‹ L'Islam dans l'Afrique occidentaleChapitre 25 sur 28 · LES ORDRES RELIGIEUX · texte numérisé non relu

LES ORDRES RELIGIEUX

Deux ordres religieux seulement, celui des Kadriya et celui de Tidjaniya, ont un rôle effectif dans l’éovlution de l’Islam au Soudan occidental. Quelques autres doctrines cependant y sont représentées ; mais elles n’ont qu’un rang très effacé et ne méritent d’être citées que pour mémoire.

En première ligne, viennent les Ghadeliya. Comme école ils ont une certaine importance. On sait, en effet, que leur enseignement confine d'une part à l’Islam orthodoxe, d’autre part au mysticisme et figure une nuance intermédiaire. Tel est le cas surtout des Djazouliya, des adeptes du rituel, auquel les Delaïl el Kheirat de l’Imam Sliman el Djazouli servent de base. Pour ceux-ci les liens hagiologiques n’existent pas. Ils ne forment ni un ordre, ni une association quelconque. Ils s’astreignent seulement à suivre un formulaire de prières, un code de morale religieuse, dont les Delaïl sont l’expression. Dans tous les pays de langue arabe, ces disciples du spiritualisme islamique sont nombreux. Au Sahara, au Sénégal, au Soudan, la société cultivée en compte beaucoup.

Mais ils n’ont aucune action propre, ne peuvent être considérés comme un élément particulier.

Autre est le cas des Chadeliya de confrérie. Il en existe aussi quelques groupes dans l’Ouest africain. Les uns comme congrégations indépendantes ; les autres comme branches des grands ordres.

La plupart des Cheikh el Triqâ, tout en se ralliant à une doctrine déterminée, appuient en effet leur règle sur des filiations multiples. Chefs d’un ordre donné, ils sont initiés à plusieurs autres et à l'occasion en transmettent aussi les dogmes. C’est ainsi que Cheikh Saadibou, le chef des Kadriya de l’Adrar

RITES ET DOCTRINES 3 I 9

de l’Ouest, donne également l’Ahd des Chadeliya, Debbaghiya et Tidjaniya.

Sans insister à cet égard, il convient de dire que les Chadeliya de cette origine ne forment qu’un fort petit groupe. Outre quelques Tholba sahariens, ils se recrutent surtout parmi les musulmans les plus lettrés du Bas Sénégal. Cheikh Saadibou avait à Saint-Louis, un moqaddem Chadeli, Cheikh Moussa Thiam.

D’autres congrégations du même ordre, mais indépendantes, existent dans diverses régions du Sahara, mais ne sont pas représentées au dehors. Ainsi dans l’Aftouh, un Cheikh Chadeli, nommé Ahmed el Hadrami, a quelques disciples. Dansle Tagant à Tidjidat, d’autres Chadeliya ont pour chef local Sidi Abd Allah ould el Hadj Brahim, dont l’influence paraît croître depuis quelques années, sans cependant s’étendre au loin. A Oualata, des Chorfa Idrissiin, arrivés depuis peu dans le pays, représentent une branche marocaine, mais dans la ville seulement.

Outre les Chadeliya, on peut mentionner les Debbaghiya, de Sidi Abd el Aziz el Debbagh, plus connus sous le nom de Khadiriya, comme comptant dans le monde des Khouan de l’Ouest Africain. Mais c’est à titre exceptionnel et par filiation des Oulad Mohammed el Fadel.

Enfin, à Timbouctou, Sansanding et les autres villes du Niger, ainsi qu’à Oualata, les Marocains et Touatiya ont introduit quelques autres ordres : Derkaoua, Rachidiya, Aroussiya, etc... qui tous relèvent par origines du Chadélisme. Ils ne font pas de prosélytes, n’ont aucune action sur la marche générale de l’Islam.

Seuls les Kadriya et les Tidjaniya ont un rôle effectif dans le mouvement religieux ; seuls, ils comptent des adeptes chez les race* noires, avec les Chadeliya de Saint-Louis.

SITUATION ACTUELLE DE L’iSLAM

KADRIYA

Les Kadriya appartiennent à des branches issues d’une même souche, mais aujourd’hui multiples, isolées.

Le premier groupe, le plus important, est celui des Bekkaiya. Avant de l’étudier, il convient de mentionner quelques congrégations locales qui en sont indépendantes ou s’en sont détachées depuis longtemps. Leur principal centre est à Oualata, où s’était établi le premier chef de la famille des Bekkai sous ce nom, Sid Ahmed el Bekkai. Après la mort de Cheikh Omar, en i 5 5 2, l’influence de sa lignée se répandit surtout au Touat et dans la région septentrionale du Sahara. Ce fut longtemps après, seulement, qu’elle s’imposa définitivement de nouveau à Oualata, par l’intermédiaire des descendants de son quatrième fils, Sid Ahmed el Reggani. Celui-ci s’était fixé à Reggan, d’où son nom, et devint le chef d’un groupe local de Kadriya, qui sousSidi Abd el Malek el Reggani, acquit au XVIIe siècle une grande importance.

Après sa mort, les Chorfa Mouley Abd el Hadi et Ahl Mouley Chérif, de Oualata, apparentés à ceux de Reggan, sollicitèrent un de ses fils de venir s’établir parmi eux. Depuis lors, la famille est restée représentée dans la ville par une tige directe, dont le chef actuel est Sidi Abdel Malek el Reggani, homonyme de son aïeul. Outre cette branche, deux autres se partagent les Kadriya Regganiya, et toutes deux sont issues de Sid Ahmed. Elles ont pour chefs MohammedOuld el Mokhtar Ould Thaleb, et Cheikh OuldBrahim el Khalil.

Ce dernier n’a de disciples que chez les Deiboussat d’El Haoh. tandis que ses deux rivaux recrutent leurs partisans dans les trois tribus Tholba (arabes ou berbères) de Oualata même : El Ghelal, Idé Ilba, El Bârtil ; ainsi que chez les Tafoullalelt, Gue-

RITES ET DOCTRINES

lagma, Oulad Guélal, Tadjakant, et autres tribus Tholba d’El Haoh.

L’action des Regganiya est ainsi limitée aux populations parmi lesquelles ils sont fixés, toutes de race arabe ou berbère. Mais à côté d’eux, il existe à Oualata un autre groupe de Kadriya, dont l’influence se développait, il y a quelques années, grâce à son chef, un Chérif, nommé Sidi Mohammed, qui se prétendait issu de la descendance directe de Sidi Alb el Kader el Djilani.

A l’inverse des précédents, tous Batheniya ou Intérioristes, c’est-à-dire qui n’exigent que la récitation mentale du Dhikre, Sidi Mohammed appartient à l’école des Zaheriya ou Extérioristes, ceux qui font le Dhikre mécanique, suivant la méthode orientale. Comme toujours, c’est là une caractéristique des tendances extatiques. Fort développées chez Sidi Mohammed, elles l’ont fait regarder comme prédestiné à une haute mission. Ses adeptes lui donnèrent le titre de Mahdiou, sous lequel il était généralement connu en 1888, et le considéraient comme devant, dans un avenir prochain, prendre la direction d’un grand mouvement religieux. Il est probable que depuis, comme beaucoup de Chorfa Kadriya, il s’est contenté de la prébende acquise, car le silence semble s’être fait autour de son nom.

Outre les nomades Tholba d’El Haoh, non Regganiya, il comptait, en 1888, de nombreux partisans chez les Soni-nké du Bakhounou, du Guoy et du Guidimakha, puis tout près de Khayes, chez les Askeur, fraction métisse d’une tribu du Haoh, qui est venue s’établir sur la rive gauche du fleuve.

De tous les Kadriya indépendants des Bekkay, cette congrégation est la seule qui ait contact avec la partie centrale de notre territoire.

Quelques autres, beaucoup moins importantes que celle de Oualata, peuvent être également mentionnées dans les diverses

ISLAM

SITUATION ACTUELLE DE L ISLAM

régions du Sahara : chez les Brakna Idjeïbi, une branche isolée peut être rattachée à la confrérie de Sid el Mokhtar el Kebir par son chef Cheikh el Kadi, qui a aujourd’hui pour successeur son petit-fils, Cheikh Ahmed Mahmoud. Dans le Tagant, un autre groupe local relève d’un Kadri marocain, Sidi Mohammed Ould Menni, etc...

Toutes ces congrégations, sauf celle de Sidi Mohammed el Mahdiou, sont peu intéressantes, et méritent seulement d’être citées rapidement. Autre est le cas des Bekkay proprement dits.

Jusqu’à la mort de Sid Ahmed el Bekkay, il y a une trentaine d’années, on peut les considérer comme encore rattachés à une seule tige. Déjà cependant leur dissémination avait commencé par la formation de clans, qui subissaient la suprématie religieuse de Sid Ahmed sans relever directement de lui. Aujourd’hui tous ces clans sont isolés. Le principal, celui qui représente à proprement parler la lignée religieuse de Sid el Mokhtar el Kebir, a pour chef Baba Ahmed Ould Cheikh Sid el Mokhtar, neveu de Sid Ahmed et plus connu sous le nom de Baba Ahmed Ould Badi, chez les Touareg.

A la mort de son oncle, il entra en compétition avec le fils de celui-ci, Sid el Abidine qui, appelé dans le Macina, pour recueillir l’héritage paternel, quitta Timbouctou. Déjà la plupart des Kadriya de la région s’étaient ralliés à Baba Ahmed. Les aventures d’El Abidine achevèrent de lui faire perdre toute sa clientèle religieuse. Aujourd’hui Baba Ahmed est en fait le seul chef des Kadriya Bekkaiya Mokhtariya, à Timbouctou et dans la région avoisinante. Fixé d’abord dans le pays d’Aribenda, à deux jours de marche est de la ville, ensuite à l’est du Niger, il étend son influence chez les Kêl Immiden de l’Adrar, les Irregenaten, les Berabich, etc... de l’Araouan au Macina oriental et vers l’Est, jusque dans l’Aghélé. Mais il est surtout considéré comme

RITES ET DOCTRINES

Ouali, comme saint, et sauf chez quelques petites tribus de marabouts, tels que les Touareg Iguellad, il s’en faut de beaucoup que son ascendant politique, nobiliaire, soit admis. Souvent, des bandes d’Irregenaten venaient piller ses troupeaux dans l’Aribenda.

Tous les Kadriya du Niger septentrional, ne l'en reconnaissent pas moins comme Cheikh el Triqâ, comme héritier direct de SidelMokhtar el Kebir, et sous le nom de Ahl ech Cheikh, ils représentent une force qui a pu naguère être imposante. Ce sont ses tendances personnelles, surtout, qui l’ont empêché de jouer un autre rôle. Peut-être pouvait-il aspirer à l’héritage temporel des anciens Bekkaiya, de même qu’il fut leur héritier spirituel. Mais plongé dans les pratiques d’une dévotion austère, il semble avoir fait du « Terk el Dénia », du renoncement aux biens du monde, la principale règle de sa doctrine.

Tout autre est le rôle de Sid el Abidine qui, cantonné d’abord à Gherdja, campant ensuite avec les Kêl Immiden, n’est à proprement parler, comme on l'a vu, qu’un chef de bandes. Pour définir la situation qu’il occupe, parmi les Kadriya, on peut le comparer, a-t-il été dit déjà, à Si Kaddour, chez les Oulad Sid Cheikh.

Outre lui et son oncle, il existe encore deux descendants directs de Sid Mokhtar el Kebir, ce sont Sidi Mohammed Ould Sidi Haïb Allah, fixé aussi chez les Touareg Kêl Immiden de l’Est, sur lesquels il paraît avoir un certain ascendant; puis Bakké Ould Sidi Alouata, le seul des Bekkay qui soit resté àTimbouctou jusqu’à la conquête française. Il y vivait d’ailleurs très retiré, et malgré un certain prestige héréditaire, n’avait pas de disciples.

Mais la famille des Bekkay est en outre représentée par de nombreux membres, issus des autres branches. Quelques-uns ont encore une certaine situation dans le monde musulman. Ce sont :

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i°KhalifatOuld AbidineOuld Sidi Mohammed, et Sidi Mohammed Ould Baba Ahmed, qui tous deux représentaient la lignée de Sid el Bekkay el Kebir, dans le Haoh, jusqu’à ces dernières années. Entourés d’un certain nombre de Kountah, ils vivaient en chefs de clans maraboutiques beaucoup plus qu’en Cheikh el Triqâ.

A la suite de discussions déjà anciennes et qui engendrèrent des luttes répétées, les Mechdouf les ont chassés en 1884 et ils ont été s’établir, avec leurs partisans, dans l’Adrar et Temar. Leur rôle y est resté le même qu’à Oualata. Ils ne comptent pas parmi les chefs des Kadriya, n’ont pas d’influence religieuse et d’ailleurs, bien qu’ayant eu les mêmes destinées, sont ennemis.

20 Abidine Ould Sidi Mohammed, cousin de Khalifat Ould Abidine, et Baba Ould el Bekkay, proche parent de Sidi Mohammed Ould Baba, sont les chefs de ces deux mêmes branches dans les parages de Timbouctou. Ils ont dû tous deux s’établir chez les Kêl Immiden de l’Est.

Indépendamment des Bekkay mêmes, on pouvait rattacher à leur groupe leur Chorfa de Kankan, c’est-à-dire Sanounou et sa descendance, jusqu’à Chérif Seddik Tiramadi, leur chef à Bissandougou du temps de Samory, puis le marabout de Samatiguila, Kogno Mambi Ould Seddiki. Du moins les Kadriya de ces régions, procèdent-ils de la lignée spirituelle Sid el Mokhtar el Kebir, par essaimages directs.

Mais les représentants les plus illustres de son école sont ceux qui procèdent de Cheikh Sidia, ou des Oulad Mohammed el Fadel. Ce sont eux aussi qui, tant dans le Sénégal que dans le bassin du Haut Niger et au Foutah, ont le rôle le plus considérable.

Cheikh Sidia. — La branche de Cheikh Sidia eut pour premier chef, un Kounti de l’entourage de Sid el Mokhtar el Kebir, Heiba, qui ne paraît pas avoir joué un rôle particulièrement

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remarquable. C’est avec son fils Sid el Mokhtar Ould Heïba, que commence à se dessiner l’indépendance de la confrérie, et surtout avec son petit-fils Cheikh Sidia qui la fonda véritablement, au temps de Sidi Mohammed ech Cheikh.

Cheikh Sidia eut pour successeur son fils Mohammed Khalifat, qui a été lui-même remplacé par le Cheikh Sidia actuel, son fils.

Ce dernier, outre son père, eut pour chef spirituel un Bekkay proche parent de Sid Ahmed, Miloud Mourtada, connu dans le Sahara sous le nom de Chérif Timbouctaoui . Il peut ainsi revendiquer une double filiation, se rattachant aux deux plus illustres chefs de la famille des Bekkay au siècle actuel.

Fixé chez les Trarza,au nord de Podor, Cheikh Sidia campe toujours sous la tente et, suivant les époques, s’établit avec un camp nombreux de disciples, tantôt à Tindoudja, tantôt à Boutilimet. Il compte, au Nord, des Talemid jusque dans le Tagant. A l’Est, son influence s’étend, à l’exclusion des Doui el Hadj et de leur groupe, dans la plupart des tribus maures, Douaïch, etc... jusqu’à El Haoh,et chez les Soni-nké du Kaarta, jusqu’à Nioro. Ses représentants directs, étaient en 1888 :

i° A Saint-Louis : Moqaddem : El Hadj Gamara, Mohammedou Sarr ;

20 Dans le Dimar : Moqaddem : El Imam Deïmat, dont les disciples devenaient presque aussi nombreux que les Tidjaniya depuis quelque temps ;

3° A Podor : Moqaddem : Cheikh Aomar el Kebir qui était Khalifat Kernel, pour les pays de la rive gauche du Sénégal. C’est lui qui centralise toutes les offrandes, toutes les affaires de l’ordre dans le Sénégal proprement dit ;

40 Dans le Foutah : Moqaddem : Saïd N’dougo à Diouto, près de Boki Diabé ;

5° Au Boundou : Moqaddem : Cheikh Saloum ;

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6° Dans le Khasso, à Médine : Cheikh Mohammed el Ouagne.

En résumé, outre Saint-Louis, l’influence de Cheikh Sidia s’étend sur la rive gauche du Sénégal, du Dimar àMédine. Mais, en dehors du monde des traitants, où son ascendant paraît d’autant plus grand qu’il est favorisé par des intérêts particuliers, ses Talmid sont relativement peu nombreux chez les habitants mêmes du pays. Il n’en est autrement que dans le Dimar de l’Ouest et chez les Soni-nké de Bakel, de Médine. Encore de ce côté les Tidjaniya ont-ils, durant les dernières années, fait, ainsi que les Kadriya du Mahdiou de Oualata, de grands progrès au détriment des Kadriya de Cheikh Sidia. Dans le Foutah et le Boundou, les Moqaddem de celui-ci le représentent presque seuls.

Sa confrérie semble d’ailleurs en décadence. Son grand-père et homonyme, est resté l'objet d’une vénération générale, dont on trouve le souvenir jusqu’au Foutah-Djallon. Mais il est luimême peu considéré.

Son attitude, comme celle de tous les Kadriya de l’Ouest, n'est pas hostile à notre cause. En général, ils sont partisans de la paix avec nous et leur enseignement officiel est toujours dirigé dans ce sens. Cheikh Sidia n’a cependant pas toujours suivi ces errements. Il a été à plusieurs reprises en relations suivies avec Ibrahim N’Diaye qui avait été affilié à sa règle comme traitant, et qui, comme agitateur Tidiane au Fogny, a continué à lui envoyer de riches Hédia.

D’autre part, son père, que nous connaissions sous le même nom générique, a beaucoup contribué à entretenir les Brakna dans leurs sentiments hostiles à notre égard au milieu du siècle. Il a personnellement assisté à plusieurs engagements contre nos colonnes, notamment à l’attaque du camp de Mohammed Sidi, le 6 juin i856, et sa présence parmi les Oulad Ahmed paraît

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avoir été l’une des causes de l’échec qui nous fut alors infligé.

Mais depuis la conclusion de la paix avec les Maures, l'attitude de la famille a toujours été correcte. En aucune circonstance ses représentants n’ont provoqué de désordres. Tout au contraire, leurs prédications ont conservé, en l’accentuant à toutes les époques de troubles, le caractère pacifique du Kadérisme soudanien.

Outre Cheikh Sidia, sa famille est représentée par son frère Cheikh el Aïni, qui n’a aucun rôle religieux.

Mohammed el Fadel. — La branche des Kadriya de Mohammed el Fadel a pour principal centre, la région comprise entre le Tagant et l’Atlantique, c’est-à-dire l’Adrar et Temar et le Tirés. Elle est beaucoup plus importante que la précédente, d’une manière générale, et pour nous en particulier. Cela tient à plusieurs causes. Mohammed el Fadel était d’origine chérifienne de Oualata, et les Chorfa comptent beaucoup dans la région saharienne ou soudanienne. Il a, d’autre part, laissé la réputation d’un jurisconsulte et théologien éminent, assez connu pour que Cheikh Senoussi l’ait cité à plusieurs reprises dans sa Faharassat. Après lui, ses enfants se sont efforcés de l’imiter, et plusieurs d’entre eux sont auteurs de nombreux écrits. Enfin il a laissé une postérité considérable et en se dispersant, ses fils ont propagé au loin l’influénce de l’ordre paternel, sans d’ailleurs cesser de conserver d’étroites relations.

De même que les Kadriya de Cheikh Sidia, ceux de Mohammed el Fadel n’ont pas formé une branche distincte dès la mort de Sid el Mokhtar el Kebir. C’est avec Mohammed el Fadel même qu’ils se sont séparés des Bekkaya du Tagant et de l’Adrar, représentés encore par des membres de la famille moins connus que ceux qui ont été déjà cités : savoir Baba Ould Sidi Ould el Bekkay Ould Cheikh Sidi el Mokhtar, chez les Brakna ; Baba Ould el Khatari Ould el Bekkay Ould Cheikh Sidi el Mokhtar,

SITUATION ACTUELLE DE L’iSLAM

chez les Trarza ; Sidi Mohammed Ould el Mokhtar, chez les Douaïch du Tagant.

Les chefs actuels de la confrérie, sont les fils mêmes de Mohammed el Faclel : Cheikh Mohammed Taki Allah, Cheikh el Hadrami, Cheikh Mouley Aïnine et Cheik Saadibou.

Deux autres sont morts, Mohammed el Mahmoun, à La Mecque, et SidiBoui, à Oualata.

Cheikh El Hadrami est fixé à Oualata, mais n’a ni disciples, ni influence, sauf chez les Oulad en Naceur des Oulad Sidi Mohammed du Sud-Est. Il paraît faire exception aux traditions de sa famille et peu s’intéresser aux choses religieuses. Mohammed Taki Allah est également resté longtemps à Oualata. Il comptait de nombreux partisans chez les Mechdouf mêmes et dans quelques autres tribus. Mais quoique n’ayant pas eu les mêmes difficultés avec les habitants du pays que les Bekkay, il l’a quitté, lui aussi, pour se fixer dans la partie méridionale du Tagant. Il représente la principale influence religieuse dans la région comprise entre l’Adrar, le Djouf, El Haoh et le pays des Douaïch.

Cheikh Mouley Aïnine, qui est allé deux fois à La Mecque et jouit au Maroc d’une grande réputation, habite tantôt l’Oued Noun, tantôt la partie méridionale du Tirés.

Enfin, Cheikh Saadibou va de Tichit sur la limite du Tagant et du Oualata, au Tirés méridional.

L’ensemble des territoires au nord du Sénégal, sur lesquels s’étend l'influence des Kadriya de Mohammed el Fadel, se trouverait ainsi limité: au Sud, par le fleuve, de l’Océan à Bakel; à l’Est, par le Sahel, El Haoh, le Djouf et l’Iguidi ; au Nord, par la partie septentrionale de l’Oued Noun,

Il s’en faut de beaucoup que dans ces régions leur ascendant soit exclusif. Outre la zone comprise entre El Haoh et le fleuve, où Cheikh Sidia est établi, il existe un grand nombre

RITES ET DOCTRINES

de marabouts, de Cheikh, dans le Tagant, l’Adrar et, chez les nomades, des tribus Tholba entières qui leur sont hostiles. Mais aucune influence n’est aussi étendue, aussi générale, dans le Sahara occidental.

Les principales tribus, où l’on trouve ainsi des Kadriya Fadeliya, sont les suivantes:

Trarza

Ait Billah

Oulad Haïem el Othman

Ait Djemel

Douaich

Zerguiin

Brakna

El Aroussiin

Od Delim

Od Tidrarin

Od en Naceur

Ait Moussa ou Ali

Reguibat

Od Ghilan

Od Sba

Djaafria

Tekena

Od Mechrouf

Od Bou Achra

Od el Haouilah

Azouafid

Aïdou Ali

Haïtous

Idou Bellel

Od Bou Aita

Joggant

Ait el Hassen

Tadjakant

Ait bou Mebgoud

Taggant

Ait Brahim

Od Sidi Mahmoud, etc.

Ait Messaoud

Dans la région sénégalaise, l’influence des Kadriya Fadeliya est exclusive, ou du moins seule représentée par des groupes importants deTalemid, à l’ouest du Foutah (Saint-Louis excepté).

Cheikh Saadibou est, du reste, seul connu dans la région et c’est à lui seul que s’adressent les offrandes religieuses qui y sont recueillies. D’après des listes fournies par son fils aîné Mohammed el Fadel, ses moqaddem particuliers, tant dans le Sahara qu'en pays nègres, étaient les suivants, en 1888:

SITUATION ACTUELLE DE l’ïSLAM

i° Sahara :

Mouley el Mahdi

Chérif Hama Allah

Sid el Mokhtar

Cheikh el Abidine

Ch. Mohammed elFadel Ould Ch. Mohammed.

Ould Choaïb

Ahmed Abi Sidi Baba

Cheikh Semassi

Sidi Mohammed Ould Boubeker Seddik. ......

Mohammed Abd Allah Ould Ahmed

Ould Domin

Hamiada Ould el Koury

Abba Ould Zemeragna

Mohammed Seghir

Allien Ould Mohammed Abd el Kader.

Abderrahim

Sid el Mokhtar Ould el Bokhari

Ch. Sid Ahmed Ould Hanietou

Mohammed el Amin Ould el Aïa

Hamouadi Ould el Bachir

Ali Ould Mohammed Embarck

Mohammed Ould Chaba

Mohammed el Amin Ould el Hamira

Ch. Mohammed Mahmoun Ould el Horma

Ch. Sidi el Mokhtar

Ch. Mohammed el Mokhtar Ould Ouaou

Ch. Mohammed el Aka

Ch. Abderrahman el Amar Bebam

Ch. Mohammdou Ould Aloumia

Abdallah Ould Moussa

Ch. Mohammed Abdallah Ould Abd el Ghafour. Ch. Mohammed Mahmoud Ould el Hassen. . . . Ch. Mohammed el Aked

à Tichit id.

Berabich Azaouad Oudan Atta (Adrar) id.

id.

El Meddah (Adrar)

El Igref (Adrar)

Touizekt

Chiri

Tirés

Adrar

Tizerit

Taziès

Zeffa

Teggant

Aggou

Aggou

Nsilit

Iguita

Taggant

Aoukar

Amouchti

El Biar

Reguibal Tagant Aftouh Tazagert Tazagert Brakna id.

Douaïch

RITES ET DOCTRINES

Ch. Mohammed el Mokhtar Ould Ahmed el Nozi. Douaïch

Ould Tahar Deka

Ch. Benou Hambel. Trarza

Ch. Mokhtar Ould Salmoun Aguenitir (Trarza)

Mohammed el Emir Ould Ahmed Lemma Aguenitîr

El Feki Ould Ahmadou Aguenitir

Ch. Mohammed Legga Tared

Mahmouden Iguidi

Ch. Ould Abmed En Zei Zba

2° Pays nègres.

A Saint-Louis :

Cheikh Ali Oumané, Socé d'origine et qui habitait primitivement dans le Niom Bato, à l’Ouest du Ripp.

Noumar Cissé, chargé de la centralisation des offrandes. Mohammed Khaled, originaire de Foutah et agent religieux.

Cayor :

Ch. Mohammed Ould Mohammed...

Ch. Othman Barro

Mohammed Abdallahi

Ch. Massamba

Ch. Diouga

Mohammed Mahmoud Ould Mustapha

à Tiouaouan N’dande

(Diambour) à N’Koki

Dakar

Djioub

près de Rufisque, à Tenguigé

Djolof :

Ahmadou Beidani à Sebit

Il est fort influent et compte beaucoup de disciples. A son instigation, Ali Bouri, le Bour Djolof, quoique Tidiane, envoyait tous les ans une Hédia de ioo bœufs à Ch. Saadibou.

Baol:

Boubakar Cissé à N’diabi

Sine :

Sérigné N’boussa à Afia

SITUATION ACTUELLE DE l’iSLAM

RipP :

Mohammed Gissé.

Foutah Toro :

Ch. Mohammedou Ould Mahmoud.

Ch. Abderrahman Ould Lala à Nekhila

Foutah-Djallon :

Boubakar Kounti.

Niom Bato :

Ch. Othman Djoub.

Outre ces moqaddem, Ch. Saadibou aurait eu un représentant à La Mecque, Ch. Mohammed el Mahmoun, probablement un Hadji qui s’est fixé dans la ville sainte.

En tout cas, c’est là, on le voit, une grande et lointaine influence.

Dans le Cayor, on peut rattacher à la même école une congrégation toute locale qui remonte à Ch. Bou Nama, disciple de Sid el Mokhtar el Kebir et a pour chef Ch. el Bekkay, de N’dand. Elle était indépendante jusqu’à ces derniers temps, mais paraît se rattacher maintenant aux Fadeliya.

Le caractère généralement pacifique des Kadriya s’affirme surtout chez les Fadeliya, ceux de notre territoire du moins. Ch. Mouley Aïnine paraît, lors du voyage de la mission espagnole à l’Adrar, avoir fait son possible pour lui susciter de graves difficultés. Par contre, Ch. Saadibou, dont le père s’était montré favorable au capitaine Vincent, a lui-même reçu avec empressement Soleillet. En toute circonstance ses agents se montrent opposés aux agitateurs religieux et, en 1887, leur intervention dans le Ripp a détaché du parti de Biram Cissé quelques-uns de ses anciens adhérents.

Organisation et règle des Kadriya. — L’organisation des Kadriya, comme, au reste, celle des Tidjaniya, n’est pas ce

RITES ET DOCTRINES

qu’on pourrait supposer, quand on donne au terme de confrérie, d’ordre religieux, la signification qu’il revêt en Algérie. Au Sahara, au Soudan, par ordre religieux il faut surtout entendre une « voie mystique » et nullement une association. A la vérité, Ch. Saadibou et ses frères, de même Ch. Sidia, ont un certain nombre d’adeptes, d’agents affiliés par le pacte de l’Ahd. Ils sont Khalifat el Ouokht, de Khouan, de Moqaddem. Mais l’immense majorité des Kadriya ne mérite ce titre que par une simple filiation d’enseignement, exclusive de tout lien hiérarchique défini.

En un mot, Ch. Saadibou, pour prendre un exemple, a dans son entourage immédiat, quelques Khouan. Il est représenté par des agents attitrés, des moqaddem. Mais presque tous ses disciples ne relèvent de lui que par préférence, par tradition et sans obligation contractée.

Le rituel des ordres religieux du Soudan est d’ailleurs fort simple. Il ne comprend aucun des symboles usités en Orient, la Kherga et tous ses dérivés, Terk, etc..., non plus que la classification mystique des Talmidin, Mouridin, Touhidin, Mohammedin, etc... que connaissent seuls de nom les Tholba versés dans la science du Tessaouf.

De plus, sauf chez Ahmadou Cheikhou, Sidi Mohammed el Mahdiou, Ch. Saadibou et Ch. Mouley Aïnine, puis dans le Bossé et à Mousardou, le Dhikre est partout Batheni. Il ne consiste qu'en une litanie mentale, récitée comme toute prière surérogatoire. Seuls, les Cheikh précités, font faire à leurs campements, le Dhikre el Djellala Zaheri. Chez Ch. Saadibou, chaque jour, tous les hommes du campement se réunissent pour l’exécuter sous sa direction, avec les flexions de corps et de tête en usage pour l'extatisme provoqué. De même à Ségou, il était de tradition dans la principale mosquée au temps d’Ahmadou.

Mais ce sont là des exceptions. Au commun des adeptes

3?4 SITUATION ACTUELLE DE l’iSLAM

Khouan ou non, le Dhikre mental est seul demandé. On sait que, contrairement à une opinion accréditée en Algérie, le Dhikre ne représente nullement une formule cachée et invariable. Les Kadriya de l’Ouest africain en comptent un grand nombre.

Voici, par exemple, celui de Ch. Saadibou que récitent ses

disciples de l'entourage de Samory :

Estarfer Allah el Azim 200 fois

Allah ill’Allah el Melik el haq 100 »

Hasb Allah houa nefs el Oukil 200 »

Soli âla Sidouna Mohammed ou âla Alii ou Sahabii ou Sellem tesellim 100 »

Au premier abord les formules de ce genre n’ont pas grande signification. Elles résument cependant la doctrine à laquelle elles se rattachent. Celles-ci indiquent que pour les Kadriya Fadeliya de Ch. Saadibou, les fondements de la voie sont :

i° Le pardon Estarfer

20 La vérité el Haq

3° Le secours Nefs (le souffle).

40 L’invocation au Prophète.

Ch. Sidia recommande plus particulièrement le Dhikre sui-

vant :

Dieu me suffit et il est le meilleur défenseur.. 200 fois

Je demande pardon à Dieu 200 »

Il n’y a de Dieu que Dieu, maître de la vérité

évidente 100 »

L’invocation au Prophète 100 »

On voit que celui-ci diffère peu du précédent : les fondements de la voie sont les mêmes.

Une Ouassia du même Ch. Sidia donne un certain nombre d’indications dont quelques-unes sont à faire connaître.

RITES ET DOCTRINES

Tout d’abord elle prescrit une prière aux Cheikh de la voie, à répéter sept fois chaque jour : « O mon Dieu, écoute l’intercession de nos Cheikh, de notre Cheikh et Seigneur, l’élu, El Kounti, et de son fils Sid Mohammed el Khalifat (père du Ch.

Sidia actuel) et de notre Seigneur et maître Abd el Kader

el Djilani. »

Cette Ouassia assez longue, comprend ensuite une série d’Ouerd, et d’hezb, de prières et d’invocations. Puis elle résume sous forme de Kacida, de poème rythmé, les éléments essentiels de la doctrine Kadriya.

Dieu me suffit pour ma foi.

— pour ma vie.

— contre la persécution.

— contre l’oppression.

— contre la tyrannie.

— contre les méchants.

— à l’heure de la mort.

— à l’heure de la résurrection.

— à l’heure du compte.

— à l’heure de la balance.

— dans la vie.

— Il n’y a de Dieu que lui.

Je me suis fié à lui. Il est le Seigneur maître des mondes.

Dieu me suffit dans les difficultés de l’obéissance.

— pour le jeûne et la prière.

— pour le pèlerinage et l’aumône.

— lors de la vérification de la croyance.

— lors de la peine à accepter.

— pour la correction des intentions.

— dans les bonnes situations.

— dans la souffrance.

SITUATION ACTUELLE DE L’iSLAM

Dieu me suffit dans le célibat.

— dans l’inconnu.

-= dans le progrès ou l’abaissement.

— pour le recueillement mystique.

— pour la paix et les combats.

— pour l’étude des sciences inconnues.

— pour la résignation.

Sans continuer plus loin cette Kacida, qui se poursuit par des paraphrases des mêmes données, on voit qu’elle résume une doctrine toute de résignation et d’abandon à Dieu, exclusive de luttes, de combats. C’est en effet, comme il a été dit, le caractère essentiel du Kadérisme soudanien.

Telle est encore la note d’un formulaire sommaire d’initiation :

« Le Cheikh de la voie a dit : les modes d’initiation à la voie des Ouali sont nombreux; la prière pour le Prophète; l’abandon de tous les Ouerd pour celui-ci (Kadri) ; l’abandon des noms (autres que ceux des Cheikh Kadriya) ; l’abandon des pratiques démoniaques, de la thériaque, du Bourmi ; l’abandon de tout travail mondain et religieux, de la fréquentation des hommes qui est damnation, peine et repentir à la fin des temps. »

En un mot, l’Estarfer, le Salouat en Nebi,les Aourad Kadriya et l’Azlet an en Nas, tels sont les Oussoul el Triqâ. Il est assez remarquable d’y voir ajouter l’exclusion des pratiques empruntées à l’Orient d’une part, aux sorciers fétichistes de l’autre, et qui sont répandues chez les nègres Tidjaniya.

TIDJANIYA

Les indications données en ce qui concerne l’organisation des Kadriya, s’appliquent aussi aux Tidjaniya. Ce serait interpréter

RITES ET DOCTRINES

fort inexactement la réalité, que considérer ceux-ci comme ayant une constitution analogue à celle des Senoussiya, encore qu’ils jouent le même rôle. El Hadj Omar, au début de ses prédications, avait formé incontestablement une association effective des adeptes de sa règle. Mais l’extension de son empire, le soin de ses conquêtes lui ont rapidement fait délaisser ces détails de hiérarchie. Son fils, Ahmadou, ne peut pas davantage être considéré comme un véritable Khalifat el Triqâ; il est beaucoup plus Imam el Triqâ, directeur spirituel d’une voie, que maître religieux d'un clan de Khouan. Cependant, sur le Niger, dans le Macina, il en comptait quelques-uns et de différents côtés, au Foutah Sénégalais notamment, ses agents n’étaient pas seulement des émissaires politiques, mais aussi des réprésentants attitrés de l'ordre. Depuis sa fuite, il aurait pris plus nettement le caractère de Cheikh el Triqâ.

Il est inutile de revenir sur les indications déjà données en ce qui concerne l’histoire, l’évolution du Tidjanisme. Mais il peut être intéressant de rappeler quels étaient ses centres d’action au Sénégal, avant la dernière insurrection et ses représentants dont les principaux résidaient au :Toro; la liste à peu près complète en était, en 1888:

Mohdi Ahmedou à Aéré

Baba Sidi, de Ségou id.

Mohammed Lamine à Saldé

Mohammed Alpha à Galoya

Mohammed Alem à Boki Diabé

(Il est le Khalifat Kernel du Foutah.)

El Mokhtar à Matam

Boubou Ouarkan à N’Diouto

Tierno Khiar dans le Damga

(Nommé par Ahmadou en 1887.)

Tierno Demba Thiang dans le Ferlo

ISLAM

SITUATION ACTUELLE DE L’iSLAM

Tierno Boudéoul !... dans le Boundou

Mokhtar Ahmadi à Senoudébou

Tierno Diaouando à Sansanding de la Faléme

Morsini dans le Niani

N’diang Assi à N’diao (Saloum)

Morantou Foddi. à Ouonar (Saloum)

Morabdou Niass dans le Fogny

Matar Penda dans le Diakha

Karamoko Mohammedou.. à Baofella, dans le Foutah-Djallon

Tous ces Tidjaniya étaient gens connus et de haute situation, non point de simples moqaddem comme les représentants de Ch. Saadibou. A côté d’eux circulaient dans les divers pays, une foule d’agents inférieurs, dont le rôle moins brillant était peut-être cependant plus actif.

C’est à eux que fut due, au moins en partie, l’émigration des Peul du Cayor et du Oualo en 1887. Dans toutes les affaires du Ripp, on les trouve mêlés aux désordres locaux ; de même lors de la révolte d’Abdoul Boubakar, et de celle d’Ali Bouri.

L’histoire générale des Tidianes montre d’ailleurs assez complètement quelles sont leurs tendances générales pour qu’il soit inutile d’insister à cet égard.

En ce qui concerne leurs pratiques et les fondements de leur ordre, on peut citer quelques indications contenues dans une Ouassia en forme de Kacida, très répandue au Foutah-Djallon.

La donnée la plus intéressante que renferme cette Ouassia, est l’établissement d’une double filiation des Tidjaniya Omariya, celle de Ibn el Arabi el Khatimi et de Sidi Mostefa el Bekri. Ce dernier fut, comme on le sait, le chef des Khelouatiya de la la renaissance moderne en Égypte. Son souvenir s’est plus particulièrement conservé dans l’ordre, et El Hadj Omar recommandait tout spécialement la récitation de ses prières, les Aourad Bekriya. Quant à Ibn el Arabi, il fut le chef d’une

RITES ET DOCTRINES

école mystique de Syrie, restée toute philosophique, mais fort influente chez les savants musulmans de tous les pays, école exaltée et révolutionnaire, qui a toujours cherché à propager les doctrines les plus intransigeantes.

On trouve là en germe, les tendances propres aux Tidjaniya du Soudan, si différents de ceux du nord-est de l’Afrique.

La Ouassia en question tend à établir la prédestination de Sid Ahmed Tidjani, la révélation de sa mission par ses deux précurseurs, le second surtout. Elle lui donne comme Ouali, dépositaire de la Baraka, une puissance exceptionnelle et met dans sa bouche à ce sujet, les paroles suivantes :

a Avec l’aide Dieu, le feu n’attaquera jamais mon compagnon, quand bien même il aurait commis 70 meurtres, à condition qu’il se repente après. Aucun Ouali ne peut faire entrer au Paradis tous ses compagnons sans compte, ni punition, s’ils ont commis des fautes. Seul je le puis. Gloire à celui qui accorde ses faveurs à qui lui plaît. »

C’est là un attribut qui ne paraît pas admis par les Tidjaniya du Nord. Comme ces derniers, d’ailleurs, ceux de l’Ouest africain proclament la supériorité de leur saint, proscrivent l’affiliation à tout autre ordre.

Sans insister sur les Dhikre, qui sont fort nombreux (l’Ouassia du Foutah-Djallon en contient plus de trente, les uns obligatoires, les autres surérogatoires) et renferment toujours comme élément le verset du pardon, les Salaouat en Nebi, et l’attestation de rUnité, puis l’invocation au Cheikh, ce qu’il importe surtout de remarquer, c’est que la différence fondamentale des deux règles, l’une pacifique, l’autre Djehadiste, ne semble pas d’origine doctrinaire.

Nulle part le principe du combat contre les infidèles, ne semble affirmé, sauf en un passage : « Celui qui a ouvert ce qui est fermé, et le parti d’El Seifi dispensent de tous les Dhikre. » El

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Seifi n’est que le prophète, considéré comme l’épée de Dieu, comme armé pour la lutte contre les ennemis de la foi.

Il semblerait donc que la forme donnée à la propagande Tidjanienne, soit surtout l’œuvre personnelle d’El Hadj Omar : aucune étiquette ne peut mieux en caractériser les tendances nécessaires.

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