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de distance de ce point. Peu s'en fallut que Mahmadou Lamine tombât lui-même entre nos mains, en même temps que ses femmes, ses bagages, ses captifs. Il réussit cependant à se sauver, pendant quequelques-uns de ses disciples se faisaient bravement tuer, et alla se réfugier dans le Diakha, près de la Gambie, à 1 est du Niani.
Les 6 ou 7,000 hommes qui bloquaient encore Bakel se hâtèrent de lever le siège et de passer sur la rive droite. Mais ils y furent rejoints par la colonne Frey qui les dispersa.
La fin de la campagne fut consacrée au châtiment de tous les territoires Soni-nké voisins du Sénégal, qui s’étaient soulevés, et grâce à une répression énergique, qui nécessita encore quelques engagements sérieux, on put considérer le mouvement religieux comme définitivement arrêté dans toute la région, où il s’était développé.
Mahmadou Lamine n’avait pas cependant perdu courage. Au mois d’août, après avoir écrit aux autorités françaises, aux chefs du Foutah Sénégalais, à ceux de tous les États musulmans, des lettres où, reprenant sa thèse de l’année précédente, il prétendait n’avoir en vue que la lutte contre Ahmadou de Ségou, et qualifiait même l’attaque de Bakel de simple malentendu, il reprit la campagne.
Sénoudébou venait d’être réoccupé. Dès le mois d’août, les bandes de l’agitateur réapparaissant dans le Boundou, se jetaient sur le village de l’almamy Omar Penda qui périt dans l’affaire, puis attaquaient presque à l’improviste Sénoudébou, le 23 septembre. Grâce à une énergique résistance et aux habiles dispositions prises par le sous-lieutenant indigène, Yoro Koumbo,qui commandait le poste, cette tentative aboutit à un échec, qui rejeta définitivement Mahmadou Lamine vers le Sud.
Avec la saison sèche, à l’automne, une nouvelle campagne, résolument offensive, s’ouvrit contre lui. Adoptant une politique
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nette et résolue, le colonel Galliéni, qui venait de prendre le commandement du Haut-Fleuve, répandit dans toute la région limitrophe de la Gambie, où Mahmadou Lamine s’était une seconde fois réfugié, une proclamation remarquable. « Nous avons juré, disait-il, la perte de Mahmadou Lamine et quoi qu’il arrive nous le détruirons. Quiconque est avec lui, devient notre ennemi et périra aussi. » La sûreté de vues, l’énergie et la méthode avec lesquelles a été accompli de tous points, le programme ainsi tracé, a plus fait assurément en deux années pour l’affermissement de notre autorité, que ne l’eussent pu des victoires brillantes, répondant à un plan moins précis.
Après l’achèvement de la pacification du Guidimakha et du Guoy, que la présence d'Ahmadou Gheikhou, avec une forte armée à Koniakary, avait un moment agités légèrement, les opérations proprement dites commencèrent contre Mahmadou Lamine. Il s’était réinstallé dans le Diakha, près de la Gambie, entre le Ouli à l’Ouest et le Boundou au Nord, et fortifié dans Dianna, la capitale du pays. Là aussi s’était formé comme dans le Niani, à la suite des prédications d’El Hadj Omar, un centre religieux de quelque importance, où s’étaient établis beaucoup de Peul venus du Foutah-Djallon. Ils avaient accueilli avec empressement l'ancien disciple de leur maître, et, grâce à leur concours, Dianna était devenue une citadelle assez forte, défendue par plusieurs milliers d’hommes bien armés.
Deux colonnes organisées, l’une à Sénoudébou, l’autre à Diamou, entre Médine et Bafoulabé, se mirent en marche le 1 1 décembre, et le 24 se concentrèrent à quelques kilomètres de Dianna qui fut attaquée le lendemain. Mais l'ennemi venait de l’évacuer et s’était enfui vers le Ouli. Il y fut poursuivi jusqu’à peu de distance du poste anglais de Mac Carthy, au delà duquel nos troupes ne purent pousser. Elles avaient cependant pris une fois le contact des fuyards, en leur tuant une cinquantaine
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d’hommes. Puis à leur tour, les fétichistes du Ouli, ralliés à notre parti par la proclamation du colonel Galliéni, se jetèrent sur notre adversaire et lui firent subir de nouvelles pertes.
Mahmadou Lamine dut alors se réfugier à l’ouest du Ouli, dans le Niani. Là, il trouva l’ancien moqaddem d’Othman Djoub, Cheikh el Morsini, et quelques-uns des représentants du parti des premiers marabouts du Ripp. Tout ce groupe se montra au premier abord favorablement disposé à l’égard du fugitif. Il en fut de même des chefs de quelques petits Etats musulmans du pays même, Bouré Matandi, Lammarou, Fodé Issa, Fodé Kaïali, N’diabo Kabé, etc...
Toute la zone riveraine de la Gambie, en amont et en aval de Mac Carthy, sur une étendue de cent kilomètres, se trouva ainsi réunie pendant quelque temps, en une sorte de confédération religieuse, essentiellement Tidiane, dont Mahmadou Lamine était sinon le chef, du moins l’inspirateur. Puis, après l’expédition du Ripp, arrivèrent, à la fin du printemps, les nombreux fugitifs du parti de Saërmaty et notamment deux de ses plus fidèles compagnons, Sarokimati et Matar Penda. Les nouveaux venus se groupèrent presque tous autour du marabout Soni-nké. Mais bientôt les habitants mêmes du pays se détachèrent de lui.
En effet, une petite colonne sous les ordres de M. le capitaine Fortin, était restée dans le Ouli pour préparer l’exécution complète du programme adopté au début de la campagne. D’habiles négociations nous assurèrent le concours des contingents du Boundou, du Ouli et même du Firdou, le grand Etat de la rive gauche de la Gambie que gouvernait Moussa Molo. En présence de cette concentration, Bouré Matandi, Fodé Issa et tous les chefs de leur groupe abandonnèrent Mahmadou Lamine. Morsini lui-même, bien qu’hésitant, paraissait disposé à suivre leur exemple, lorsqu’à la fin de l’hivernage, la nouvelle expédition s’avança dans le Niani.
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Presque seuls, les partisans de Saërmaty restèrent alors fidèles à notre adversaire. Néanmoins, celui-ci disposait encore d’une force d’autant plus respectable comme valeur absolue, que la fuite n’était plus possible. 11 lui fallut combattre et en désespéré.
Mahmadou Lamine avait construit à Toubacouta, un double tata avec une enceinte de pierres. Malgré une résistance énergique, cette citadelle fut rapidement enlevée et ses défenseurs périrent pour la plupart, soit sur place, soit en cherchant à s’enfuir quoique cernés.
Après une courte poursuite, les contingents du Ouli rapportèrent au capitaine Fortin, la tête de Mahmadou Lamine, tué lui-même au milieu des siens et bientôt reconnu.
Ainsi prit fin, au mois de décembre 1887, le troisième mouvement religieux et politique fomenté par les Tidjaniya du Sénégal.
En même temps qu il commençait à se dessiner dans la région de Bakel, deux autres s’accomplissaient au sud de la Gambie. Le premier eut pour chef un autre Soni-nké, apparenté à Mahmadou Lamine, et nommé Fodé Kaba. Après avoir essayé sans succès de se créer une situation comme Tidiane dans le Guidimakha et le Guoy, il était venu s’établir au Ripp, dans le canton de Paos, près de Nioro. Là, dès 1880, il avait acquis une assez grande influence. Prêchant la guerre sainte, sans se proposer pour chef de mouvement, il passa au même titre dans le Diara, pays, qui sur la rive droite de la Gambie, fait face au Badibou. La population exclusivement Socé, l’accueillit mieux encore que celle du Ripp et, en peu de temps, il devint le véritable maître de la région.
Passant alors de la parole aux actes, il envahit le Kéian, à l’Est, où les fétichistes étaient nombreux. Mais de ce côté, il trouva devant lui Moussa Molo qui arrêta ses progrès. A ce moment Saërmaty entrait en lutte ouverte contre nous. Fodé
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Kaba s’occupa activement à le soutenir, lui envoyant des armes et des hommes. Puis pendant l’été de 1887, il fournit de même à Mahmadou Lamine de nombreux secours. Mais après la défaite et la mort de ce dernier. Moussa Molo à son tour envahit le Diara. Bien qu’appuyé par les Anglais de la Gambie qui n’ont cessé de favoriser les entreprises des agitateurs hostiles à notre cause, Fodé Kaba ne pouvait lutter contre un tel ennemi et se trouva bientôt refoulé dans le Fogny.
Là, s’était installé vers la même époque un autre Tidiane, mais dont les origines offrent une particularité unique. Avant de devenir prêcheur de Djehad, celui-ci, Ibrahim N’diaye, qui était Ouolof de Saint-Louis, et apparenté, dit-on, par sa mère, à une des principales familles mulâtres de la colonie, avait été pendant longtemps au service d’une maison de commerce de la Cazamance. Intelligent et actif, il jouissait d’un certain crédit, dont il profita pour se procurer une grande quantité d’armes et de munitions. Puis en 1 88 5 , jetant le masque, il entra dans le Fogny à la tête de quelques partisans recrutés çà et là, et dont le nombre grossit bientôt. Favorablement traité par les Anglais de Bathurst, il se posa au contraire en adversaire résolu des Français et l’assassinat du lieutenant Truche, chef du poste de Sédhiou, qu’il réussit à attirer, en 1886, dans un guet-apens, lui valut une grande renommée dans tout le pays.
Comme Fodé Kaba, il prit, en 1887,1e parti de Saërmaty et lui envoya quelques secours. Néanmoins, il ne cessa de se montrer hostile à son voisin de l’Est et voulut le combattre, lorsque chassé par Moussa Molo, celui-ci se réfugia dans le Fogny.
Au cours de cette lutte, des soulèvement locaux, fomentés par les fétichistes des régions comprises entre la Gambie et la Cazamance, qu’Ibrahim N'diaye avait soumises, éclatèrent sur plusieurs points. Il périt lui-même dans une rencontre avec les
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révoltés. De son côté, Fodé Kaba, abandonné par ses anciens partisans, dut quitter le pays.
Le double mouvement Tidiane du Sud, a donc pris fin presque au même moment que celui de Mahmadou Lamine.
Samory. — Bien que la surprenante épopée, que représente Samory, n'intéresse pas directement le développement de l’Islam au Soudan, par ses conséquences, elle n’en est pas moins un exemple remarquable des conditions d’évolution sociale du mahométisme dans les pays nègres, et mérite à ce titre d’être rappelée.
D’ailleurs, si Samory, qui nous a précédés au Soudan, était venu vingt ans plus tôt, il eût été l’instrument d’une islamisation générale des contrées, où il a guerroyé en destructeur, avant de tomber devant notre conquête. Il ne faut donc pas perdre de vue ce qu’il aurait pu être, en n’envisageant que ce qu’il a été.
On se rappelle qu’après le passage d’El Hadj Omar à Kankan, un de ses disciples, natif de la ville, Mahmadou, avait créé un royaume Tidiane qui s’étendit un moment fort loin. A sa mort, ses fils luttèrent entre eux, et le soulèvement du Ouassoulou détermina celui des autres provinces. Mais un de ses propres disciples, Sori Ibrahima, se rendit indépendant, en conservant sous ses ordres le Konia, le Gankouma, le Toroukoto et le Kabadougou. Parmi ses chefs de bandes, se trouvait un Mandé de Saninkoro, Samory, qui appartenait aux Touré par son père, aux Kamara par sa mère. Fort mal avec son père qui, Mandé Dioula, s’occupait de commerce, Samory s’était fait chasseur d’éléphants et avait acquis une certaine réputation. Sa mère ayant été prise dans une razzia par Sory Ibrahima, il alla s’offrir à sa place pour la racheter de la captivité. L’échange fut accepté, et il ne tarda pas à se créer par sa bravoure une influence personnelle.
Devenu assez puissant lui-même pour n’avoir rien à redouter
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de son maître, il offrit ses services au roi du Toron, Bitiké, auquel il ne tarda pas à se substituer en le réduisant en captivité. Bientôt le Konadougou et le Konia tombèrent entre ses mains, et, avec une troupe grossie par la défection de contingents des États voisins, il vint assiéger Saninkoro, sa ville natale, qu’il réussit à enlever.
Samory marcha ensuite sur le Ouassoulou et s’en empara sans résistance, puis s’allia au chef du Manding, qui tenait les deux rives du Niger, dans la région du Soudan Français.
A ce moment, le dernier successeur de Mahmadou, Modi, contre lequel s’était soulevée sa dernière province, le Sangaran, demanda à son puissant voisin de lui venir en aide. Celui-ci se rendit à cet appel, mais il se fit la part du lion, gardant tout le Diouma, région qui s’étend au nord de la ville jusqu’au Manding et exigeant la moitié de la population d’une autre province conquise en même temps, le Baté-Makhana. Les nombreux captifs qu’il se procura ainsi lui servirent à acheter des chevaux qui lui manquaient.
Sur ces entrefaites, le Konia ayant été repris par Sori Ibrahima, Samory alla combattre son ancien maître en 1879, et le fit prisonnier. Débarrassé de toute difficulté de ce côté, il se tourna vers Modi, qui avait refusé de l’aider dans la dernière campagne, et vint l’investir dans Kankan. Après un siège de dix mois, la ville se rendit en 1880, et, sauf quelques marabouts, toute la population fut massacrée.
En effet, fétichiste tout d’abord, puis converti pendant qu’il était au service de Sori Ibrahima, et revenu aux croyances de sa race, Samory venait en dernier lieu d’embrasser définitivement l’Islam pendant la campagne du Konia. Il avait suivi les enseignements 4 un marabout Diallo du Foutah-Djallon, Alpha Outhman, affilié aux Kadriya du Nord et qui, à la suite des prédications d’El Hadj Omar, était venu s’établir dans ce pays à
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Lilinko. Dès lors, Alpha Outhman ne cessa de le suivre dans toutes ses expéditions. A son instigation, Samory prit, après le siège de Kankan, le titre d’Almamy.
A partir de ce moment, toutes les nouvelles régions qu’il conquit durent embrasser l’Islam, et créant une sorte de religion d’Etat, ce fut surtout aux marabouts Kadriya qu’il confia le soin d’enseigner, d’affermir la religion chez les nouveaux convertis. Bissandougou, la véritable capitale de ses États, devint ainsi un centre religieux important, où s’établit une branche delà famille des anciens Chorfa Kadriya de Kankan. Son chef d’alors, Cheikh Seddik Tiramodi, donna lui-même l’Ouerd Kadry à Samory, qui bien que converti par Alpha Outhman, traita par la suite le premier comme son Cheikh, au sens technique du mot dans le Tessaouf.
Outre ces deux marabouts, il avait dans son entourage immédiat, d’autres marabouts Kadriya, Cheikh Seddik Sanoro et Amara Kaba, ce dernier élève et disciple de Cheikh Saadibou, et enfin comme secrétaire arabe, un adepte de la même école, Omar ben Mohammed el Fadel, Cheikh Sakad. Peut-être le concours de ce secrétaire n'aurait-il pas été étranger en 1886 au succès de la mission française envoyée auprès de Samory, à en croire un membre indigène de son personnel, fort dévoué luimême à Cheikh Saadibou.
En tout cas, dès la prise de Kankan, Samory doit être considéré comme définitivement musulman, et, converti sous les auspices des Kadriya, ce fut à eux qu’il abandonna la direction des affaires religieuses, tout en s’occupant personnellement avec activité, suivant les usages soudaniens, d’assurer la conversion des pays conquis.
Soit en opérant lui-même, soit au moyen de colonnes dirigées par ses lieutenants, le maître du nouvel empire en étendit, en quelques années, fort loin les frontières. Dès 1881, il était
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maître de tout le bassin du Haut Niger et les Soni-nké de Mousardou, Médina, etc... dans la vallée supérieure de la rivière Saint-Paul, s’étaient alliés à lui pour la guerre contre les fétichistes. A l’Est, les frontières de ses Etats dépassaient le Bagoé et englobaient le Ourodougou avec Tengréla. Au Nord, tout le Manding en faisait partie, ainsi que les pays Djallonké jusqu’au Dinguiray. A l’Ouest enfin, après la conquête du Soulima et du Kouranko, étaient venues celles du pays des Houbous, du Limbo, d’une partie du territoire des Timéné de Sierra-Leone jusqu’à Lokko, à quelques jours de marche de Free Town.
C’est au moment où sa puissance se trouvait ainsi à son apogée, et semblait définitivement consolidée, que notre intervention dans le Haut Fleuve vint créer pour Samory un danger nouveau. En arrivant dans le Manding, nous avions facilement rallié à notre cause toute la partie nord-ouest du pays, celle de Niagassola, mais nous prenions ainsi directement le contact des Etats de l’Almamy, dont tout le Manding oriental, celui de Kangaba, reconnaissait l’autorité.
Un officier indigène, M. Alakamessa, fut envoyé au commencement de la campagne de 1881-82, à Samory, sur le compte duquel nous n’avions que peu de renseignements.
Mal reçu et menacé de mort, il réussit à s’échapper, mais non sans danger. Une expédition fut alors jugée nécessaire pour punir cet accueil fait à un parlementaire. Elle avait en même temps pour objectif de débloquer Kéniéra, ville de la rive droite du Niger, qui, assiégée par Samory en personne, avait invoqué notre secours.
Le 26 février 1882. une petite colonne de 221 combattants arriva devant la place déjà rendue depuis cinq jours. Après avoir culbuté et dispersé l’armée ennemie qui occupait quatre camps à enceintes palissadées, quatre sagnés, elle revint par une marche forcée au Niger, suivie de près par l’adversaire remis de sa panique
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L’année suivante, l’occupation de Bammako amena un nouveau contact avec les troupes de Samory, mais ce fut lui cette fois qui, faisant franchir le Niger par ses gens, commença l’attaque.
A Bammako même, tout le parti musulman paraissait lui être dévoué, et ce furent en effet les menées des chefs de la fraction hostile à notre installation qui provoquèrent le mouvement. Une première colonne des bandes ennemies passant le fleuve, en aval de notre nouveau fort, coupait, au commencement d’avril 1 883 , la route de Koundou, en même temps qu’une seconde colonne, venant du Manding de Kangaba, débouchait devant la place par la vallée du fleuve.
Une petite expédition était partie dès le 3i mars pour le Bélédougou sous les ordres du capitaine Piétri, qui, en dix jours, réussit à disperser l’ennemi, après l’avoir battu plusieurs fois en l’abordant avec autant de hardiesse que d’énergie.
De son côté, la garnison de Bammako, réduite à l’effectif de 242 combattants, était obligée de battre en retraite sur le fort, le 2 avril, après un engagement très vif contre le frère de Samory, Fabou, qui commandait la colonne du Niger.
Dix jours après, au retour du capitaine Piétri, une seconde marche offensive fut plus heureuse. Les gens de Fabou s’enfuirent après une résistance très molle. Mais ses bandes se reformèrent, et il fallut pour les disperser encore une nouvelle opération, sous les ordres du capitaine Piétri. Elle eut pour résultat la destruction de Nafodié, sur la route de Niagassola, où l’ennemi s’était retranché.
D’autre part, une colonne partant de Kita sous les ordres du commandant Montségur, se dirigea au commencement de mai, vers le Manding de Kangaba où elle acheva de refouler les troupes de Samory vers le Niger.
L’année suivante se passa sans nouvelle attaque de l’Almamy.
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Mais au commencement de 1 885, il reprit l’offensive pendant la construction du fort de Niagassola, et son frère Malinkamory réussit à surprendre, le Ier juin, à Nafodié une petite colonne, chargée de protéger la vallée du Bakhoy. Pendant huit jours, ce détachement, composé d’une seule compagnie de tirailleurs, resta étroitement bloqué. Il fut à grand’peine dégagé par le commandant Combes. Encore eut-il à livrer au retour un combat sanglant à Koroko, pour rallier Niagassola. Malinkamory le suivit et sous le fort même, vint brûler le village, puis s’avança dans le Gangaran et vint prendre ses quartiers d'hivernage à Galé, en face de Kita.
Ce fut seulement dans les premiers mois de 1886 que le colonel Frey put définitivement chasser l’ennemi au delà du Niger. Après avoir battu Malinkamory à Galé et débloqué Niagassola qui était encore entouré, il détruisit l’armée qui avait envahi notre territoire au marigot de Farako Djingo. A la suite de cette victoire, Samory qui, pris de panique, s’était enfui de Sanankoro où il résidait, demanda la paix et l’envoi d’une mission pour en discuter les conditions.
Cette mission, sous les ordres du capitaine Tournier, et celle que dirigea en 1887 le capitaine Péroz, placèrent tout l’empire de notre voisin sous notre protectorat, en nous donnant comme frontières le Niger et le Tinkisso.
Dès lors, nos relations avec Samory restèrent d'autant meilleures qu’il eut bientôt à faire face à d’autres difficultés, celles d’une lutte opiniâtre contre le chef d'un empire rival du sien et qui achevait de se fonder dans l’Est.
Au point de vue politique, l’occupation temporaire d’une partie de la vallée du Bakhoy par l’Almamy du Ouassoulou, n’eut que peu de résultats. Il en fut de même au point de vue religieux, ainsi que pour les régions limitrophes du Niger, le Baléya, le Oulada, le Kolonkalan, qui sont échelonnées sur la
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rive droite du Tinkisso et que Samory avait dévastées dès 1878.
Dans tous ces pays, bien que les fétichistes aient dû embrasser l’Islam ou tout au moins le pratiquer extérieurement, les pillages, les ruines qui accompagnèrent leur conversion augmentèrent, comme au temps d'El Hadj Omar, leur répulsion pour la foi musulmane. Ainsi que la population des territoires plus voisins du Sénégal, ils admettaient assurément en grande partie les principales traditions du mahométisme, mais leur hostilité contre son application devint, en quelque sorte, pour eux une question nationale.
Dès 1886, le nouvel adversaire de Samory, Thiéba, avait commencé à étendre les limites de son apanage primitif, le Kanadougou. Né à Fendéréla, important village que sa famille commandait depuis plusieurs générations, il avait été envoyé comme otage à Ségou, dans son enfance, au temps d’El Hadj Omar, et depuis était resté avec Ahmadou Gheikhou, lorsqu’en 1880, il apprit la mort de son frère Fakoro, chef de sa famille. Il partit aussitôt et vint prendre sa succession. Habitué à l’organisation presque régulière des Sofa de Ségou, il forma de même quelques corps de combattants avec ses captifs, ses gens, et étendit son autorité à tout le Kanadougou.
Au sud de ce pays se trouve le Oughadougou, qui était déjà occupé par Samory. Profitant, au moment de la conquête française. des embarras qu’elle suscitait à son voisin, Thiéba envahit le Oughadougou dont la prise de Koussan, sa capitale, le rendit maître après un combat acharné. Presque toutes les bandes ennemies furent détruites. Les deux chefs qui les commandaient, Nounké et Amara, se sauvèrent à peu près seuls.
Traouré lui-même, Thiéba avait dû ses succès en grande partie au concours des indigènes de son Diamou, nombreux dans le Kanadougou et le Oughadougou. Dans ce dernier pays vivait, à Samatiguila, un marabout fort influent, Kogno Mambi,
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descendant des Kountah par son grand-père. Il avait entrepris plusieurs guerres saintes qui, dirigées par son chef de guerre, Kaba Serno Ahmadou, lui avaient donné un petit royaume. Bien que Kadri, il se rangea des premiers du côté de Thiéba, en haine des atrocités qui avaient marqué la conquête de Samory, et ce fut son intervention qui décida l’adhésion des Traouré au mouvement de révolte contre ce dernier.
Avec les forces qui grossirent ainsi les siennes, Thiéba s’avança vers la frontière occidentale du pays et, à Maninian, attaqua une seconde fois les troupes de son adversaire commandées par Toré Moudou et Amara Yéli. La victoire lui resta encore, ainsi que dans une troisième rencontre à Kané, où Kémé Bourama, frère de l’Almamy du Ouassoulou, fut mis en déroute avec tous ses gens.
Mais une autre armée, sous les ordres d’un fils de Samory, Managné Mahmadi, s’avançait par le Sud. Kémé Bourama alla le rejoindre et, prenant l’offensive, ils vinrent se jeter sur Thiéba à Fotéré. La bataille fut indécise et, des deux côtés, les troupes engagées se retirèrent pour se reformer pendant l’hivernage de 1886.
Déjà Samory avait perdu tout le cours du Bagoé, affluent du Mahel Balével, qui était devenu la frontière des deux royaumes, tracée auparavant par le Kana, autre affluent de la seconde rivière.
Les provinces qui dépendaient encore de son empire se trouvaient placées sous les ordres d’un de ses frères et de ses fils, secondés par des chefs vigoureux : Noumougué, Amara Yéli, Managué Mahmadi, etGuélé Mahmadi, qui avait remplacéToré Moudou, tué dans la précédente campagne.
Ils levèrent tous les guerriers du pays et reçurent en outre des renforts du Ouassoulou, des régions voisines, aussitôt la paix conclue avec nous. Mais de son côté, Thiéba avait obtenu des
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Tidianede Ségou, de nombreux secours en armes et en chevaux. En outre, beaucoup des Thalibé, des Sofa d’Ahmadou vinrent le rejoindre. A ce moment, le Soudan se trouva donc partagé, malgré l’attitudeprisepar Kogno Mambi, en deux grands partis : d’un côté Samory avec les Kadriya, de l’autre Thiéba avec les Tidjaniya.
La nouvelle campagne fut tout entière favorable à ce dernier. Au sud, il prit Tengréla, et entraîna dans son alliance les Bambara qui habitent entre le Ouassoulou et la ceinture méridionale du bassin du Niger, jusqu’au Toron. Puis, après une bataille, où toutes les forces des deux adversaires furent engagées, et où Managné Mahmadi, le fils de Samory fut tué, il poursuivit les fuyards jusqu’aux abords du Ouassoulou. Dans cette retraite, un grand nombre de ces derniers périt de faim et de soif.
L’été venu, avec la saison des pluies, Thiéba rentra au Kanadougou.il eut alors quelques difficultés avec Ahmadou Gheikhou dont les Thalibé s’étaient organisés en bandes pour venir piller le pays, et à la suite de mesures répressives prises pour rétablir l’ordre de ce côté, rompit définitivement avec son ancien maître. Cependant ses relations avec les habitants même du Macina continuèrent à rester bonnes. D’autre part, ses voisins de l’Est, les Mossi, lui envoyèrent un certain nombre de chevaux. Enfin, soit à Kong, soit dans les villes du Niger, il put se procurer des armes en quantité suffisante pour augmenter considérablement son armée.
Il eût pu, en outre, disposer également des forces de sa sœur qui, en même temps qu’il s’étendait dans le Sud-Ouest, s'était formé un royaume dans le nord-ouest du Kanadougou, Tout d’abord cependant, il n’eut pas recours à ce nouvel appoint.
A la fin de l’hivernage de 1 887, Samory, qui de son côté avait réuni le ban et l’arrière-ban de ses troupes, se mit de sa personne à leur tête pour aller attaquer Thiéba chez lui. Il reprit
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d’abord Tengréla, puis franchit le Bagoé, brûla les villages de Dioumarna, Tioula, Kourala et enfin Fendéréla, ancien pays de son adversaire. Pendant ce temps, celui-ci avait exécuté un mouvement tournant et pris position à Sikasso, sur les derrières de l’ennemi. Samory, revenant en arrière, essaya de déloger Thiéba. Mais trois assauts successifs ayant été infructueux, il continua sa route et après avoir brûlé Natia, s’établit lui-même tout près de Sikasso, à Bananko.
Là, après s’être réorganisé, il recommença l’attaque qui n’eut pas plus de succès que la première fois. Un mois s’écoula ainsi, pendant lequel les deux partis restèrent en présence, à peu de distance l’un de l’autre. Chaque semaine, après avoir reformé ses bandes, Samory retournait à Sikasso, puis battu, revenait à Bananko.
Ses forces s’étant épuisées, il se décida, après le quatrième assaut, à construire des retranchements pour se défendre lui-même. Neuf grands sagnés — des enceintes palissadées — formèrent autant de camps où s’installa son armée.
A peine ses dispositions étaient-elles prises, que Thiéba arrivant en effet, éleva de son côté, tout autour, d’autres sagnés pour bloquer l’ennemi. Dès qu’il eut terminé, il engagea une attaque générale qui dura trois jours, mais n’eut pas de résultats, et il fut lui-même forcé de se retirer à Sikasso, pour reconstituer ses bandes, laissant seulement devant Bananko ses meilleurs guerriers.
Bientôt après, Thiéba revint à la charge et réussit mieux cette fois. Après une succession d’attaques échelonnées et séparées par des périodes de repos, il avait réussi, au mois de mai 1888, à s’emparer de six des neuf sagnés de Samory.
La situation de l’Almamy devenait d’autant plus critique que les provinces centrales de son empire, refusaient de lui venir en aide. Pour se procurer des chevaux, des armes, il
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avait mis la population de cantons entiers en coupe réglée, vendant les femmes et les enfants comme esclaves, après avoir fait massacrer les hommes. Il alla même jusqu’à faire monnaie de quelques corps de Sofa, les vendant aussi aux négriers du Niger.
Profitant de son éloignement et de ses revers, les populations riveraines du fleuve commencèrent à se soulever dès le début de l’été. Déjà le Soulimah, le Kouranko et les pays limitrophes de Sierra-Leone avaient recouvré leur autonomie. Au mois d’août, la révolte s’étendit jusqu’au Ouassoulou, à l’annonce d une nouvelle défaite de Samory, dans laquelle son frère Malinkamorv et plusieurs de ses lieutenants avaient été tués.
Son fils Karamoko Bilé, essayant à ce moment de faire passer un convoi de vivres par le Ouassoulou. où déjà, au mois de mars, une troupe de 25o cavaliers avait été détruite, en partie par la soif et la faim, en partie dans des embuscades, n’y put réussir. Pour punir les rebelles, il détruisit quelques-uns de leurs villages, Moussala, Santiguilla, Noumousala, Diloue et Guimbala, après avoir massacré tous les habitants mâles. Mais les autres peuplades du pays se réunirent sous les ordres d’un chef nommé Damou, et devant leur résistance, Karamoko dut se replier sur Bissandougou.
Presque en même temps, toutes les femmes de Samory qu’il avait renvoyées de Sikasso, étaient arrêtées par les habitants du Sadougou et amenées à Siguiri.
Thiéba, jugea le moment venu de reprendre des ouvertures qu’il nous avait déjà faites. Ses émissaires arrivés à Bammako en juin, en repartaientle mois suivant avec un traité de protectorat, et peu après Samory, ne pouvant plus ravitailler et renforcer ses bandes, devenu assiégé à son tour, était forcé d’abandonner l’attaque de Sikasso pour se réfugier dans le Ouassoulou.
C’était la fin de la période ascendante de ses conquêtes,
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l'échec définitif d une cause qui, sans être celle de l’Islam même, l’avait jusqu’alors représenté. Avant de voir ce que devinrent alors les destinées du Soudan, il est utile d’examiner ce qu’était à ce moment la situation du mouvement musulman, au sud du Moyen Niger.
Thiéba, quoique musulman et Tidiane par les premières traditions de son enfance, par ses anciennes alliances, s’était en dernier lieu désintéressé de la question religieuse. Sauf dans le Oughadougou, dont la population entièrement musulmane se rattachait par ses affinités aux Kadriya, la plus grande partie de ses nouveaux pays appartenait au parti fétichiste. Tels étaient aussi ses alliés de l’Est, les Mossi. Tout en professant l’Islam depuis une époque plus reculée que Samory, il n’avait jamais cherché à l’imposer par la force, ni même par persuasion. Cependant, au début de ses conquêtes, l’intervention des Thalibé de Ségou et du Macina se traduisit par une propagande à main armée, qui s’étendit jusqu’au Kanadougou. Mais, ils durent renoncer à leurs incursions et la situation devint assez tendue entre Thiéba et Ahmadou, pour que les émissaires que le premier nous envoyait à Bammako fussent arrêtés à leur retour par les Sofas du second.
Il n’en était pas de même des relations du Macina avec notre nouvel allié. Elles se maintenaient bonnes; les Thalibé de Tidiani etde son successeur, necessèrent pas d’être bien accueillis au Kanadougou, au Oughadougou. Le centre de propagande de Samatiguila cessa ainsi d’être le seul du pays. A côté des Kadriya, les Tidjaniya s’assurèrent droit de cité dans la région de Sikasso, sans que, en raison de l’indifférence religieuse de Thiéba, il en résultât un développement des influences islamiques. La pénétration de l’Islam s’accentua par l’ingérence politique d’un nouvel élément; il ne réalisa pas de nouveaux progrès chez les fétichistes.
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L’œuvre religieuse de Samory avait été plus complexe. On a vu que dans la vallée du Bakhoy, sur le territoire du Soudan Français, son intervention avait eu pour effet d’augmenter la répulsion politique des habitants contre l’Islam. Il en fut de meme au Baléya, au Oulada, dans les pays Djallonké qu’il avait pillés de concert avec Aguibou. Cependant, dans ces régions où existait déjà un noyau de population musulmane, celle-ci vit son importance relative s’accroître, par suite du massacre des fétichistes. Des villages entiers disparurent. A ce point de vue, on peut admettre que l’Islam progressa de ce côté, non qu’il ait dû à la conquête plus d’adhérents, mais parce que le nombre de ses adversaires diminua.
Ailleurs, comme au Manding, dont toute la population était fétichiste, Samory n’intervint pas directement dans la question religieuse. Le pays, ou du moins son chef, le Mambi, avait volontairement embrassé le parti de l’Almamy qui, en retour, ne chercha pas à imposer ses croyances à des alliés dont il ne pouvait suspecter la fidélité. Néanmoins, de ce côté, l’Islam qui se trouvait personnifier une cause politique, fit par cela même des progrès réels. Il est incontestable que durant les années qui précédèrent le siège de Sikasso, le nombre de ses adeptes s’était sensiblement accru, sur la rive droite du Niger notamment, où se retira le Mambi, au moment de notre occupation de la rive gauche. Ce mouvement répondait d’ailleurs à une idée de protestation contre notre conquête. Dans tout le Soudan Français, nous représentions alors la cause du fétichisme. Il n’en fallut pas plus, pour que l’ancien parti national du Manding embrassât celle de l’Islam, sinon dans la pratique, du moins nominalement.
Dans le pays des Houbous, le Soulimah, le Kouranko, la grande majorité de la population était déjà musulmane, lorsque les lieutenants de Samory s’en rendirent maîtres. De ce côté, sa domination n’eut donc pas de résultats appréciables au point
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de vue religieux, si ce n’est par la destruction des peuplades fétichistes. Ce sont elles, qui, sauf chez les Houbous, tous mahométans, résistèrent avec le plus d’acharnement à la conquête, dans le Soulimah notamment, où existaient quelques cantons idolâtres. Elles furent décimées par de nombreux massacres et presque tous les survivants se trouvèrent vendus comme esclaves. Il s’est ainsi produit, dans la partie occidentale de l’empire de Samory, le même mouvement qu’au nord du Niger, dans le pays Djallonké. Sans accroissement de l’élément musulman, l’Islam a réalisé des progrès considérables par la ruine du parti adverse. Le mahométisme s’y est substitué au fétichisme, sans conversions, par élimination. Il n’en fut autrement qu’à l’ouest du Soulimah, sur le territoire limitrophe de Sierra-Leone, où existaient des groupes importants de tribus idolâtres, celles des Timéné notamment. Dans ces parages, les résultats de l’occupation momentanée du pays restèrent peu appréciables. Elle se traduisit par un dépeuplement qui n’a pas eu pour corollaire la formation de centres musulmans. Tout au contraire, comme au Soudan Français, les tendances à une réaction politique contre l’Islam, se sont plutôt développées.
Mais c’est surtout dans la région centrale de son empire que les conquêtes de Samory, dans la première période, ont largement contribué à répandre, à affermir la religion musulmane.
Là, en effet, il abandonna le soin de la propagande aux marabouts Kadriya, qui, tout en profitant de l’obligation imposée aux anciens fétichistes, de pratiquer le culte islamique, surent se montrer partisans du développement pacifique de leur foi. Grâce à leur influence sur l’Almamy, ils réussirent à faire triompher en quelques occasions les idées de justice, à obtenir l’application de la loi koranique dans l’établissement des impôts, dans l’organisation politique des principaux centres.
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Toutes les haines populaires s’amassèrent sur la seule tête de Samory. L’Islam devint plutôt un refuge, une consolation pour ses sujets, dans le Ouassoulou, le Sangaran et les régions avoisinantes.
Pendant longtemps, au reste, ces provinces fournirent la plus grande partie des Sofa de l’armée, et à ce titre elles bénéficièrent d’une tolérance qui acheva d’enlever à la propagation du mahométisme, le caractère particulièrement odieux qu’elle avait ailleurs. Puis, Kankan était déjà un centre musulman important. Sous Mahmadou et Sori Ibrahima, les conversions avaient été nombreuses. Il ne s’agissait que d'achever l’œuvre déjà commencée.
Aux villes où le mahométisme existait antérieurement, s’ajoutèrent ainsi de nombreux centres religieux, parmi lesquels on peut citer en première ligne Bissandougou, Baninkoro, Makhonou. Bissandougou surtout prit une grande extension. Jusqu’en 1887, il resta la capitale officielle de l’empire. Les Chorfa Kadriya de Kankan vinrent s’y installer, et avec eux, dès 1882, les Touré de Saninkoro et quelques Soni-nké émigrés du Niger Moyen. Ces derniers forment également l’élément maraboutique du Makhonou, tandis qu’à Baninkoro, il resta représenté par des Peul du Foutah-Djallon.
Dans toutes ces villes ainsi qu’à Kankan, Kona, Ténétou, Kankari et dans les autres centres musulmans, qui existaient déjà avant Samory, quelques Tidjaniya se mêlèrent aux Kadriya. A Kankan notamment, l’influence des premiers était restée prépondérante depuis l’époque des Djehad de Mahmadou Quoique cette absorption tendît à se généraliser, les doctrines des seconds se répandirent davantage dans l’ensemble des pays du Haut Niger. Cependant elles subirent, au point de vue politique, l’action de ce contact, en ce sens que si l’on en excepte quelques individualités, telles que les cheikh de l’entourage de Samory qui