I. — Zanzibar
Jusqu’à cette époque, l’île de Zanzibar n’avait joué qu’un rôle minime dans l’histoire de la côte. Son nom Souahéli est Unguja ou Terre des Noirs. Zanzibar est une variation de Zang ou Zanj en dialecte arabe. L’île est très fertile, mais par malheur n’a pas de bons ports et est très malsaine.
Zanzibar fut d’abord conquis pour le compte des Portugais par le corsaire Ravasco en 1503, puis définitivement par da Lamos, six ans plus tard. En réalité, les Portugais ne se soucièrent pas d’y résider. En 1635, le sultan de l’île se rendit indépendant, quoique en bons termes avec les Européens. Les Chrétiens furent d’abord tolérés par lui dans ses possessions, mais vers 1660, ils furent chassés ou massacrés.
Après la conquête de Mombassa par les Yorubi, Zanzibar tomba aussi entre leurs mains et fut gouverné par des walis envoyés d’Arabie. Au moment où Seyyid Saïd ben Soltan décida d’y établir sa capitale, il n’y avait là, dit-on, qu’une rangée de huttes en guise de ville. Le prince fut sans doute guidé dans son choix par l’idée que dans cette île négligée, il ne trouverait pour le gêner dans son autorité aucune vieille famille de dirigeants, comme les Mazrui de Mombassa, ou les grands de l’archipel Lamu. De plus, la situation de
Zanzibar en face de la côte du continent rend l’île précieuse au point de vue du commerce spécial des Arabes. Leurs caravanes et leurs entreprises à main armée avaient besoin d’un point d’appui sérieux pour servir d’entrepôt aux marchandises, et au besoin de refuge à l’escorte. Aussi Zanzibar devint rapidement, malgré son port défectueux, la ville commerciale et politique la plus importante de l’Est africain au nord de Mozambique. Elle est encore aujourd’hui un entrepôt considérable.
Ce fut en 1832 que le Seyyid s’établit définitivement à Zanzibar, mais la conquête de la côte orientale d’Afrique par les Mascatais commença dix ans plus tôt, quand, à la demande des gens de Pâte, défaits par leurs ennemis les Mazrui de Mombassa, ils occupèrent Pâte et Pemba.
Craignant l’attaque du sultan, le chef Mazrui, Suleiman ben Ali, appela à son secours l’escadre anglaise qui croisait dans les eaux de l’Est africain. La protection de la Grande-Bretagne lui fut accordée, sauf approbation du gouvernement de Londres. Le lieutenant Reitz, celui qui donna son nom à Port-Reitz (Eliott), fut nommé résident. Si cet arrangement avait été accepté, la marche des événements sur la côte en eût été accélérée, mais le Seyyid se plaignit au gouvernement de Bombay de l’entrée en ligne des vaisseaux anglais, et deux ans après, l’éphémère résident fut rappelé (1824- 26). C’est la première immixtion de l’Angleterre dans les affaires de l’Est africain.
Saïd se décida alors à attaquer les Mazrui ; mais des troubles à Mascate l’empêchèrent de concentrer ses forces sur Mombassa qu’il assiégea et occupa trois fois entre 1828 et 1833. Chaque fois d’ailleurs, il fut obligé de s’en retourner, en se contentant d’une victoire nomi-
l’islam et les races
nale. Ne pouvant en finir par la force, il employa la ruse. Le gouverneur Mazrui et vingt-six des membres les plus importants de son parti furent attirés par de faux serments sur le pont d’un navire, et conduits au Golfe Persique sur les rivages duquel ils périrent en exil. Cette perfidie brisa la puissance des Mazrui, et l’on n’entendit presque plus parler d’eux jusqu’en 1895 : ils quittèrent Mombassa. La branche aînée s’établit à Gasi au sud, et la cadette à Takaungu,au nord.
La dernière partie du règne de Saïd se passa à opérer dans les îles de l’archipel Lamu, où l’occupèrent une suite ininterrompue d’alliances compliquées, de querelles et de guerres peu claires. Les habitants de l’archipel, l’aristocratie Nabahan, les Somalis et Saïd, furent continuellement en guerre les uns contre les autres. En particulier, les gens de Pâte, qui avaient appelé le sultan à leur aide contre ceux de Mombassa, se révoltèrent contre lui. Pâte et Siu ne se soumirent à Zanzibar qu’en
Saïd mourut en mer, en 1856, dans une croisière près des îles Seychelles. Ce fut sans aucun doute, dans l’Est africain, l’Arabe le plus éminent des temps modernes. Intelligent, brave, tolérant puisqu’il protégea les missions chrétiennes, disposé à encourager le commerce, il montra pendant son règne de réelles qualités de chef d’Etat encore qu’entachées parfois de perfidie. Son testament divisait son empire : Oman était donné à son fils aîné, Seyyid Twain ou Thuwayni ; Zanzibar et la côte restaient au plus jeune de ses fils, Medjid. Les deux frères entrèrent en rivalité et recoururent à l’arbitrage du vice-roi de l’Inde, lord Canning, qui reconnut la validité du testament, et déclara Zanzibar indépendant d’Oman.
L’arbitrage de lord Canning et la division de l’em-
pire de Saïd marquent la date du déclin de la puissance arabe en Océan Indien. Les Musulmans ,qui avaient pu repousser les Portugais et résister aux attaques des Européens aux xvne et xvme siècles, vont perdre le pouvoir temporel devant les grandes nations occidentales modernes.
La pénétration européenne commença, vers le milieu du xixe siècle, parla série de grandes explorations qui ouvrirent aux Européens l’accès du continent noir. De la côte orientale d’Afrique partirent les pionniers qui soulevèrent le voile dont furent si longtemps revêtus les Grands Lacs et les Sources du Nil. De hardis géographes et missionnaires suivirent les traces des marchands d’esclaves arabes en partant du pays ci-devant allemand. Ce furent en 1857 l’Allemand Krapft, les Anglais Burton et Speke, Grant et Baker en 1864, en 1882 le docteur allemand Fisher, enfin en 1887 le Hongrois Tieki. Et je ne parle pas des Livingstone, des Slatine pacha, des Cameroun qui s’immortalisèrent par leurs hardis voyages.
Ces explorations attirèrent l’attention des gouvernements européens sur la côte et en 1885, l’Allemagne, soucieuse d’inaugurer une politique coloniale, profita des traités que les marchands germains avaient signé avec des chefs indigènes. Une charte de protection fut accordée à la Société de colonisation allemande qui avait acquis le droit d’user de ces traités.
De son côté, l’Angleterre ne restait pas inactive. En 1872, sous la suzeraineté de la vice-royauté de l’Inde, la « British India Steam Navigation Company » avait établi une ligne de navigation entre l’Europe, Zanzibar et l’Inde. Cette Société finit par obtenir du sultan une concession de territoire. Le gouvernement britannique,
l’islam et les races
dit Eliott, ne fut pas d’abord favorable à cet arrangement. Cette même année 1877 vit la suppression de la traite, acte gros de conséquences pour les Musulmans de la côte.
En effet un des plus gros revenus du Seyyid était la taxe imposée aux marchands d’esclaves, et ces derniers, Arabes pour la plupart, formaient la plus grande partie des riches influents de l’Est africain. La suppression de la traite causa des troubles sans nombre dans la région, mais la victoire demeura à la cause de l’humanité. Il n’en reste pas moins vrai que si les croisières des navires de guerre empêchèrent l’enlèvement des noirs sur une aussi ‘grande échelle qu’auparavant, Zanzibar resta pendant longtemps encore un important marché d’esclaves, et que sur la terre ferme, l’esclavage subsista jusqu’en ces dernières années.
L’Angleterre avait fait, en 1875, des représentations à l’Egypte qui avait inauguré une politique de conquête en ces régions. Le khédive Ismaïl Pacha, celui qui essaya d’envahir l’Abyssinie et remplaça les soldats turcs par les siens dans les postes de la côte africaine de la Mer Rouge, voulut annexer la région nord de l’Est africain et y envoya quatre navires sous les ordres d’un Ecossais du nom de Mac Killop Pacha. Cet officier débarqua des troupes à Kismayu et occupa la bouche du Juba pendant environ trois mois. Mais devant les représentations de la Grande-Bretagne, l’Egypte rappela ses émissaires.
Les visées de l’Angleterre se firent bientôt jour, et en 1886 fut signée avec l’Allemagne, suivant la polique d’expansion conseillée par Bismarck, une convention pour le partage de la côte.
Les possessions du sultan, c’est-à-dire Zanzibar, Pem-
ba, les archipels Lamu et Mafia, la terre ferme sur dix milles entre Tungi Bay au sud de Kifini, jusqu’à l’embouchure de la rivière Ozi, enfin au nord les ports de Kismayu, Brava, Merka, Makdishu et Warsheikh furent réservés à l’Angleterre, pendant que l’Allemagne prenait la côte de Dar es- Salam jusqu’aux territoires portugais de Mozambique.
Le pouvoir du Seyyid, bien que diminué, subsistait cependant. L’influence de la Grande-Bretagne se faisait sentir sur lui, mais il avait encore l’illusion de la liberté. Les cités musulmanes semblent avoir vécu en paix à cette époque. Cependant, quelques pirates commandés par un nommé Fumo Bakari s’établirent au nord de la rivière Tana. Pourchassés, ils réclamèrent la protection allemande. Les Allemands les déclarèrent indépendants et en profitèrent pour établir leur protectorat sur Witu.
En 1887, Seyyid Barghash accorda une charte à « l’Imperial British East Africa Company » et en 1888, son successeur, Seyyid Khalifat, octroya, par compensation sans doute, la même concession aux Allemands au sud de l’Umba. Germains et Anglo-Saxons se disputaient ainsi la région.
Pour en finir, le 1er juillet 1890, fut signé un traité anglo-allemand qui déterminait les zones d’influence. Héligoland fut cédé par l’Angleterre à l’Allemagne en échange de la région nord de la côte, qu’avaient occupée les pirates protégés par les Allemands. La France reconnaissait le protectorat anglais sur Zanzibar en échangé de sa liberté d’action à Madagascar. L’Italie acquiesçait en 1891, et achetait pour trente-six millions de francs au sultan de Zanzibar une partie des pays des Somalis avec Makdishu comme capitale (1905).
Les Anglais, les Allemands et les Italiens, s’étant ainsi partagé les dépouilles des Seyyids, n’eurent plus qu’à s’organiser en ces pays musulmans cédés à leur influence. A la suite du meurtre de dix Allemands à Witu à la fin de 1890, une expédition britannique occupa les lieux. Des missionnaires ouvrirent la route de l’Ouganda qui fut bientôt occupée par la « British East Africa Company ». En 1893, à la suite de l’expédition de sir Gerald Portai, la Compagnie passa ses privilèges au gouvernement britannique. En 1894 le protectorat fut proclamé, et un chemin de fer, commencé en 1895, atteignit les Grands Lacs en décembre 1901. Il allait de Mombassa à Port- Florence.
De même la « Deutseh Ost Afrikanische Gesellschaft », vu les difficultés soulevées par l’hostilité des tribus noires guerrières, était bientôt remplacée par l’Etat allemand. Deux chemins de fer étaient rapidement poussés : l’un de Dar es Salam atteignait le Tanganika. et l’autre de Tanga, le Kilimandjaro.
Mais les Musulmans avaient essayé de réagir. Les Mazrui et leurs partisans n’avaient que difficilement supporté l’intrusion des Européens. L’activité mal comprise des missionnaires chrétiens servit de base aux haines soulevées par la venue des étrangers, exacerbées par la suppression de la traite. Une révolte éclata. Les Mazrui avaient toujours foi en la grandeur de leur famille. Ils ne craignirent pas de lutter.
En 1895, Rachid ben Selim fut nommé par les Anglais wali de Takaungu, résidence de la branche cadette des Mazrui. Mais les Arabes qui désiraient comme chef son parent, Mbarek de Tafaungu, candidat par droit de primogéniture, prirent les armes. Le soulèvement devint particulièrement grave quand la branche
aînée des Mazrui, celle de Gasi, se joignit aux dissidents. Mbarek de Gasi fut vaincu en 1896 par les Anglais, et Mbarek de Tafaungu se réfugia en territoire allemand.
La rébellion des Mazrui est un fait capital de l’histoire musulmane en ces régions. A la suite de leur victoire sur les chefs indigènes, les Européens prirent toute l’influence jusqu’alors réservée aux Arabes. Avant ces événements, la côte formait un Etat musulman protégé : ce ne fut ensuite qu’une série de colonies diverses.
Cette même année 1896, Zanzibar était en proie à la guerre. A la mort de Sultan Hamid ben Twain, son parent Khalid usurpa le trône et s’empara du palais avec des forces armées. Il ne voulut pas se rendre aux représentations anglaises : la ville fut bombardée par la flotte britannique (1). Khalid s’enfuit au consulat d’Allemagne, et de là sur le territoire de l’Afrique germanique. Sultan Hamid fut placé sur le trône. A sa mort, il fut remplacé par son fils Ali qui avait été élevé à Harrow en Angleterre.
En 1897, eurent lieu les derniers événements militaires qui intéressent l’Islam. Le mouvement mahdiste, qui fut arrêté à Khartoum par lord Kitchener, avait gagné l’Ouganda. Emin Pacha avait laissé des forces dans cette région pour lutter contre les Mahdistes. Ces troupes mal payées se révoltèrent. Les rois d’Ouganda et d’Ounyoro se joignirent à elles. La guerre de répression ne fut terminée qu’en 1899. Ce fut le dernier effort musulman (2).
(1) On voyait encore en 1912 à Zanzibar, les traces du bombardement et en rade les mâts d’un bâtiment coulé.
(2) Le protectorat anglais sur Zanzibar a été établi en 1890. Le protectorat sur la côte et l’Ougauda dans les limites actuelles -en 1902.
A l’heure actuelle, il ne reste plus rien de l’ancien empire de Mascate et d’Oman. Le sultan est bien toujours à Zanzibar, mais il règne dans un palais délabré sous la surveillance de l’Angleterre. Les traitants arabes et les marchands, hindous venus s’installer dans l’île, n’en avaient pas moins réussi à faire de l’île le plus grand entrepôt de l’Océan Indien occidental. Cette suprématie commerciale s’est gardée souveraine jusqu’en ces dernières années, où l’activité allemande a réussi par des services directs entre Dar es Salam et Hambourg à échapper au contrôle du vieux port arabe. Si les marchands musulmans ne font plus dans l’Afrique équatoriale de ces longues randonnées qui aboutissaient à la ruine de régions entières ou à la création de véritables royaumes, si les caravaniers arabes ne ramènent plus à la côte les ivoires, les plumes, les gommes et les épices, leur activité est cependant restée entière. L’industrie de l’Islam n’est pas morte en ces contrées. Elle s’est transformée : les Arabes ne sont plus les maîtres. Mais ceux qui en Abyssinie ont su conquérir le contrôle du marché sous un gouvernement hostile à leur foi, ont, sous l’autorité bienveillante de l’Europe, continué à commercer et leurs efforts sont marqués de succès.
Au point de vue religieux, l’Islam progresse encore en Afrique équatoriale où il est en compétition directe avec le christianisme. On a remarqué en effet que si ce dernier fait de grands progrès dans les tribus qui n’ont encore reçu aucune foi monothéiste, il lui est difficile d’entamer les adeptes de l’Islam. Les Arabes et les Souahélis sont généralement dans l’Est africain de la foi orthodoxe (Sunnis), mais certains sont Ibahdis (1).
(1) Cfr. Badger, I maris and Seyyids of Oman , Appendice B.
Pour les Ibahdis, fumer est un péché, bien que ce soit plutôt une croyance wahabite. Mais la divergence capitale entre eux et les Sunnis consiste en leurs théories sur le libre arbitre. En outre, d’après eux, un Musulman quelconque peut exercer l’autorité religieuse sans qu’il soit forcé d’appartenir à la tribu du Prophète, ce qui est une hérésie au point de vue orthodoxe.
Les Somalis qui habitent à la périphérie du massif abyssin et sur les bords de la Mer Rouge et de l’Océan Indien sont de fervents Sunnis. Bien que commerçants avisés et respectueux des lois quand ils se trouvent dans les villes de la côte, ils changent d’allures en rentrant dans l’intérieur.
IL — Madagascar.
L’histoire de Madagascar est encore mal connue. L’invasion malaise qui a laissé des traces si profondes sur l’île n’a pas encore été étudiée, de même les rapportsdes Musulmans avec la « Grande Terre ».
La proximité du continent africain avait déjà permis aux tribus noires d’envahir Madagascar. Il est probable que les Zimbas qui, en 1586, guerroyaient sous les murs de Mombassa, occupèrent l’île sous le nom de Vazimba ou Bazimba avant la conquête malaise. Il reste encore trace de ces Vazimbas dans le fétichisme des Malgaches qui, en enduisant de graisse de porc le bout poli des « pierres levées » (tsangam-batou), croient adorer les mânes de ces ancêtres.
L’expansion arabe atteignit de bonne heure Madagascar. Le pays des Antemoros aurait été peuplé par des Arabes, les Zafy Raminia (1). D’après les légendes de
(1) La aie à Madagascar, Henri Mager. Paris, Didot, p. 79, 80. Lire les études remarquables de M. Grandidier sur Madagascar.
l’islam et les rages
la côte, Raminia et sa sœur seraient venus de La Mekke à Madagascar à la suite de la défaite des Alides au viie siècle. Ils auraient laissé sur place une jarre en terre et un animal en pierre qui renfermerait des manuscrits arabes. En tout cas, semble-t-il, au xvie siècle le pays des Antemoros était peuplé de ces Zafy Raminia.
Les Antemoros conservent le Sorabé (probablement contraction de Sourate et de bé grand), texte sacré malgache de prières et de légendes écrit en caractères arabes. Ils ont des amulettes avec sentences écrites en arabe.
Les Arabes Zafy Raminia et Zafy Kazimando, lesquels, d’après la légende, vinrent plus tard de La Mekke ou de l’Est africain, s’allièrent aux femmes noires du pays. Admettant la pluralité des épouses, ils créèrent ainsi une race métissée. Dans l’extrême sud de rîle, habitèrent les Anosy, rameau détaché des Zafy Raminia.
S’il entre une grosse part de légende dans ces récits, il est certain que les croisières de Mascate et d’Oman touchèrent les Comores et Madagascar , et Y Islam vint avec elles. L’Islam se répandit facilement dans ces îles aux populations métissées d’arabe. Il faut sans doute attribuer aux Omanais de la première époque la construction de ces villes aujourd’hui disparues, dont les ruines ont été récemment signalées, notamment dans le Sumbirana (côte ouest).
Madagascar et surtout la côte Ouest sont peuplés de nombreux Anjouanais et Comoriens musulmans et même d’Hindous chyites,dont les cérémonies rituelles notamment pour l’anniversaire de la mort d’Hossein sont caractéristiques en ces parages.
La loi du 12 juillet 1912 a déclaré les îles Comores
colonie française. Le sultan des Comores, Saïd Ali, se vit assigner comme résidence Tananarive où il habite avec sa cour près de la mosquée. Décoré de la Légion d’honneur, il est pensionné par la France et groupe autour de lui un noyau musulman.
L’influence arabe a également touché la race conquérante des Hovas. C’est ainsi qu’en langue hova, les jours de la semaine ont une appellation venue de l’arabe :
Hova
Arabe
Dimanche
Ala hady
Ioum el had.
Lundi
Ala tsinany
Ioum et-tnine.
Mardi
Ala talata
Ioum et-tlata.
Mercredi
Ala robia
Ioum el arba.
Jeudi
Ala kanisy
Ioum el khemis.
Vendredi
Ala zoma
Ioum el jemaa.
Samedi
Ala sabotsy
Ioum es-sebt.
Ala signifie jour en hova, ioum a le même sens en arabe. Les noms arabes désignant le zodiaque ont formé également les mots hova indiquant les lunes ou mois. De même5quantité d’expressions qu’il serait oiseux d’énumérer ! Un mot, baraka, le don divin de bénédiction des Arabes, est passé en hova avec le sens de considération ! Cette influence linguistique arabe avait été déjà remarquée dans l’Hindoustan où l’urdu, langue créée de toutes pièces pour servir de lien entre les différents peuples de la péninsule, fut formé de mots arabes, persans et hindous.
Les Hovas ont dans leur rite la circoncision, emploient la même coupe de cheveux que les Musulmans. Il serait infiniment intéressant d’étudier «la Magie dans la religion à Madagascar », pour y rechercher les in-
l’islam et les races
fluences islamiques. Il serait également curieux de déterminer les apports réciproques des Musulmans arabes et des Musulmans hindous, nombreux dans l’île.
Conclusion.
Tels sont les aboutissants de l’expansion arabe dans l’Océan Indien. L’établissement des nations européennes sur les ruines de l’empire des Seyyids a déçu les espoirs des Musulmans de la côte orientale qui, dépossédés de toute influence politique, ont transformé leurs énergies guerrières en énergies commerciales. Zanzibar, Dar es Salam furent les points de départ des intrépides traitants arabes vers l’intérieur du continent noir. Or, « l’aboutissant d’une société composée d’explorateurs, c’est le choix par ceux-ci du mode d’ exploitation le plus commode et le plus rémunérateur » (Préville). Ce fut l’aboutissant des sultanats arabes de l’Océan Indien auxquels les Européens vinrent disputer les routes commerciales dans la « Croisade des Epices ».