O RENAISSANCE ET PROPAGATION DE L’ISLAM
avaient été élevés dans les écoles du Nord, le mahométisme conserva dans son extension un caractère très accusé d’hostilité contre la domination chrétienne, contre nous. C’est seulement dans l’œuvre de la propagande locale, que les principes de tolérance propres aux Kadriya continuèrent à se faire sentir.
Indépendamment du fait même du développement de l’Islam dans les parages de Kankan, de Bissandougou, au Sangaran, au Ouassoulou et dans les provinces avoisinantes, il convient de signaler les progrès très rapides de l’instruction religieuse. Les marabouts de ce pays ne le cédaient guère, en 1888, à ceux du Moyen Niger, de Sansanding, Ségou, Bandjagara, comme savoir et comme science. Les manuscrits de tout genre étaient devenus fort nombreux chez eux. Ils ne s’en tenaient plus, ni pour euxmêmes, ni pour leurs disciples, à l’étude du Koran, des rudiments de la doctrine, mais tenaient école au sens large du mot, et formaient des élèves presque aussi avancés dans la scolastique, dans toutes les branches de la théologie musulmane, que peuvent l’être ceux des cheikh Kadriya ou Tidjaniya du Sahara et du Macina.
Ce mouvement intellectuel remontait d’ailleurs à l’époque de Mahmadou ; il était la conséquence directe de la rénovation religieuse dont El Hadj Omar fut l’inspirateur. Mais les premières années de la domination de Samory contribuèrent à l’étendre, à le développer dans une large mesure.
Au sud et au sud-est du Ouassoulou, cette période ne paraît pas avoir été aussi féconde pour l’établissement de l’Islam. Dans le Toron et à l’Est, les Bambara et les Peul fétichistes durent accepter la foi officielle de l’empire. Mais leur révolte lors des conquêtes de Thiéba en 1886, leur permit de recouvrer leur indépendance religieuse, en même temps que leur autonomie politique. Chez eux, comme au Soudan Français, les conversions à main armée n’ont pas été durables, elles ont soulevé une
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animosité profonde contre la conquête musulmane, quel qu’en pût être le caractère immédiat.
La retraite de Samory après son insuccès devant Sikasso, marque le point de départ d’une nouvelle politique au Soudan Français.
Aux négociations que Thiéba avait entamées avec le colonel Galliéni répondit l’envoi de la mission Quiquandon à Sikasso et du docteur Crozat au Mossi, en même temps que la politique d’expansion pacifique qui prévalut alors, en raison des dispositions des Chambres dans les questions coloniales, nous amenait à prendre, à Pégard de Samory, une attitude conciliante. En février 1 889, il nous abandonna, par le traité de Niako, la rive gauche du Niger, acceptant d’être isolé du Foutah-Djallon et de Sierra-Leone.
Mais bientôt ses tentatives pour se rapprocher des Anglais, malgré ce traité, les efforts de nos voisins de Sierra-Leone pour prendre pied au Soudan, par son intermédiaire, nous obligèrent à le couper de la frontière britannique. En même temps que notre intervention à l’est de son territoire s’affirmait plus active, nou9 dûmes pourchasser ses Sofas dans l’Ouest et les forcer à se réfugier dans le Sud.
Puis, les rivalités latentes, entre l’Angleterre et la France, pour la possession du Soudan, prenant un caractère aigu, les besoins de la pénétration dans l’Hinterland de la Côte d’ivoire et dans la haute vallée du Niger, nous amenèrent à poursuivre directement la lutte contre Samory, devenu Pallié officieux des Anglais. Il avait lui-même donné le signal de la reprise des hostilités en nous renvoyant au bout de quelques mois le traité de Niako. Refoulé hors du territoire de Kong et de la région voisine, où il avait un moment tenu tête à nos colonnes; rejeté vers les frontières de Libéria, il réussit, par un dernier effort, à grouper dans une entente commune nos
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anciens adversaires Tidianes de la famille d’El Hadj Omar, ses propres adversaires de Sikasso, où Thiéba avait été remplacé à sa mort par son frère Bademba, Tidiane résolu — et au moment même où le conflit avec l’Angleterre était dans la période critique, à devenir pour notre domination un danger plus grand qu’il ne l'avait jamais été.
Déjà à Bammako, les marabouts Soni-nké et les Dioula parlaient du moment prochain où les Français seraient rejetés à la mer, lorsque le gouverneur du Soudan, sentant le moment venu d’une action décisive, enleva Sikasso.
On n'a pas sur le moment assez rendu justice à ce beau fait d’armes, dû à l’énergie, à l’ascendant personnel du colonel Audéoud sur les troupes du Soudan, habituées cependant à toutes les bravoures. Sikasso était la clef de la position, d’où dépendait dans le présent la liquidation rapide de nos dissentiments avec les Anglais, dans l’avenir, la pacification du Soudan, ou la continuation dans une forme plus grave des troubles antérieurs. En enlevant ce dernier refuge de nos adversaires, le colonel Audéoud résolut la question depuis si longtemps pendante, comme il avait résolu sur l’Ouémé la question de la guerre dahoméenne, en enlevant à la baïonnette les guerriers de Béhanzin.
Sikasso pris, la capture de Samory ne dépendait plus que de l’habileté et de la vigueur des colonnes lancées à sa poursuite.
Confiée à un officier tel que le commandant de Lartigue, cette dernière opération, conclusion de près de vingt années de guerre, n’était plus qu'une affaire de semaines et de jours. Le 28 septembre 1898, Samory, enlevé à la course par le capitaine Gouraud, devenait le captif de la colonne de Lartigue, et prenait le chemin de l’exil, loin du Soudan, qu'avait ensanglanté si longtemps son œuvre destructive.
Bien que la dernière partie de l’épopée de Samory, depuis le
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moment, où franchissant le Niger, nos colonnes prirent son contact, n’intéresse pas directement la question Islamique, ainsi qu’il vient d’être indiqué, il est cependant utile de rappeler géographiquement ce que fut la lutte d’échiquier ainsi engagée, afin de préciser ses conséquences indirectes sur le mouvement musulman.
En passant chez Samory, au moment du siège de Sikasso, Binger l’avait laissé aux prises avec des préoccupations politiques qui excluaient de sa part, toute arrière-pensée religieuse. Il n’était plus déjà le chef de guerre, musulman par circonstances, et partisan du Djehad à l’occasion, que le capitaine Péroz avait naguère vu entouré d’une pompe religieuse caractéristique, sous ses apparences indifférentes. Déjà les griots de confiance l’emportaient dans ses conseils sur les marabouts, dont beaucoup, comme le vieux pèlerin libéral de Ténétou, El Hadj Mahmadou El Amine qui recommandait Binger à ses amis de Kong, se souciaient peu des préférences de l’Almamy.
En s’adjugeant la qualité d’Emir el Moumenin, de commandeur des croyants — en exerçant par conséquent son autorité, sous le symbole islamique, Samory était alors le maître de fait des pays compris entre le Niger Français et les États Tidianes de Ségou et du Macina, au Nord, ceux de Thiéba à l’Est, les frontières de Sierra-Leone à l’Ouest, les abords du pays de Libéria et de Kong au Sud. De ce côté, sans occuper les territoires qui le reconnaissaient comme Almamy, il en était au moins le suzerain, par une sorte de protectorat tacite. Maître ainsi, directement ou indirectement, de 3oo,ooo kilomètres carrés, Samory comptait comme provinces, possédées en propre :
Entre le Niger et le Milo, le Sankaran, le Kissi et le pays de Falaba ; le Balé, le Sabé et le Banan, au nord du Ouassoulou ; le Diouma, le Kourbaridougou et le Kouroulami, à l’ouest du Ouassoulou ; le Ouassoulou, avec le Gouana, le Gouanediakha,
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le Baniakha, le Leuguésoro et le Bodougou ; au sud du Ouassoulou : le Toron, Bissandougou, Komo, le Konia, Sanankoro et le Ouorocoro ; enfin à l’ouest du Ouassoulou, le Ganadougou, avec le Tiankadougou, le Tiéméla, le Gakhalou, le Tiénédougou, le Foulala, le Siondougou, le Mpéla et le Gantiédougou.
Au Sud, il exerçait son protectorat sur le Toukoro, le Toma, le Gankouna, le Ouorodougou, groupe important de cantons confinant d’une part à la région de Kong, de l’autre à l’Hinterland de Libéria.
Dans ces derniers pays, il prélevait seulement des contingents de temps à autre sans percevoir d’impôts, les traitant en quelque sorte comme une réserve, alors que les autres, occupés régulièrement, par une sorte d’administration militaire et civile, étaient traités comme des fiefs imposables à merci.
Divisés en grandes provinces, répondant chacune à l’organisation de bandes qui constituaient autant d’armées, ils relevaient du chef du groupe militaire correspondant, groupe fractionné lui-même en corps de Sofas réguliers, outre les contingents irréguliers. Puis dans chaque village, à côté du chef local, indigène, se trouvait un Dougoukoumarigui chargé delà perception des impôts, de la surveillance générale. Enfin l’Almamy, indépendamment des dîmes qui lui revenaient, s’était réservé partout en pays conquis, une partie des cultures dont ses captifs étaient chargés sous la direction du Dougoukoumarigui.
Dans le Nord-Ouest et l’Ouest, cet empire de conquête, uni ainsi par les liens d’une organisation relativement solide, ne comptait guère que des musulmans, Soni-nké, Peul ou Djallonké. Dans le Sud-Est, confinant aux pays presque exclusivement fétichistes des Bobos et des Mossi, la population Mandé était, comme dans le Nord, en majorité fétichiste de fait. Mais parmi elle se trouvaient, dans le Nord et au centre, puis au Sud surtout, de nombreux musulmans, Mandé Traouré, Mandé
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Dioula, Soni-nké et Peul, qui constituaient une sorte d’aristocratie locale disséminée dans les principaux centres, comme Kankan, Bissandougou, etc.
La région n’était pas devenue musulmane, quoique l’Islam fût la religion officielle et eût à l’origine été imposé obligatoirement. Mais les mahométans tenaient le premier rang.
Thiéba, musulman et Tidiane lui-même d’origine, d'affinités premières, était un Mandé Dioula Traouré, dont les débuts ressemblaient à ceux de Samory, avec la nuance d’antécédents personnels : son père, Daoula, s’était en effet constitué un fief propre dans le Kénédougou, après avoir été chef du village de Doualabougou.
Thiéba avait d’abord commencé à guerroyer pour son compte, sans s’occuper de Samory, à l’est du Bagoé, qui séparait leurs provinces respectives. Il était devenu maître de Sikasso et du Kénédougou, puis du Menguéra, du Samokhodougou, du pays de Tengréla et de Kinian, chez les Bambara voisins du Macina, confinant ainsi : aux Etats de Samory qui le séparaient du Niger, du Macina; au Mossi, et dans le Sud, par les pays Bobo, à la région de Kong.
En dehors du Kénédougou, son autorité était moins absolue que celle de Samory sur ses propres territoires, mais Sikasso, gros centre très bien fortifié pour le Soudan, donnait à sa puissance une importance très réelle et le jour où passant le Bagoé ses bandes se heurtèrent à celles de Samory, il devint nécessaire pour celui-ci d’en finir avec un voisin entreprenant et dangereux. Telle fut donc la cause du siège de Sikasso qui mettait aux prises une force, de tendances musulmanes malgré une origine fétichiste, avec une force, de tendances fétichistes malgré ses origines musulmanes.
Thiéba, en effet, quoique musulman, malgré ses affinités Tidianes, comptait surtout parmi ses partisans les plus dévoués,
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des Mandé Mali-nké et Bambara fétichistes. Il s'appuyait politiquement sur les Mossi et les Bobo, fétichistes également. Et sans proscrire l’Islam, tout en faisant bon accueil aux Peul comme aux Mandé Dioula, aux Toucouleurs comme aux Soni-nké, il se trouva nécessairement personnifier, au moment du choc de sa puissance contre celle de Samory, l'idée fétichiste contre l’idée musulmane.
Après l’insuccès de Samory devant Sikasso, et pendant qu’il se retirait dans le Ouassoulou, un double mouvement se dessina contre lui. D'une part, notre occupation du Niger s'étendit rapidement et facilement jusqu’au Milo, pendant la fin du commandement du colonel Galliéni; d’autre part, le Sankaran, le Kissi et le pays de Falaba,vers lesquels les Anglais de Sierra- Leone commençaient à dessiner un mouvement par l’envoi de la mission Festhing, furent annexés peu après.
En même temps, l’arrivée de la mission Quiquandon à Sikasso, chez Thiéba, changeait ses bonnes dispositions en alliance définitive pendant que le docteur Crozat se rendait au Mossi et nous en ouvrait l’accès.
Nous refoulions ainsi Samory lentement, tout en nous étendant sur son flanc Est, de manière à neutraliser pacifiquement les efforts qu’il pouvait faire pour reprendre l’offensive.
Dès l’occupation de Ségou en 1890, il avait fallu donner de l’air à nos postes avancés du Moyen Niger par de courtes démonstrations. L’année suivante, au moment où la colonne Archinard achevait, par la prise deNioro, la conquête du Kaarta, en même temps que la colonne Dodds battait Abdoul Boubakar au Foutah Sénégalais, la colonne Combes, par une rapide et brillante offensive, allait au-devant de l’attaque de Samory combinée avec les mouvements des Tidianes, en enlevant Kankan, sur le Haut Niger et en refoulant l’Almamy vers Bissandougou.
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A ce moment, les Anglais de Sierra-Leone, que l'occupation de Kankan coupait définitivement du Soudan, commencèrent à entrer plus activement en relations avec Samory, qui recevait entre autres, en mai 1891, un envoi de 200 fusils à tir rapide de Free Town.
Grâce aux efforts intelligents et heureux du capitaine Quiquandon et du docteur Crozat, nous restions libres de toute inquiétude dans l’Est, bien que Thiéba ne nous prêtât pas le concours effectif qu’il nous avait promis et se montrât même, réservé à notre égard. Ce fut alors l’œuvre du colonel Humbert de porter à la puissance militaire de Samory un coup dont elle ne devait pas se relever. Battu et mis en déroute à Bissandougou, au commencement de 1892, il dut reculer jusqu’au delà de Kérouané où se trouvèrent ainsi reportés nos avant-postes, assez loin de la frontière de Sierra-Leone, pour que la coopération des Anglais à la résistance de Samory ne pût plus garder le caractère inquiétant qu elle avait revêtu d’abord.
L’année suivante (1893), pendant que le colonel Archinard achevait de liquider la question du Macina, le colonel Combes accentuait efficacement le mouvement déjà commencé dans le Haut Niger, en refoulant Samory vers l’Est jusqu’au Baoulé et à la Haute Cavally.
Puis, longeant la frontière même de Sierra-Leone, où Samory avait conservé à Erimankono un camp d’instruction, surveillé sinon dirigé par des Anglais de la force de police de Sierra- Leone, il acheva de nettoyer ces parages, en en chassant les Sofas et leurs alliés, avant de rentrer à Konakry par la route qui limite dans le Nord la colonie anglaise.
Les Etats de l’Almamy se trouvaient ainsi isolés politiquement de Sierra-Leone Mais s’étendant vers l’est de Kong, il reprenait le contact des Anglais par leur colonie de Cap Coast. Puis Thiéba étant mort dans le courant de l’année, il avait pro-
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fité des incertitudes de son successeur Babemba pour se rapprocher de Sikasso. Enfin, après ledépartde la colonne Combes, ses bandes reparurent à l’ouest du Haut Niger, en même temps qu’elles menaçaient la région de Siguiri par le Sud et l’Ouest. Une nouvelle colonne, celle du colonel Bonnier, le refoula encore à la fin de l’année, en dégageant complètement la rive droite du Niger.
A ce moment, la pénétration de la Côte d’ivoire vers le Soudan, préparée par le voyage de Binger, six ans auparavant, devenue nécessaire par l’entente des Anglais avec Samory, par leurs efforts pour nous enlever au Soudan, grâce à son alliance, le terrain que nous y avions gagné, s’organisait plus activement.
Plusieurs missions avaient tenté sans succès de s’avancer hors des limites mêmes de la Côte d’ivoire, sans y réussir faute d’une force suffisante. Tout l’intérieur de la colonie était en effet divisé en zones commerciales parallèles à la côte, formant en quelque sorte des barrières douanières, que les populations de chaque zone s'efforçaient de préserver d’une pénétration appelée à les détruire, malgré les résultats obtenus de nouveau par Binger dans un second voyage à Kong. Puis dans l’intérieur, les bandes de Samory opposaient un autre obstacle insurmontable aux tentatives pacifiques.
Dès le commencement de 1893, le capitaine Marchand avait été chargé de poursuivre l’exécution d’un programme pratique et définitif de jonction de la Côte d’ivoire au Soudan. A la fin de l’année il se heurtait dans le Bandama aux Sofas de Samory et, en juin 1894, retrouvait à Kong ses émissaires qui préparaient les voies à l’Almamy. Refoulé dans l’Ouest, repoussé du Nord, Samory se jetait vers le Sud, menaçant directement les abords de notre colonie de Grand-Bassam. Arrêté par la colonne Monteil, il s’étendit vers l'Est, et au milieu de 1895
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restait encore maître du Haut Bagoé,du Bouna,du Bondoukou, de Satama, de Bouaké et de Sakala, avec les provinces du Djimini et de Kong.
Les possessions de l’Almamy s’étaient ainsi déplacées perpendiculairement à leur axe primitif. Elles ne comprenaient pas la vallée du Niger, mais s’étendaient presque parallèlement à la côte de la frontière extrême de Libéria à la colonie de Cap Coast, par Kong et le Bondoukou. Après les pays fétichistes, c’étaient maintenant les pays musulmans des Mandé Dioula qui se trouvaient envahis, dans des conditions d'oppression qui ne pouvaient que rendre leurs habitants hostiles au conquérant, bien que ses premiers rapports directs avec Kong eussent été précédés de la demande adressée par lui aux chefs de la ville, de recevoir 200 Sofas comme étudiants dans leurs écoles.
Si la Côte d’ivoire, protégée par de nouveaux postes, si le Soudan de son côté, étaient maintenant à l'abri des incursions de l’Almamy, sa présence à proximité de Cap Coast n’en constituait pas moins un danger d’autant plus grave, qu’à peu près au même moment où il refusait de recevoir le capitaine Braulot, envoyé vers lui pour connaître ses intentions, il demandait au gouverneur de Cap Coast le protectorat de l’Angleterre.
Déjà à ce moment, la lutte de la France, de l’Allemagne et de l’Angleterre pour l’occupation des régions vacantes du Soudan était entrée dans la période aiguë. Pendant que nous nous efforcions de gagner de vitesse les Anglais entre le Haut Dahomey et le Niger inférieur, les Allemands au nord et à l’est du Togo, ceux-ci de leur côté multipliaient leurs missions.
Mais pendant ce temps, l’active impulsion donnée, dès 1895, par le commandant Destenave à la pénétration au Ouaghadougou et au Mossi, modifiait considérablement la situation en notre faveur. Nous occupions méthodiquement et pacifiquement mais solidement, outre le Mossi, le Gourma et le Gourounsi. Samory
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alors essaya de s’avancer dans l’arrière-pays de Cap Coast. Mais là, sa présence n’offrait plus d’avantages politiques aux Anglais qui ne virent en lui qu’un voisin pillard et dangereux. Et menacé d'être attaqué par une colonne anglaise, il rentra sur notre territoire par la Haute Volta, en nous faisant des ouvertures de paix, dont il montra bientôt la valeur en faisant assassiner, au milieu de 1897, capitaine Braulot, envoyé auprès de lui pour le recevoir. Une nouvelle mission pacifique fut cependant encore envoyée à Samory par la colonie de la Côte d’ivoire ; elle échoua. Mais Bondoukou avait été occupé à la fin de l'année, en même temps que la colonne du commandant Caudrelier arrivait à Bouna, isolant ainsi l’Almamy de ses communications avec Cap Coast. Peu après, la signature de la convention francoanglaise mettait, en avril 1898, fin aux préoccupations qui pendant les dernières années nous avaient empêchés de poursuivre contre Samory les campagnes actives auxquelles avait été dû son départ pour le sud du Soudan.
A ce moment la situation était devenue grave au Soudan même, dégarni de troupes, par la formation des colonnes qui opéraient dans les territoires en litige avec l'Angleterre. Babemba le chef de Sikasso, avait fini par se ranger du côté de Samory et de nos adversaires. Jusqu’à Bammako les indigènes commençaient à s’agiter, et dans les milieux musulmans on sentait la propagation d’un mot d’ordre, rappelant les groupements des Tidianes, sur l'incitation d’Ahmadou Cheikhou. Cette fois Samory, représenté à Sikasso par un de ses familiers, Fô, était l’instigateur du mouvement qu’il préparait déjà lors du voyage de la mission Nebout, à la fin de 1897. De son côté, Babemba avait subi l’influence de son neveu Ahmadou, homonyme du fils d’El Hadj Omar et musulman exalté.
L’arrivée rapide de la colonne formée en hâte par le colonel Audéoud, avec ce qui lui restait sous la main de troupes dispo-
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nibles et avec des anciens tirailleurs enrôlés pour l'expédition, coupa court à ces velléités et le ier mai, avec Sikasso enlevé brillamment disparaissait le dernier obstacle à la pacification du Soudan. Samory n’en était plus un, malgré tout son passé. En fuite devant les colonnes convergentes lancées à sa poursuite, il essaya de gagner la frontière de Libéria. Mais traînant avec lui une multitude de Sofas, de captifs, de femmes, d’enfants, dont les cadavres jalonnaient sa route, engagé dans une immense forêt dont les rares habitants, des Bobo, lui étaient hostiles, il ne tarda pas à être rejoint par la colonne de Lartigue et pris par la compagnie Gouraud.
Ce qui caractérise surtout, aupoint de vue Islamique, la seconde partie de l’histoire de Samory, depuis le moment où l’occupation de Kankan marque la fin de ses conquêtes d’expansion, c’est la réaction qui s’opéra parmi les fétichistes des pays qu’il dévastait, contre l’idée musulmane, personnifiée par leur vainqueur.
Resté lui-même pratiquant, fervent même jusqu’au bout, il avait un peu délaissé ses anciens conseillers en faveur des griots. Néanmoins, à Kong, à Bondoukou, comme naguère à Kankan, à Bissandougou, il était resté Almamy, chef musulman et autour de lui la profession de foi mahométane ne cessa pas d’être obligatoire.
Les ruines amoncelées sur son passage, et ses défaites, laissèrent tout entiers les sentiments d’exécration qu’il inspirait aux vaincus et qui devaient nécessairement se retourner contre la religion nominalement en cause. Si parmi les Mandé du Kénédougou, les Peul du Ouassoulou, cette influence peut être contestée, elle se manifesta au contraire d’une façon caractérisée chez les fétichistes des pays Bobo et du Mossi.
Parmi les musulmans mêmes, il est certain que beaucoup des Mandé Dioula et des Traouré, des Soni-nké du Sangaran, des pays de Kong et de Bondoukou, virent d’abord sans défaveur
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les progrès de l’Almamy. Leurs tendances, hostiles à notre cause politiquement, répondaient aux siennes. Mais quand leur tour vint d’être pillés par les Sofas, de voir des milliers des leurs égorgés ou vendus comme captifs, les intérêts sociaux et individuels remportèrent sur l’instinct religieux, et la capture de notre adversaire de vingt années, fut pour eux un soulagement aussi grand que pour les fétichistes.
Samory a laissé cependant derrière lui des fanatiques, des exaltés, qui, sans le regretter, regrettent la cause qu’il personnifiait pour eux. Il a semé sur sa route quelques ferments individuels de recrudescence islamique. Mais en même temps, il a rapproché de nous la masse des musulmans, et comme El Hadj Askia, surexcité l’esprit fétichiste contre l’Islam. Chef deguerre, pillard et égorgeur, traqueur de captifs, il ne laisse pas de sillage personnel dans le mouvement musulman. Sa trace y subsiste plutôt comme un obstacle durable, dans les régions qu’il a ensanglantées, au triomphe de la cause politique qu’El Hadj Omar avait défendue au point de vue religieux, et qu’il n’a faite lui-même religieuse à quelques égards, qu’au point de vue politique.