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l’école des Bekkaya. Ce fut lui qui convertit le conquérant Peul. Quelques chefs de clans, tels qu’Alpha Foukoumba, avaient déjà embrassé l’Islam. Mais il fallut l’exemple d’Alipha Bâ pour entraîner tous les autres : Alpha Omar Labbé, Alpha Bouria, Tierno Balla, Tierno Makoladé, Alpha Siré, etc... Rapidement le mahométisme se propagea dans toutes les tribus Peul, qui se groupèrent alors, à l’exception des Houbous, sous l’autorité d’Alipha Bâ. Les Djallonké ne tardèrent pas à être réduits au rang de vassaux et à adopter la foi musulmane, que de nombreuses guerres saintes propagèrent en même temps vers l’Ouest. Mais de ce côté, jusqu’au règne de l’almamy Omar, et à la période d’expansion qui suivit l’arrivée d’El Hadj Omar, les résultats obtenus ne furent que temporaires. Le Djehad conserva surtout le caractère de razzia d’esclaves en pays fétichiste, qu’il a encore maintenant.
Les Djallonké du Foutah même acceptèrent au contraire définitivement les croyances qui leur étaient imposées et se montrèrent par la suite aussi fervents que leurs maîtres.
Après la mort d’Alipha Bâ, d’heureuses expéditions maintinrent le pouvoir dans sa famille pendant quelques générations, jusqu’à la mort de l’almamy Sory, tué chez les Houbous. Il se forma alors deux partis politiques, les Soriya et les Alfaya qui partagèrent l’autorité par l’accession alternative de leurs chefs à la dignité d’Almamy.
En même temps ces deux partis représentaient une scission dans les tendances religieuses. Aux Soriya s’étaient ralliés les Djallonké, tous les Peul originaires du Ouassoulou. Les Alfaiya comprenaient au contraire les Hirnanké et quelques autres fractions apparentées aux gens du Macina.
Chez eux, l’influence des doctrines mystiques paraît avoir été moindre. Ils s’attachèrent davantage à la tradition Sunnite. Les premiers ne tardèrent pas non plus à oublier l’origine Kadryenne
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de leur foi, mais en restant plus disposées à accepter de nouvelles croyances de même nature. Ce fut donc chez eux qu’El Hadj Omar trouva ses premiers adeptes. Les Alfaya lui opposèrent unecertaine résistance, tandis que, dès le début, les Soriya se montré rent favorables à sa cause.
Le mouvement dont Othman dan Fodio fut le chef dans le Haoussa, au commencement du XIXe siècle, a eu, plus encore que la conversion du Foutah-Djallon, le caractère d’une œuvre préparée et développée par une association de doctrinaires. Le rôle de Sidi Mohammed ben Ali el Baghdadi au Haoussa, paraît avoir été considérable, à en juger par la célébrité de son Makam.
Il est fort possible que Cheikh Othman n’ait été qu’un représentant de sa règle. En tout cas, les renseignements fournis sur lui par Clapperton, qui arriva dans le pays du temps de son fils, le sultan Bello, montrent bien qu’il 'était lui-même Cheikh el Triqâ, chef d’ordre et mystique extatique au premier chef.
« Dan Fodio, dit le voyageur anglais, croyait fermement qu’il était prophète. Cette opinion continue à être en vogue et acquiert d’autant plus de force que les Arabes deviennent plus puissants. Il sortit des forêts de l’Ader ou Tadéla, s établit et bâtit une ville dans la province de Gouber ; les Fellatah commencèrent à s’y réunir autour de lui. »
Puis plus loin, après son expulsion de Gouber : « Dan Fodio s’établit de nouveau dans l’Ader, mais ne rentra pas dans les bois; il fonda une ville; les Fellatah de tous les pays s’étant rassemblés autour de lui, il les partagea sous différents chefs à chacun desquels il remit un drapeau blanc. Indépendamment les Fellatah devaient porter un tobi blanc comme un symbole de leur pureté. » Enfin : <r L’an de l’Hégire 1218, le vieux Malem Cheikh Othman dan Fodio devint fou. Cette aliénation mentale , dont le fanatisme religieux était cause, dura jusqu’à sa mort... Les Fellatah avaient une si grande vénération pour leur chef,
que lorsqu’on lui rasait la tête, ses cheveux étaient ramassés soigneusement et conservés dans des boîtes d’or et d’argent. »
Barth insiste d’autre part sur le caractère réformateur de l’enseignement du futur maître du Haoussa, au début de ses prédications.
On voit donc que, initiateur de doctrines personnelles, et extatique jusqu’au Touhidisme, Othman dan Fodio avait de bonne heure réuni ses disciples en Zaouiya, et qu’il leur faisait porter la Khirka Soufia, un emblème des Soufi. Plus tard il devint pour eux le saint dépositaire de la Baraka divine. A défaut de documents plus précis, ces indices suffisent pour définir son rôle véritable. Il a, lui aussi, été le représentant, l’élu d’une mission mystique, et comme chez les héritiers d’El Hadj Omar, la tradition s’en est conservée chez ses successeurs. C’est en qualité de Khalifat du Cheikh, que le sultan de Sokoto conserve sur les chefs des États voisins une suprématie toute spirituelle.
Les indications déjà données sur le développement de l’empire des Peul du Haoussa, suffisent pour montrer les résultats qu’ils ont obtenus dans le domaine religieux. Par eux, l’Islam qui avait commencé, au temps d’El Hadj Mahommed Askia, à pénétrer dans la vallée du Bas-Niger, s’est définitivement implanté dans le Borgou, le Yorouba,le Nupé, progressant aussi vers l’Ouest, où les Mandé Dioula de Salaga, Bondoukou et Kong accueillirent avec empressement leurs coréligionnaires, en même temps que sur la rive gauche du Niger il s’étendait à la vallée de la Bénoué et au delà dans l’Aadamaoua.
Ce rôle de la race Peul qui, du milieu du XVIIIe siècle aux premières années du XIXe, devient ainsi le principal agent de propagation de l’Islam, à l’est et à l’ouest du bassin du Niger, est tout particulièrement remarquable. Cinquante ans plus tard, deux des groupes ethniques mis en mouvement, les Peul du
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Foutah-Toro, et ceux du Foutah-Djallon, devaient s’unir dans une nouvelle entreprise de propagande sous la direction d’El Hadj Omar, dont Baba, l’almamy Abd el Kader et le Mahdi de Podor, Alipha Bâ et ses compagnons, puis Cheikh Othman avaient été les précurseurs.
En même temps que se fondait l’empire de ce dernier, Timbouctou était le siège d’une autre révolution religieuse. La confrérie princière des Bekkay y arrivait au pouvoir. Après la mort de Cheikh Omar, l’élève d’Abdel Kerim el Moghouli, ses disciples formèrent un ordre religieux au sens le plus étroit du mot. Il eut pour successeur spirituel son fils second Ouafa, l’autorité temporelle que la famille possédait sur les Kountah restant aux mains de l’aîné Sid el Mokhtar. Celui ci paraît s’être plus particulièrement attaché à la tradition d’El Moghouli. Il se fixa à Bou Ali dans le Touat, où résidaient les enfants de ce dernier, et y mourut dans la Zaouiyat el Kounti.
Omar avait un autre fils, Sid Ahmed el Reggani, du nom du Ksar de Reggan où il s’était établi de son côté. Sous le nom de Regganiya, les descendants d’Ahmed vinrent plus tard se fixer à Oualata, où ils supplantèrent complètement les Bekkaya proprement dits, qu’ils ont même réussi à chasser depuis peu.
1 Après la mort d’El Ouafa, la confrérie, dont cependant la tradition restait représentée chez les Kountah du Touat et du Sahara par de nombreux cheikh, s’éteignit. Ses descendants Sid Habib Allah, Sid Mohammed, Abou Beker, Baba Ahmed furent des Ouali sans avoir la dignité de Khalifat, de chefs d’ordre.
Ce fut seulement à la fin du XVIIIe siècle, que les Bekkaya se trouvèrent de nouveau réunis en confrérie, en association religieuse, par un membre d’une branche cadette de la famille, Sid Mokhtar el Kebir. Il vivait au milieu des Kountah qui le reconnurent les premiers pour chef spirituel et temporel. Avec
leur concours et celui des Mechdouf qui se joignirent à eux par la suite, il put, en 1787, réduire les Oulad-Billah qui s’étaient déclarés ses adversaires. Bientôt, à la suite d’une révélation extatique qu’il proclama en 1793, toutes les tribus sahariennes où prédominait l’élément berbère, embrassèrent sa cause. Il devint le maître religieux et politique de tout le désert, de l’Adrar des Lemtouna à l’Adrar des Aouelimmiden. Ceux-ci d’ailleurs se rallièrent aussi au nouveau parti des Bekkay.
Au moment où Sid el Mokhtar achevait d’affirmer son autorité dans ces parages, Othman dan Fodio commençait de son côté la lutte contre les fétichistes de Gouber. D’étroites relations s’établirent entre les deux cheikh et c’est là un nouvel indice de l’affinité de leurs doctrines.
Saints mystiques l’un et l’autre, ils abandonnèrent à peu près en même temps la direction des affaires à leurs successeurs. Sid el Mokhtar fut ainsi remplacé vers 1809, deux ans avant sa mort, par son fils Sidi Mohammed, qui, comme lui, se fixa dans l’Azaouad.
Les progrès des Peul du Macina à Timbouctou rompirent peu après les liens qui s’étaient formés entre leur race et les Bekkay. Et lorsque Ahmadou Lebbo s’empara de Timbouctou en 1826, les contingents de ces derniers se réunirent pour les en chasser. Mais une fièvre contagieuse enleva Sidi Mohammed dans le courant de l’année, et ce fut son fils Cheikh el Mokhtar qui, en 1827, rétablit momentanément dans la capitale saharienne la domination berbère. Quatre ans plus tard, les Peul revinrent en force et réoccupèrent Timbouctou pendant quelques mois. Cependant, jusqu’à sa mort, en 1848, Cheikh el Mokhtar y conserva une autorité prédominante. Avec son fils Sid Ahmed el Bekkay commença, peu après le voyage de Barth, la décadence de la famille. Chassée de Timbouctou par les Tidjaniya d'El Hadj Omar, elle se divisa en branches isolées,
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qui ne représentent plus aujourd’hui que des influences locales. Il s’était d’ailleurs produit déjà à la mort de Sid el Mokhtar el Kebir, une désagrégation de la confrérie même dont les principales fractions sont, depuis cette époque, indépendantes des Bekkay.
Si courte qu’ait été ainsi la période pendant laquelle rles descendants de Cheikh Omar exercèrent sur les peuplades sahariennes leur double ascendant, elle n’en a pas moins été féconde pour la propagation de l’Islam chez les fétichistes, ainsi qu’on le verra en étudiant la situation religieuse et l’histoire moderne du Soudan.
La succession des événements qui ont, depuis les origines historiques, déterminé la formation des peuples actuels dans l’Afrique occidentale et marqué les étapes de leur évolution politique ou religieuse peut se résumer en quelques traits essentiels.
Les tribus berbères, maîtresses du Sahara, embrassent librement l’Islam et l’imposent aux nations voisines, Mali et Songhaï. Celles-ci à leur tour le développent sous l’influence de la renaissance sociale qu'elles doivent à leur nouvelle foi, et par elles, le mahométisme pénètre le long du littoral, puis dans la vallée inférieure du Niger. Mais les empires qui s’étaient successivement fondés après la décadence des Almoravides, aux confins du Soudan, s'écroulent à leur tour, et les peuplades nègres de l'intérieur restent adonnées au fétichisme là où elles n’ont pas été subjuguées, rejettent ailleurs les dogmes qu’elles ont dû subir.
Après trois périodes d'expansion, l’Islam perd en grande partie le terrain qu’il avait conquis. Mais à la fin de la seconde invasion arabe qui introduit un nouvel élément dans les foyers de propagande du mahométisme, correspond une ère de renaissance religieuse.
Les croyances mystiques de l’Égypte, de l’Orient se répandent alors dans le monde musulman de l’Afrique occidentale. Malgré une longue période de guerres politiques, la semence germe et se développe. Au XVIIe siècle commence ainsi un dernier mouvement qui a pour représentants trois groupes d'une race jusqu’alors effacée : au Foutah-Toro, au Foutah-Djallon, au Haoussa, les Peul deviennent conquérants et apôtres, apôtres de l’Islam mystique, qui compte en même temps parmi ses adeptes les Bekkay de Timbouctou.
Prédominance de l’élément Peul dans le monde musulman, avènement des doctrines extatiques et hagiologiques, telle est l’évolution finale qui ouvre la période moderne au Soudan