C. — L’ancienne Afrique orientale allemande
Dans l’ancienne Afrique orientale allemande, les traitants arabes s’établirent comme dans le reste de l’Afrique centrale. Ils obéissaient plus ou moins au représentant du sultan de Zanzibar ; l’influence arabe avant la suppression de la traite était telle que le proverbe suivant pouvait être dit sans exagération : « Quand on joue de la flûte à Zanzibar, toute l’Afrique des lacs se met à danser ». Comme nous l’avons déjà vu, la suppression de la traite et l’installation des Allemands à Dar es Salam portèrent un coup sensible à l’autorité des Arabes.
Ces derniers s’étaient occupés bien plus de commerce que de prosélytisme ; « peu de peuplades sont passées à l’islamisme : certains explorateurs donnent pour raison que la circoncision les en empêcha, car chez beaucoup d’entre elles les mutilations sont considérées comme un crime (2) ». D’après le commandant Bührer, le nombre total des Musulmans s’élevait en 1913 à environ
(1) Lire sur le rôle des Belges dans cette campagne le remarquable ouvrage du Commandant Bührer, U Afrique orientale allemande et la guerre de 1914-1918. Paris, 1922.
(2) Commandant Bührer, op. cit., chapitre III.
l’islam et les races
300.000 âmes ; Dar es Salam, considéré < omme très islamisé, ne comptait qu’environ 13,6 % de Musulmans.
Cependant, l’influence arabe se retrouvait en ce sens que dans chaque \ihage il était bien rare que l’on ne trouve pas un ou deux indigènes parlant l’arabe ou le souahéli ; on peut dire en somme que le souahéli était compris partout.
Une remarque intéressante est à faire sur la politique suivie par les Allemands à l’égard de leurs sujets musulmans. Alors qu’en Turquie, les Allemands se posaient en défenseurs du Croissant, au contraire dans leurs possessions est-africaines, ils semblaient s’efforcer délimiter la propagande islamique. Cette tendance se découvre dans une circulaire du gouverneur Schnée adressée à tous ses chefs de poste.
L’Islam représente évidemment un progrès pour les fétichistes et les payens ; en ce sens son prosélytisme serait à encourager ; en outre l’Islam donne l’autorité à quelques individualités qu'il est plus facile pour un chef de poste de surveiller et de diriger. Mais l’Islam représente une arme à deux tranchants : l’Islam imprime aux masses un esprit particulier, des tendances, contre lesquels il n’est plus possible de réagir. Le christianisme fait des noirs des hommes moins guerriers peutêtre, mais plus maniables. Le gouverneur allemand avait sans doute saisi ces nuances ; c’est pourquoi il essaya de limiter l’expansion islamique.
En tout cas il est utile de remarquer que si les Allemands eurent dans l’Est africain de nombreux déserteurs, c’est le seul point où ils aient trouvé un réel concours parmi les indigènes : la raison est donnée en ce sens que les Allemands faisaient du soldat la caste supérieure et que leurs askris étaient réellement convaincus de leur supériorité sur le reste des noirs.