SB
(:!) Ou Yesdeguerd (634-652). Il fut soutenu contre les Arabes par l’empereur chinois Taï-tsong Ier. Yesdeguerd échoua encore sur l’Oxus, après ses défaites précédentes, par suite de la trahison des Turcs. Il fut assassiné en essayant de se réfugier près de Taï-tsong. Les Arabes furent arrêtés à l’Oxus et au Caucase par les Huns et les Turcs.
18, ont naturellement occupé ces lieux saints du chyisme afin d’avoir une emprise sur le mouvement chyite. Pendant la même guerre, les Ottomans ont pillé les puits où depuis des générations les Chyites jetaient leurs bijoux, en se rendant en pèlerinage à la Mekke (1).
De nombreuses sectes persanes prirent naissance du chyisme, tantôt limitant leur rôle à la reconnaissance d’Ali comme successeur du Prophète, tantôt au contraire l’élevant au rang de divinité. L’on peut dire également que le Chyisme persan est une réaction de la Perse aryenne contre la domination des Arabes Sunnites. La Perse islamique est ainsi restée le vieux foyer de civilisation, berceau des idées et des convictions religieuses, qui, déjà avant Mahomet, avait fait sentir son influence sur l’Orient tout entier, et qui, à la suite du Prophète, nuança la rigidité des versets coraniques, par la souplesse et l’élévation des idées aryennes introduites dans l’Islam. C’est de Perse que partit le soufisme lequel, comme nous l’avons vu, devait transformer les destinées religieuses du monde musulman.
Dans l’empire arabe à son déclin, les émirs persans jouèrent un rôle capital après que la révolution partie de Perse eut détrôné les Ommeyyades pour confier l’empire aux Abbassides. La vague mongole (2) ayant emporté le khalifat arabe, une dynastie de Khans mongols gouverna la Perse et se convertit à l’Islam. Au début du xvie siècle, ces Mongols furent chassés par Ismaïl el Safawi, lequel, non seulement soumit tout le pays à son
(1) La région de Kerbela est un vaste cimetière, car les Chyites croient que ceux enterrés là seront sauvés à la Résurrection. C’est la persistance d’une croyance, déjà en faveur aux temps de Babylone, et vivante à La Mekke.
(2) Houlagou Khan, le vainqueur de Baghdad (1258), fit disparaître la dynastie des Assassins qui régnait alors en Perse.
l’islam et les races
autorité, mais encore établit le chyisme en Perse comme religion d’état. Bien que les dynasties persanes n’aient eu que peu de stabilité, les choses en sont restées ainsi jusqu’à nos jours.
11 serait fastidieux d’énumérer la longue suite de dynasties qui se succédèrent en Perse. Le plus grand monarque persan fut Abbas Ier (1557-1628), qui monta sur le trône en 1586, battit les Ouzbegs à Hérat (1597), les Turcs en de nombreuses rencontres (1601-1609), chassa les Portugais d’Ormuz en 1622 avec l’aide des Anglais, et posséda un empire qui s’étendit du Tigre à l’Hindus. Sa capitale était Ispahan.
La dynastie actuellement régnante des Kajars fut fondée par Agha Mohammed Khan en 1794. Le début du xxe siècle a été marqué par une tentative faite pour introduire le gouvernement constitutionnel en ce pays.
Le babisme. — Le fait qui domine incontestablement l’histoire musulmane de la Perse, qui domine même l’établissement du chyisme en ce pays, et la création du soufisme, est l’apparition du babisme.
Un nommé Ali Mohammed, né à Chiraz en 1812, Seyyid, c’est-à-dire descendant du Prophète par Hussein, fils d’Ali, avait longuement étudié les Evangiles, discuté avec les Israélites de Chiraz, étudié les Guèbres, naturellement poussé à fond les études coraniques et visité les lieux saints de l’Islam. Il était le continuateur de la secte dite « Cheikhsme » surtout répandue chez les savants. Or en Perse comme dans le monde entier, la Révolution française de 1789 avait ému les esprits. Devant les exactions des princes et des gouverneurs, et surtout en raison du caractère conservateur et rétrograde des mollahs chyites, le mécontentement était
général dans le peuple. Ali Mohammed apparut dans ce monde alide comme le nouveau mahdi chargé de conduire les hommes à un nouveau progrès vers Dieu. Ses causeries, ses prêches, son exemple lui donnèrent une armée de partisans. Il fut bientôt appelé le Bâb — la porte par laquelle on arrive à Dieu — Nokteh, la pointe, le créateur et la manifestation de la vérité divine et il reçut enfin la qualification d’Altesse Sublime.
« La doctrine du bâbysme. — Le babisme admet, comme l’Islam, l’unité et l’éternité de Dieu ; mais son Dieu ne vit pas séparé du monde, il est vivant et agissant; il y a des rapports ininterrompus entre le créateur et la créature par l’intermédiaire des prophètes ; à la fin des temps, les bons, les purs se réuniront à Dieu et vivront en lui, participant à ses perfections et à ses félicités ; les méchants seront anéantis. La morale du bâbysme est aimable et douce ; elle prescrit le développement des sentiments d’affection, de l’hospitalité, de la sociabilité, de la politesse et de la charité ; elle condamne la polygamie, le divorce, l’usage du voile ; elle répudie le célibat, resserre les liens de la famille, relève la condition de la femme dont elle fait l’égale de l’homme, se préoccupe de l’éducation et de l’instruction des enfants, prohibe les punitions corporelles. Le bâbysme n’est pas une secte communiste, il ne recommande point le partage égal des propriétés ; il glorifie les arts, l’industrie, le commerce et n’est pas hostile au luxe, mais il fait de l’aumône un devoir essentiel, et ordonne aux riches de se considérer comme les préposés de Dieu pour le soulagement des pauvres (1). Quant à la forme du gouvernement, le Bâb ne la discute pas, par
(1) Lire Cte de Gobineau, Les Religions et les Philosophies dans V Asie centrale , in-8°, 1865, chap. VI et XII.
l’islam et les races
prudence ; mais la doctrine tout entière, qui repose sur les aspirations et les sentiments les plus nobles du cœur humain, est la condamnation même du despotisme oriental.
Ali-Mohammed s’attaquait moins aux principes de l’Islam qu’aux formes extérieures et à l’interprétation du culte officiel ; il flétrissait avec vigueur l’orgueil et la corruption des mollahs, la rapacité et les vices des fonctionnaires, le relâchement des mœurs publiques et privées. Les prêtres du Farsistan, effrayés des progrès rapides du bâbysme, dénoncèrent le faux prophète à Téhéran. De son côté, Ali-Mohammed protesta auprès du shah de la pureté de ses intentions, de la nécessité d’une réforme morale, offrit de venir discuter à Téhéran en présence du souverain et du peuple contre tous les mollahs de l’Empire, et de se soumettre humblement ensuite à la volonté du Roi des rois. Le gouvernement central, sourdement hostile au haut clergé, dont il redoutait l’influence, se contenta d’interdire aux deux partis les conférences contradictoires sur les doctrines nouvelles, et défendit au Bâb de sortir de sa maison. Les mollahs irrités continuèrent leurs discussions théologiques ; le Bâb obéit, mais ses disciples, les Bâbys, devinrent alors les apôtres de la foi nouvelle, et allèrent la prêcher partout (1844) » (1).
Malgré la; soumission du Bâb, les persécutions continuèrent contre ses partisans. La doctrine se propageait d’ailleurs avec une rapidité inouïe. En 1848, ce fut une véritable guerre religieuse qui désola la Perse. Bien que le Bâb eût été condamné à mort et exécuté, son supplice ne fit qu’augmenter sa gloire. Un nouveau Bâb fut nommé, lequel s’établit à Baghdad (1852).
(1) Lanier, V Asie française, Paris, Belin, lre Partie, La Perse , pages 544 et 545.
Les persécutions contre les Bâbistes redoublèrent à la suite d’une tentative d’assassinat manquée contre le souverain. Les plus belles pages du christianisme martyr furent égalées par la manière dont moururent dans les supplices des milliers de Bâbistes, hommes, femmes et enfants.
Depuis 1852, le babisme n’a plus causé en Perse de troubles sérieux. Cependant l’atrocité des supplices ne l’a pas empêché de faire de nouveaux progrès. Le babisme s’est transformé en confrérie secrète. Parmi les Bâbistes semblent se cacher tous les dissidents de l’Islam ; si ce fait se vérifie, la beauté de la doctrine du Bâb, à l’origine très douce et très belle, pourrait servir de base à des revendications farouches.
Il serait intéressant de connaître l’attitude des sectateurs du Bâb pendant la guerre de 1914-18, et surtout pendant les années qui suivirent.
La Perse et l’Europe. — Dans la période contemporaine, la Perse a servi de marche entre l’empire russe et l’empire des Indes. Avant que l’expansion moscovite ait été nettement arrêtée par le Japon dans les plaines mandchoues, le gouvernement des tsars et celui de Londres se sont âprement disputés politiquement les points d’appui qui pouvaient d’un côté permettre aux Russes de descendre le plus loin possible vers le sud, de l’autre côté, aux Britanniques, de défendre l’accès des passes menant aux Indes.
Les visées politiques de la Russie vers l’Orient, et en particulier vers les Indes, déterminèrent, dès l’abord, à pousser de Merv un embranchement du Transcaspien vers le sud, amorce d’une ligne vers Téhéran. Les Anglais protestèrent. Les Russes, à la recherche de la mer
l’islam et les rages
libre, pensaient devoir la trouver dans le Golfe Persique et la mer d’Oman par les ports de Bouchir et d’Abbas. La « Compagnie de Navigation » d’Odessa avait même décidé la création de musées commerciaux à Bouchir et à Bassorah, pendant que ses navires, dès 1901, atteignaient le sud de la Perse et que par le nord, le commerce russe se répandait dans le pays. A la cour des shahs de Perse, les agents diplomatiques de la Russie et de la Grande-Bretagne se sont disputés la suprématie • jusqu’en 1914 où un nouveau concurrent, pour la première arrivée au fond du Golfe Persique avec le Berlin- Byzance-Baghdad-Bassorah, jeta le poids de son épée dans la balance.
Pendant la guerre de 1914-18, la Perse servit de champ
de bataille aux Russes et aux Anglais contre les Turcs.
Lorsque les Soviets eurent remplacé le tsarisme, les
Anglais se crurent d’abord les maîtres. Mais les temps
avaient changé. Les principes wilsoniens ont permis
aux petites nationalités de revendiquer hautement leur patrimoine ; les Soviets aidés par les Turcs ont repris les idées impérialistes des tsars. Les Anglais ont dû reculer. D’ailleurs l’Angleterre s’intéresse surtout à la Perse côtière, où se trouve du pétrole exploité par 1’ « Anglo-Persian C° », et où se trouvent ses troupes indiennes reliées par mer à l’Inde.
D’accord avec Moscou, sans doute aussi avec Berlin, un Turc, Djemal pacha, qui se distingua en Syrie pendant la guerre,' a été nommé commandant du front persan et caucasien. C’est la lutte contre l’Angleterre et contre les Alliés qui continue. Le Shah de Perse a envoyé en 1922 des étudiants dans les écoles de France et est venu lui-même à Paris par Bombay. Il semble que la Perse, menacée au nord par le Bolchevisme, ait
cependant cherché à garder son autonomie. En 1921 des traités d’alliance ont été conclus entre Téhéran, Angora et Moscou ; mais la Perse manque d’argent ; elle est en pleine voie de réorganisation. Elle paraît en tout cas être nettement influencée par les Soviets, qui, déjà, au Congrès de Bakou, préconisèrent l’occupation par les Bolchevistes desterritoires du nord de la Perse. Cette action est évidemment dirigée contre l’Angleterre.
IL — L’Afghanistan.
L’histoire de l’Afghanistan est intimement unie à celle de la Perse et à celle de l’Inde. Sa position géographique en a fait un lieu de passage continuel entre les deux pays. Les invasions successives traversèrent l’Afghanistan sans que rien de bien intéressant se soit passé au point de vue islamique. La ville de Ghazni, d’où partirent des peuplades turques à la conquête de l’Hindoustan, était située dans les montagnes afghanes.
La création d’une nation afghane n’eut lieu que très tard. L’établissement du royaume d’Afghanistan est généralement attribué à Mir Wa’iz, qui, en 719, fonda une dynastie indigène dont les princes furent assez forts pour envahir la Perse, mais furent absorbés par les conquêtes de Nadir Shah. Ahmad shah, le chef du contingent afghan de ce sultan, affirma, après l’assassinat de son souverain, l’indépendance de la contrée (1747). Un de ses descendants Mahmoud shah fut détrôné par la famille de son vizir, Fathi-Khan (1818). Un des fils de ce vizir, Dost Mohammed, s’empara du pouvoir en 1835 et prit le titre d’Amir al Moumenin, Commandeur des Croyants.
Les Afghans sont Sunnis ; cette différence de secte
avec les Persans a fortement gêné les relations entre
l’islam et les races
les deux peuples, surtout depuis que le chyisme est devenu la religion officielle de la Perse.
Les visées politiques des Russes vers l’Inde amenèrent la Grande-Bretagne à défendre l’accès des passes de Kandahar, porte de l’Hindoustan. Dès 1838, une première expédition anglaise était dirigée contre l’Afghanistan. Le but en était de détrôner Dost Mohammed qui aurait engagé des pourparlers avec les Russes et de le remplacer par un descendant anglophile d’Ahmad Shah. Par le traité de Gandamak (26 mai 1879), le souverain promit d’agir toujours diplomatiquement en liaison avec la Grande-Bretagne. De son côté, la Grande- Bretagne garantissait l’immunité du territoire afghan contre toute agression étrangère.
Jusqu’à la guerre de 1914-18, l’Afghanistan est pratiquement resté sous l’influence anglaise ; cependant il est à remarquer que le brigandage n’a jamais cessé dans les montagnes, ni aux frontières de l’Inde. Le gouvernement indien a dû maintenir dans ces régions des forces de police importantes, très souvent employées. Pendant la guerre, les Afghans enrégimentés dans l’armée britannique ont fait merveille ; mais après la guerre, sous la pression des Soviets russes, sous Faction énergiquement poussée des Enver, des Djemal et d’officiers ottomans continuateurs de la lutte allemande contre l’Anglais, les forces indiennes ont dû reculer.
L’Afghanistan fut ainsi une cause de soucis pendant toute la guerre. Il fut maintenu dans l’alliance anglaise, ou à peu près, par l’influence personnelle du précédent Emir, qui fut assassiné après la défaite allemande, trop tard heureusement.
Depuis, la princesse régente d’Afghanistan semble en 1920 avoir voulu reprendre les projets ambitieux de
Dost Mohammed. Sous le prétexte que le Commandeur des Croyants, le sultan de Constantinople, était prisonnier des Alliés à Stamboul, la princesse envoya à tous les Musulmans une adresse demandant de reconnaître son fils comme le padishah, commandeur de tous les croyants ; cette adresse procède toujours de la même idée : l’Etat spirituel et l’Etat temporel sont intimement unis dans l’Islam; le Commandeur des Croyants, puissance spirituelle, doit avoir réellement un commandement temporel, pour ce faire régner sur un territoire libre de toute emprise étrangère. La Turquie est divisée, militairement occupée en partie ; le sultan ne règne réellement pas ; donc le pouvoir de l’imamat doit passer à un souverain musulman libre.
Il ne semble pas que cette adresse des Afghans ait eu un gros succès, en raison de leur territoire peu important. Actuellement, l’Emir d’Afghanistan, Aman Oullah Khan, a pris le titre de Majesté, a fait reconnaître son indépendance par la Grande-Bretagne, et a envoyé en Europe une ambassade pour notifier cette indépendance aux puissances. Cette ambassade a été reçue officiellement à Paris et à Londres. Aman Oullah Khan porte l’uniforme turc, est entouré d’officiers Kémalistes, a reçu Enver pacha, s’est allié à Angora et à Moscou. Il a envoyé à Angora un ambassadeur, Ahmed Khan, a adhéré au Croissant Rouge, a reçu un ambasssadeur Kémaliste, Fakri pacha. Enfin le prince a conclu une alliance avec la Perse et une entente défensive avec la Turquie. Il est donc facile de reconnaître les tendances afghanes, et de noter le réveil national très sensible du peuple afghan. Il est malheureux cependant de constater que tous ces petits peuples vont chercher leurs conseillers et leurs techniciens soit à Moscou, soit à Angora.