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III. — Berbères

Contemporains des Songhaï, les Berbères ont, ainsi qu’on vient de le voir, conservé leur autonomie et étendu au siècle actuel leur autorité jusqu’au Niger, dans la partie orientale du Sahara qu’ils n’occupaient pas tout d’abord d’une façon permanente. Seuls habitants de la zone désertique et du Sahara occidental à l’origine, ils ont au contraire, à partir du XIe siècle, subi l’invasion del’élémen't arabe, qui, sans détruire leur race, leur a imposé sa suprématie ethnique et politique.

La plus ancienne tradition conservée sur les origines berbères au Sahara remonterait à près de trois cents ans avant l’Hégire, à la fondation delà première dynastie de Ghana par un conquérant de race blanche, Ouagaïmagha. Mais c’est seulement au début de la conquête musulmane que remonte l’histoire des races sahariennes.

Dès l’an 62 de l’Hégire (682 J.-C.), sous le deuxième commandement d’Okba, les armées de l’Islam avaient pris le contact des Berbères du désert, connus sous le nom générique de Sanhadja, et soumis au sud du Maroc actuel, une de leurs tribus, les Masoufa, de la grande famille des Lemta. Ce ne fut là toutefois qu’une invasion momentanée. Rappelé par l’insurrection des peuples du littoral méditerranéen, Okba dut revenir sur ses pas, et les Lemta recouvrèrent leur indépendance.

Au sud de leur territoire habitaient alors d’autres nations Sanhadja, qui s’étendaient jusqu’aux confins du Soudan. Elles formaient elles-mêmes plusieurs peuplades, dont la plus anciennement connue est celle des Lemtouna.

A l’époque où commencent leurs annales, les Sanhadja du sud avaient embrassé l’Islam, sous le commandement de leur chef Tiloutan, originaire des Lemtouna, et mort en 837(222 J.-C.), qui à sa suite les entraîna dans des guerres lointaines contre les nègres fétichistes. Son deuxième successeur et petit neveu, Temyn ben el Athyr, fut tué dans une révolte générale des tribus qui se séparèrent. Mais un nouvel État berbère, dont la capitale était Aoudaghost, entre le Tagant et Oualata, ne tarda pas à acquérir une grande importance. Un peu après le milieu du IVe siècle de l’Hégire (Xe J.-C.), un de ses chefs, le Sanhadji Tinézoua, étendait son autorité sur de nombreux rois nègres et au commencement du siècle suivant, tous les Berbères du Sahara méridional se trouvèrent de nouveau réunis sous un seul maître originaire des Lemtouna, qui périt dans une razzia sur les infidèles du Soudan. A sa mort une autre tribu, celle des Djeddala, conquit la suprématie.

Ainsi au XIe siècle, les peuplades Sanhadja du Sahara se trouvaient divisées en deux groupes principaux : les Lemta au Nord et les Lemtouna au Sud, qui comprenaient eux-mêmes plusieurs fractions déjà connues ; les Msoufa, les Djeddala et quelques autres moins importantes.

La conquête arabe du Nord de l’Afrique avait pendant les âges précédents traversé diverses phases, et en dernier lieu, les Berbères, recouvrant partout leur indépendance, s’étaient substitués à leurs premiers maîtres.

Après avoir formé quelque temps une annexe de l’Égypte, le Maghreb avait été tout d’abord érigé en un gouvernement distinct. Il se divisa bientôt en plusieurs États indépendants dont

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les deux plus importants, ceux des Aghlabites de Kairouan et des Edrissites de Fez, représentaient la suprématie de la race arabe à laquelle appartenaient leurs dynasties.

Mais dès l’an 140 de l’Hégire, une tribu berbère, celle des Mekneça, avait fondé la célèbre ville de Sidjilmassa, au sud du Maroc, et formé une principauté indigène. D’autres plus petites se créèrent de même sur plusieurs points, et peu à peu les révoltes des autochtones se multiplièrent, favorisées d’ailleurs par quelques chefs arabes qui voulaient eux-mêmes s’affranchir de toute suprématie. L’anarchie devint générale. Elle prit fin momentanément avec le triomphe des Chiites Ismaéliya, des Fa* thimites, qui réussirent à implanter leurs croyances en Afrique en même temps qu’ils y établissaient leur autorité.

Les Aghlabites disparurent et les Edrissites se soumirent. En 65o (IVe siècle J.-C.), tout le Maghreb forma une vaste monarchie, obéissant à un seul chef Obéid Allah, le fondateur de la nouvelle dynastie. Il était, il est vrai, d’origine arabe, mais devait exclusivement son triomphe à l’adhésion, au concours de la race berbère.

Celle-ci, dans la révolution qui venait de s’accomplir, avait été représentée surtout par la tribu des Ketama, dont les fractions étaient dispersées dans la partie orientale du Maghreb. Elle devint toute-puissante.

Un autre peuple berbère, qui constamment, depuis les origines de la conquête arabe, avait lutté contre les envahisseurs, et auquel se rattachaient les Mekneça de Sidjilmassa, celui des Zenata, forma dès lors un puissant parti d’opposition contre les Ketama. Il entraînait à sa suite une peuplade vassale, celle des Haouara. De leur côté ses adversaires s’appuyèrent sur les Senhadja.

Dans les luttes qu’engagea la rivalité de ces tribus, les Ketama ne tardèrent pas à disparaître, et les Sanhadja se trouvèrent seuls

en présence des Zenata. Ils parurent un moment devoir rester maîtres de tout le Maghreb. Les califes Fathimites après avoir conquis l’Afrique, étendaient leur empire vers l’Asie et en 917 (36 1 J.-C.). Moezz-ed-Dine, le calife régnant, au moment de s’acheminer vers l’Egypte, laissal’administrationde ses premiers domaines au Senhadji Balkin ben Zizi. Mais l’autorité des Senhadja ne tarda pas à subir de graves échecs. Dès la fin du Xe siècle (J. -G.), sous le règne du troisième émir Zéïrite, l’Afrique Barbaresque se trouva de nouveau divisée en trois Etats : dans l’ouest, l’émirat de Fez et de Sidjilmassa, soumis à l’influence des Zenata; dans l’est, deux royaumes Senhadja, s’étendant du Maroc à la Tripolitaine. Soumis jusqu’alors aux califes Fathimites, les émirs des Sanhadja, qui quoique longtemps partisans politiques de ces schismatiques, étaient restés orthodoxes, se rendirent indépendants en 440 (1049

La race berbère redevint ainsi maîtresse exclusive de l’Afrique du Nord. Son triomphe ne tarda pas d’ailleurs à se trouver fort compromis par l’invasion arabe du XIe siècle, que le calife Fathimite d’Egypte, El Mestamer, déchaîna contre le Maghreb, pour punir sa défection.

Au même moment commençait dans les régions sahariennes un autre mouvement de migrations. A l’exemple des Berbères du Nord, qui, refoulés et vaincus par les Arabes, s’étaient révoltés et avaient fini par rétablir l’autonomie de la race, ceux du Sud se préparaient à entrer en scène, à venir eux aussi prendre part au gouvernement du monde musulman d’Afrique.

On a vu que les Sanhadja du Sahara méridional avaient successivement obéi aux Lemtouna d’Aoudaghost, puis aux Djeddala. Leur premier chef Djeddali, l’émir Yahia ben Ibrahim, était parti pour la Mecque 60427 H. (io35 J. -G.), laissant le pouvoir à son fils. Quelques années après, il revint avec un thaleb nommé Abd Allah ben Yacin, disciple d’un savant

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professeur de Kairouan, auquel il avait demandé un de ses élèves, pour enseigner les sciences religieuses chez les Djeddala. Bien que musulmans, ceux-ci étaient en effet fort ignorants des doctrines islamiques. Ils accueillirent mal les projets de réforme de leur ancien chef qui prit le parti de s'installer à l’écart, avec Abd Allah.

La renommée des deux solitaires ne tarda pas à se répandre au loin et le nombre de leurs disciples devint tel qu’ils purent bientôt entreprendre la propagande par les armes. En 440 H. (1049 J’-C.) les Djeddala furent vaincus et soumis. Puisce fut le tour des Lemtouna. Vingt ans après tout le Sahara occidental subissait l’ascendant exclusif des « Morabethyn », nom qu’avait valu à Yahia et Abd Allah, leur Rabath, lieu de retraite.

A sa mort Yahia ben Ibrahim fut remplacé par un chef des Lemtouna, Yahia ben Omar, qui prit la direction des opérations militaires, Abd Allah se réservant l’autorité politique et religieuse. Après avoir successivement conquis Aoudaghost, alors indépendante et le Ghana, les Lemtouna s’avancèrent bientôt au Nord. Gomme les Touareg actuels, ils portaient un voile qui les fit d’abord connaître sous le nom de « El Molaththe* nin », les voilés, et cette particularité, leur aspect sauvage, s’ajoutant aux circonstances de leur arrivée, ils devinrent bientôt pour tout le Maghreb, un objet d’épouvante. Dès 446 H . (1054 J.-C.) leurs premières hordes avaient paru dans la région de Oued Drâa. De là, ils s’avancèrent sur Sidjilmassa, qu’ils prirent. Mais Yahia benOmarqui les commandait, dut bientôr retourner dans le désert, et les Zenata se soulevèrent. En même temps les Djeddala se révoltaient de leur côté.

Pour faire face à ce double danger, Abd Allah forma deux armées, opérant l’une au Sud, sous la conduite de Yahia ben Omar, l’autre au Nord, sous les ordres du frère de ce dernier, Abou Beker ben Omar.

En 449 H. l’Oued Noun et le Sous étaient ainsi conquis et les Morabethin pénétraient déjà au delà du grand Atlas, dans la province actuelle du Maroc. Bientôt, par la mort d’Abdallah et de Yahia son frère, Abou Beker se trouva seul chef de l’empire en voie de formation. Revenant au Sahara, où les Lemtouna poursuivaient le cours de leurs conquêtes en Nigritie , il prit la direction de ce mouvement, et désigna pour le remplacer au Maghreb, son cousin Youcef ben Tachfin.

C’est avec celui-ci, qui hérita du commandement suprême en 480 H., que s'établitdéfinitivement la puissancedes Almoravides. Sous son règne, les royaumes Zenata et Sanhadja perdirent leur indépendance. Il étendit rapidement son empire à toute l’Afrique du Nord, jusqu’au méridien de Bougie, et passant en Espagne, établit également son autorité sur tous les pays musulmans de la péninsule.

A l’Est, ses progrès avaient été arrêtés par la résistance d’une tribu berbère cantonnée dans les montagnes de la Kabylie actuelle, les Masmouda, qui, originaires du pays de Drâa, comptaient encore de nombreuses fractions dans la région marocaine. Sous le règne d’un des premiers successeurs deYoucef ben Tachfin, un marabout des Masmouda, Mohammed ben Toumert, vint à Fez même, prêcher une réforme religieuse dirigée contre les Almoravides. Chassé de la ville, il recruta, en se faisant accepter pour Mahdi, de nombreux partisans parmi les Berbères de sa tribu, et entra directement en lutte contre les maîtres du Maghreb. Ses succès furent rapides, et sous son suceesseur, Abdel Moumen, les Mohadiya, les Almohades, achevèrent en 541 H. la conquête del’Afrique septentrionale. En 555 H. (1160), il s’était partout substitué aux Morabethyn, ou aux dynasties indépendantes de l’Est, de l’Atlantique à la Tripolitaine, de la Méditerranée à Sidjelmassa, et dans toute l’Espagne musul-

mane.

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Pendant que la puissance des Lemtouna se développait et s’écroulait ainsi dans le Nord, leurs destinées suivaient dans le Sahara un cours analogue.

La révolte des Djeddala, en 447, avait obligé Yahia ben Omar, rappelé de Sidjelmassa par Abdallah, à se cantonner dans le massif montagneux de l’Adrar et Temar, centre de l’habitat des Lemtouna, où ils avaient bâti une forteresse, à Azka, à moitié chemin de l’oued Drâa au Sénégal. Les Djeddala vinrent l’y attaquer, et il périt en 448 H. dans une rencontre contre eux. Mais le prosélytisme religieux réussit, là où avait échoué les armes. Bientôt, les vainqueurs se rallièrent d’eux-mêmes aux Lemtouna.

Abou Beker, qui avait confié à Youcef ben Tachfin la conduite des opérations au Maroc, arrivait alors pour reprendre Lœuvre de conversion et de conquêtes commencée au Soudan par ses prédécesseurs.

On a vu qu’au IVe siècle de l’Hégire, les Sanhadja d’Aoudaghost, avaient déjà commencé à envahir la Nigritie. A deux reprises différentes, en 3o6 et en 38o H., leur domination s’était momentanément étendue sur l’empire de Ghana. Abou Beker ben Omar, reprenant Lœuvre poursuivie autrefois par la race berbère, soumit de nouveau la Songhaï de Ghana et à sa mort, en 480 H. (1807), tous les pays limitrophes du Sénégal et du Niger septentrional se trouvaient sous le joug des Lemtouna. Outre le Ghana, ils occupaient les États de Djenné, Zanfra, Zegzeg, Ouangara, toute la Nigritie jusqu’à Gogo, où les Songhaï réussirent à rester indépendants.

Il ne parait pas que les Almohades, bientôt occupés exclusivement par les guerres d’Espagne, et par la lutte contre l’invasion arabe, aient essayé d’étendre leur autorité sur les Morabethyn du Sahara. Les Lemtouna se trouvèrent donc abandonnés à euxmêmes. Après la mort d’Abou Beker ben Omar, tué dans une expédition au Soudan, ils ne tardèrent pas à se diviser de nou-

veau. Au commencement du VIe siècle de l’Hégire, ils occupaient encore le Ghana, mais bientôt l’invasion des Sousou les rejeta dans la zone désertique, en même temps qu’apparaissaient les premiers des immigrants amenés par l’invasion arabe du XIe siècle (J. -C.).

C’est à cette époque que remonte la formation par métissage, de la première des tribus sahariennes, que mentionne l’histoire, sous son nom actuel. Les Lemtouna de Ghana, chassés par les Sousou, allèrent s'établir dans les parages d’Oualata, et dès le commencement du VIIe siècle (H.), ils y deviennent les Aroussiyn. Peu après aux Sousou se substituent les Mali qui achèvent de refouler les Sanhadja. A ceux-ci s’étaient mélangés depuis plusieurs siècles les Messoufa, qui, cantonnés au sud de l’oued Drâa, avaient dès la première invasion arabe subi un premier métissage, et dont quelques fractions s’étaient alors enfoncées dans le désert. Avec les Lemtouna, celles-ci occupaient la partie méridionale du désert, à l’est de Oualata semble-t il, lors de l'arrivée des Mali-nké. Absorbées à leur tour par l’élément arabe, qui se répandait dans le Sahara, sans soulever la même résistance que dans les pays du Maghreb, elles formèrent la tribu des Mechdouf. Disputant aux Aroussiyn leurs parcours, cette tribu s’établit, au milieu du VIIe siècle de l’Hégire (XIIIe siècle J.-C.) dans les mêmes parages qu’elle occupe aujourd’hui, ceux de Oualata, pendant que les Aroussiyn émigraient au Nord- Ouest, vers la montagne des Lemtouna, l'Adrar et Temar. De même, les Djeddala se transformèrent en Ouled Delim, en Berabich.

L’invasion arabe, qui dès lors et sous la même forme s’étendit rapidement à toute la partie occidentale du Sahara, clôt pour pour cette région l’histoire de la race berbère autochtone. Celle-ci conserva assez longtemps la désignation générique de Sanhadja, pour que les Portugais aient retrouvé encore au

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XIe siècle, ce nom dont ils firent ceux de Azenaga, Sénaga, changé plus tard en Sénégal. Mais, à peu d’exception près, les peuplades indigènes se mélangèrent de plus en plus avec les Arabes, adoptant avec leur langue, leurs traditions et leur suprématie. Quelques tribus seulement conservèrent leur indépendance et leur nationalité : les Aïdou el Hadj par exemple, qui sont aujourd'hui cantonnés de l’Adrar au Sénégal. Ils paraissent avoir eu pour ancêtres directs les Lemtouna qui occupèrent les premiers le pays de Ghana. Puis, plus tard, ils s’attachèrent avec un entier dévouement à la cause des Morabethyn, et comptèrent au nombre des plus respectés de leurs partisans. Peut-être ont-ils dû précisément à la situation qu’ils occupaient ainsi au moment de 1 invasion arabe, de pouvoir éviter le sort commun des autres peuplades de leur race. En tout cas, leur groupe avait dès lors des tendances pacifiques et pieuses qui distinguent encore presque tout ses membreset font donner à tous ceux-ci le titre de Tholba. C’est, en opposition aux tribus où prédomine l’élément étranger, et qui, Harr ou Métisses, sont toutes guerrières, une tribu de marabouts. Tel est d’ailleurs le caractère général de toutes les fractions de l’ancienne population berbère, qui sont restées indépendantes.

Il en est d’autres qui, tout en conservant leur nationalité, ont été réduites à une sorte de vasselage par les peuplades nouvelles qui se constituèrent à partir du XIe siècle, Aroussiyn, Mechdouf, Oulad Delim, etc... Elles sont, comme ces dernières, pillardeset batailleuses, mais divisées en petits clans qui relèvent de celles-ci et subissent leur ascendant : tel est le cas des Nirzig, tributaires des Ouled Dahman, près du Sénégal.

Les destinées de la population indigène dans lazone saharienne de l’Ouest, peuvent ainsi se résumer en peu de mots. Dès les premiers âges de l’Hégire, elle fonde un Etat berbère, celui d’Aoudagahost, qui après avoir dominé sur les confins du Sou-

dan, disparaît au IVe siècle (H.). Bientôt les nomades Sanhadja qui avaient formé cet Etat, Lemtouna et Djeddala, suivant le mouvement de renaissance nationale commencé par les Berbères du Nord, étendent leurs conquêtes du Maghreb à la Nigritie. Puis les Almoravides de l’Afrique septentrionale perdent le contact de leurs frères du Sud, et pendant que les premiers sont subjugués par les Almohades, les seconds se laissent refouler dans le désert par les nations soudaniennes, absorbées en majeure partie par l’élément arabe. Au XIIIe siècle J.-C. (VIIe H.), cette évolution est accomplie. Quelques tribus berbères doivent à leur origine maraboutique de rester autonomes ; d’autres sont préservées du métissage par le vasselage qui leur est imposé. La plupart néanmoins ont subi déjà les mélanges ethniques qui rattachent désormais leur histoire à celle de la race arabe.

Mais dans la contrée même où s’effectuait cette transformation, il se produisit simultanément une immigration de Berbères du Nord, encore de sang pur. On a vu qu’au moment où les Lemtouna, les Almoravides pénétraient dans la région marocaine, l’émirat de Fez et de Sidjelmassa se trouvait soumis à l’influence prédominante des Zenata. Ceux-ci occupaient ainsi la partie méridionale du Maroc actuel. Ils avaient de nombreuses colonies, surtout dans les parages de Tafilelt (Sidjilmassa) et du Touat, où ils avaient subjugué une race plus ancienne, autochtone. Pour fuir la conquête des Almohades, des Masmouda, et bientôt après l’irruption des tribus arabes, plusieurs de leurs fractions quittèrent les pays qu’elles habitaient ainsi au nord du Sahara ; des tribus presque entières, dont la plus importante est celle des Kountah, émigrèrent au désert.

Comme les Lemtouna Morabethyn, la plupart appartenaient à la caste maraboutique. Elles formaient dès lors une sorte de fédération religieuse, qui leur valut le nom générique de Zaouiya. Beaucoup d’ailleurs étaient devenues sédentaires.

A leur arrivée dans le Sahara, elles se trouvèrent ainsi incapables de résister aux empiètements des nomades, d’autant plus que leur émigration s’était faite par petits groupes isolés. Aussi, sauf quelques fractions de Kountah, qui, plus guerriers et d’origine plus respectée, réussirent comme les Aïdou el Hadj à se maintenir indépendants, presque tous les Zenata nouveaux venus durent à leur tour accepter la domination de l’élément arabe. Dès le XVIIIe siècle, la population du Sahara occidental se trouva ainsi constituée avec ses caractères définitifs qui, malgré la prédominance numérique des Berbères, placent ceux-ci au second rang comme importance politique.

La race indigène est au contraire restée seule maîtresse de la partie orientale de la zone saharienne qu’elle occupe encore sous le nom collectif de Touareg. Plusieurs des grandes tribus berbères dont il vient d’être question, semblent avoir contribué à peupler cette région : les Lemta et trois de leurs fractions, les Masoufa, les Ouanzira et les Berdoa ; puis les Zenata, représentés parles Targa. Mais bien que l’histoire en ait conservé le souvenir, elle ne fournit que peu de détails sur leurs rôles respectifs.

Dès le commencement du Ve siècle de l'Hégire (XIe J.-C.) les chroniqueurs arabes montrent une grande peuplade, les Tademekka, maîtresse des territoires qui s’étendaient au nord-est du Niger. Puis les Zenata Masoufa prennent part, vers la fin du même siècle, à la fondation de Timbouctou, où se forment deux fractions des Touareg actuels du Sud-Ouest, les Idenou et les Imeddiren. Un peu plus tard, la ville est prise par les Lemta. Enfin au milieu du XVI Ie siècle de notre ère, les Aouelimmiden, originaires de cette même tribu, et qui s’étaient établis dans l’Iguidi, près des Oulad Delim, s’avancent vers l’Adrar de l’Est. Ils en chassent les Tademekkat et les refoulent devant eux, en établissant leur propre suprématie dans les parages

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