III. — L’Islam au Japon
La prise de la Corée par les Mongols, la possession de la Chine, permirent aux missionnaires musulmans de pénétrer au Japon. Leur action est encore sensible dans les îles, puisqu’en 1907 seulement on comptait dans ce pays trois millions de conversions à l’islamisme. Ce fait n’était pas ignoré du monde islamique. M. Dicey (Londres, 1908) raconte que, pendant la guerre russojaponaise, tous les peuples musulmans, même ceux des sources du Nil, étaient au courant des victoires du Mikado. Et l’on rappelait la croyance : le réveil de l’islamisme aura pour cause un mouvement de l’Orient !
Quoi qu’il en soit, la doctrine de Mahomet se répand parmi les peuples de race jaune, et fait plus grave, les Japonais veulent jouer un rôle dans la politique musulmane. « Grande puissance, le Japon estime qu’il doit être représenté dignement auprès de la Sublime Porte. Constantinople est un bon point d’où observer la politique russe et l’intérêt que les Japonais portent à l’Islam les rapproche du Commandeur des Croyants. Ils entendent exploiter le prestige que leur a donné dans le monde musulman comprimé par l’Europe leur victoire sur une nation chrétienne d’Europe. Des envoyés japonais étaient à La Mecque ces années der-
l’islam EN EXTREME-ORIENT
nières. Des fils de Musulmans indiens vont s’instruire au Japon. Les Musulmans d’Egypte et de l’Inde ont rêvé de convertir le Japon qui, bien que peu disposé à les écouter, ne les décourage pas. Les 30 millions de Musulmans de la Chine ne seraient pas des alliés méprisables. Le titre de protecteur de l’Islam en Asie peut être utile au mikado et à son peuple. Le sultan, jusqu’ici, n’a pas accordé aux Japonais leur ambassade ; la Russie et l’Allemagne s’y opposent, d’autre part, les pays représentés à Constantinople par des ambassadeurs ont droit aux Capitulations et le gouvernement turc cherche à restreindre et même à abolir les privilèges d’écoles, de missions, de cours consulaires qu’il juge contraires à la dignité d’un souverain indépendant (1). »
Ces lignes furent écrites en 1908 ; depuis, la guerre mondiale a changé bien des choses et le Japon n’a plus les mêmes raisons d’être au Bosphore pour surveiller la Russie en pleine anarchie.
Cependant le Japon a un Haut-Commissaire à Constantinople au même titre que les autres puissances de
l’Entente. De même il s’est intéressé à l’existence des
Capitulations que Moustafa Kemal a supprimées. Mais les gouvernements intéressés contestent cette suppression et avaient même étendu le régime à la Serbie, à la Roumanie et à la Yougo-Slavie. Le rôle du Japon aux commissions de la Société des Nations ne permet plus de le considérer comme négligeable dans le règlement des questions concernant le Proche Orient. L’Allemagne, qui visait pour son propre compte le protectorat musulman, n’est plus là pour s’opposer aux menées
(1) Louis Aubert, Américains et Japonais. Paris, Colin, 1908. Préface, p. 17.
l’islam et les rages
japonaises. Les envoyés nippons qui, en 1912, visitaient le Caire, avaient de longs conciliabules avec les étudiants d’Al Ahzar, qui visitaient les groupements islamiques épars dans l’Océan Indien, ont dû continuer leur œuvre d’attraction des Jeunes Musulmans africains et indiens vers les centres d’études japonais. L’Islam est heureusement très divisé, mais il existe là un danger pour l’Extrême-Orient. Les Japonais peuvent appuyer leur politique d’influence sur les Musulmans asiatiques, notamment en Chine où ces derniers représentent l’élément avancé et remuant.
L’amitié japonaise devrait particulièrement attirer la France. En effet depuis Charlemagne, depuis François Ier, la France a toujours cherché en Orient une abiance pour renforcer sa puissance. De ce principe découle la politique traditionnelle de la France en Turquie, l’alliance avec la Russie. A mesure que les moyens de communication deviennent plus rapides, les peuples alliés d’Orient peuvent être plus lointains. L’intérêt de la France ne serait-il pas de chercher au Japon les sympathies et les alliances qui pourraient servir de contre-poids au développement des puissances germaniques ? L’intérêt que le Japon porte aux choses d’Islam indiquerait qu’en ce qui concerne notamment l’équilibre du monde musulman, nous ne saurions y perdre. La création du bloc Berlin-Moscou-Angora, germano-russetouranien, la signature du traité de Rapallo et sa convention militaire secrète, font voir la nécessité pour la France de s’intéresser à la suggestion d’une entente avec le Japon.
Jusqu’à présent on ne signale aucune islamisation de l’Australie ni de l’Océanie. Par contre les Moluques,
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les Soulouques et les Philippines ont déjà des adeptes de la foi musulmane qui se rejoignent avec ceux de l’Insulinde.
Les jaunes musulmans ont suivi avec intérêt les événements de Turquie pendant et après la guerre 1914- 1918. Les bolchevistes russes ont essayé de soulever la masse islamique, mais si une alliance semble s'être conclue entre les soviets et les nationalistes ottomans, il ne paraît pas, malgré quelques mouvements locaux en Sibérie et au Turkestan, que l’ensemble des Musulmans extrême-asiatiques ait réellement bougé ; il y a là cependant un danger latent pour l’avenir.