‹ L'Islam et les racesChapitre 29 sur 35 · L’INDE MUSULMANE · texte numérisé non relu

L’INDE MUSULMANE

L’Inde actuelle compte environ trois cents millions d’habitants dont plus du sixième est musulman, soit environ 50 millions de Musulmans. Neuf cents ans auparavant.!’ Islam n’avait pas un adepte à l’Est de l’Hindus ; aujourd’hui, le roi d’Angleterre possède plus de sujets musulmans que n’en ont le sultan de Turquie et le shah de Perse réunis.

Certains historiens ont voulu voir dans la conquête de l’Inde par l’Islam, moins une expansion voulue par les chefs musulmans, que le résultat d’un de ces courants séculaires qui poussent de temps à autre les tribus de l’Asie centrale, Huns, Mongols ou Turcs, vers l’Europe ou la Chine. L’histoire démontre le contraire. Si les conquérants arabes ne firent qu’effleurer la terre des radjahs, leurs successeurs turcs, eux, firent de l’Inde un empire musulman, suivant une volonté raisonnée.

Premiers contacts de V Islam et de V Inde. Les Arabes. — Les marins arabes étaient des familiers des ports hindous. L’Islam leur donna le prétexte de raids vers les villes côtières, d’où ils rapportèrent de grandes richesses. Ainsi sous le khalife Omar, en 637, Tana (Bombay) fut pillé. Mais ces expéditions maritimes ne furent guère que des aventures de corsaires : les Arabes cherchèrent la voie de terre par l’Afghanistan actuel pour atteindre les Indes. Ils furent longtemps retardés par

l’inde musulmane

la constitution physique du sol. En effet, si au vne siècle, les « Sarrasins » brisèrent presque toutes les résistances humaines, ils furent souvent obligés de s’arrêter devant les obstacles naturels. C'est ainsi que les hautes cimes de l’Hindou-Kousch sauvèrent longtemps l’Hindoustan.

Les attaques arabes dans l’Est eurent lieu relativement tard, car les Musulmans furent occupés par les Berbères d’Afrique jusqu’à la fin du vne siècle. Cinq ans avaient suffi pour soumettre la Syrie, deux pour l’Egypte, sept pour la Perse, mais Carthage dura plus d’un demi-siècle et les Berbères furent en perpétuelle révolte. Aussi les khalifes envoyaient-ils plutôt dans l’Ouest leurs forces disponibles. Cependant au vne siècle le Bélouchistan (Makran) fut occupé, et en 664 Kaboul en Afghanistan fut enlevé. De nombreuses conversions à l’Islam suivirent la conquête.

Le premier succès arabe dans l’Inde coïncida avec deux autres succès importants des Musulmans en des régions opposées du globe. L’Espagne gothique fut écrasée en 710 à la bataille du Guadalete. Les étendards de Y Islam furent portés en 711-14 de Samarcande à Kashgar, dans le Turkestan chinois actuel. La vallée de l’Hindus fut envahie en 712. Ces trois succès marquent l’apogée de la puissance ommeyyade.

Le même Al Hajjaj, gouverneur de Chaldée (Irak), qui envoya vers le nord Kutaïbah porter l’Islam sur les frontières tatares, chargea vers la même époque son cousin Mohammed ben Kasim de marcher sur l’Inde. Cette continuité de vues contre lesquelles d’ailleurs le khalife marqua quelque répugnance, prouve la volonté de l’expansion islamique vers l’Hindoustan.

Mohammed ben Kazim conquit rapidement la vallée

l’islam et les races

de l’Hindus. Les peuples soumis furent si bien traités que la mémoire du général arabe est longtemps restée populaire. Malheureusement Mohammed ben Kazim périt victime d’intrigues de cour. Al Hajjaj lui-même était mort. Les Arabes conquérants du Sind (714-717), ne reçurent aucun renfort. Ils fondèrent alors des dynasties indépendantes dans la vallée de l’Hindus. Masoudi vers le xe siècle signale leurs groupements.

Ainsi se termina la tentative d’Al Hajjaj vers l’Inde. L’affaire fut reprise trois siècles plus tard.

Les sultans de Ghazni. — Les armées de Mohammed ben Kazim étaient composées d’Arabes. Les conquérants de l’Inde furent de race turque ; c’est de l’Afghanistan que partirent ces Turcs musulmans.

La chute de la dynastie ommeyyade, le déplacement de la capitale de Damas à Baglidad par les Abbassides, furent suivis d’un afflux d’influences persanes. Le déplacement de la capitale de Damas à Baghdad marqua la reprise de la prédominance asiatique sur la civilisation hellénique. Les Persans, plus souples, moins rudes que les Arabes, remplacèrent ces derniers dans la plupart des postes ; comme le pouvoir central devenait de plus en plus faible, les gouverneurs de provinces éloignées se rendirent pratiquement indépendants du khalifat. Ils fondèrent même de véritables dynasties dont la plus puissante fut celle des Samanides dans la région de l’Oxus. En même temps, les khalifes s’entourèrent de prétoriens, jeunes enfants turcs capturés sur les frontières nord-est de l’empire et dressés au métier des armes. Les sultans ottomans devaient plus tard reprendre cette institution en créant les Janissaires, qui au lieu d’être de jeunes enfants, de race turque, furent de jeunes Chrétiens recrutés de

l’inde musulmane 269

force et convertis à l’Islam. Graduellement, les. officiers de cette garde prétorienne obtinrent d’être mis à la tête des provinces. Ainsi du Caire à Samarcande, les Turcs devinrent rapidement la race dominante.

Dans l’Est la dynastie samanide, après deux siècles de puissance, devint également la proie d’aventuriers turcs. Parmi eux un ancien esclave des Samanides, Alptigin (962), se déclara indépendant comme chef de la petite principauté dont la capitale fut Ghazni entre Kaboul et Kandahar. Son deuxième successeur (977), Sabouktigin prit le titre d’émir. Plus tard il reçut du khalife le titre de « Nasir ed din ». Ce Sabouktigin incursionna dans l’Inde proprement dite, mais ce fut son fils Mahmoud qui porta à son plus haut degré la gloire des princes de Ghazni. Il fut le premier chef musulman de ces régions à se parer du titre de sultan. En effet Mahmoud était un croyant convaincu, et comme tel, s’efforça de propager l’Islam; il étudiait les Sourates et copiait lui-même le Coran. Le khalife de Baghdad, ému de ses qualités guerrières et religieuses, lui envoya le titre de « sultan de Ghazni et Khorassan ». Dans sa joie, le nouveau sultan fit le vœu de prêcher chaque année la guerre sainte contre les infidèles de l’Hindoustan. Il fit ainsi quinze ou dix-sept expéditions dont la conséquence lointaine fut l’islamisation de l’Inde.

Dix ans après la mort de Mahmoud, les sultans de Samarcande avaient repris la Perse. Vers 1038, Toghrul beg le Sedjoucide fit rentrer dans la vassalité les sultans de Ghazni. Ghazni fut, en 1150, détruite par les gens de Ghor. Le dernier descendant de Mahmoud, Masoud, s’enfuit dans sa province indienne de Lahore. Sa dynastie y resta maîtresse jusqu’en 1186, date à laquelle Mohammed de Ghor s’empara de la région.

l’islam et les races

Les sultans de Ghor et de. Ghazni. — Le frère cadet du prince de Ghor fut placé sur le trône ruiné de Ghazni (1173-74). Il fut appelé sultan Muizz ed-din ou encore Mohammed de Ghor. De 1175 à 1187, ce prince soumit Moultan, le Sind et Lahore. Le sultan voulut s’engager dans les riches provinces de l’Inde supérieure ; il fut d’abord vaincu par les Radjpouts hindous, mais en 1193, s’empara de Delhi et de Benarès, en 1196, de Gwalior, en 1203 de Kalanjar. Ce dernier succès complétait la soumission de l’Inde supérieure.

Vainqueur, Mohammed de Ghor, qui avait succédé à son frère en 1203, retourna à Ghazni et tourna ses armes vers le nord. Il fut vaincu dans le Khwarizm (Khiva),et se borna à son empire. Rappelé dans l’Inde, en 1205, par la révolte des Khokars, Mohammed noya l’insurrection dans le sang, mais fut assassiné au retour par un fanatique (mars 1206).

Avec Mohammed de Ghor, l’occupation de l’Inde par les Musulmans devint effective et permanente. Sans doute le souverain fut toujours un Afghan aux yeux aussi bien tournés vers l’Oxus que vers l’Hindus, mais il laissa dans l’Inde un vice-roi. Ce vice-roi donna naissance à la fameuse dynastie des Rois Esclaves de laquelle part cette longue suite de souverains musulmans qui, de Delhi, ont gouverné l’Inde jusqu’à la désastreuse révolte des Hindous contre les Anglais. C’est ainsi que par Mohammed de Ghor se fait la liaison entre le khalifat islamique et l’Inde musulmane.

Les sultans turcs de Delhi : 1°) Les Rois Esclaves. — Le vice-roi laissé dans l’Inde par Mohammed de Ghor fut le général Malik Koutb ed-din Ibak. Né dans le Turkestan, il avait été acheté comme esclave par le prince dé-

l’inde musulmane

funt. Ses victoires éclatantes lui valurent de la part du sultan Ghiyas ed din, successeur de Mohammed de Ghor, l’envoi du titre de sultan, avec Delhi comme capitale.

Il ne faut pas s’étonner de voir un esclave parvenir aux plus hautes dignités. L’Islam est égalitaire : l’esclave fait partie de la famille, à laquelle il est tout dévoué. Dans l’empire sedjoucide les esclaves jouèrent un rôle important. La garde mameluk de l’empereur Malik shah fut une école de gouverneurs capables.

En ces temps-là le prince, faute de fils, désignait souvent un esclave comme général ou comme gouverneur. Avoir été esclave de Malik shah constituait alors un véritable titre au respect. Les grands vassaux esclaves des Sedjoucides furent aussi loyaux que les Bâtards du Moyen Age. Quand ils assumèrent à leur tour le pouvoir royal, ils transmirent à leur lignée les hautes qualités de leur seigneur et maître ainsi que les traditions de la maison princière. Quelqu’un déplorait devant Mohammed de Ghor que ce prince n’eût pas d’enfant mâle : « N’ai-je pas des milliers de fils en mes esclaves turcs ! )> Aussi, ne trouva-t-on rien d’extraordinaire à ce que Ghiyas ed din envoyât le titre de sultan au général Koutb ed din, le plus célèbre des esclaves du Ghori. D’ailleurs il est possible que les Sultans préfèrent employer leurs esclaves plutôt que des gens de grande famille : les grands, surtout les princes, font toujours figure de prétendants à un moment donné.

La facilité avec laquelle les Musulmans montèrent sur le trône de Delhi n’a5non plus, rien d’extraordinaire. La hiérarchie des castes dans l’Inde avait préparé les habitants à se soumettre au pouvoir existant. Il y eut seulement une caste de plus, celle des Musulmans. Les Hindous reconnaissaient avec la même résignation le

l’islam et les rages

souverain quel qu’il fût, Radjpoute, Musulman, Mongol, sans se laisser, d’ailleurs, entamer dans leurs mœurs et dans leurs croyances. Dupleix et ses Français, puis les Anglais furent également acceptés plus tard avec la même facilité, comme représentant une caste supérieure.

Les sultans musulmans de l’Inde furent complètement indépendants des khalifes, bien qu’ils aient reconnu leur suzeraineté. Les rois de Ghor et Ghazni reçurent le titre de sultan ; de même, les sultans de Delhi recevront avec joie et vénération l’investiture du Commandeur des Croyants, mais pratiquement les souverains de l’Inde eurent toujours une politique et une action indépendantes. Les princes musulmans de l’Inde régnèrent surtout par la force : les armées ne leur firent pas défaut; en effet, ils savaient pouvoir toujours trouver dans le nord des guerriers de leur foi susceptibles de s’engager le cas échéant dans leurs armées. Dès lors commence véritablement l’histoire de l’Inde en tant qu’Etat islamique.

En peu de temps, Sultan Koutb ed-din, aidé par son général Mohammed Bakhtyar, un Turc encore, assura son autorité de l’Hindus au Bengale. Le fils du sultan parut incapable de lui succéder : ce fut un de ses esclaves turcs, Iltoutmish, qui fut placé sur le trône par les chefs de l’armée (1211).

Iltoutmish combattit d’abord ses frères esclaves ; le Turkestan, la Perse, l’Afghanistan, l’Inde furent à ce moment-là ébranlés par l’invasion mongole de Gengis- Khan. Les trônes s’écroulaient, les princes et les peuples fuyaient vers l’Inde. L’émotion fut profonde dans toute la péninsule, mais le « Fléau de Dieu » renonça à sa première idée de revenir en Mongolie par la vallée du Gange et l’Assam. Iltoutmish sortit de la tempête plus fort que jamais. Ses rivaux disparurent.

l’inde musulmane

Iltoutmish atteignit l’apogée de sa puissance en 1229, quand le khalife de Baghdad le reconnut comme sultan de l’Inde. Il mourut dans toute sa gloire en 1236. Des princes insignifiants lui succédèrent. Enfin, en 1246, Nasir ed-din Mohammed, roi fainéant, prit comme maire du palais un Turc esclave, du nom de Balban.

D’abord ministre, puis sultan à la mort de son maître, Balban reforma l’empire . musulman, combattit les raids incessants des Mongols vers l’Inde où se réfugiaient tous les fugitifs de l’Asie centrale. Balban mourut en 1287.

Les fameux esclaves héritiers d’Aybek n’existaient plus ; Balban s’entoura à son tour d’esclaves khaljis d’Afghanistan. Son fils Kaïkobad fut déposé par ces esclaves qui élevèrent au trône un des leurs, Djelal eddin (1290).

2°) Les rois Khalj ou Khilji. — Djelal ed-din eut encore à lutter contre les Mongols. Fort avancé en âge, il laissa la direction de l’empire à son neveu et gendre, Ala ed-din. Ce dernier fut le premier qui porta les étendards de l’Islam dans l’Inde méridionale (1294). Le butin fait dans ses conquêtes permit à Ala ed-din de gagner le peuple de Delhi. Il fit assassiner Djelal ed-din et monta sur le trône (1296).

Sous le règne de ce prince, les Mongols parvinrent jusqu’à Delhi, mais la vigoureuse résistance des Musulmans leur permit de refouler l’envahisseur. Ala eddin vainqueur jugea ne pouvoir se fier aux Mongols convertis à l’Islam, lesquels habitaient un quartier spécial. Un massacre général eut lieu en 1297.

De 1302 à 1311, un général du sultan, Malik Kafour,

plaça des gouverneurs musulmans dans l’Inde du sud

l’islam et les races

jusqu’au Malabar et sur la côte de Coromandel. D’immenses trésors furent apportés à Delhi. Ala ed-din mourut en 1316, maître de l’Inde entière.

Les intrigues du harem, une réaction hindoue, les querelles intestines succédèrent à l’ordre établi par Ala ed-din. Aussi en 1320, las des troubles, les nobles offrirent-ils le trône à Ghazi-Khan Toughlak, gouverneur du Pandjab, qui vingt-neuf fois avait mis les Mongols en déroute.

3°) La dynastie Toughlak . — Ghazi-Khan prit le nom de Ghiyas ed-din. Lui-même était un esclave de Balban. Il semble que, dans toutes ces dynasties, un souverain énergique épuise toute les facultés d’une famille : Les enfants sont incapables de recueillir sa succession. Sans doute le climat meurtrier de l’Inde, le luxe, les plaisirs sensuels détruisaient rapidement les qualités héréditaires des montagnards ; sans doute les plaines de l’Hindoustan étaient fatales aux qualités physiques et aux facultés morales des guerriers venus du nord-ouest. Peutêtre aussi, les Sultans élevaient-ils leurs enfants dans la mollesse et dans l’ignorance pour n’avoir rien à craindre d’eux. C’est en tout cas une constatation qui se vérifie depuis le début de l’histoire de l’Inde.

Ghiyas ed-din fut remplacé en 1325 par son fils, Mohammed ben Toughlak, lequel, suivant la loi traditionnelle, porta à son plus haut degré de puissance l’empire des Toughlak, que ses successeurs laissèrent décliner. Le prince, pendant son règne de vingt-six années, aspira à la renommée universelle de conquérant. Après avoir soumis à nouveau, les unes après les autres, Toutes les provinces de l’Etat, il réunit une grande ar-

l’inde musulmane

mée pour soumettre la Perse. Cette armée se dispersa sans avoir rien fait. Le souverain pensa même à conquérir la Chine : il rassembla clans ce but une centaine de mille hommes dont près de quatre-vingt mille périrent dans les monts Himalayas.

Pour trouver les fonds nécessaires à ses folles entreprises, Mohammed, surnommé le Prince des Monnayeurs, semble avoir voulu d’abord employer le papier-monnaie inventé en Chine par le souverain mongol Khoubilaï- Khan, et les billets dont les Mongols usaient couramment. Son expérience ne réussit pas ; de même échoua sa tentative de faire accepter par son peuple le cuivre comme petite monnaie à la place de l’argent. Mohammed ben Toughlak était certainement un précurseur, mais il ne parvint pas à donner confiance aux Hindous.

Dans les derniers mois de son règne, le sultan compléta la soumission du Dekkan. Malgré les rébellions, il gouvernait alors un état plus grand que celui de n’importe lequel de ses prédécesseurs. Grâce à ses victoires, Mohammed ben Toughlak obtint du khalife abbassicle réfugié au Caire le titre de « Roi orthodoxe de l’Inde ». Il admit même à sa brillante cour de Delhi un descendant misérable des khalifes de Baghclad. Malgré ces titres à l’attachement des Musulmans, le souverain ne fut pas aimé. A la fin du règne, le Bengale et le Dekkan se séparaient du trône ; des insurrections éclataient de toutes parts. Mohammed ben Tughlak, bien que lettré et savant éclairé, fut un prince trop brutal pour comprendre les besoins de son peuple.

Son successeur fut Sultan Firoz, son cousin, un homme pieux qui réussit à rassembler à nouveau l’empire, se fit aimer par l’utilité des travaux publics entrepris.

Sous son règne, commença à prévaloir le système des présents annuels au sultan, système qui devint plus tard une taxe onéreuse sous l’empire mogol. Les vassaux durent envoyer des esclaves, des chameaux, des chevaux, de l’or et de l’argent : le prince qui envoyait les présents les plus considérables était naturellement le plus estimé. La cour de Delhi devint ainsi riche et opulente.

Mais Firoz, homme juste, comprit que le système d’impôts employé par son prédécesseur ne pouvait être maintenu. Les paysans étaient soumis aux taxes les plus dures. Sur l’avis du vizir hindou Makboul, la dette des agriculteurs fut annulée. Les taxes furent ramenées au taux fixé par le Coran et les exactions furent sévèrement punies. Naturellement cette mesure rendit le prince populaire.

Pour la première fois depuis l’arrivée au pouvoir des Musulmans dans l’Inde, le sultan associa des Hindous au pouvoir. En effet, le recrutement des esclaves turcs dans le nord était tari : les souverains de Delhi, en se civilisant, avaient d’ailleurs perdu tout contact avec leurs montagnes natales. C’est alors qu’apparurent les Hindous dans le gouvernement ; il semble d’ailleurs que leur entente avec les Musulmans ait donné d’excellents résultats.

L’Islam n’en fut pas oublié pour cela. Firoz resta, avant tout, un prince musulman. Fervent Sunni, il fit brûler des schismatiques et des idolâtres. En dévot orthodoxe, il organisa des prières et des fêtes publiques. A la prière du vendredi, il ordonna de prononcer l’invocation à Dieu au nom de ses prédécesseurs les plus renommés, au nom du khalife qui l’avait consacré sultan, et au sien propre. Cette mesure montre de quelle ma-

l’inde musulmane

nière les Musulmans indiens comprenaient leur attachement au khalifat : grand respect traditionnel et moral du khalife, mais compréhension parfaite de leur valeur et de leur autonomie.

Le prosélytisme islamique se développa sous Firoz. Les Hindous furent encouragés à embrasser l’Islam. En même temps que les brahmanes étaient imposés — ce qui ne s’était jamais fait — les nouveaux convertis étaient exemptés de la Capitation (Djizya). Naturellement nombre d’Hindous se convertirent. D’ailleurs le prince interdisait la construction de nouveaux temples hindous sous prétexte que le peuple ne devait pas prendre de telles libertés « dans un pays musulman î »

Malgré tout, Firoz fut aimé de tous ses sujets. Malheureusement, à sa mort (1388), aucun prince ne fut capable comme lui de maintenir l’entente entre Musulmans et Hindous ; une anarchie terrible régna dans l’empire. Tout le monde fut mis d’accord par l’invasion des Mongols de Tamerlan.

Le Terrible Boiteux ravagea la vallée du Gange. Musulman fervent, il n’épargna pas ses coreligionnaires de l’Inde, sous prétexte que leur foi était dégénérée. Maître de Delhi d’où s’était enfui le dernier Toughlak, le Khan mongol, en partant pour l’Occident, laissa le pouvoir dans l’Inde à Khizr-Khan, un Seyyid — ou descendant du Prophète — chef de la famille la plus influente de la capitale.

Vice-roi de Moultan, le Seyyid eut d’abord à combattre le dernier Toughlak, Mahmoud (1405), toujours de nom sultan de Delhi. Ce dernier mourut en 1413 sans héritiers.

4°) Les dynasties sayyid et pathan. — Khizr Khan

mourut en 1421, après sept ans de guerres continuelles. Prudemment, il ne s’était considéré dans l’Inde que comme le représentant de Tamerlan. Il conserva ce rôle même quand il assuma le pouvoir suprême en 1414.

Ses successeurs, limités comme inflence au seul voisinage de Delhi, régnèrent sans gloire. Le dernier, Ala ed-din, fit appel, en 1451, à un noble afghan, Bahlol Lodi, lequel remplit une fois de plus l’office de « maire du palais ».

Son fils, Sultan Sikandar, agrandit le royaume. Musulman fanatique, il détruisait tous les temples hindous qu’il rencontrait. Il mourut en 1517 après un règne prospère de vingt-huit ans.

L’empire avait été trop ébranlé par l’invasion mongole. L’autorité royale n’était plus respectée. De continuelles révoltes dévastaient l’Etat. A la fin, le gouverneur du Pandjab, Daoulat Khan Lodi, appela à son aide contre le sultan de Delhi, un Mongol, Babour, roi de Kaboul, lequel saisit l’occasion d’envahir l’Hindoustan. En 1526, à Panipat, Babour fit subir à Ibrahim, le dernier des sultans turcs de Delhi, une cruelle défaite qui coûta à ce dernier le trône et la vie.

Les Mongols arrivaient à leur tour à la souveraineté dans l’Inde. Ils la trouvaient déjà habituée au joug musulman. Sans doute la majorité de la population restait hindoue, mais les eon\ersions à l’Islam étaient de plus en plus nombreuses. En outre les conquérants turcs et afghans avaient amené très peu de femmes avec eux, s’étaient mariés dans le pays : la conquête des sultans turcs de Delhi avait ainsi abouti à la création d’une véritable « nation » musulmane dans l’Inde. L’Etat musulman fut développé par l’organisation mongole, qui dans l’Inde comme en Asie antérieure et mineure eut un rôle prépondérant.

l’inde musulmane

Les sultans mongols de Delhi (les Grands Mogols). — Babour était issu du sang des deux grands conquérants mongols, Gengis-Khan et Tamerlan. Turc par son père, Mongol par sa mère, il joignait aux qualités de ses ancêtres la finesse et l’urbanité du Persan. Il a laissé des « Mémoires » fort intéressants. De l’immense empire de Tamerlan, trop hâtivement construit, bâti de parties trop disparates, ses descendants ne purent conserver qu’un petit royaume dans les monts afghans. En 1494, Babour, héritier du Terrible Boiteux, Musulman comme lui, devint par droit de succession, souverain du Ferghana, près de l’Iaxartes. Il aurait voulu régner à Samarcande comme son ancêtre l’avait fait, mais en fut empêché par l’hostilité des tribus ouzbeg. Après dix ans d’efforts infructueux (1512), Babour se résigna à devenir roi de Kaboul (Afghanistan actuel), souverain de la petite principauté que Tamerlan avait constituée lors de son raid sur l’Inde. Impuissant à réclamer l’héritage de ses aïeux vers le nord, Babour se tourna vers l’Hindoustan et réclama également de ce côté l’héritage de Tamerlan.

Maître de Delhi à la suite de sa victoire de Panipat (1525), Babour réduisit en trois batailles la résistance des princes radjpoutes de l’Inde supérieure. Victorieux, Babour apporta dans les provinces l’administration militaire mongole. Ce furent des officiers qui perçurent la taxe sur les agriculteurs, les impôts sur les commerçants, et la fameuse taxe due par les Hindous aux Musulmans. Babour mourut en 1530, avant que l’empire ne soit solidement organisé.

Son fils Houmayoun (1530-1536) fut rejeté quelque temps en Afghanistan, mais parvint à reconquérir Delhi. A peine maître de sa capitale, le souverain mourait. Il fut remplacé par son fils Akbar.

l’islam et les races

Le long règne d’Àkbar (1506-1605) marque le début de la longue période de splendeur qui caractérise la souveraineté des Grands Mogols. Le prince mit vingt années à soumettre l’Hindoustan ; même à sa mort, d’ailleurs, la soumission n’était pas complète.

Akbar essaya d’appliquer à l’Inde les grands principes de tolérance qu’avaient jadis mis en honneur les Khans mongols, lesquels faisaient officier devant eux des prêtres de toutes les religions. Akbar tenta de réaliser la fusion entre Musulmans et Hindous. Dans la neuvième année de son règne, il abolit même la Djizya imposée par la loi de l’Islam aux non Musulmans, c’està-dire aux seuls Hindous qui formaient la majorité de la population. Il épousa une princesse radjpoute et fit contracter à ses cousins de semblables mariages.

Akbar supprima les taxes appliquées aux pèlerinages hindous, disant qu’il ne fallait mettre aucun obstacle entre un homme et son Dieu. Cependant, tout en accordant ces faveurs aux Hindous, le sultan interdit dans leurs coutumes tout ce qui lui paraissait devoir offenser l’humanité. Il interdit le mariage des enfants, les épreuves du jugement de Dieu, les sacrifices d’animaux. Il permit aux veuves de se remarier, interdit formellement leur holocauste sur le bûcher de l’époux défunt. Le prince insista également pour que le consentement des fiancés fût requis avant le mariage ; idée toute nouvelle dans l’Inde où les parents mariaient leurs enfants sans les consulter.

Il semble que, malgré ces restrictions, les Hindous répondirent à l’appel d’ Akbar. Le souverain eut des contingents hindous dans ses armées, et même des généraux radjpoutes, ce qui ne s’était pas encore vu. Le financier le plus renommé de l’époque fut un Hindou,

l’inde musulmane

Radja Todal Mal, lequel organisa le budget de l’empire en se basant sur les revenus du sol ; toutes les terres furent imposées, sauf celles accordées en récompense de services militaires.

Ces réformes ne plurent naturellement pas aux Musulmans. L’écrivain Badaoui attaqua violemment le sultan dans ses écrits. Les Orthodoxes d’Islam ne pouvaient évidemment pas accorder leur confiance à un souverain qui ne faisait aucune différence entre Croyants et Hindous. Les Sunnis reprochaient également à Akbar de ne pas suivre aveuglément l’enseignement coranique et de subir des influences étrangères.

En effet, Akbar, très curieux des problèmes religieux comme ses ancêtres mongols, se fit expliquer leur différentes doctrines par des Hindous, des Jains et des Musulmans. Il écouta même les explications des Jésuites, mais ne voulut se prononcer pour aucune religion. Les Khans mongols avaient jadis fait de la religion un instrument de domination : il semble qu’Akbar, souverain d’un pays où les religions diverses se partageaient le peuple, ait voulu régner impartialement, à la manière des Gengis- Khan, sans se préoccuper des croyances populaires autrement que pour les connaître.

C’est vraisemblablement pour faire admettre dans l’état cette égalité religieuse, qu’Akbar, en 1579, promulgua que l’Islam ne disait pas la vérité. Il voulait sans doute abattre l’idée ancrée chez les Musulmans que l’Islam seul était juste et donnait tous les droits dans l’état aux seuls croyants. Dans le même ordre d’idées, en 1579 également, Akbar obligea les théologiens musulmans à affirmer officiellement que le sultan avait le droit de statuer sur les questions religieuses et que nul ne pouvait se soustraire à sa décision reli-

l’islam et les races

gieuse. Le Sultan devenait ainsi le maître de la foi, unissant en fait le pouvoir spirituel et temporel. Il est probable qu’Akbar voulait • ainsi renforcer son autorité et empêcher toute immixtion étrangère dans l’empire. L’Islam devenait ainsi dans l’Inde une religion localisée. Comme lors de sa mort, Akbar professa ouvertement la religion musulmane, il semble que dans toute cette campagne, il ait voulu agir suivant la raison d’Etat.

Comme naturellement les Musulmans obéissaient difficilement, le sultan ne maintint pas avec eux sa tolérance primitive envers tous. Des chefs religieux furent exilés à La Mekke ; les prières publiques furent interdites ainsi que le Ramâdan et le pèlerinage. Akbar fit même une déclaration de chyite panthéiste : pour tenter d’unir l’empire dans une même croyance, il voulut créer une nouvelle religion basée sur l’unité de Dieu, la « Divine Foi » (Din-i-Illahi), sorte de panthéisme éclectique où les conceptions brahmaniques voisinaient avec les idées des missionnaires portugais, et dans laquelle le soleil représentait le créateur. Cette nouvelle religion n’eut aucun succès.

Akbar, souverain aux idées larges et généreuses qui dépassaient son époque, avait voulu politiquement et religieusement fusionner l’Inde. Il échoua car les Musulmans conquérants ne voulaient aucune compromission avec les infidèles, et ne purent pardonner au sultan les atteintes portées à la foi qui n’admettait aucune vérité en dehors d’elle.

Nous ne suivrons pas les souverains mogols,qui, après Akbar, régnèrent sur l’Hindoustan avec des alternatives de puissance et de déclin. L’Islam et la lignée issue de Babour reprirent tout leur éclat de 1568 à 1707 avec Aurangzeb.

l’inde musulmane

Aurangzeb fut, lui, un vrai Musulman sunni. Il persécuta les non Musulmans et même les dissidents chyites. Nulle crainte d’impopularité, nulle raison politique, ne purent lui faire abandonner sa piété et son ascétisme. Il reconquit tout l’immense empire d’Akbar que ses prédécesseurs avaient laissé s’émietter, et porta l’empire de Delhi à son plus haut degré de puissance. Aurangzeb rétablit en 1679 la Djizya dont Akbar avait décrété la suppression.

Le rétablissement de cet impôt et les persécutions déterminèrent de nombreuses révoltes dont les plus importantes furent celles des Mahrattes et des Radjpoutes. L’armée mogole avait perdu ses qualités guerrières dans la vie facile de l’Inde, ainsi que l’avaient jadis prévu les conseillers de Tamerlan. Par contre, le peuple mahratte, avide d’indépendance, avait acquis l’énergie et la foi perdues par les Mogols. Aussi en 1706, Aurangzeb, battu par les Mahrattes, se retira à Ahmadnagar où il mourut en 1707, à l’âge de 88 ans. Son intolérance religieuse envers les Hindous et les Chyites avait ruiné l’empire musulman de Dehli.

Les successeurs d’ Aurangzeb ne purent réédifier l’état musulman. L’Islam ne survécut pas au Grand Sunni en tant que puissance temporelle dans l’Inde. Les Hindous et les Mahrattes fondèrent des royaumes puissants au milieu desquels le « Grand Mogol » de Delhi ne fut plus que l’ombre d’Akbar.

L'Inde musulmane et les Européens. — A la mort d’ Aurangzeb, dans l’anarchie générale, les Mahrattes devinrent pour quelques années le plus fort pouvoir de l’Inde. Mais la chute de l’empire mogol avait Ouvert de nouveau aux envahisseurs les passes du nord-ouest.

l’islam et les races

Une armée persane désola le Pandjab et saccagea Delhi. Dans les champs de Panipatou se jouent d’ordinaire les destinées de l’Inde supérieure, Persans et Afghans réunis forcèrent les Mahrattes au combat (1761). Mis en pleine déroute, ces derniers retournèrent en grande hâte dans le Dekkan ; ils avaient perdu la seule occasion qu’ils eussent eue de fonder un empire hindou. Quand, quelques années plus tard, ils s’aventurèrent à retourner dans l’Inde du nord, une nouvelle puissance était survenue.

Au début de l’année 1600, avec la permission du gouvernement mogol, les Anglais, à la suite des Portugais et des Hollandais, s’étaient établis sur différents points de la côte indienne. Dans cet épisode de la croisade des épices, Portugais et Hollandais se bornèrent aux comptoirs côtiers ; les Français au XVIIIe siècle s’établirent dans le Dekkan, les Anglais, eux, eurent affaire aux Musulmans du Bengale et aux derniers Grands Mogols de Delhi à la puissance bien déchue. Ce n’est pas le lieu de décrire ici les différentes étapes de la lutte entre Français et Anglais pour la suprématie aux Indes. Il est à remarquer simplement que les Français s’appuyèrent plutôt sur les Hindous et les Anglais sur les Musulmans. Pourtant Dupleix, avant les Anglais, eut affaire au Grand Mogol duquel il reçut le titre de Soubab souverain (1).

La Compagnie des Indes orientales (East India Company), association de marchands londoniens, devint une véritable organisation politique, militaire et navale pour développer ses comptoirs contre les indigènes hos-

(1) Dupleix eut sa politique extérieure à l’Inde. Il fit ainsi occuper Moka par une garnison et envoya une mission à Sanaa pour s’assurer le commerce du café.

l’inde musulmane

tiles et les Européens rivaux. La supériorité maritime britannique et le résultat des guerres d’Europe causèrent la ruine de la puissance française aux Indes. En vain, Dupleix, sa femme la Bégum Jeanne, son lieutenant de Bussy, furent-ils aimés des princes hindous, créèrent-ils des armées, des revenus locaux, des confédérations de princes, sans secours, sans renforts et qui plus est, attaqués à Paris même, ils durent renoncer à la lutte (1). Les méthodes politiques de Dupleix seraient intéressantes à comparer avec celles des Galliéni et des Lyautey, car elles procèdent du même point de départ : la compréhension parfaite des besoins physiques, politiques et moraux de l’indigène. Quoi qu’il en soit, le désastreux traité de Paris (1763), signé par Louis XV, nous fit perdre le résultat de tant d’efforts. Plus tard, Napoléon Ier fit de gros efforts pour secourir l’Inde contre les Anglais, en passant par Maurice et la Réunion, mais le temps était passé pour la reprise d’un empire français en ces régions.

La Compagnie anglaise des Indes, en 1756, fit marcher ses contingents européens et indigènes contre le nabab du Bengale qui avait ordonné des massacres. Le nabab, vaincu à Plassey, vit passer ses Etats sous le contrôle de la Compagnie. En 1764, le nabab d’Oudh, autre vassal de la cour de Delhi, fut battu à Buxar ; le « Grand Mogol », fugitif, réclama la protection de la Compagnie, lui accordant en retour l’administration du Bengale. Dès lors, les Anglais tendirent de plus en plus à recueillir l’héritage des empereurs de Delhi.

Quelques années après Plassey, la Compagnie soutint

(1) Lire Malleson, Les Français dans T Inde au XVIIIe siècle ; G. A. Martineau, Dupleix et V Inde française.

l’islam et les rages

de vives luttes contre les chefs pillards, contre les aventuriers, pour la plupart anciens officiers de l’Etat mogol qui cherchaient à créer des royaumes ou tout simplement à piller. Les Anglais eurent surtout à combattre les Mahrattes. Le danger grandit quand le plus puissant des princes du Dekkan, Scindia, chargea des officiers français d’instruire et de commander ses armées ; à la fin du siècle il possédait une armée supérieurement organisée. Dans le sud du Dekkan, le roi musulman de Mysore, Tippoo Sahib, formait également des troupes solides à l’aide d’officiers français. Napoléon Ier, en guerre avec l’Angleterre, pensait que la possession de l’Orient faisait la force de l’Empire britannique; aussi rêvait-il l’alliance avec le tsar de Russie pour chasser les Anglais d’Orient. Napoléon s’efforça d’ouvrir la route des Indes par terre ; en Perse, en Afghanistan aussi bien qu’aux Indes, on suit la trace de ses agents de ses officiers dont le plus célèbre fut Lascaris.

En 1798, alors que la guerre faisait rage entre la France et l’Angleterre, le marquis de Wellesley devint « gouverneur général » de la Compagnie anglaise des Indes orientales, avec pleins pouvoirs en Hindoustan. En cinq années, Tippoo Sahib et ses Musulmans furent écrasés, les Mahrattes vaincus et obligés d’abandonner à la Compagnie un grand nombre de leurs territoires. Par une série de traités, les princes indigènes furent obligés de subir le contrôle britannique, de fournir des contingents auxiliaires et de restreindre leur politique extérieure. Depuis ce temps (1805), la Compagnie est restée le plus fort pouvoir de l’Hindoustan (1).

Dans cette lutte acharnée contre les Musulmans et

(1) D’après Peoples and Problems of India , par Sir T. W. Holderness. London, Williams and Norgate.

l’inde musulmane

contre les Hindous, les Anglais trouvèrent un auxiliaire précieux dans la secte des Sikhs. Déjà le Grand Mogol Akbar (1556-1605) avait essayé de concilier les religions de l’Inde. Un marchand de Lahore, Nanak, né en 1465, avait de même créé une secte religieuse nouvelle, celle des Sikhs ou Disciples. Bien qu’il repoussât à la fois les doctrines musulmanes et les doctrines hindoues, Nanak s’inspirait du monothéisme islamique pour prendre une base religieuse. La secte fut persécutée par Aurangzeb, puis par les Afghans. Pour résister à leurs oppresseurs, les héritiers de Nanak donnèrent à la secte une organisation militaire. Doué d’un réel génie, le maharadjah Ranjit Singh battit à plusieurs reprises, de 1800 à 1839, les Musulmans, chassa les Afghans du Pandjab et devint roi à Lahore. Sa mort en 1839, arrêta l’expansion des Sikhs, devenus nation en armes. A la suite de deux longues guerres (1845-1848), les Sikhs, tombés dans l’anarchie, acceptèrent le contrôle britannique et fournirent à leurs suzerains le meilleur de leurs contingents indigènes.

Malgré leurs revers, les Musulmans ne pouvaient oublier leur ancienne splendeur et n’attendaient qu’une occasion pour chasser l’envahisseur anglais. Les Hindous étaient également mécontents. En 1857, éclata la plus formidable révolte qui ait jamais ensanglanté la péninsule. Les cipayes oû soldats indigènes se soulevèrent les premiers, prétendant que leurs cartouches étaient enduites de graisse de vache, l’animal sacré des Hindous. Les rebelles se rallièrent autour du Grand Mogol de Delhi dont la famille avait vécu sans gloire depuis Aurangzeb. L’insurrection fut étouffée dans des Ilots de sang. Le descendant de Babour fut exilé à Rangoon en Birmanie. Les Musulmans perdirent à ja-

l’islam et les races

mais leur influence temporelle ; les Hindous reprirent le joug. Cependant ces événements avaient fait du bruit ; pour en éviter le retour, en 1858, par un acte du Parlement anglais, la Compagnie dut céder ses droits dans l’Inde à la Couronne britannique.

U administration anglaise aux Indes. — Dans l’immense empire des Indes, les Anglais ont employé différents systèmes suivant les peuples à administrer. La politique les forçait à tenir compte de l’extrême variété de religions et de races qui divisaient la péninsule. Suivant qu’ils avaient affaire aux Hindous, aux Musulmans, aux Sikhs, etc., les Britanniques ont appliqué des méthodes différentes dont l’origine se retrouve dans l’étude de l’histoire. Suivant la forte expression d’un auteur contemporain, les Anglais sont devenus les constables de l’Hindoustan.

Les radjas hindous, dont le loyalisme n’a pu être suspecté, ont été maintenus dans un état pratique d’indépendance, plus ou moins grand suivant les cas. Ces princes ont leur armée personnelle, leurs impôts particuliers ; seulement un Commissaire britannique se trouve auprès du souverain, théoriquement à titre honorifique, en réalité dans un but de surveillance. Un précepteur anglais est chargé de l’éducation du prince héritier.

L’Angleterre a imposé le régime de l’administration directe aux Etats dans lesquels des mouvements insurrectionnels pourraient être craints. Les Musulmans représentent dans l’Inde l’élément combatif et révolutionnaire. Avant la grande révolte de 1857, le Grand Mogol de Delhi avait conservé titre et résidence impériale. Après les troubles, les Musulmans perdirent toute

l’inde musulmane

indépendance dans l’Inde supérieure. Cependant, par une politique habile, les Anglais se sont servi des Musulmans pour tenir les Hindous.

En résumé, les Anglais, au contraire des Français qui pratiquent une politique « d’assimilation », pratiquèrent une politique de « fédération ». Alors que le peuple français est avant tout un peuple éducateur, l’Anglais est dominateur. Avec l’économie pour eux de forces et de dépenses la plus grande, ils veulent dominer un pays pour en tirer le plus grand parti possible au point de vue économique. Comme les Anglais connaissent merveilleusement leurs indigènes, le système de fédération leur permet de satisfaire les aspirations des peuples soumis vers la liberté, en leur dosant leurs libertés suivant leur lovalisme, les nécessités du moment, et les ressources purement anglaises dont les maîtres pourraient avoir besoin le cas échéant. De là, dans l’Inde cette mosaïque d’Etats, de principautés, de territoires régis directement, sans compter encore les provinces frontières du nord-ouest. Ces dernières régions, transition entre l’Inde et les Etats indépendants voisins, ont nécessairement un régime de « marche-frontière » qui permet de passer insensiblement de l’extérieur à l’intérieur. Dans ces provinces, les chefs indigènes administrent directement sous le contrôle de l’autorité militaire britannique.

Un tel système fédératif, aux nuances et aux combinaisons politiques infinies, nécessite un personnel administratif de choix. C’est ce que représente l’Indian Civil Service. En principe, le concours d’admission au Service est ouvert à tous les candidats, mais les élèves des Universités d’Oxford et de Cambridge jouissent à l’examen de grands avantages. Les officiers de l’armée peu-

iy

l’islam et les races

vent être autorisés à entrer dans les Services Civils, mais difficilement. Les postes où leur expérience militaire peut être mise à profit leur sont généralement confiés. Le Service des Renseignements de l’Inde est merveilleusement organisé. Il suffira de lire le roman célèbre de Rudyard Kipling, Kim (1), pour en avoir une idée. Au sommet de tous les organes administratifs, est le viceroi des Indes lequel part d’Angleterre avec un programme fixé par le Conseil des Ministres qui le nomme. Ce vice-roi a pleins pouvoirs dans l’Inde.

Le gouvernement indien a sa politique personnelle, même en dehors de l’Inde. En étudiant la question arabe, nous avons vu lord Curzon, vice-roi des Indes, créer un véritable front arabe, dès avant là guerre mondiale. Pendant et après la guerre de 1914-18, le gouvernement des Indes, en Mésopotamie, en Turquie centrale, au Levant, en Cilicie, a eu ses agents, lesquels, comme ceux d’Egypte d’ailleurs, ont pu faire constater parfois l’antagonisme politique existant entre les « coloniaux anglais » et les Anglais d’Angleterre. Notamment dans leurs relations avec les Français, les Anglais qui avaient passé par le front de France se sont toujours montrés d’une correction impeccable, alors que les « Coloniaux » ont manqué parfois de mesure. D’ailleurs, les dissentiments étaient chaque fois effacés par les chefs, mais il convenait de noter l’existence de ces faits.

U Inde musulmane contemporaine. — Malgré le régime de surveillance auquel ils sont astreints, les Musulmans n’ont pas abdiqué dans l’Inde. L’Islam comprend aujourd’hui dans la péninsule, soixante-six millions six

(1) Lire également : Le Prophète au Manteau Vert. Collection Nelson.

l’inde musulmane

cent quarante-sept mille Musulmans, sunnites ou chyites. Les Musulmans forment la majorité de la population dans le Pandjab, les provinces frontières du nordouest, le Bengale, l’Assam, le Kashmir. L’Islam, dans l’Inde, est essentiellement remuant et enclin au prosélytisme : d’après les statistiques, près de cinquante mille Hindous se font « Turcs » chaque année. Les influences sociales et économiques se sont jointes maintenant au caractère traditionnel agressif de l’Islam en ces régions.

Il y a une trentaine d’années, les Musulmans ont contribué à la formation du « Congrès National Indien », lequel avait pour but de réunir les dirigeants du libéralisme indien, sans distinction de race ou de croyance, afin de discuter les réformes politiques et sociales à suggérer au gouvernement.

L’organe le plus actif des Musulmans avant la guerre mondiale était « la Ligue musulmane de toute l’Inde », « Ail India Moslem League ». Cette association représentait les aspirations politiques de la communauté musulmane instruite de l’Inde. Fondée en 1906,1a Ligue réclame une représentation populaire tenant compte de la caste spéciale des Musulmans. Par son action, la Ligue a obtenu d’importantes concessions du gouvernement des Indes ; elle admettait en 1914 avoir obtenu une représentation convenable dans les conseils. La Ligue musulmane possède un programme large et varié, tendant vers le « self-government » de l’Inde. Depuis son existence, elle organise des conférences publiques, combat pour une représentation des Musulmans, séparée de celle des Hindous, dans les fonctions de district et de municipalité, revendique un plus large accès aux charges publiques, et défend les intérêts de la communauté islamique partout où ils paraissent attaqués. La Ligue

l’islam et les rages

a longtemps désiré une Université musulmane aux Indes. Le Collège d’Aligahr fut fondé en réponse à cette tendance, il y a environ 35 ans. C’était un simple collège, mais il a prospéré et il est devenu une véritable université. Dès 1911 l’activité de la Ligue s’étendait dans tous les domaines et permettait même la création de filiales en Angleterre.

Les mouvements d’idées remuées pendant la guerre de 1914-18 ont affecté les Indes. De même qu’en 1789 et en 1848 la Révolution française avait transformé les tendances intellectuelles de l’Occident, de même la guerre de 1914-18 a ébranlé les assises fondamentales du monde, et précipité le développement des idées et des tendances. Le gouvernement anglais, fidèle à son système de fédération, ne pouvait ignorer ce mouvement. Aussi dès le 9 juillet 1918,1e Journal de Genève pouvait publier l’article suivant :

« Les propositions pour la réforme constitutionnelle du gouvernement de l’Inde constituent un événement historique de premier ordre. Le but que vise cette réforme est d’éduquer le peuple hindou aux formes du gouvernement responsable. Le problème est évidemment colossal et difficile, étant données la profonde ignorance de la majorité de la population et les différences de castes sociales et religieuses, ainsi que la traditionnelle hostilité entre les races. Bien que les conditions actuelles de l’Inde ne rendent pas urgente une réforme constitutionnelle, l’Angleterre veut prendre les devants et prévenir tout mouvement .politique en faveur de l’autonomie. La fidélité avec laquelle l’Inde a épousé la cause anglaise pendant la guerre et la conscience toujours plus claire des principes fondamentaux de la lutte mondiale actuelle ont poussé le gouvernement

l’inde musulmane

impérial à hâter la transformation de l’Inde en une nation sœur, telle que l’Australie et l’Afrique du sud.

« Chaque province aura un gouverneur et un gouvernement qui sera constitué en deux sections : la première formée par le gouverneur et par un conseil exécutif de deux membres, dont l’un Anglais et l’autre Hindou ; la deuxième section, présidée aussi par le gouverneur, comprendra un ou plusieurs ministres choisis parmi les membres élus par le conseil législatif. Les ministres deviendraient ainsi responsables de leurs actes devant les conseils législatifs, dont les deux tiers seraient nommés par les électeurs. On ferait de cette façon une véritable expérience éducative de gouvernement constitutionnel. Jusqu’ici l’erreur capitale, dans la vie politique hindoue, était que les représentants élus par le peuple n’avaient qu’une simple fonction, exempte de toute responsabilité précise dans le gouvernement de l’Etat. Avec ce projet, l’Inde pourra bientôt s’acheminer vers la voie du gouvernement autonome, et l’Angleterre aura donné, après sa généreuse conduite envers l’Afrique du sud, une autre preuve du courage et de la sagesse avec lesquels elle conçoit sa mission envers les peuples, encore en état d’évolution, de son gigantesque empire. »

Il ne semble pas cependant que le peuple ait répondu à cette évolution des dirigeants britanniques.

Comme nous l’avons déjà dit, les Anglais se servirent des Musulmans pour tenir les Hindous ; leur politique, celle de Lord Montagu, a consisté à toujours céder aux Musulmans pour se les rendre favorables. Comme de coutume, ces derniers ont abusé de la situation. Après bien des tâtonnements, une politique plus forte a été inaugurée en 1922, mais après bien des incidents

l’islam et les races

aux Indes. En effet, les Hindous avaient été atteints par l’évolution des idées consécutive à la guerre mondiale : les Musulmans depuis 1919 ne furent pas les seuls à réagir contre le gouvernement ; les Hindous eux-mêmes se sont mis en action. Un véritable ascète, M. Gandhi, a pris la tête d’un mouvement considérable contre l’étranger ; il préconise la méthode dite de « non coopération ». Nulle marchandise de provenance anglaise ne doit être achetée ; « la désobéissance civile est le seul moyen civilisé et effectif qui puisse remplacer la rébellion armée lorsque tous les autres moyens ont échoué devant le gouvernement ». En même temps les frères Ali, Laradj Patrai, conduisaient les Musulmans vers des résistances plus effectives.

Le résultat de cette campagne unifiée des Musulmans et des Hindous ne s’est pas fait attendre : l’Inde, d’administration directe, à la fin de 1921, a accueilli le passage du prince de Galles par des grèves et par des manifestations (1) ; en même temps, le 30 décembre 1921 , s’est ouvert à Ahmedabad la session annuelle de la Ligue musulmane. Il est nécessaire de citer le passage suivant de i' Echo de V Islam qui relate les travaux de la Ligue :

A la Ligue musulmane.

La session annuelle de la Ligue musulmane indienne s’est ouverte le 30 décembre à Ahmedabad.

Parmi les personnes présentes se trouvaient M. Ghandi et d’autres personnalités notables.

Le président a préconisé une république indienne qui serait dénommée Etats-Unis de l’Inde et qui serait proclamée le 1er janvier 1922.Tous les moyens possibles devraient, selon lui,

(1) Au contraire, les souverains indiens, sentant l’oi âge monter aussi contre eux, appuient les Anglais de toutes leurs forces et ont fait un accueil enthousiaste au Prince de Galles.

l’inde musulmane

être employés, y compris la guerre de guérillas, dans le cas où on proclamerait la loi martiale.

Le président a en outre invité M. Ghandi à établir de son côté, le 1er janvier, un gouvernement parallèle, avant son propre Parlement et ses propres armées, bien que ce gouvernement ne puisse pas être maintenu par des moyens pacifiques, attendu que le gouvernement britannique de l’Inde a recours lui-même à la violence et aux mitrailleuses.

Le président a exprimé l’avis qu’il fallait recourir à la violence. Il a déclaré, pour calmer les appréhensions des Hindous, que l’Inde appartenait également aux Hindous et aux Mahométans.

Il a ajouté que l’évacuation de Smyrne par les Grecs et le retour de la Thrace à la Turquie ne satisferont pas les musulmans, lesquels ne seront contents que lorsque tout leur territoire aura été soustrait aux influences qui ne sont pas islamiques. Enfin il a déclaré que les Musulmans soutiendraient les Hindous jusqu’au bout dans la lutte pour l’indépendance de l’Inde.

Le congrès national indien poursuit ses travaux. Au cours des séances, un membre du congrès ayant suggéré qu’il serait peut-être utile de provoquer une conférence où les représentants de l’Inde seraient présents en même temps que ceux du gouvernement britannique, M. Gandhi, le leader nationaliste, s’est nettement opposé à cette proposition ; il a donné pour motifs que l’attitude intransigeante du gouvernement et le fait que la dignité du congrès serait atteinte si l’on s’adressait au gouvernement en ayant l’air de demander une conférence au moment même où le vice-roi annonce que la politique de répression doit continuer, empêchent que l’on fasse cette démarche. « Cependant, a ajouté M. Gandhi, la porte n’est point fermée aux négociations, pour peu que le gouvernement se montre disposé à les favoriser. Je suis un homme de paix, mais non de paix à tout prix. »

La commission spéciale du congrès a approuvé l’attitude du leader nationaliste.

L’assemblée a ensuite voté une motion où on lit entre autres choses : « Le congrès déclare que le pays a fait de formidables progrès en ce qui concerne le respect de soi-même et l’esprit de sacrifice, que le mouvement de non-coopération a sérieusement atteint le prestige gouvernemental, que l’Inde évolue rapidement vers un gouvernement autonome, qu’elle est déterminée à déployer une vigueur encore plus grande jusqu’à ce que soit établie cette autonomie et que le contrôle du gouvernement passe aux mains du peuple. La désobéissance civile est le seul moyen civilisé et effectif qui puisse remplacer la rébellion armée, lorsque tous les autres moyens ont échoué

l’islam et les races

devant le gouvernement ; c’est pourquoi tous les efforts du congrès doivent être concentrés vers la désobéissance civile. »

M. Gandhi a prononcé en outre cette parole menaçante :

« Nous disons au gouvernement : Prenez garde à ce que vous faites et craignez de faire de 320 millions d’Hindous vos ennemis éternels. »

Echo de V Islam, janvier 1922.

Les Anglais ont beau réprimer dans le sang l’insurrection des Moplah, comme ils ont réprimé en 1921 les émeutes du Pandjab, la situation aux Indes reste sérieuse. Pour la première fois, Musulmans et Hindous se sont unis pour réclamer l’autonomie de l’Inde sans les Anglais. Les extrémistes ne se cachent pas de vouloir rejeter, coûte que coûte, les Britanniques à la mer, faudrait-il quarante ans pour le faire. Hindous et Musulmans réclament leur indépendance entière, en dehors de tout Dominion. Ils réclament le droit de pouvoir fabriquer dans le pays les objets manufacturés que les Anglais leur revendent très cher après les avoir fabriqués en Angleterre avec les matières premières venues de l’Inde. Ils réclament le droit de ne plus payer les douanes trop fortes qui imposent toutes les entrées dans l’Inde. Il semble enfin qu’il y ait dans l’Hindoustan une volonté unanime de s’affranchir de la domination anglaise. Les Hindous réclament déjà des techniciens pour assurer le fonctionnement de leurs futures usines, car, disent-ils, « nous ne voulons plus des Anglais comme guides ». Il est à craindre que l’Allemagne ne trouve en ces régions un nouveau moyen de combattre l’Entente.

Au point de vue islamique, les Musulmans reprochent d’avoir fait combattre des Musulmans les uns contre les autres en Turquie, d’avoir séquestré le sultan khalife, d’avoir démembré la Turquie, dernier Etat libre de F Islam. Leurs dirigeants, les frères Ali, ont été emprisonnés.

l’inde musulmane

Gandhi lui-même a été condamné. Beaucoup de zèles ont été refroidis par la répression anglaise. Depuis que la politique britannique est devenue plus sévère, la situation s’est améliorée aux Indes. Elle reste sérieuse, car la volonté anglaise s’impose par la force ; dans les révoltes précédentes de l’Inde, la force anglaise a toujours fini par avoir le dernier mot, car la révolte ne dépassait pas les limites de l’Inde. A l’heure actuelle, la question est plus grave ; elle est devenue mondiale ; les métropoles peuvent souffrir d’avoir à éparpiller leurs forces. Dans l’Inde bouleversée par la guerre de 1914-1918, qui, comme la Révolution de 1789, a précipité des ferments dans le monde, les principes wilsoniens ont rappelé aux peuples le droit d’avoir à disposer d’eux-mêmes ; or l’Inde musulmane a fourni un terrain tout préparé aux agents pantouraniens qui ont su faire vibrer la corde islamique. L’Islam, une fois de plus, sert à une race ambitieuse de moyen de combat. Le combat est dirigé par l’Allemagne, le Bolchevisme, la Turquie contre la France et l’Angleterre. L’Inde représente un des terrains de la lutte ; le salut, là comme ailleurs, viendra de la coopération mondiale de la France et de l’Angleterre.

Page 1