II. — Songhaï
Trois siècles avant l’Hégire, il existait un royaume Songha de Ghana, dans le pays où s’est depuis élevée la ville de Timbouctou. Peut-être un autre État de la même nation s’était-il
dès cette époque fondé plus à l’Est. Il semble cependant par la similitude des annales que leur attribuent les chroniqueurs arabes, que ces deux empires n’en formaient en réalité qu’un seul fractionné par la suite. En tout cas, Thistoire des anciens Songhaï, subjugués plusieurs fois, et même avant l’Islamisme, par leurs voisins du Nord les Berbères, s’arrête au XIe siècle (VIIe de l’Hégire), sauf pour une branche peu nombreuse qui conserva son indépendance jusqu’au siècle suivant.
lise produisit pendant cette période, soit une progression locale, soit une poussée des peuples soudaniens,qui amena sur le Niger moyen, avec un nom et un rôle, les Sousou d’abord, et ensuite leurs congénères Mandé, les gens de Melli, de Mali, les Malinké.
Ce furent les Sousou qui au XIe siècle détruisirent l’empire de Ghana. Cent ans plus tard, ils durent émigrer au Sud-Ouest, vers l’Océan, chassés par les Melli qui se substituèrent alors aux derniers souverains Songhaï, déjà, semble-t-il, sous leur influence par des alliances de famille.
Les nouveaux venus fondèrent ou occupèrent Timbouctou peu après sa fondation, au XIIIe siècle, et étendirent leur autorité jusqu’en Sénégambie. Malgré des luttes intestines et des guerres malheureuses qui compromirent souvent leur puissance, leur empire subsistait encore au milieu du XVe siècle. Mais déjà, vers i33o, une partie des Songhaï avaient secoué le joug. Les Berbères de leur côté ne tardèrent pas à entrer en scène. En 1433, une de leurs fractions, les Touareg-Mochcharen, s’empara de Timbouctou. Ce fut le signal de la chute définitive du royaume des Melli qui émigrèrent à leur tour sur les traces des Sousou.
Les Songhaï refoulèrent les Touareg au Nord et redevinrent maîtres exclusifs de leur pays d’origine. Cette période est la plus brillante de leur histoire. Un de leurs chefs, Askia, étendit ses conquêtes fort loin vers le Soudan central et, en 1492,
LES RACES ET LEUR HISTOIRE
fonda Gogo, bientôt capitale d’un vaste royaume. Toutefois, cette prospérité ne fut pas de longue durée. A la fin du XVIe siècle, après une première tentative infructueuse, une armée marocaine, composée en partie d’Andalous, mit fin au pouvoir des successeurs d’Askia.
Sous le nom de Rouma, les descendantsde ces conquérants conservèrentle pouvoir jusqu’aux dernièresannées du XVIIIe siècle, sinon dans tout le pays Songhaï, du moins surle cours du Niger. Mais de nombreux métissages avec les tribus indigènes avaient peu à peu effacé leur souvenir et les traces de leur origine. Leur autorité disparut en même temps, et toute la contrée qu’ils avaient occupée, tour à tour envahie par les Touareg du Nord et les Manding du Sud, s’était divisée en petits États indépendants, lorsqu’en 1826, les Peul du Macina réussirent à englober dans leurs possessions, Timbouctou et les régions avoisinantes.
La domination Peul fut d’ailleurs éphémère. Elle cessa à la mortd’El Hadj Omar, et les Touareg réoccupèrent définitivement les deux rives du Niger, au nord du Macina.
Pendant les derniers siècles, les Songhaï avaient en grand nombre émigré à Gogo et dans l’Est. Ils forment encore dans le Djermah, à l’est du Niger, entre Sansanné Haoussa et Say, un élément notable de la population des castes inférieures auxquelles ils appartiennent de ce côté, leurs familles princières s’étant au contraire réfugiées dans le Kourouma, à l’ouest du Niger où elles occupent les deux villages de Téra et Dargol, avec quelques colonies de vassaux pillards dont les bandes opèrent jusque dans le Yatanga, le Gourounsi et le Mossi.
C’est une race déchue comme influence, mais qui mérite d’être mentionnée en raison de son ancienne importance, quoique dans la région du Niger septentrional elle ne joue plus aucun rôle.
L’histoire du peuplement de cette contrée peut ainsi se résumer en quelques mots : les Songhaï, aborigènes historiquement, sont
subjugués par des tribus soudaniennes qu’ils finissent par chasser puis disparaissent à leur tour comme nation sous la conquête marocaine. A celle-ci succède une période d’anarchie qui se termine par l’occupation des Peul, remplacés à l’époque moderne par les Touareg, qui eux-mêmes sont maintenant refoulés au Nord par les sédentaires, grâce à la conquête française.
En adoptant ainsi dans sa structure générale, l’histoire des Songhaï telle qu’elle résulte des annales arabes, comme sensiblement exacte, on s’expose aux controverses basées sur les conjectures linguistiques très ingénieuses qu’a développées M. Binger, dans ses intéressantes études sur le peuplement historique du Soudan.
Constatant que cette région est en majeure partie peuplée actuellement par les Mandé, grande famille divisée en rameaux multiples et que soit dans les noms des souverains Songhaï, soit même dans les faits historiques relatés par les auteurs arabes, on voit constamment apparaître les influences Mandé, représentées par les noms de ses principaux rameaux, tels que les Mandé actuels les désignent eux-mêmes, ou tels que les désignaient les écrivains musulmans, il tend à considérer l’existence d’un grand empire Songhaï comme une énigme, à moins de comprendre comme facteur principal et élément le plus puissant, la race Mandé.
Le fait même de la pénétration constante de l’histoire Songhaï par l’histoire Mandé n’est pas douteux. Il est très vraisemblable que, indépendamment des périodes pendant lesquelles les Songhaï primitivement maîtres des Mandé ont été dominés par eux, il s’en est présenté d’autres durant lesquelles, sans s’être substitués aux éléments Songhaï, les éléments Mandé ont excercé sur ceux-ci une influence accusée. Mais ce sont là des phénomènes historiques de même ordre que ceux qui ont abouti aux transformations successives des empires thébains, en Egypte.
LES RACES ET LEUR HISTOIRE
Ils atténuent le rôle propre des Songhaï dans la deuxième partie de leur existence nominative sans cependant supprimer l’idée générale qui s’attache à la désignation de leur empire par un terme évoquant l’existence d’une civilisation autre que celle des races purement Mandé, dans une région où le conflit des races dissemblables semble résulter comme conséquence naturelle des conditions mêmes de milieu.