III. — Les Alides
Les Musulmans restés fidèles à Ali formèrent un groupement beaucoup plus important que celui des dissidents kharedjites. Ils s’appelèrent Chyites, « de Shia » partisans. Ils récusent la légitimité des khalifes acceptée par les Sunnites ou Orthodoxes. Les successeurs de Mahomet reçurent F Imamat par suite de l’obéissance au principe d’Ijma, ou consentement général. Mais les Chyites qui admettent encore la désignation d’Abou Bekr comme
khalife, parce qu’il récita la prière à la place du Pro-
phète mourant, se basent sur l’hérédité féminine pour reconnaître la souveraineté du fils adoptif et gendre de Mahomet, Ali, écarté trois fois du pouvoir par l’ambition des Omeyyades. Le schisme chyite a une origine nettement politique : les Chyites sont avant tout des Alides.
Après l’assassinat d’Ali par les Kharedjites, son deuxième fils Hossein se révolta contre l’Omeyyade Yézid Ier, mais perdit la vie dans sa tentative pour conquérir le trône. Ali et Hossein reposent en Mésopotamie près de l’ancienne capitale alide de Koufa, à Kerbclah et Nedjef devenus les lieux saints du chyisme. Le parti alide poursuivit son existence historique jusque vers 1502 après J.-C. Il se ruina complètement alors dans le royaume de Perse contre l’Islam sunnite (1). Un des petits-fils d’Ali, Zaïd, donna naissance à une dynastie chyite qui régna sur l’Yémen à Saada de 893 à 1300 après J.-C., date à laquelle le royaume fut incorporé à l’Egypte. A partir de 1360 la suzeraineté sur
(1) De Boer, op. cit ., chap. III, 2. 1.
l’islam et les races
la région fut exercée par les Turcs, lesquels ne s'en sont jamais rendus maîtres réellement.
En dehors des Zaïdites, nombreuse est la descendance d’Ali et de Fatima, fille de Mahomet, à laquelle essaient de se rattacher toutes les grandes familles musulmanes et les fondateurs des royaumes nouveaux (1). Des Fatimides existent encore à La Mekke et à Médine dans la région desquelles le fils aîné d’Ali, trop faible pour résister aux Omeyyades, consentit à se retirer en 661 moyennant une pension importante.
Le chyisme domine aujourd’hui dans l’Inde et surtout en Perse, où sa doctrine est religion officielle depuis 1499. Les Alides se prétendent là dans leur fief depuis que leur famille s’est unie par mariage à celle de Yezguerd, le roi de Perse chassé de son domaine par l’expansion arabe des premiers âges. A l’heure actuelle, le chyisme a complètement disparu de l’Afrique sur laquelle ont régné longtemps des souverains fatimides, mais sa puissance s’accroît en Orient.