou plus exactement d’une confédération Bambara, qui jusqu’au milieu du siècle actuel paraît avoir conservé une certaine importance au delà du Ouassoulou.

Mais l’histoire de ces régions est plutôt celle des Peul, dont l’invasion devient le fait capital des annales soudaniennes à partir du XVIIe siècle et celle de l’Islam à l’époque moderne. Elles sont d’ailleurs moins connues à beaucoup près que les pays du Nord, et les grandes migrations qui s’y sont produites autrefois, comme celle des Veïde Libéria, n’ayant pas laissé de traces, il serait superflu d’insister sur quelques mouvements locaux.

Pour compléter l’étude consacrée à la race Mandé, il reste à indiquer la répartition actuelle de ses différentes fractions. Au point de vue de la propagation de l’Islam au Soudan, cette répartition offre un intérêt particulier par les affinités historiques dont elle résulte.

Fractionnement actuel des Mandé. — Ainsi qu’il est facile de s’en rendre compte, en conjecturant de la civilisation antérieure des races nègres par leur état présent, même dans les pays musulmans, les narrations historiques qui s’appliquent aux peuplades n’ont qu’une valeur de convention, par l’emploi obli-

gatoire, faute de synonymes, de termes qui ne sauraient s’appliquer à leurs sociétés primitives, avec la valeur qu’ils ont dans les annales de nos pays. Tout au plus, par rois Songhaï ou Mali, faut-il entendre des Samory ou des Rabah quelconques, dont les capitales étaient des agglomérations de huttes entourées de murailles de terre, des Tata. Leurs armées ne sont que des bandes et leurs conquêtes des incursions de pillage.

Il est nécessaire de préciser ainsi la valeur figurative des mots, en quittant le passé pour le présent, qui semblerait inexplicable, si on n’en considérait les origines qu’à travers la phraséologie classique, inexacte, mais obligatoire en l’absence de définitions exactes, appropriées à un résumé chronologique.

Les Mandé actuels proviennent, comme on vient dele voir, d’un mélange confus historiquement et géographiquement, de tribus qui ne sont pas nécessairement de la même race, mais se trouvent groupées en grandes familles, très fractionnées elles-mêmes, entre lesquelles il existe un lien traditionnel et sociologique d’origines communes.

Dans cette répartition, la classification telle que la pratiquent les indigènes, repose sur une double base, le Diamou, nom générique de nationalité originelle, familiale, et le Tenné équivalent au Totem américain, qui fractionne la nationalité en tribus, par la personnification d’un fétiche protecteur. Le Diamou ne va pas d’ailleurs sans un Tenné collectif et la tribu issue de la nationalité d’un Diamou commun, se fractionne elle-même par l’adoption de Tennés particuliers, en clans, souvent multiples.

Bien qu’il ne paraisse pas qu’on soit encore exactement fixé sur les grandes divisions de la race Mandé, dont quelques-unes généralement admises se prêtrent à quelques réserves, on peut, en adoptant la classification de Binger, supposer l’existence de deux familles primitives, les Ndé et les Ma-ndé proprement dits et pour ceux-ci un premier fractionnement, en Bammana (Bam-

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bara), Mali-nké, Sama-nké, Samokho ; les Ndé comprenant les Sonni-nké, les Sousou et hypothétiquement les Dioula. Mais historiquement, on constate plus exactement un fractionnement moinsgénéalogique, répondant seulement àlarépartition actuelle de Mandé en tribus principales :

Mali-nké,

Bammana,

Sonni-nké,

Sousou, r

auxquelles on ajoute parfois, comme tribu distincte, les Dioula qui représentent peut-être plutôt un groupement politique issu de différentes provenances.

Les Mali-nké ou hommes de Mali ont comme Tenné commun, l'hippopotame, Mali et compteraient, d’après des renseignements indigènes, comme fractions principales les suivantes :

Keita, de souche royale.

Sissoro.

Dembelé et Traouré (fractions de même souche).

Kamara; Déléba et Danioro (idem).

Nomoro.

N’Diébaraté, tribu de griots.

Boghaïro.

Sinalro, forgerons parmi lesquels comptent les Niaghaté.

Kanté, forgerons.

L’excellente notice de Binger sur les Mandé donne une répartition plus complète.

Cette notice divise ainsi la famille Mali-nké :

(Tenné : Mali : hippopotame).

ir0 subdivision :

/ Keïta

a) Familles royales j Bakhoyokho Tenné :

\ Kamara Le rat palmiste

Kourouma Tenné :

b) Autres familles , Konaté La panthère

[ Sissokho

c) Familles de griots <

Dombia L’igname

Diombaté

2e subdivision : les Kagoro comprenant : lesToungara Tennés :

Magaza Le serpent boa

Konaté Le campagnol

Touré Le trigonocéphale

3e subdivision : les Tagoura comprenant :

LesTraouré

Diarabaté

Konné

Bamma

Au même moment où Binger recueillait ces éléments de classification basée sur le Tenné, dans son voyage vers Kong et Grand-Bassam, nous avions cherché au Soudan septentrional à obtenir des renseignements complets de même ordre ; mais nous n’étions arrivé qu’à des résultats non concluants, des indigènes se disant d’un même diamou fractionnaire, évoquant des tennés différents, suivant leur habitat. Cependant nous serions disposé à considérer la méthode de Binger comme excellente en théorie, quoique d’une application incertaine parce que le diamou subsistant, il arrive souvent que le tenné se modifie en raison des groupements locaux dont nous citerons plus loin des exemples typiques.

Les Bamrnana (Caïman) ou Bamba, connus en général sous le nom de Bambara, sont, parmi les Mandé, les plus proches parents des Mali-nké.

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Après avoir concouru à former, comme fraction de son peuple, l’empire de Mali, ils se dispersèrent devant la conquête musulmane, les uns restant cantonnés dans le Kaarta, le Bakhounou et les autres s’avançant vers le Manding et la vallée du Baoulé.

Leurs principales tribus dans ces régions sont les suivantes, d’après nos renseignements :

i° Kouloubali qui se divisent eux-mêmes en :

Massasi, de souche royale.

Mossi Réla ou Mou Siré et Sirala.

Denibola.

Firimoussa.

2° Konaté, autrefois compris comme griots parmi les serfs des Keïta Mali-nké, mais devenus indépendants d’eux et faisant partie, ou prétendant faire partie des Bammana.

3° Fomba.

4° Diara qui se divisent en :

Donfandé.

Doumoro Diata.

Niamoro Bélé.

Les mêmes Diara sont également connus sous les noms de Kounté en pays Mali-nké et de Fissanka dans le Ouassoulou.

5° Konaré, connus aussi sous le nom de Kala-nké, celui du pays de Kala où ils ont été fixés.

6° Dembélé, dont une partie revendique une filiation Mali-nké.

7° Sounana ou Somono, caste de pêcheurs du haut Niger.

8° Baghaïro, également réprésentés chez les Mali-nké.

9° Kogorata, connus aussi sous le nom de Fofana et de même souche que les Fofana Soni-nké, puis d’autre part apparentés aux Kamara Mali-nké.

Voici en regard la classification de Binger.

ISLAM

Famille des Bamba , dite Bamma-na(Caïman).

i° Familles royales :

Massa-si Kalari Daniba

Kouroubari / Mana

Mou Siré Sira Bakar Kounté

Diara

2° Famille de forgerons

3° Branche de la même famille

Fissanka

Barlaka Konéré, ou Koulankou Sokho Dambélé Traouré Niakané \ Mériko Sama-nké , comprenantdes Touré Sissé Traouré Dambélé Sa-Mokho , comprenantdes Kouloubari Sokhodakho

Tennés :

les calebasses félées et le chien

Tennés :

le lion le chien le lait de fauve Tennés :

le Bandougan le singe vert le chien

Tenné :

Sama (éléphant)

I Tenné :

( Sa (serpent)

Si on se reporte d’une part à la classification générale de Bin-

LES RACES ET LEUR HISTOIRE

ger admettant quatre grandes familles Mandé proprement dites, Bamma-na, Mali-nké, Sama-nké, Sama-Kho, d’autre part à l’ensemble des renseignements qui précèdent, on voit de suite que l’application trop absolue de la méthode du tenné entraîne des confusions inextricables. La réalité semble être qu’en dehors de quelques grandes divisions générales, il n’est pas possible de faire une distinction toujours certaine entre des fractionnements ethniques, sociaux à l’origine, mais devenus dans beaucoup de cas géographiques. Cela n’a rien de suprenant au reste. Les descendants des corsaires marocains, échoués jadis sur les côtes de Normandie, sont aujourd’hui Normands, de même que les descendants des captifs chrétiens de Meknès, sont Marocains.

En admettant la division des Mandé en Ndé et Mandé proprement dits, les Ndé se trouvent représentés d’abord par des Sonni-nké et les Sousou, puis hypothétiquement, avons-nous dit, par les Dioula.

Laissant de côté les Sousou, qui, malgré leur rôle historique au Soudan, n’y figurent plus comme population caractérisée et ne se trouvent que dans la région littorale, nous devons dire de suite que nous ne partageons pas sans réserve l’opinion qui fait du Dioula ou Dioura une famille ethnique distincte, au même titre que celles des Bamma-na, Mali-nké et Soni-nké, quoique cette manière de voir soit généralement admise au Soudan.

D’après Binger, les descendants des Da’ou, Barou, Kérou, familles royales de la première dynastie Songhaï, les Za (du Tenné Serpent : Za) auraient pour se distinguer des partisans des Sonni, de la dynastie suivante, pris le nom générique de Diaou-la « Souche du Trône ». Les Touré et les Ouattara formeraient deux autres de leurs factions primitives. Puis au moment de leur scission avec les Sonni-nké, ils auraient entraîné avec eux d’autres Ouattara et des Sakhanokko, apparentés aux Diaouara Sonni-nké, puis des Sissé, Kamata, Kamakhaté, Timité et

Daniokho. Enfin actuellement, on trouve parmi eux des Diara, Kouroubari, Sakho, Bamba, Diabakhaté et Traouré.

- En décomposant ces renseignements on arrive, somme toute, à reconnaître que les Dioula comprennent essentiellement un groupement de Mali-nké, Bambara et Sonni-nké, autour de trois familles primitives qui n’existent plus que comme souvenir traditionnel. S’il semble ainsi probable que les Dioula ne constituent pas à proprement parler une branche ethnique caractérisée de la famille Mandé, ils n'en sont pas moins actuellement une fraction politiquement et socialement distincte des autres. Il semble qu’elle représente les plus anciennes traditions musulmanes chez les peuples soudaniens nègres. Tous les Dioula sont musulmans et ont emprunté à l’Islam nègre les caractères particuliers d’esprit d’initiative, d’habileté commerciale, de tendances relativement progressives qu’il donne à ses adeptes.

Leur groupement social est incontestable; mais ses origines mêmes restent plus incertaines, car la valeur des Diamou attribuée aux souverains Songhaï peut paraître douteuse, en présence de traditions indigènes qui n’y attachent d’autre signification que celle de la lignée maternelle. Cette explication peut d’ailleurs être d’autant plus valable, que les relations des Berbères avec les Songhaï impliquent une certaine pénétration dedeurs coutumes, au même titre que pour les Mandé.

Un autre groupe, celui des’; Fofana, aurait une constitution analogue, comprenantà la fois des éléments Mali-nké, Bammana et Sonni-nké, comme s’ils représentaient la survivance d’une ancienne caste, commune à toute la famille Mandé.

Les Sonni-nké, Marka-nké des Bambara, Sera-Koulé, d’où on a fait Saracolets, au Sénégal forment au contraire une branche distincte nettement définissable, autant par son histoire que par ses caractères ethniques et sociologiques.

D’après Binger, ils se subdivisent en :

LES RACES ET LEUR HISTOIRE IOI

Bakiri

Sissé

Sillé

Diabi

Doukouré

Kaba

Sakho

Niakhaté

Diaouara qui comprennent eux-mêmes les Sagoué et les Dabo. La répartition de leurs tribus, telle que nous l’avons recueillie auprès de marabouts lettrés du Guoy, serait un peu différente. Elle comprendrait, outre de nombreuses divisions secondaires, comme principales tribus, les suivantes :

Sakho, apparentés autrefois aux Bambara.

Dabo, issus des Kogorta Bambara, ainsi que deux autres fractions, les Kalé et les Ouattara.

Fofana, apparentés primitivement aux Kogorta.

Tabouré

Touré

Diaouara, apparentés aux Bambara.

Ko ma

Diané

Silla

Sissé

Kaïra

Doukouré

Gassama

Diakhaba

Fissourou

Fadiga

Dafé

Bérété

On voit de suite, en lisant cette liste, combien les points de jonction entre les Soni-nké et les autres familles Mandé sont nombreux. Ils n’en ont pas moins une origine historique incontestablement distincte comme anciens Asouanek du Niger septentrional. Islamisés avec les Songhaï de la seconde dynastie, dont ils ont pris le nom, ou qui eux-mêmes avaient adopté le leur, ils ont, comme les Dioula, groupé autour d’eux des éléments empruntés aux Mali-nkéet aux Bammana, en quittant en partie leur ancien habitat pour venir s’établir au sud du Bakhounou, le long du Sénégal, dans le Guoy, notamment près de Bakel, et en petites colonies le long du haut Niger, dans la région de Kankan, puis au Sud-Ouest, dans le pays de Mousardou.

Si les Mandé se subdivisent ainsi en quelques grandes familles principales, faciles à déterminer dans la nature essentielle deleurs groupements ethniques avec une exactitude relative, il faudrait, pour suivre exactement leur répartition, tenir compte aussi non seulement de groupements incertains comme celui des Fofana, mais aussi de groupements géographiques très variables dont un des plus frappants est celui des Djallonké.

LesDjallonké ne forment pas une nation distincte, au même titre que les précédents. Ils n’ont jamais été réunis, groupés en État et tirent seulement leur nom du pays qu’ils occupent, comprenant des représentants de toutes les tribus Mali-nké et Soninké, dont il est inutile de reprendre l’énumération. A celles-ci toutefois il y aurait lieu d’ajouter un certain nombre de fractions de la race Peul qui sont mélangées avec elles.

De même les Ouassoulonké comprennent une forte proportion de Peul, métissés d’ailleurs au point d’avoir adopté la langue et d’avoir souvent le faciès des Mali-nké du pays.

Quatre tribus Peul seulement comptent dans ce groupe : les Sidi-Bé.

Diakhité.

LES RACES ET LEUR HISTOIRE

Diallo.

Sangaré.

Il est composé pour le reste de Bambara, Konaté, Fomba et Diara, puis de Soni-nké de diverses provenances.

Probablement incomplètes, les indications qui précèdent suffisent à montrer combien était considérable le nombre des tribus primitives de la race Mandé. A défautd’une étude générale de leur répartition, quelques exemples sont utiles pour faire ressortir la confusion de leur groupement tel qu’il s’est effectué à partir du XVIe siècle.

Dans le bassin supérieur du Niger et de ses affluents de droite jusqu’au Mahel Balével, au sud du parallèle de Bammako, on trouve comme éléments essentiels de la population, la répartition suivante :

Pays de Baguinta Guénièkala

Bani-nko

Bana.

Tiaka

Kéléyadougou

Gouana

Baya

Ouassoulou . .

i Kouloubali Bambara, au Nord.

( Soni-nké, au Sud J Bambara Kouloubali.

i Diara, Dembélé.

f Peul parlant le Bambara et venant des | premiers émigrés du Macina.

\ Kamara, Sissoro.

Samaké Soni-nké, apparentés aux Touré.

/ Diakhité, Dembélé, Traouré,

\ Diara; c'est-à-dire des Peul, des Malinkéetdes Bambara.

f Baghaïro Bambara, j Sissoro, Koukhoumakha, des Mali- [ nké-Keïta de la même nation.

Keïta Mali-nké, et Konaté Bambara.

Sissoro et Kamara.

Peul, Mali-nké, Soni-nké, Bambara.

( Sakho et Soni-nké en petit nombre,

Oudoumo

I puis quelques Keïta.

( Touré; Silla, Sissé : Soni-nké, et Dia-

Pays de Kankan

( khité Peul.

Paysde Bissandougou.. Touré Soni-nké et Bambara.

( Diara Bambara et Peul :

Sonkaran

( Diakhité, Diallo, etc. ..

Dans une région plus restreinte, le Manding de la rive gauche du Niger, on trouve côte à côte des Kamara, au Nord-Est près de Sibi ; des Keïta entre Niagassola, Kangaba et Niafadié. Puis tout près au Sud-Ouest, des Kainara et Soni-nké dans le Bouré; des Kamara et des Kamissoro dans la vallée du Bakhoy, au nord du Bouré; enfin des Peul Sidi Bé, Diallo et Diakhité, au nord de Niagassola, dans le Gadougou.

Ailleurs, au sud du Bélédougou, entre Koundouet Bammako, on voit réunis, ou tout au moins juxtaposés dans un territoire très étroit, des Diakhité Peul, parlant le Bambara, des Kouloubali, des Diara et des D.embélé.

Encore ne s’agit-il là que des éléments constitutifs de la population. Comme exemple offrant plus de détails, on peut citer celui d'un district voisin du Manding au sud, le Baléya qui s’étend le long du Niger sur une bande de 60 kilomètres de long et 3o de large. Ses villages sont peuplés, savoir :

7 de Traouré i de Traouré et Sissoro i de Sissoro 3 de Bérété i de Kanté

pour ne parler que des fractions constituées.

A l’Est, en pays Diallonké, le Oulada, qui n’est guère plus étendu, offre par village la composition suivante de population :

LES RACES ET LEUR HISTOIRE

Nono (village musulman) — Silla, Fassasi (métis de Peul Si Sadouané et de Mali-nké) ; Djané (Soni-nké), Fofana (Soni-nké métissés de sang Bambara) ; Kalé et Ouattara; Madé (fraction des Fofana); Kourouma(fraction des Sissoro Mali-nké); Santara (apparentés aux Kalé); Gallo (Silla Soni-nké) — Danioro ; Sissé.

Nono (village fétichiste) — Keïta ; Kalô(fractiondesKamara).

Kankaya — Kamara et Kalô.

Bankô — Sissé, Konaré, Kaba, Laghabi (Kanté).

Kébéya — Kébé (fraction des Fassasi).

Tiguidi Madéya — Kamara.

Ouatarella — Kalé, Ouatara.

Soriya — Sissé, Kaba, Kébé.

Sissila — Sissé.

Kaba Bokharya — Kaba, Touré.

Kourou Kolo — Dabo, Bérété.

Sorotayo — Sissé, Kôma (Soni-nké de Sansanding), Kaba Kamara.

Moriguèya — Sissé, Kanté, Koïaté (griots).

Longoronmbo — Kalé, Sanoro, Kasonma (Soni-nké), Fofana.

On voit par cette succession d’exemples combien la population du Soudan est peu homogène. C’est là, au point de vue de sa constitution politique, son principal caractère. Elle est le produit d’une suite de migrations qui, pendant des siècles, n’ont cessé de mélanger ses éléments, sans que cependant les origines d’aucun disparaisse. En dépit de tous les bouleversements qui ont précédé l’époque actuelle, chaque groupe, chaque individu conserve la notion de sa tribu, de sa nationalité. Dans chaque district, dans chaque village, les fractions d’origines différentes sont presque étrangères les unes aux autres, encore que la destinée les ait réunies sur un même sol.

A cette notion qui ressort directement d’un examen statistique, il 'Convient d’ajouter que le principe de l’autorité revêt dans ces régions des formes diverses. Sous l’influence des traditions qui remontent à l’âge de la tribu primitive, le gouvernement est toujours patriarcal en un sens. Le pouvoir ne se transmet nulle part par hérédité directe.

Apanage d’une famille, il appartient au plus âgé de ses membres, par ordre de primogéniture utérine, se transmet aux frères de mère, puis aux neveux. D’autre part, deux tendances se sont établies dans les deux partis opposés de la race : fétichistes et musulmans. Chez les premiers, l’autorité a été à diverses époques exercée d’une manière absolue. Quelques tribus admettent ainsi un chef unique, s’inspirant en cela de l’exemple de Sonni Ali. Tel est le cas des Keïta, des Kouloubali. Celles au contraire qui n’ont pas dans leur histoire de semblables précédents, s’en tiennent au patriarcat pur, à l’autorité des anciens, sous la suprématie du chef de la famille souveraine, sans admettre de pouvoir personnel. D’autre part, les musulmans, empruntant sans doute aux Lemtouna Almoravides leur système, ont, dès la fondation de l’empire de Mali, admis le dualisme de gouvernement. A côté d’un chef suprême, dont l’autorité, toute d’essence spirituelle, est en quelque sorte législative, l’Almamy, ils ont un chef de guerre, détenteur du pouvoir exécutif. Tels étaient les principes admis sous la dynastie Mali. Ils se sont conservés chez les Mali-nké musulmans et chez tous les Soni-nké.

Étant données ces trois traditions existantes d’une part, et de l’autre le mélange des différentes fractions de la population, on conçoit que l’organisation politique de la race Mandé, au Soudan, telle que l’a créée son histoire, puisse être caractérisée d’un seul mot : celui d’anarchie.

Toutefois quelques directions générales résultent de son his-

LES RACES ET LEUR HISTOIRE IO7

toire, de son évolution : deux de ses groupes sont de longue date orientés vers le mouvement musulman les Soni-nké et les Dioula — un autre en sens contraire : les Bambara. — alors que le quatrième, le plus nombreux, celui des Mali-nké, subit diversement les influences dominantes chez les autres, suivant les conditions géographiques ou politiques de sa répartition.

Peul.

De tous les peuples qui se trouvent représentés dans l’Afrique occidentale, il en est peu dont l’étude présente un aussi grand intérêt, au point de vue de la marche de l’Islam, que celui de la race Peul. Ses origines ont fait l’objet d’hypothèses multiples aussi peu fondées les unes que les autres.

M. d’Eichthal, qui s’en est occupé un des premiers, leur a assigné les îles malaises pour première patrie. D’autres auteurs les ont fait venir d’Égypte. On a voulu trouver une raison d’être à la similitude de leurs noms, Fellata, Fellani, avec celui de Fellahin du bas Nil; une ressemblance entre leur type et celui de ces derniers.

En fait, la supposition d’une origine malaise des Peul est purement imaginaire, et quand on a vu d’une part les Fellahin et les tribus du Nil moyen, jusqu’aux pays nègres, et, d’autre part, les Peul chez eux, il est impossible de trouver la moindre analogie entre les langages des races égyptiennes ou leurs caractères anthropologiques et ceux de la grande peuplade de l’Ouest africain.

Ce qui est certain, c’est que les Peul purs ne sont pas une race nègre. Ils comprennent de nombreuses tribus métisses, provenant de leur mélange avec les peuplades dont ils ont occupé le territoire. L’existence de ces fractions où le faciès nègre est commun, a fait supposer, par Krause notamment, une double origine se rattachant à un type noir et à un type rouge.

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Il ne s'agit là en réalité que d’une absorption, imposée par les conditions de milieu où se sont trouvés les Peul nigériens. Mais elle implique une dégénérescence qui rend plus obscure la question d’origine. L’élément pur a presque partout disparu, et il serait difficile de retrouver, de définir les caractères spécifiques de la race pure. Elle se rapproche certainement davantage par sa coloration primitive que conservent encore quelques-un de ces groupes, par sa conformation, des peuples Indo-germaniques, que des peuples nègres. Mais tel est aussi le cas des Berbères. Et ce seul indice ne suffit pas à justifier une descendance asiatique. Leur langue, que Frédéric Müller range dans le groupe Hainito-Sémite, tendrait cependant à la même conclusion, sans la rendre, il est vrai, définitive.

Leurs traditions pourraient, d’autre part, établir qu’ils ont eu pour ancêtres communs, au début de l’ère musulmane, les Mali-nké et les Arabes, ou encore que certaines de leurs tribus viendraient du Maroc, et auraient ainsi du sang arabe. Mais tous les mahométans de l’Afrique occidentale, même les Mandé les plus authentiques, cherchent à se créer une filiation orthodoxe. Il s’agit là de simples légendes religieuses.

On ne peut donc que constater le mouvement de translation qui pendant la période historique a poussé les Peul de l’Est à l’Ouest, entre le Soudan oriental et l’Atlantique. Leur habitat à l’époque antéhistorique est inconnu.

Sous les noms de Foul-bé au pluriel, Poulo au singulier qui ont donné naissance à de nombreux dérivés : Foui, Poul, Fouli, Folo, Fellata, Fellani, Foulan, Fouta, etc., les Peul s’étendent actuellement de l’Océan au Soudan central. Une ligne tracée de l’embouchure du Sénégal à Yola, sur la Bénoué, la capitale de l'Adamaoua, représente l’axe de leur domaine géographique. Ils occupent ainsi au moins par des colonies : en Sénégambie, le Foutah Toro et les districts . voisins, puis quelques cantons

LES RACES ET LEUR HISTOIRE IO9

limitrophes du Djoloff et des pays Sérères ; le Foutah-Djallon et les plateaux du Sud jusqu’au Solima ; plusieurs cantons des pays Djallonké, et comme métisses parlant Bambara ou Malinké, quelques provinces du Soudan français; dans le bassin du Haut-Niger, le Ouassoulou et les régions adjacentes où ils sont également métis, jusqu’à la limite des territoires Ashanti ; en aval, le Macina, d’où ils débordent dans le Bakhounou et le Kaarta ; plus à l’Est, le Ghando et le Sokoto ; le Bornou, le Bagirmi,le Ouadaï, où ils forment quelques groupes isolés, ainsi que dans l’ouest du Darfour ; enfin l’Adamaoua et les deux rives de la haute Bénoué, d’où ils s’étendent graduellement, par des guerres de religion, vers le Congo moyen.

Comme les Mandé, les Peul ont formé primitivement de très nombreuses tribus, dont les noms persistant à travers les âges, ont encore sur quelques points leur ancienne valeur. Ailleurs, ils sont devenus simplement l’équivalent du nom de famille. Ce premier fractionnement se trouve compliqué par une répartition intérieure en castes locales, dans plusieurs régions, et par le métissage. L’étude de ces subdivisions multiples et d’origines diverses est extrêmement complexe, et nécessiterait de longues recherches. Elle a été tentée déjà, mais reste fort incomplète. Il suffit de rappeler comme exemple les tribus des Sidi Bé, Diallo, Diakhité, Sangaré du Ouassoulou, de mentionner comme caste celle des Torobé, d’origine Ouolof, et qui, répandus dans tous les Etats Peul, forment une sorte de noblesse religieuse et guerrière ; des Koliabé, issus des captifs de Koli, le conquérant du Foutah ; des Diaouanbé, agents subalternes des chefs, dans le Kaarta, etc... A ces désignations qui varient à l’infini chez les Peul mêmes, s’en ajoutent d’autres qu’emploient les peuples étrangers à leur race : telle celle de Toucouleur, en usage au Sénégal chez les Français et quelques Ouolof, inconnue des Foul-bé eux-mêmes.

Ce qu’il importe surtout de retenir, c’est que partout la race Peul offre les caractères d’hétérogénéité constatés chez les Mandé, avec une confusion plus grande encore s’il est possible. Mais l’idée musulmane, répandue dans toutes leurs peuplades, suffit, à défaut d’une organisation politique et sociale qui manque, pour créer entre toutes leurs fractions, dans chaque contrée, un lien puissant pour les réunir à un moment donné en un groupe compact, dans la lutte contre les adversaires de la foi islamique.

Bien que ce soit Barth qui ait le premier posé les bases de l’histoire des Peul, il semble que l’hypothèse admise par lui de leur ancien établissement dans le royaume de Ghana, avant la première conquête Songhaï, ne puisse être admise. Il n’est pas davantage probable qu’ils aient occupé, au VIIe siècle de l’ère chrétienne (ier siècle Hégire), le sud du Maroc et le Touat.

En réalité, on les voit pour la première fois mentionnés dans l’histoire au commencement du XIVe siècle, à l’époque où deux marabouts de leur race allèrent de Mali au Bornou, sous le règne du Sultan Biri (i 288-1 3o6).

Quelques-unes de leurs tribus s’étaient établies dès cette époque dans le Bakhounou, où El Hadj Mohammed Askia, le successeur de Sonni Ali, défît et tua, en 1 5oo, leur chef Dambadoumbé. Peut-être leurs premières migrations vers le Foutah- Toro datent-elles de ce moment. Mais ce fut surtout en pays Songhaï qu’ils se fixèrent tout d’abord dans le bassin du Niger septentrional. Vers le milieu du XVIe siècle, ils forment un petit Etat indépendant à Dankka, sur la rive droite, au sudouest de Timbouctou, et prennent part en même temps au soulèvement des gens de Kanta, dans le Kebbi, sur la rive gauche, en amont du confluent de la rivière de Sokoto. Leur domaine futur du Gandho et du Macina, se trouvait ainsi jalonné déjà, par deux colonies, à ses extrémités. Mais ils occupaient aussi

LES RACES ET LEUR HISTOIRE I I I

quelques points de la partie centrale de la Boucle du Niger depuis une date plus reculée. C’est là en effet que Sonni Ali trouva la mort en 1492, dans une expédition qu’il dirigea contre eux et contre une peuplade apparentée à leur groupe, les Zogoran. Continuant à s’accroître dans toute la* région dont les monts Hombori marquent le centre, ils y joüèrent un rôle actif au moment de la conquête marocaine , qu’ils aidèrent puissamment, les Zogoran surtout. Ceux-ci, dont descendent les Diaouanbé actuels, formaient une tribu vassale desSongha'l. Réduits à une dure servitude, ils se soulevèrent en 1596, dévastèrent les provinces de Dirma et de Bara, au nord du Macina, et formèrent dans ces parages un État qui embrassa pendant quelque temps un vaste territoire.

Les Peul, qui jetèrent ainsi les fondements du futur empire de leur race, étaient venus eux-mêmes du royaume de Khanem, qui, au XIIIe siècle, s’étendait à tout le Soudan septentrional, et au nord du lac Tchad, jusqu’au Fezzan d’une part, au Ouadaï de l’autre. Malgré l’émigration de quelques-unes de ses fractions, leur race avait continué à se développer dans son ancien habitat, notamment dans la province du Khanem, devenue le Bornou actuel, et dans le Baghirmi. La chronique arabe les signale comme constituant, en 1 564, une partie notable de la population du premier pays. Leurs progrès étant devenus menaçants pour les autres habitants, ils eurent à soutenir, sous le règne d’Edriss Alaama (1 571-1603), une longue guerre contre les Ngisim qui occupent aujourd’hui l’ouest du Bornou. Dans le Baghirmi où ils étaient nomades et pasteurs, ils habitaient les parages de Massenya, la capitale actuelle, et, plus à l’Est, le Biddari où un marabout de leur race acquit une certaine renommée. Là aussi, ils formaient un groupe nombreux, et au milieu du XVIe siècle, le roi des Boulada, le fondateur du royaume, dirigea contre eux des attaques répétées.

Ce fut sans doute à la suite de ces guerres que partirent du Baghirmi et du Bornou les tribus qui allèrent envahir l’Adamaoua sur la Bénoué, et le Ouassoulou sur le Haut-Niger. Ces dernières s’établirent ensuite dans le Foutah-Djallon. Mais l’une d’elles, celle dés Hirmanké, encore fétichiste, paraît s’être dès lors dirigée vers cette région, où elle se fixa dans sa partie septentrionale.

Un autre courant d’émigration se porta probablement vers le Niger du Gandho ; cependant l’élément Peul y resta stationnaire, ou du moins ne s’y étendit pas assez pendant les deux siècles suivants, pour que les traditions du Soudan occidental mentionnent ses mouvements. On sait seulement que dans cette région, les Zogoran se mélangèrent de plus en plus aux Peul purs, pour devenir en dernier lieu les Diaouanbé. Pendant que s’accomplissait cette transformation ethnique, ils perdirent presque entièrement leur pouvoir politique, et lorsque les Peul du Haoussa fondèrent leur propre empire, ils n’étaient plus déjà qu’une caste inférieure.

Malgré la tentative infructueuse qu’ils avaient faite pour s’établir dans le Bakhounou. les Peul réussirent à s’étendre au delà du Niger, vers le Sénégal, à l’époque même de la victoire remportée sur eux par El Hadj Mohammed Askia, en i5oo. Il semble du moins que l’arrivée dans le Galam, des Dénianké, qui y représentèrent tout d’abord la race, soit contemporaine du bouleversement qui suivit la mort de Sonni Ali. La tradition les représente, en effet, comme d’anciens captifs fuyant après une révolte contre leurs maîtres. En tout cas, ils trouvèrent encore établis dans leur nouveau pays, les Sousou qui en avaient euxmêmes chassé les Ouolof et partirent vers la côte, refoulés à leur tour par les nouveaux venus.

Sous les ordres de leur chefKoli, les Dénianké, encore fétichistes, firent quelques guerres heureuses contre les Ouolof

.A. LE CHATELŒR L'Islam dans l’Afrique occidentale PI. H

G.STEINHEIL Éditeur.

auxquels ils enlevèrent la province de Toro, et contre les Maures. Ils créèrent ainsi un Etat qui s’étendait sur les deux rives du Sénégal, et était encore puissant à la fin du XVIIe siècle. Bien que l’Islam ne fût pas dès lors leur religion exclusive, leurs chefs le professaient en général, et notamment le Siratic Boubakar Siré, qui reçut Brue en 1684, se montrait très fervent musulman. Mais dès le XVIIe siècle, l’élément mahométan se trouva plus particulièrement représenté dans le pays par une caste métisse, celle desTorobé.

Au moment de la conquête du Toro par les Dénianké, qui, quittant le Galam, vinrent s’y établir, les anciens habitants, tous Ouolof, ne voulant pas subir la domination d’anciens esclaves, s’enfuirent chez les Maures. Fétichistes jusqu’alors, ils se convertirent, puis ne trouvant pas les moyens d’existence nécessaires au nord du Sénégal, ils se dispersèrent. Les uns allèrent se réunir aux Peul, de l’Est, les autres revinrent dans leurs pays.

Ceux-ci ne tardèrent pas à se mélanger aux Dénianké qui les accueillirent bien. Mais ils n’en formèrent pas moins dès lors une caste se distinguant du reste de la populationpar ses origines et ses tendances religieuses. Peu à peu, l’Islam avait fait de nouveaux progrès dans le Toro, et s’étant eux-mêmes fort accrus en nombre, ils constituaient, au commencementduXVIIIe siècle, un parti pauvre, mais puissant. Leurs progrès, vus d’un mauvais œil par les Dénianké, déterminèrent à la longue entre eux une animosité très vive.

Quelques mauvais traitements subis par un marabout révéré, firent éclater une lutte devenue inévitable. Après plus de vingt années de guerres intestines, les Torobé dirigés successivement par Baba, puis par Souleyman Ba, finirent par l’emporter vers 1 770, sous les ordres de leur troisième chef l’Almamy Abd el Kader. Après avoir achevé la conversion des Dénianké soumis, celui-ci entreprit au dehors de nouvellescampagnes pourle triomphede la

ISLAM

foi musulmane. Tour à tourses armées victorieuses parcoururent le Oualo, le Djolof, le Boundou et le Galam. Mais ses anciens partisans se lassèrent de le suivre, et une révolte le força de s’enfuir sur la rive droite du Sénégal.

Rappelé quelque temps après par les Torobé, il ne put cependant réussir à renverser l’Almamy qui l’avait remplacé et se réfugia dans le Khassa, où le chef du Boundou, allié au roi du Kaarta, vint le poursuivre et le tua (1788).

L’état Peul du Foutah-Toro avec ses dépendances, le Dimar, le Damga, le Boundou, n’en était pas moins constitué. Son histoire resta dès lors toute locale jusqu’au moment où El Hadj Omar commença l’épopée de ses conquêtes.

Pendant cette période du développement de la race Peul, elle avait également achevé de s’établir au Foutah-Djallon. On a vu qu’elle y avait été représentée tout d’abord par une tribu fétichiste, partie probablement du Soudan central au XVIe siècle, celle des Hirnanké. Nomades et pasteurs, ceux-ci se fixèrent à l’extrémité septentrionale des plateaux, dans le territoire qu’occupe la province de Labé, et s’y mêlèrent aux Djallonké, sans avoir à lutter contre eux.

Un peu plus tard, dans le courant du XVIIe siècle, les Peul, du Ouassoulou, déjà absorbés par les Mali-nké et les Bambara, se rapprochèrent peu à peu des plateaux qui forment la ceinture du bassin du Niger. Cantonnés d’abord dans le Sangaran, ils entrèrent ensuite dans le Kouranko, puis s’étendirent au Nord, jusqu’à la région de Timbo. Ils y trouvèrent d’autres fractions de leur race, venues également du Ouassoulou, mais qui s’étaient rendues au Foutah-Djallon.

Comme au Nord, l’arrivée des Peul ne détermina tout d’abord aucun changement dans la situation politique du pays. Ils se dispersèrent, se mêlèrent aux Djallonké et vécurent avec eux en bonne intelligence. Mais au XVIIIe siècle, un chef Diakhité,

LES RACES ET LEUR HISTOIRE

venant du Kouranko, Alipha Bâ, groupant autour de lui tous les indigènes de sa race, soumit les Djallonké, qui dès lors descendirent au rang de vassaux.

Le Foutah-Djallon était encore fétichiste; mais converti par les marabouts de Kankan, Alipha Bâ ne tarda pas à imposer l’Islam à tous les habitants Peul ou Djallonké. Dès lors le nouvel État se trouva constitué avec le gouvernement théocratique qu’il a conservé. Jusqu’à l’époque où El Hadj Omar à ses débuts, vint s’y fixer momentanément, ses annales n’offrent d’autres événements que des dissensions locales, ou des guerres contre les peuples fétichistes du voisinage.

Toutefois, il y a lieu de noter la formation entre le Kouranko et le Foutah-Djallon proprement dit, d’un petit État Peul indépendant, les Houbous, qui, jusqu’au moment où Samory les subjugua, résistèrent victorieusement à toutes les attaques de leurs voisins du Nord. Onpeut aussi rappeler le développement qu’acquérirent vers l’Ouest les nouveaux pays Peul. Presque tous les Mali-nké fétichistes du versant Atlantique furent successivement subjugués, un peu avant le milieu du siècle actuel, par l’almamy Omar, qui périt lui-même dans une expédition contre les Houbous, après avoir repoussé victorieusement une invasion d’un chef Peul du Ouassoulou Kondé Birama.

Parmi les nouvelles conquêtes des Peul du Foutah-Djallon, il en est une qui, au point de vue politique, forme un État indépendant, et offre une importance spéciale, le Firdou. Tel est du moins le nom générique qui lui est donné dans le pays, quoique en réalité le Firdou n’en soit qu'une province. Cet État s’étend de la Gambie au Rio-Grande, englobant l’ancien Gabou. Vers l’Ouest, il s’avance assez loin dans les vallées de la Cazamance et du Rio Géba. Fondé par le père de son chef actuel, Moussa Molo, il continue à se développer. Par le Bondou et le Diaka, qui lui est contigu, les pays Peul du versant Atlantique se pro-

longent jusqu’au Sénégal. L’élément Mali-nké est, il est vrai, en majorité dans ces régions, et plus encore, au Sud, dans les territoires tributaires du Foutah-Djallon, sur le Rio Compony, le Rio Nunez, laDubréka, mais il n’en subit pas moins la loi des vainqueurs, dont le premier soin a été d’assurer la conversion en masse des habitants fétichistes.

Pendant que les Peul continuaient ainsi à s’étendre vers l’Océan, ils atteignaient, au commencement du XIXe siècle, l’apogée de leur puissance dans la vallée du Niger moyen. La révolution qui devait les rendre maîtres de leur nouvel empire, commença au Haoussa. Ils y vivaient épars, s’occupant de l’élevage de leurs troupeaux et ne sortant guère des forêts où ils se cantonnaient de préférence. Ils avaient une certaine culture intellectuelle, étant musulmans; beaucoup savaient lire et se procuraient à grand prix les livres apportés par les marchands arabes. Tous cherchaient avec empressement les occasions de s’instruire, de se fortifier dans les principes de la religion.

C’est ainsi que dans les dernières années du XVI IIe siècle, un de leurs marabouts, Othman dan Fodio, groupa autour de lui un certain nombre de disciples à Daghel, village du Gouber. Son influence croissante, ses tendances à s’immiscer dans les affaires publiques, inquiétèrent à la longue le chef du pays, Baoua, qui, en 1802, lui donna l’ordre de sortir de ses Etats.

Les Peul se soulevèrent aussitôt, mais ils furent vaincus et chassés. Othman s’établit alors dans l’Ader, où il avait autrefois résidé et de tous côtés les tribus musulmanes vinrent l’y rejoindre. Reprenant la campagne, dès qu’il se vit assez fort, il envahit successivement le Kano, puis le Gouber. Baoua fut tué et tout le pays se soumit. Bientôt le Haoussa entier fut aux mains des Peul, qui étendirent alors leurs conquêtes vers le Sud. En peu de temps ils furent maîtres du Yauri et d’une partie du Nupé, dans la vallée du Bas-Niger, puis par le Yorouba,

LES RACES ET LEUR HISTOIRE

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