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tant plus graves pour la cause des vainqueurs, qu’ils se trouvaient ainsi engagés dans une lutte imprévue contre leurs coreligionnaires, en même temps qu’après les Bambara du Kaarta, ils allaient trouver devant eux ceux de Ségou.
El Hadj Omar s’en rendit compte et essaya d’éviter le danger immédiat que provoquait l’occupation de Diangounté. 11 envoya un émissaire au fils de Mansong, Torocoro Mary, qui venait de monter sur le trône et, semble-t-il, un accord intervint entre eux. Les Bambara de Ségou ne l’entendaient pas ainsi et Torocoro paya de sa vie cette compromission.
La diversion n’en permit pas moins à El Hadj Omar de s’occuper d’autres soins. Plusieurs colonnes allèrent ravager tout le pays compris entre le Bafing et le Bakhoy, ainsi que la rive droite de cette rivière jusqu’au Manding. Son autorité s’étendit ainsi aux enclaves indépendantes, du Sénégal au Tinkisso. Sur le premier fleuve, un autre pays, le Khasso, avait déjà subi quelques incursions des Thalibé, mais n’était pas entièrement soumis. En mars 1857, l’armée du Prophète, qu’il commandait en personne, y apparut de nouveau, et, après avoir brûlé tous les villages qui résistèrent, elle vint mettre le siège devant Médine, le 27 avril.
On sait ce que fut l’héroïque résistance de Paul Holl, le commandant du fort construit l’année précédente, et au prix de quels prodiges d’audace, d’énergie, le général Faidherbe parvint à débloquer la place avec une poignée d'hommes, le 18 juillet. Pendant le combat, El Hadj Omar était resté à Sabouciré sur la rive droite, où se trouvait son camp. Les fuyards vinrent l’y rejoindre, mais des désertions en masse réduisirent de plus de moitié son armée qui manquait de tout. Il se décida alors, sur les instances des principaux chefs, à passer sur la rive gauche pour se ravitailler, en traversant le Bamboukhou et vint s’établir à Koundian.
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Après un séjour de cinq mois, employés à la construction d’une citadelle comme celles de Dinguiray, Koniakari etNioro, il se rendit dans le Boundou, dont l’Almamy avait décidément abandonné sa cause pour se rallier à nous. Après avoir brûlé quelques villages et décidé les Peul Sissibédu pays à partir pour Nioro, il traversa tout le Boundou, sans s’attaquer à l’Almamy qui s’était d’ailleurs retiré dans l’Ouest, et entra dans le Foutah Sénégalais où il resta jusqu’au milieu de 1 859 .
Bien que la population nous fût profondément hostile, El Hadj Omar eut d’assez graves difficultés avec ses compatriotes, et ne pouvant comme il l’eût souhaité dévaster leur territoire, en raison de la composition de ses troupes, il se décida à repartir pour le Kaarta qui venait de se révolter. Pendant son séjour au Foutah, il avait fait contre le fort de Matam une tentative sans succès et, à son départ, défila près de Bakel sans riposter à la canonnade engagée contre ses gens.
A Nioro, Alpha Oumar avait eu à soutenir une lutte assez longue contre les Maures du Bakhounou, et lorsque l’armée, suivie d’une foule de femmes, d’enfants, après avoir traversé le .Sénégal, s’engagea sur la rive droite, une de ses colonnes fut attaquée par les Douaïch. Les Diaouara du Kingui s’étaient d’autre part révoltés de nouveau. Enfin, de fortes bandes ennemies s’étaient formées dans le Bélédougou, au sud-est du Kaarta. Composées de déserteurs des troupes mêmes du Prophète, de Maures, de Bambara, de Mali-nké de tout pays, elles tenaient la campagne avec une audace croissante. La situation était donc mauvaise. Mais l’arrivée d’El Hadj Omar et de ses contingents, formidablement grossis au Foutah, mit rapidement fin à tous ces mouvements. A la fin de l’année 1859, la prise de Marcoïa, capitale du Bélédougou et centre de la résistance, acheva la pacification du pays, terrorisé par d’impitoyables massacres. Presqu’à la même date, Alpha Outhman achevait la conquête du
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Fouladougou, entre le Bélédougou et la vallée du Bakhoy. Mais dans le Foutah Sénégalais, les événements ne se montraient pas aussi favorables à la cause des Tidjaniya. Une attaque dirigée contre Bakel, par les contingents du pays, avait été repoussée, et peu après, la prise de Guémou par une colonne à laquelle s’étaient joints de nombreux volontaires de Saint-Louis et des postes du fleuve, mit fin à leurs entreprises.
Pendant cinq mois, El Hadj Omar resta à Marcoïa, envoyant ses bandes ravager le Bélédougou pour nourrir tout son monde. Durant cette période les Bambara de Ségou, où Ali avait succédé à Toroco-Mari assassiné, vinrent, à trois reprises, attaquer les troupes du marabout, mais sans succès. Pressé alors par le manque de vivres, celui-ci se décida à commencer les opérations contre ces nouveaux ennemis. Quelques combats meurtriers, puis une dernière victoire sur une double armée Bambara qu’il avait réussi à traverser, et par laquelle il se laissa poursuivre avant de l’attaquer à son tour, le menèrent rapidement au Niger. En avril 1860, il entra ainsi dans Nyamina, évacuée par ses habitants.
Là encore, il fit un séjour de cinq mois, et les approvisionnements réunis par le pillage du pays, épuisés, l’armée se remit en marche. Tout le Ségou prit alors les armes et se concentra sur la rive gauche du Niger à Oïtala. Après quelques escarmouches, où il perdit beaucoup de monde, El Hadj Omar fit donner l’assaut, sans succès tout d’abord. LesThalibé se débandèrent et un désastre complet parut un moment imminent. Mais deux obusiers abandonnés par une petite colonne dans le Bambouk, où il les avait trouvés, lui servirent à canonner le village dont les défenseurs effrayés prirent la fuite. Un fils d’Ali, Tata, qui commandait les Bambara, périt dans l’assaut final que suivit un massacre général.
Cette victoire amena la soumission de Sansanding, dont les
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habitants, Soni-nké et musulmans, appelèrent d’eux-mêmes le Prophète. Ils ne furent d’ailleurs guère plus épargnés que les fétichistes vaincus, et pendant plusieurs mois durent nourrir tous les Thalibé, au nombre de io ou i5,ooo, sans compter les femmes et les enfants.
Le Macina, gouverné par Ahmadou Ahmadou, petit-fils d’Ahmed Lebbo, était alors au point culminant de sa puissance. Une expédition heureuse venait, en 1 85 5 , de lui rendre la possession de Timbouctou. Ce fut vers lui que se tourna le roi de Ségou, qui s’engagea, tant en son nom qu’en celui de ses sujets, à embrasser le mahométisme. Ahmadou en profita pour intervenir de nouveau. Il écrivit tout d’abord à El Hadj Omar, pour lui demander d’évacuer le pays comme soumis à sa propre autorité, et sur un refus peu déguisé, le menaça de marcher sans plus tarder sur Sansanding, s’il n’en sortait aussitôt.
Les deux armées se concentrèrent immédiatement : sur la rive gauche, à Sansanding, les Thalibé ; sur la rive droite en face les Peul du Macina, auxquels vinrent se joindre les dernières troupes de Ségou. Pendant deux mois, les pourparlers continuèrent, mais des escarmouches isolées qui furent défavorables aux Tidjaniya, ne tardèrent pas à s’engager. Renouvelant alors la tactique qui lui avait réussi à son entrée dans le Kaarta, El Hadj Omar fit passer ses gens en deux colonnes et vint attaquer l’ennemi de front et de dos. Les Bambara plièrent les premiers, puis les Peul et après une lutte sanglante, la victoire resta aux assaillants.
Peu de jours après, El Hadj Omar faisait son entrée à Ségou, d’où Ali venait de se sauver quelques heures auparavant. Dans tout le Soudan, cet événement eut un grand retentissement. Les populations se hâtèrent d’envoyer des messages au vainqueur, offrant leur soumission. Il en vint même de Tengrela, à l’est du Ouassoulou.
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Cependant le Macina, où Ali s’était réfugié après la chute de Ségou, se préparait à recommencer la guerre. Une armée qui comptait, dit-on, 3o,ooo hommes, dont plus de 10,000 cavaliers, vint camper près de Ségou et après quelques engagements préparatoires, un choc général se produisit. Les Maciniens, battus une seconde fois, s’enfuirent.
Laissant alors son fils Ahmadou Cheikhou, qu’il avait eu de sa première femme et qui était depuis peu revenu du Dinguiray, pour commander Ségou, El Hadj Omar entra dans le Macina à la tête de toutes ses forces, plus de 3o,ooo hommes, et marcha sur la capitale Hamd Allahi.
Ahmadou Ahmadou, sur la demande de quelques chefs de son entourage et de nombreuses fractions Peul, auxquels répugnait cette guerre entre musulmans, essaya d’obtenir un accord. Mais il s’y prit de manière à exciter l’hostilité de son adversaire et la lutte continua. Elle se termina par une rencontre générale dans laquelle les Maciniens eurent d’abord l’avantage.
Les Tidjaniya, qui ne devaient leur supériorité qu’à leurs fusils, épuisèrenttoutes leurs munitions, et ils semblaientperdus, lorsque Ahmadou Ahmadou eut la fatale idée de vouloir profiter de l'avantage du nombre pour les prendre par la famine. El Hadj Omar en profita pour faire refondre des balles, et préparer une dernière attaque. Quand il fut prêt, il lança ses troupes fanatisées et exaspérées par leurs pertes, contre l’ennemi. Celuici avait de nombreuses bandes de cavaliers armés de lances qui firent un véritable carnage des Thalibé. Ils durent néanmoins reculer sous la fusillade, et leur déroute détermina celle de l’armée entière. Le soir même, El Hadj Omar entrait à Hamd Allahi. Quelques jours après, Ahmadou Ahmadou et Ali étaient faits prisonniers. Le premier fut aussitôt décapité, et le second jeté dans une prison dont il ne sortit plus (avril 1862).
Tout le Macina vint faire sa soumission, reconnaissant d’au-
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tant plus facilement l’autorité du Prophète, que son triomphe était surtout celui d’un parti religieux sur un autre parti d’affinités communes.
Dans les dépendances du pays, se trouvaient toute la vallée du Niger jusqu’à Timbouctou et la ville même. Une colonne alla y faire reconnaître ladomination d’El Hadj Omar qui commença à s’occuper de l’organisation de son immense empire.
Mais quelques chefs Maciniens, qui avaient espéré se partager la succession de leur ancien maître, ne tardèrent pas à s’agiter.
Par l’intermédiaire des Soni-nké du Niger, restés, malgré leur soumission, hostiles aux Tidjaniya, ils entraînèrent dans leur cause les Bekkay, que l’expédition de Timbouctou avait achevé de ranger parmi les adversaires du conquérant. Il se forma ainsi un vaste complot, où entrèrent également les Bambara de Ségou.
Quelques soulèvements partiels dans cette région, et la trahison d’un émissaire de Sid Ahmed el Bekkaï, firent découvrir ce qui se préparait. Mais malgré une répression énergique, l’insurrection ne tarda pas à devenir générale. Pendant qu’Ahmadou Cheikhou essayait sans succès défaire rentrer les Bambara dans le devoir, El Hadj Omar avait à faire face à l’invasion des Koun* tah, des tribus maures ou berbères du Bakhounou, du Niger, auxquels s’étaient joints les Maciniens. Les communications se trouvèrent bientôt coupées en.tre Ségou et Hamd Allahi. Divisée en deux tronçons, l’armée tidiane eut à soutenir une double lutte.
Dans le Macina, le sort des armes lui fut presque immédiatement fatal. Les Maciniens avaient pour chefs deux oncles du dernier roi, Abdoul Salam et Balobo. Ils s’attaquèrent tout d’abord àl’armée d’Alpha Oumar, qui après avoir occupé quelque temps et pillé Timbouctou, revenait en hâte à la nouvelle des événements. De leur côté, les Kountah arrivèrent sur les der-
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rières de la colonne. Après deux combats victorieux, elle fut écrasée par le nombre. Alpha Oumar périt, et quelques hommes à peine rentrèrent à Hamd Allahi.
El Hadj Omar n’avait plus assez de monde pour lutter en rase campagne. Il dut se retrancher derrière les murailles de la ville. L’ennemi essaya de donner Passau1, mais sans succès et eut alors recours à un étroit blocus. Les assiégés, qui avaient toujours vécu sur le pays, manquèrent de vivres après quelques semainesdesiège. Beaucoupse sauvèrent, ou dumoinsessayèrent ; mais la plupart tombèrent entre les mains de Balobo qui les fit décapiter. Enfin, voyant la place réduite à la dernière extrémité, les Maciniens et les Kountah essayèrent de nouveau de l’enlever par vive force et en emportèrent toute l’enceinte extérieure.
Il restait encore à El Hadj Omar un tata, une citadelle extérieure où ses plus fidèles Thalibé continuèrent avec lui une résistance désespérée. Mais ils furent 'trahis et une surprise de nuit permit aux Bambara, en avril i865, d’entrer en assez grand nombre, avant que l’alarme eût été donnée. Presque tous les défenseurs de la place lâchèrent pied et s’enfuirent.
El Hadj Omar, accompagné de quelques serviteurs seulement, dut les imiter. Il alla tomber dans les campements de Sid Ahmed el Bekkay, dont les troupes n’avaient pas pris part à l’attaque. Après une poursuite acharnée, se voyant sur le point d’être capturé, il essaya de dépister les cavaliers lancés sur ses traces, en s’enfonçant dans une sorte de terrier.de trou creusé dans un épais fourré.
On l’y retrouva bientôt, et ne pouvant le faire sortir, un parent de Sid Ahmed, qui dirigeait la poursuite, fit allumer devant l’entrée un grand feu d’herbes sèches. Lorsqu’il fut éteint, on retira du terrier le cadavre du fugitif, mort asphyxié, et après l’avoir dépecé et mutilé, les Kountah jetèrent ses restes dans la brousse.
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La fin d’El Hadj Omar, fut ainsi celle des innombrables victimes qu’il avait sacrifiées au triomphe de ses croyances.
Telle est du moins la tradition la plus accréditée dans les pays Mali-nké et Soni-nké sur la tragédie qui termina la vie du premier chef des Tidjaniya. Ceux-ci ont adopté des légendes plus conformes aux intérêts de leur cause, moins pénibles pour leur amour-propre.
Quoi qu’il en soit, le siège d’Hamd Allah i se termina par le * massacre des derniers Thalibé d’El Hadj et par sa mort. Il ne fit pas cependant cesser la lutte.
Tidiani. — Un neveu du Prophète, Tidiani, avait réussi à se maintenir sur les limites du pays, près du territoire Songhaï, et les bandes de son oncle, dispersées dans les campagnes, au moment de la destruction de l'armée d’Alpha Oumar, étaient venues le rejoindre.
Il en forma le noyau d’une troupe que grossit un parti de Maciniens, les Guiladjo, qui avant l’arrivée d’Ahmadou Lebbo, exerçaient, sous l’autorité des rois Bambara, la suprématie sur les autres tribus Peul.
D’autre part, Balobo et Sid Ahmed elBekkaï ne réussirent pas à s’entendre pour le partage des pays reconquis sur les Tidjaniya. Chacun d’eux prétendait en rester seul maître. Leur rivalité dégénéra bientôt en lutte ouverte.
Mettant alors à profit son éloignement au moment du siège d’Hamd Allahi, Tidiani se rapprocha des Bekkay et s’unit à eux pour combattre leur adversaire commun, dont ils triomphèrent d’autant plus aisément, que dans sa propre famille, Balobo avait vu s’élever contre lui d’autres compétiteurs.
Les hostilités entre les deux partis avaient commencé moins d’un an après la fin du siège d'Hamd Allahi. Elles se prolongèrent jusque vers l’année 1870, époque à partir de laquelle il cessa définitivement d’être question de la dynastie issue d’Ahma-
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dou Lebbo. Tous ses partisans se rallièrent peu à peu à Tidiani.
Ce fut alors entre lui et les Bekkay que la lutte se poursuivit. Sid Ahmed el Bekkaï était mort depuis quelque temps déjà, et son fils Sid el Abidin avait quitté Timbouctou pour essayer de reprendre l’héritage de son père au Macina.
Mais il était alors fort jeune, et son humeur batailleuse avait détaché de lui les plus anciens partisans de sa famille. Presque tous reconnaissaient déjà pour chef spirituel un de ses parents, descendant aussi de Sid el MokhtarelKebir, par la lignée directe, Baba Ahmed.
Sid el Abidin ne réussit à conserver avec lui que quelques fractions de Kountah ou de tribus maures du Sahara. A plusieurs reprises cependant, avec des contingents très faibles, il essaya d’entrer dans le Macina et réussit au moins à exécuter sur les Peul quelques razzias heureuses. Mais il dut renoncer à ses tentatives pour renverser Tidiani, dont le pouvoir s’affermissait rapidement, et essaya alors de rester à Timbouctou.
Bien que tous les Touareg se refusassent à le reconnaître comme héritier spirituel de son père, il put, pendant quelques années, se maintenir soit dans la ville, soit dans l’Azaouad, grâce au concours des Berabich et des autres tribus semi-arabes. Puis, en 1 883 , à la suite de razzias exécutées tour à tour par ses partisans et ses ennemis, les uns sur les autres, il se rapprocha de nouveau du Macina, sans pouvoir cette fois y entrer, et se fixa définitivement à Gherdja, sur la rive gauche du Niger, entre le lac Debo et Timbouctou. Il y est resté jusqu’à l’occupation de Timbouctou par nos troupes, n’ayant d’ailleurs autour de lui que quelques bandes, dont la principale occupation était de rançonner les voyageurs sur le fleuve, ou sur les routes du désert. Depuis, il a continué à vivre en chef de clan de nomades, sans rôle religieux. Cependant en 1886, son autorité politique sembla tendre à se développer chez les Soni-nké riverains du Niger qui
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sont toujours restés hostiles aux Tidjaniya de la famille d’El Hadj Omar. A la mort de Tidiani, à la fin de 1 887, il parut même un moment vouloir entrer en compétition contre son successeur. Quelques tribus Peul, celles qui avaient les premières renié la cause de Balobo, se montrèrent disposées à prendre part à un mouvement en sa faveur. Mais ses tentatives avortèrent et maintenant, campant tantôt avec les Touareg Kêl Immiden, tantôt avec les Kountah ou les Kêl es Soûk, il ne se signale plus que par des razzias, dont la dernière remonte à 1894.
Tidiani s’était installé un peu au sud d’Hamd Allahi, à Bandjagara. Sur toute la partie méridionale du Macina et le long du fleuve jusqu’aux frontières du pays, son autorité n’a pas cessé d’être presque absolue jusqu’à sa mort. Dans le Nord, la plupart des Peul, et même les Bambara, quoique vassaux, étaient peu à peu redevenus presque indépendants. L’histoire de son règne offre d’ailleurs peu de particularités notables. Elle est surtout caractérisée par la décadence graduelle du pouvoir du parti qu’il représentait, mais au point de vue politique principalement, car sous sa domination au contraire, Bandjagara a acquis une importance considérable comme centre religieux.
Depuis l’occupation du Soudan Français, Tidiani s’est trouvé en relations assez suivies avec nous. Son attitude semble extérieurement avoir toujours été correcte. Cependant il paraît prouvé que malgré l’accueil qu’il a fait à la mission de M. le lieutenant de vaisseau Caron, et bien que son rival Ahmadou Cheikhou l’ait fait empoisonner à la suite du passage de la mission, ses agissements secrets n’avaient pas été étrangers à l’insuccès de cette tentative sur Timbouctou, non plus qu’à l’hostilité très vive manifestée parles riverains, au retour de la canonnière. Le premier voyage exécuté par M. le lieutenant de vaisseau Davoust, s’était, au point de vue des rapports avec les indigènes, effectué dans des conditions beaucoup plus favorables.
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Peut-être le séjour du voyageur allemand Krause, à Bandjagara, dans l’intervalle des deux expéditions, ne fut-il pas étranger au revirement d’opinion qu’aurait alors manifesté Tidiani. En tout cas, pour caractériser son attitude générale à notre égard dans les derniers temps, on peut dire qu’elle resta celle du souverain d’un petit État, désireux d’éviter toute rupture ouverte avec un voisin beaucoup plus puissant, mais animé, avec les formes que lui dictait la prudence, d’un esprit hostile et décidé à résister aux empiétements. Les mêmes sentiments inspiraient certainement la population musulmane du Macina, et Bandjagara, par son importance au point de vue religieux, resta jusqu’à l’occupation, un foyer d’agitation contre nous.
Quelques compétitions s’élevèrent à la mort de Tidiani entre deux petit-fils d’Ed Hadj Omar, dont l’un, Seydou Ali Tamsir, l’emporta d’abord, puis fut remplacé par l’autre, Ahmed el Madani Monirou, que son frère Ahmadou Cheikhou ne tarda pas à renverser.
Ahmadou Cheikhou. — Pendant qu’El Hadj Omar se trouvait bloqué dans Hamd Allahi, son fils Ahmadou Cheikhou avait de son côté à réprimer l’insurrection des Bambara de Ségou. Peu de temps avant les premières révoltes, il s’était rendu à Hamd Allahi, puis était revenu dans la première ville.
Prévenu déjà des projets des Bambara, il donna, le lendemain de son retour, une fête à laquelle furent conviés tous les chefs du complot. Ils se rendirent sans défiance à cette invitation. Mais Ahmadou les fit saisir et les envoya à son père qui ordonna aussitôt de les mettre à mort.
L’ordre se trouva momentanément rétabli dans tout le pays de Ségou. Ce ne fut pas d’ailleurs pour longtemps. A l’occasion de la mise en recouvrement de nouveaux impôts, deux bandes importantes, l’une de Bambara, l’autre de Peul, se formèrent dans les environs de Sansanding, dont les habitants se mirent
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ouvertement en insurrection. Tous les Thalibé qui y tenaient garnison furent massacrés, et la ville devint le centre de résistance contre Ahmadou. Celui-ci rappela alors toutes ses troupes, dispersées jusque dans le Kaarta, où quelques soulèvements locaux venaient d’être châtiés. Après plusieurs engagements heureux contre les Bambara, que leurs alliés Peul avaient bientôt abandonnés, il alla attaquer Sansanding et la prit presque sans résistance. Mais pendant que les Thalibé se dispersaient pour piller, les Bambara, firent un retour offensif et, en dernier lieu, la victoire leur resta. Toute l’armée d’Ahmadou s’enfuit en désordre.
Telle était la situation au mois de décembre 1 863 . L’échec des Thalibé avait eu, en grande partie, pour cause les rivalités qui les divisaient eux-mêmes en plusieurs partis. El Hadj Omar avait recruté ses troupes pour le plus grand nombre dans son pays d’origine, le Foutah Sénégalais. Mais entre le Foutah central, le Toro et le Damga, qui forment les trois provinces du pays, il existait de nombreux ferments de haine, des antagonismes de race, remontant aux anciennes luttes des Denianké et des Torodo. Grâce à son ascendant personnel, le Prophète avait réussi à maintenir un équilibre suffisant entre les uns et les autres, à se faire obéir par tous indistinctement.
Il n’en était pas de même d’Ahmadou, qui avait laissé prendre aux Torodo une influence presque exclusive. De là chez les Denianké et quelques autres tribus, Lao, Ebiabé, Irlabé, un mécontentement général. Il s’accentua rapidement et dès le commencement de 1864, force fut au fils d’El Hadj de compter avec le mauvais vouloir de ses Thalibé. Il lui devint impossible de se faire obéir sans de constantes difficultés. Souvent même beaucoup se refusèrent à exécuter ses ordres, quels qu’ils fussent.
Ce fut ainsi qu’en février 1864 une seconde expédition
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