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d’El Hadj Omar à Dinguiray soit devenu très secondaire dès l'occupation française du Moyen Niger, il est nécessaire d’en dire quelques mots, pour mieux mettre en lumière l'évolution du Tidianisme.
Dès le début des luttes qui amenèrent la séparation du Macina et du pays de Ségou, par la défaite et la mort d’El Hadj Omar, le Dinguiray s’était rendu indépendant sous les ordres d’Alibou. Lorsque celui-ci fut fait prisonnier par Ahmadou et remplacé par Seïdou, cette province put, pendant quelque temps, compter de nouveau dans les dépendances de Ségou. Mais elle ne tarda pas à s’en séparer une fois de plus.
Seïdou, peu après son arrivée à Dinguiray, entreprit une guerre sainte contre les Djallonké du Kolonkalan sur le Niger. Après avoir brûlé quelques villages, il alla attaquer Nora, le plus important de la région et réussit à l’emporter d’assaut. L’hivernage commençait alors. Les habitants de Nora avaient réussi à se sauver pour la plupart. Ils se réunirent à ceux de Dogoura, autre centre important situé à un jour de marche, et firent, contre l’armée de Seïdou, un retour offensif, au moment où prenant la route de Dinguiray, elle traversait, à quelques kilomètres de la première place, une rivière très encaissée et profonde, le Ninoko. Le combat fut désastreux pour les Tidjaniya, dont quelquesuns seulement échappèrent au carnage. Seïdou lui-même se noya.
Il fut remplacé par un de ses frères, Aguibou, qui avait déjà gouverné Ségou, pendant trois ans, de 1871 à 1874, et dont la popularité inquiétait Ahmadou. Sous les ordres de son nouveau chef, le Dinguiray recouvra une prospérité compromise par l’affaire du Nino. Néanmoins, là aussi, les conquêtes d'El Hadj Omar se sont trouvées fort amoindries. Le Bouré, où s’était formée une population musulmane, se détacha peu à peu, et en dernier lieu notre autorité s’y est définitivement établie. Dès
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la fin de 1887, les habitants avaient non seulement accepté notre protectorat, mais aussi consenti à nous payer un tribut annuel.
Du côté du Foutah-Djallon, Aguibou eut aussi d’assez graves difficultés. De 1878 à 1 885, il est resté en hostilités ouvertes avec les Almamy régnants, et bien qu’il n’y ait pas eu de lutte directe entre eux, il n’en a pas moins vu le Konkadougou échapper à son autorité, à la suite d’incursions répétées des Peul.
Au Sud, au contraire, Aguibou a remporté quelques succès dans le Oulada et le Baléya, où, en 1882, il alla opérer de concert avec Samory, pillant et dévastant le pays.
Malgré cette campagne heureuse, son royaume fictif se trouvait réduit à la région même du Dinguiray, que limitent au sud le Tin-kisso, à l’est le Ménien, à l’ouest le Foutah-Djallon, au nord le Djallon-Kadougou, lorsqu’il se décida à s’attacher définitivement à notre cause. En dehors de la ville même de Dinguiray, il n’avait d’autorité que sur une partie fort restreinte des pays conquis de ce côté par son père. Mais très affectionné de ses Sofa, de ses Thalibé, de tous les habitants, il a réussi à provoquer un courant d’immigration qui a notablement augmenté l’ancienne population de la région.
L’importance relative du Dinguiray est ainsi devenue plus grande qu’il ne semblerait au premier abord, mais comme province française plutôt que comme apanage indépendant, et ce caractère est devenu définitif par la nomination d’Aguibou à Bandjagara.
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Le Ripp. — Dans l’Ouest, sur la Gambie, El Hadj Omar avait laissé, au cours de son premier voyage du Foutah-Djallon au Foutah Sénégalais, des continuateurs deson œuvre, qui jouèrent un rôle local important au point de vue religieux et politique.
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On a vu que dans le Niani, sur la Gambie moyenne, il s’était formé un foyer musulman représenté en amont et en aval de Mac Carthy par plusieurs villages où dominait l’élément Soni-nké. C’est là qu’en dernier lieu s’est concentrée la résistance au mouvement anti-islamique que représente notre politique actuelle au Sénégal. Cependant ce fut dans le Ripp même, en plein pays fétichiste, que débuta le mouvement de propagande religieuse.
Du Saloum à la Gambie, s’étendait alors un royaume Sérère, qui englobait quelques tribus Ouolof, déjà musulmanes en grande partie et toute la population Socé des bords du fleuve. Celle-ci professait tout entière l’Islam depuis plusieurs siècles.
Le passage d’El Hadj Omar eut presque immédiatement pour effet, chez les Socé, une recrudescence très prononcée des sentiments religieux. S’unissant aux Ouolof, ils formèrent, en opposition à leurs maîtres fétichistes, aux Tiédo, un parti marabout, qui ne tarda pas à engager la lutte contre ceux-ci. Ses premiers chefs, Tamsir Matarcallah, Tamsir Amar, Tamsir Matar Penda et quelques autres, notamment Andallah Bouri, connu surtout comme faiseur d’amulettes, cherchèrent principalement à réagir contre l’oppression des Tiédo, sans défendre une cause spéciale. Mais ils ne tardèrent pas à subir l’ascendant exclusif d’un disciple, d’un moqaddem direct d’El Hadj Omar, Othman Djoub.
Appartenant lui-même aux Ouolof du Ripp, ce dernier, né à Balagnar, sur un affluent de la Gambie, avait été élevé dans le Cayor, puis de là s’était rendu dans le Foutah, où il se trouvait, lorsque le Prophète Tidiane y arriva. Bientôt rattaché à sa cause, affilié à son ordre, Cheikh Othman rentra dans son pays et vint s’établir dans le canton de Pacala, district méridional du Saloum. Là, il acquit une influence prédominante, et, dès 1857, se mit à prêcher le Djehad. Le meurtre du chef du village de Passi, qui
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était Tiédo, servit de signal à ses partisans. A leur tête il envahit le canton de Sandjal sur la Gambie et s’en rendit maître, pendant qu’un de ses principaux disciples, Sambo Oumané, prenait Balagnar, au nord de Pacala. Réunissant tous deux leurs forces, ils marchèrent ensuite vers Sabakh, sur les confins du Baol et du Saloum, puis envahirent le canton de Caïmar, presqu’au centre du dernier royaume. Sur ces entrefaites, l’ancien roi du pays, Makodou, que nous avions dépossédé au profit de son fils, Samba Laoubé, se tourna du côté des marabouts et conclut avec Othman Djoub une alliance qui permit à celui-ci d’étendre ses conquêtes à toute la région comprise entre le Saloum et la Gambie, sur la frontière orientale du Ripp, en débordant le premier fleuve vers le Nord.
Telle était déjà la situation, lorsqu’à leur tour les Socé du Ripp entrèrent en ligne. Le roi fétichiste et Sérère du pays Djéréba avait un fils, Mar Diarer, qui, en toute occasion, pillait et pressurait les marabouts. L’un d’eux, Tamsir Malik, s’étant opposé à ses déprédations, les autres se soulevèrent en masse, en 1 8 5 8 , et appelèrent à leur aide Cheikh Othman. Avant que celui-ci eût pu arriver à leur secours, un engagement avait eu lieu entre eux et Mar Diarer, dont le village fut pris et brûlé et qui périt lui-même dans l’affaire.
L’attaque avait été dirigée par le chef d’une des principales familles musulmanes du pays, Maba, qui, lui-même d’origine Peul, avait été élevé dans le Baol, à M’Bakol, chez un marabout, le Sérigné Longar, et était venu s’établir chez les Socé du Ripp.
A la suite de la victoire remportée sur les Tiédo, les marabouts le reconnurent pour chef de guerre, en même temps qu’ils choisissaient comme chef suprême, Tamsir Matarcallah.
L’arrivée d’Othman Djoub leur permit de résister aux attaques de Djéréba, qui, réunissant tous ses gens, avait voulu venger
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la mort de son fils. Battu lui-même dans plusieurs rencontres, il se sauva dans les marigots du littoral, au Niom, mais y fut poursuivi et tué.
Ce dernier succès assura aux musulmans la possession de tout le pays compris entre le Saloum et la Gambie, jusqu'au Niani. Mais ils restèrent tout d’abord divisés en deux partis: celui de Maba dans l'Ouest, celui d’Othman Djoub dans l’Est.
Inquiétés par ces rapides progrès, tous les Sérères du Saloum se réunirent, Makodou s’étant réconcilié avec son fils, et marchèrent contre Cheikh Othman, qui fut battu tout d’abord. Mais à leur tour, les marabouts du Ripp accoururent à l’aide de leurs alliés, et, battu dans une rencontre générale à Thiket, Samba Laoubé s’enfuit au Sine.
Pendant quelque temps, à la suite de ces événements, toutes les forces du parti marabout restèrent groupées et l’influence religieuse d'Othman Djoub s’établit sur les Socé du Ripp, aussi complètement que sur les Ouolof de l’Est. Maba, Tamsir Matarcallah, Matar Penda, tous les chefs du premier groupe s’affilièrent au Tidjanisme, ou en admirent tout au moins la supériorité.
Mais des dissentiments politiques ne tardèrent pas à s’élever entre Maba et Othman Djoub. Le premier par ses succès militaires avait acquis un ascendant personnel qui attira auprès de lui toute la jeunesse turbulente du pays, et de nombreuses défections diminuèrent ainsi le nombre des partisans du second, sans cependant porter atteinte à son prestige religieux.
Il s’agissait, en effet, de populations, musulmanes depuis longtemps en grande partie, mais chez lesquelles la foi n’était pas confirmée par une longue pratique des études doctrinaires, et aux yeux desquelles les victoires et le pillage valaient mieux que tout autre argument.
Presque en même temps qu’il se séparait d’Othman Djoub, Maba réduisait aussi les anciens chefs de son propre parti à un
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rang secondaire. Illaissaà Tamsir Matarcallah le titre d’Almamy mais le prit de son côté, et devint en fait le véritable souverain du Ripp.
Il eut à cette époque quelques démêlés avec les Anglais de la Gambie. Ceux-ci, dès l'origine, avaient entretenu des relations suivies avec les marabouts, les appuyant dans leur lutte contre les Tiédo Sérères, que nous soutenions nous-mêmes. Leurs secours en armes, en munitions, avaient été fort utiles à Maba. Il se crut cependant assez fort pour se passer de leur concours et les attaquer à leur tour, comme chrétiens. Albréda devint ainsi l’objectif d’une forte colonne qui vint camper près de ses murs, à deux reprises. Une première fois, ce furent des troupes et un aviso français, envoyés à la hâte de Gorée, qui délivrèrent le poste, occupé d’ailleurs en majeure partie par des négociants du Sénégal et qui n’avait aucune garnison. Puis lors d’une seconde attaque, le gouverneur de Bathurst, s’appuyant cette fois sur des renforts venus d’Angleterre, réussit à obtenir de Maba qu’il s’éloignât, moyennant un tribut, sous forme de présents.
Le nouvel Almamy se tourna alors contre ses premiers ennemis, les Sérères du Saloum, où Samba Laoubé venait de revenir, le roi du Sine s’étant refusé à lui donner plus longtemps l’hospitalité. Déjà en 1 86 1 , nous avions dû intervenir dans le cours supérieur du fleuve pour protéger notre comptoir de la partie voisine de la mer, Foundioun et celui de Fatik. A la suite de cette expédition, un poste avait été construit à Kaolakh, à quelques kilomètres de Kahone où résidait le roi.
Après avoir détruit la résidence de ce dernier et dispersé ses bandes réunies à la hâte, Maba marcha sur Kaolakh où s’était réfugié Samba Laoubé ; mais, il ne put ni surprendre, ni réduire de vive force la petite garnison, et dut à son tour battre en retraite. Sur ces entrefaites, Macodou mourut après s’être récon-
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cilié avec son fils. Sa défection affaiblit sensiblement les forces de Maba, qui tenta alors d’entrer en arrangements avec nous. Il y réussit en effet, et, en 1864, se fit reconnaître par le gouvernement du Sénégal, comme Almamy du Ripp et du Saloum, s’engageant en retour à rester fidèle à notre cause.
Dès l’année suivante néanmoins, il s’alliait à un de nos adversaires les plus résolus, Lat Dior, contre lequel nous étions entrés en lutte, à la suite de compétitions pour la souveraineté au Cayor, et que nous avions chassé du pays. En juin 1 865 , ils opérèrent tous deux leur jonction, et formèrent le projet de marcher sur Saint-Louis en entraînant tout le Baol, où Lat Dior avait une influence prépondérante. Ce mouvement nécessitait une action immédiate et énergique.
A la fin de l’hivernage, une expédition comprenant, avec les contingents indigènes, 4,000 fantassins et 2,000 cavaliers, dont une forte proportion de troupes blanches, fut réunie à Kaolakh et s’avança dans le Ripp. Maba essaya tout d’abord de fuir, mais il fut atteint près de Ngapak, à peu de distance du poste actuel de Nioro, et complètement battu, dans une rencontre fort chaude, car le commandant Pinet-Laprade, gouverneur du Sénégal, qui dirigeait l’opération, fut lui-même blessé assez grièvement.
Après cette défaite, Maba cessa complètement ses tentatives contre nous. Il eut d’ailleurs à faire face, dans le Ripp même, à d’autres ennemis.
Peu de temps avant l’arrivée de Lat Dior, un des principaux moqaddem d’Othman Djoub avait fait défection pour se ranger du côté de son rival. Cheikh Othman que cette perte avait mis hors d’état de rien entreprendre, par suite de la révolte du Pacala qu’elle avait entraînée, était parti pour le Foutah Sénégalais, lien revint avec un certain nombre de Peul et de Torodo, et reprit la campagne. Au même moment Maba et Lat Dior, dessi-
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nant leur mouvement contre le Bas Sénégal, s’avançaient dans le Djolo. Pendant quelques mois et jusqu’après l’affaire de Ngapak, Cheikh Othman put impunément ravager tout le Ripp oriental. Mais libre de notre côté, après sa défaite, Maba se retourna contre son ancien maître spirituel, devenu son ennemi.
L'intervention de Tamsir Matarcallah amena tout d’abord entre eux une réconciliation apparente, qui ne fut pas de longue durée. Battu en plusieurs rencontres, Cheikh Othman fut refoulé en dehors du Ripp et des cantons méridionaux du Saloum. Il entreprit alors, à la fin de 1866, une expédition contre les Tiédo du Niani, et de ce côté trouva quelques compensations dans un facile succès. Mais à son retour, un de ses captifs, chargé de la garde de ses troupeaux, auquel il reprochait divers vols, le frappa, dans cette discussion, d’un coup de faucille, et la blessure s’envenimant, amena sa mort.
Maba périt de son côté peu après. Sa domination était devenue assez lourde pour le pays, et à l’instigation du fils de Tamsir Matarcallah, quelques symptômes d’hostilité commencèrent à se manifester contre lui, dans le Ripp même. Pour en avoir plus facilement raison, il entreprit contre le Sine une nouvelle guerre dont les pillages auraient pu, en effet, lui rendre sa popularité. Mais ses bandes, levées de force, en partie, s’entendirent pour ne pas seconder ses efforts.
Les premiers engagements avec les Sérères furent ainsi malheureux et plusieurs des lieutenants de Maba y périrent. Néanmoins, il réussit à mettre en fuite le roi du Sine, qui, blessé, put à peine s’échapper. L’armée lâcha pied quand même, et l’Almamy tomba en se sauvant dans une embuscade préparée de connivence avec ses propres troupes. Il fut égorgé et la guerre cessa aussitôt.
Tamsir Matarcallah déjà vieux n’essaya pas de profiter de la circonstance pour ressaisir la province. Maba avait laissé, outre
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son tils Saërmaty, deux frères, Abdou Ba et Mahmoundari. Ce fut ce dernier qui lui succéda, non sans luttes toutefois. Othman Djoub avait, de son côté, eu pour successeurs deux de ses principaux disciples, Mahmoud Samba N’diobaye et Morsini, tous deux moqaddem directs d’El Hadj Omar.
Le premier prit fait et cause pour Tamsir Matarcallah, malgré son abstention, et entra en campagne contre Mahmoundari, que de premiers revers obligèrent à abandonner tous les cantons situés à l’ouest du Ripp proprement dit. Un arrangement intervint alors entre eux, et il fut convenu que chacun conserverait les provinces de l’héritage de Maba, qu’il occupait. Mais une autre fraction de l’ancien parti des marabouts, représentée par Biram Cissé, fils du faiseur d’amulettes Andallah Bouri, s’agita à son tour. Au début, la victoire resta aux nouveaux insurgés qui occupèrent toute la partie sud-est du Ripp, le Badibou oriental et le canton de Sandjal. Mahmoundari reprit cependant l’offensive, et, profitant de l’absence de Biram Cissé, envoya une expédition attaquer Tamsir Matarcallah, chef nominal du parti adverse. Parmi les chefs de cette colonne se trouvait Bourougad, qui, plus tard, devint un des lieutenants de Saërmaty et fut un des principaux auteurs de l’assassinat du lieutenant Minet, officier d’ordonnance du gouverneur du Sénégal, dans le Baol, en 1887.
Attiré dans un guet-apens, Matarcallah périt, victime de sa trop grande confiance dans les promesses qui lui avaient été faites, pour le décider à sortir du village où il était retranché, et ses gens se dispersèrent. Biram Cissé revint alors en hâte du Niani où il était allé faire des razzias, et grâce à quelques contingents du Foutah Sénégalais envoyés par Talmamy Abdoul Boubakar, il réussit, en 1878 et 1879, à faire subir de nombreux échecs à ses adversaires. Mais Mahmoundari, avec le concours de Saërmaty et d’Abdou Ba, finit par l’emporter. Successive-
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ment, la plupart des villages du parti de Biram furent pris et brûlés. Surpris lui-même de nuit et entouré par des forces supérieures, il ne réussit à s’enfuir qu'après un long combat, et grièvement blessé.
A la suite de cette victoire, Mahmoundari resta pendant deux ans maître en paix de tout le Ripp. Mais il était déjà fort avancé en âge. et en vieillissant devenait trop partisan de la tranquillité, pour pouvoir aisément contenir dans le devoir la population turbulente du pays. Peu à peu, il laissa son neveu Saërmaty s’emparer d’une partie de son autorité, et. en i885, force lui fut de songer à défendre, non pas seulement son pouvoir, mais même sa vie, à la suite de l’assassinat du chef des cantons Ouolof, Ali Kadja, par le fils de Maba.
En 1 886, Saërmaty, qui avait déjà recherché l’appui des Anglais de Bathurst et reçu d’eux des secours importants, entraîna dans son parti Biram Cissé, et quelques autres mécontents, avec lesquels il entra en lutte ouverte contre son oncle. Celui-ci était toujours resté fidèle à notre cause. En présence du nouveau mouvement qui se dessinait ainsi, et menaçait également le roi du Saloum, notre protégé et allié dévoué, notre intervention devenait nécessaire. Au printemps de 1887, une colonne partit pour le Ripp, et en quelques semaines le pays put paraître complètement pacifié, Saërmaty ayant été rejeté sur Albréda, où il resta interné, pendant que ses compagnons se dispersaient. Une petite garnison avait en même temps été installée à Nioro au centre du Ripp. Toutefois, Biram Cissé qui avait réussi à nous en imposer par ses protestations de dévouement, et auquel on avait donné quelques cantons prélevés sur la part de Mahmoundari, reprit bientôt ses menées hostiles. Devenu représentant attitré du parti du fils de Maba et de celui des anciens marabouts du Ripp, il recevait des subsides du gouverneur de Bathurst et préparait un mouvement général
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contre nous et Mahmoundari, au commencement de 1888.
A la suite d’une enquête faite sur les lieux et que diverses circonstances administratives empêchèrent d’aboutir aussitôt qu’il eût été nécessaire, il fut un peu plus tard arrêté et interné à Gorée, puis déporté.
Dans le Ripp même, l’agitation religieuse, fomentée par Othman Djoub et Maba, paraît ainsi calmée par l’occupation du pays et les mesures qui l’ont suivie. Cependant, il y a lieu de considérer tous les Socé riverains de la Gambie, et une partie des Ouolof, comme fidèles encore au parti des Tidiane et subissant l’influence des adeptes de l’ordre, nombreux parmi eux. Il en est de même des cantons musulmans du Saloum méridional, qui lui ont été rendus depuis 1887.
On a vu qu’après la mort d’Othman Djoub, un de ses deux principaux disciples. Mahmoud Samba N’diobaye, s’était fixé dans cette dernière région, où il mourut au bout de quelques années. Le second, Morsini, avait été s’établir dans le Niani, à Karentaba. Il y fut rejoint par plusieurs des anciens partisans de Maba et des autres marabouts du Ripp, et le foyer de propagande musulmane qu’El Hadj Omar avait développé dans cette région, reprit quelque importance.
Toutefois, jusqu’à ces derniers temps, des guerres contre les fétichistes du Niani septentrional et du Ouli, occupèrent presque exclusivement tous les Tidianes de ce groupe. Ce fut seulement lorsque Mahmadou Lamine, chassé de Bakel et battu en 1 88 5 puis en 1886, par nos colonnes, vint se réfugier près de la Gambie, que le rôle de ce parti local, bientôt grossi par l’arrivée des compagnons de Saërmaty, devint plus général.
Avant d’étudier ces derniers événements, il convient de revenir à Thistoire des Tidjaniya du Nord. Elle avait été marquée par des incidents d’une gravité particulière, dans la vallée même du Sénégal.
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Ahmadou Cheikhou de Podor. — Parmi les anciens compagnons d’El Hadj Omar, se trouvait un fils du Mahdi de Podor, Ahmadou Cheikhou, beaucoup plus jeune, mais qui cependant l’avait déjà connu à Oualata, avant son départ pour La Mecque. De bonne heure, Ahmadou compta parmi les partisans les plus convaincus du Prophète dans le Foutah. Torodo comme lui et imbu dans son enfance des mêmes doctrines, il devint son principal moqaddem dans la région de Podor. Pendant toute la durée de ses guerres au Kaarta et au Macina, El Hadj n’eut pas de plus fidèle représentant dans leur pays commun. Mais à la mort de son maître spirituel, Ahmadou Cheikhou, qui, comme laplupartdes habitants du Foutah, était hostile à son homonyme de Ségou, refusa de reconnaître sa suprématie spirituelle. 11 se prétendit désigné par El Hadj Omar pour lui succéder comme Cheikh el Triqâ, et, grâce au concours des anciens partisans de son père, réussit à se faire accepter comme tel, dans une grande partie du Toro et des districts voisins.
Jusqu’en 1869, cependant, il se borna à asseoir son autorité dans le Foutah même, achevant de le détacher de la cause des fils du Prophète. Màis à la suite de la famine et du choléra de 1868, une grande exaltation religieuse s’était développée parmi les indigènes du Cayor, du Oualo et des régions voisines, Baol et Djolof. Ahmadou en profita pour étendre ses prédications jusque-là. Ses émissaires se mirent à parcourir toute la contrée que Lat Dior agitait de son côté.
Ancien Damel, révolté contre nous, chassé du Cayor, puis allié du Maba et vaincu avec lui, ce dernier avait réussi, au commencement de 1869, à obtenir du gouverneur Pinet- Laprade, l’autorisation de rentrer dans son pays comme chef de canton. Mais, toujours poursuivi par l’ambition de recouvrer son ancien pouvoir, en l’étendant à tous les pays Ouolof, il n’avait pas tardé à oublier ses engagements vis-à-vis de nous.
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Pour couper court aux menées des deux adversaires qui se déclaraient ainsi contre notre cause, le gouverneur envoya, au mois de juin, une petite colonne détruire le village qu’habitait Ahmadou Cheikhou et qui avait pris le nom de son père Ouoro Mahdiou.
Mais en même temps, un des moqaddem du Cheikh Tidiane pénétrait dans le Cayor, à la tête de bandes nombreuses, et massacrait deux de nos chefs de canton. Une autre colonne partit aussitôt de ce côté. Une reconnaissance comprenant l’escadron de spahis et les contingents indigènes vint s'échouer contre une enceinte de troncs d’arbres, où l’ennemi s’était retranché. Les volontaires nègres se débandèrent, et l’escadron se fit presque détruire en chargeant contre des obstacles qu’il ne pouvait franchir. La colonne dut rentrer à Saint-Louis.
Reformée deux mois après, elle réussit, en août, à refouler Lat Dior qui était venu attaquer le poste de Louga, à peu de distance de Saint-Louis. Mais ce fut au prix de pertes sanglantes, et le Damel révolté n’en continua pas moins à tenir la campagne jusqu’au mois de décembre, où une nouvelle expédition, dirigée par le capitaine Canard, le força à s’enfuir une seconde fois dans le Ripp. Dès le milieu de l’été, Ahmadou Cheikhou, inquiété à plusieurs reprises par de petites colonnes de débarquement, qui, grâce aux hautes eaux, avaient pu être envoyées sur divers points du Foutah, avait rappelé à lui tous ses partisans. Il employa les derniers mois de l’année à organiser plus complètement le soulèvement du Toro et du Dimar.
Mais après la retraite de Lat Dior, toutes les troupes du Cayor furent dirigées sur le Toro. Battu à plusieurs reprises dans des rencontres où les deux partis subirent des pertes assez graves, il dut s’enfuir dans le Ferlo, puis au Djolof.
A la suite des événements de 1870, le gouverneur Vallière crut devoir autoriser le retour de Lat Dior dans le Cayor, et
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même le reconnaître comme Damel. Il nous resta en effet fidèle tout d’abord. La situation semblait donc bonne. Mais Ahmadou Cheikhou avait entrepris une propagande religieuse méthodiquement suivie, qui lui assura, comme chef des Tidjaniya de l'Ouest, de nombreux adeptes, jusque dans la ville de Saint- Louis. Au commencement de 1875, se croyant assez fort, il se mit à prêcher ouvertement la guerre sainte et l’extermination des blancs, comptant sur un mouvement populaire dans la capitale de la colonie. Tout au contraire, son irruption dans le Cayor décida Lat Dior à tenir ses promesses, et à se joindre à nous pour combattre l’agitateur.
Partie le 4 février de Saint-Louis, une colonne de 600 hommes, sous les ordres du lieutenant-colonel Bégin, rallia, quelques jours après, les contingents du Damel et l’expédition se porta aussitôt contre Ahmadou Cheikhou qui avait massé ses forces à Coki. Attaquée pendant la route, elle eut à soutenir un combat très vif, pendant lequel les Tidjaniya réussirent à aborder à 5o mètres, nos troupes massées en carré. Une charge de cavalerie, vigoureusement menée par l’escadron de spahis, la mit cependant en déroute et Coki put être occupé sans nouvel engagement. Dans la poursuite à laquelle les gens de Lat Dior prirent une large part, Ahmadou Cheikhou périt avec ses principaux lieutenants.
Le mouvement dont il avait été le chef n’eut ainsi qu’une durée éphémère, après avoir produit une agitation très vive du Foutah au Bas Sénégal. Son principal effet fut de déterminer un schisme dans l’ordre fondé par El Hadj Omar, de substituer au successeur naturel du Prophète un autre héritier spirituel, d’accentuer l’opposition momentanée du Foutah contre Ségou. Mais c’était précisément en i8y5 que la puissance d’Ahmadou Cheikhou, fils et successeur d’El Hadj Omar, atteignait son apogée. Il n’eut pas de peine, son compétiteur mort, à rétablir
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dans le Foutah, sinon son autorité politique qui n’y ajamaisété admise, du moins sa suprématie religieuse.
Pendant les dix années qui suivirent, l’histoire des Tidjaniya ne fut plus marquée par d'autres événements que leurs luttes intestines et notre conquête du Haut Fleuve, jusqu’à l’époque de l’apparition de Mahmadou Lamine, et des soulèvements du Fogny, du Diara, entre la Gazamance et la Gambie.
Mahmadou Lamine . — Mahmadou Lamine, fils de Mahmadou Diamé, appartenait aux tribus Soni-nké qui, refoulées par les Songhaï, vinrent s’établir sur le Sénégal dans le Guidimakha et les districts voisins de la rive gauche. Il naquit luimême vers 1 83 5 , dans le Khasso, près de Khayes, et après avoir figuré dans les contingents d’El Hadj Omar, lors de ses opérations dans le Foutah et contre Médine, le suivit dans le Kaarta, puis à Ségou. De là, il partit pour la Mecque vers l’époque de la mort de son maître. Elevé à Bakel et fort instruit déjà, il s’arrêta dans tous les centres religieux de sa route, au Gando, au Wornou,au Bornou. Il arriva ainsi au Ouadaï et y fit un séjour prolongé, pendant lequel un Thalibé des Senoussiya, Fakir Ali ibn Fakir Barouala, qui tenait école à Noumero, lui donna en mariage sa fille Miriem.
Après s’être encore arrêté quelque temps au Caire, Mahmadou Lamine se rendit au Hedjaz et alla se fixer à Médine, puis à La Mecque pendant trois ans. Il en repartit vers 1878 et arriva en 1880 à Ségou.
Affilié au Tidjanisme et membre pratiquant de l’ordre, dès son départ du Sénégal, il avait suivi l’exemple d’El Hadj Omar, en entrant en relations avec la Zaouiya de la confrérie au Hedjaz, celle du moins qui représentait la branche marocaine et, en particulier, à La Mecque, celle de Sid Soliman el Kebir que fréquentent les Abid, les Barabra, tous les Tidjaniya de race nègre.
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S’appuyant sur ces antécédents, Mahmadou Lamine se posa à Ségou, en héritier spirituel d’El Hadj,et ne craignit pas d’afficher ses prétentions devant Ahmadou Cheikhou, auquel il reprocha publiquement les désordres de sa vie privée. Sa hardiesse faillit lui coûter la vie et il resta plusieurs années prisonnier du sultan, ou tout au moins soumis à une étroite surveillance et exposé à des traitements rigoureux.
Cependant sa piété, son zèle fanatique lui avaient valu de nombreux partisans, et Ahmadou se décida à le remettre en liberté, à condition qu’il quitterait immédiatement ses Etats. Son départ ressembla presque à une fuite. Mais dès qu’il eut atteint les pays Soni-nké du Sénégal, une foule de disciples enthousiastes se groupèrent à sa suite. Lorsqu’en 1 885 , il en fut question pour la première fois, dans la région de Bakel, où il se fixa, son ascendant était déjà assez considérable pour que les autorités locales dussent compter avec lui. Vers la fin de l’année, le capitaine- de Fromental, commandant du poste, et qui, fort ancien au Sénégal, se rendait compte des dangers que devait inévitablement amener sa présence, demanda par télégraphe l’autorisation de l’exécuter sommairement, en profitant d’une occasion, favorable, pour s’en emparer ; mais une politique différente avait déjà prévalu à son égard.
Comme El Hadj Omar, Mahmadou Lamine s’était répandu en protestations de dévouement à notre cause, et lorsqu’au mois de novembre 1 885, le commandant supérieur du Haut Fleuve, inquiet de voir ses progrès, le manda à Khayes, il ne fit nulle difficulté de s’y rendre. Dans cette entrevue, il insista sur son désir de nous voir entrer en lutte contre Ahmadou de Ségou, promettant de s’unir à nous, et grâce à l’appui du vieux roi du Khasso. fétichiste cependant, notre allié fidèle, il revint avec l’autorisation de se rendre à Tuabo, village distant de Bakel de douze kilomètres, en aval, avec une escorte de cinquante hommes
2 1 8 RENAISSANCE ET PROPAGATION DE L’iSLAM
non armés. Ce fut en réalité avec toute une bande de partisans, en armes et très exaltés, qu’il traversa la ville, et c’est alors que le commandant local avait voulu s’en défaire.
Sa demande étant restée sans réponse, Mahmadou Lamine passa sans être inquiété, et arriva à l’embouchure delà Falémé, près de Balou. Ses contingents s’élevaient déjà à près de 2,000 hommes, recrutés en grande partie parmi la population flottante des escales, laptots, tirailleurs et mariniers, congédiés du service de l’État ou des particuliers.
Il existait alors dans le Boundou, que traverse la Falémé, deux partis politiques, depuis la mort de l’Almamy Boubakar Saada, un de nos plus anciens partisans. Son frère Omar Penda lui succéda, mais il avait de nombreux adversaires. Mahmadou Lamine résolut de les attirer dans son parti et pour entrer dans le pays sans risquer tout d’abord une lutte inégale, demanda au nouvel Almamy l’autorisation de traverser ses États, en vue d’une expédition contre les infidèles du Gabou.
Malgré un refus, le temps qu’il gagna ainsi avait été mis à profit, et ses bandes, grossies de quelques contingents locaux, s’avancèrent dans la vallée de la Falémé. Elles arrivèrent bientôt à Senoudébou que venait d’évacuer Omar, et y entrèrent après avoir pillé les environs, puis marchèrent contre l’Almamy lui-même. Celui-ci dut s’enfuir dans le Damga, province limitrophe du Foutah.
Une petite colonne fut réunie à la hâte à Khayes. Mais déjà l’agitateur s’était déclaré ouvertement contre nous, à la suite d'un premier coup de main sur Tuabo, où il avait laissé ses captifs et sa famille. Au commencement de mars 1886, ses partisans se réunirent à Kounguel, à six kilomètres de Bakel. Quelques jours après, la garnison vint l’attaquer, et subit un échec par la trahison de l’interprète Alpha Séga, qui fit donner le détachement dans une embuscade.
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Cette victoire grossit immédiatement les contingents de Mahmadou Lamine, d’une foule de Soni-nké du Guoy, du Guidimakha, des districts voisins, déjà favorables à sa cause, mais qui ne lui avaient fourni que peu d’hommes. Le 3 avril, il tenta, contre le village même de Bakel, une première attaque qui fut repoussée, et le lendemain un nouvel assaut contre le fort.
L’interprète Alpha Séga, celui-là même qui avait accompagné la mission Galliéni et venait de trahir à Kounguel, devait faire sauter la poudrière du fort. Il fut surpris au moment où il allait le tenter et exécuté. Les troupes de Mahmadou Lamine vinrent ainsi se heurter contre les murailles du fort, dont elles s’attendaient à trouver les portes ouvertes, et furent repoussées en subissant des pertes graves. Néanmoins, Bakel resta bloqué quelques jours encore, jusqu’à l’arrivée à Tambokhané, à mi-chemin de Khayes, de la colonne de secours que le colonel Frey, commandant supérieur du Haut-Fleuve avait achevé de réunir, non sans difficultés. Presque toutes les troupes étaient, en effet, échelonnées de Khayes à Bammako, après une récente campagne contre les bandes de Samory.
Sur toute la route de Khayes à Tambokhané, les villages révoltés avaient été vigoureusement châtiés et Mahmadou Lamine dut se porter au-devant de la colonne avec la moitié de ses contingents, forts alors de 12 à i5,ooo hommes.
Le combat eut lieu le 19 avril, et -bien qu’ayant fait preuve d'une très grande hardiesse dans l’attaque, les Tidjaniya subirent un échec complet. Mahmadou Lamine s’enfuit au Boundou, suivi des fuyards qui commençaient à peine à se reformer, lorsque nos troupes l’atteignirent de nouveau. Deux colonnes, l’une sous les ordres du commandant Combes, l’autre sous ceux du colonel Frey, opéraient alors de conserve. La première poursuivit directement l’agitateur, pendant que la seconde marchait sur Sénoudébou. Ce fut celle-ci qui le rejoignit à Kydira, à peu