LA FEMME MUSULMANE
En tous pays, la loi, de concert avec la religion, s'accorde à donner à Thomme plus de droit qu'à la femme. L'institution du mariage, en particulier, cesserait bientôt d'exister si l'un des conjoints n'avait la suprématie sur l'autre et, comme le mariage est resté partout la base fondamentale de la société, il semble difficile d'arriver à l'égalité absolue des deux sexes. Le Coran et la Sonna, qui se sont occupés avec de grands détails, du sort de la femme, déclarent très nettement qu'elle est inférieure à l'homme, d'où sa dépendance nécessaire vis-à-vis de lui.
Tenant compte aussi des phénomènes normaux de la nature humaine, le Coran a autorisé la polygamie en limitant toutefois le nombre maximum des femmes qu'un homme peut avoir à la fois, au chiffre de quatre. Cette tolérance a d'ailleurs un correctif : le mari doit à chacune de ces femmes, un appartement séparé et des attentions égales. Or, la loi exigeant que le mari constitue un douaire à sa femme
et subvienne de ses propres deniers à tout son ontre* tien, la polygamie est un luxe réservé seuletiR'tit ii quelques privilégiés de la fortune.
En échange de sa servitude au cours du niariNge, la femme reçoit deux compensations matérielles : ellen'a à supporter aucun des frais du ménage et en second lieu, son douaire et les autres biens qu'elle a pu acquérir par son travail ou par voie de succession, demeurent sa propriété personnelle dont elle dispose librement sans qu'aucune autorisation maritale ou autre lui soit nécessaire. La seule restriclioii apportée à cette liberté, est qu'elle ne peut disposer à titre gratuit de plus du tiers de son avoir, parce que, les époux héritant l'un de l'autre, elle serait à luôiue ainsi de frustrer un héritier.
Cette séparation de biens est si nette qu'une feaune riche n'est pas tenue de prélever sur ses biens dv, quoi subvenir à- la subsistance de son mari, qu;iLHl celui ci est condamné à la prison ; car, on sali que, en pays musulman, on n'a pas cru devoir imposer au contribuable la charge de nourrir les çri rai ne ïs. En revanche, le mari doit assurer, en toutes circonstances, l'existence matérielle de sa femme, en sorte que, si celle-ci est condamnée à la prison, c'est h lui qu'incombera le soin de la nourrir.
Quand on se reporte à l'époque antérieure, an voit que l'islamisme a singulièrement amélioré la romlition de la femme arabe. Au lieu de n'être qu ujje chose, une sorte d'esclave si l'on veut, elle est duve-
nue maintenant une personne libre jouissant d'assez de droits pour, au besoin, acquérir une complète indépendance. Tant qu'elle n'est pas mariée, elle est mineure, il est vrai ; mais il est excessivement rare qu'elle reste célibataire et, dès qu'elle est mariée, elle acquiert les moyens de s'affranchir de ses servi ludes. Si son conjoint lui déplait ou la maltraite, il lui est aisé de demander et d'obtenir le divorce. Elle conquiert alors toute sa liberté.
La vie cloîtrée que mène la femme dans les villes, lempêcbe parfois d'obtenir justice et l'oblige à supporter bien des vexations. Mais, outre que ces cas sont assez rares, elle n'a pas, comme les femmes des ouvriers, en Europe, à souffrir de l'ivresse de son mari ou du souci de gagner son pain quotidien. L'alphonsisme n'est pas non plus un fléau qui se produit en pays musulman ; on n'y connaît point le coureur de dot, pas plus que celui qui se fait entretenir par une femme d'une façon plus éhontée.
La femme peut sans doute être répudiée par son mari sans que celui-ci ait à invoquer aucun motif autre que son désir de rompre les liens qu'il avait contractés. Mais, à défaut de la loi, l'usage a trouvé un moyen de modérer ces caprices. Il est bien rare aujourd'hui que le mari verse de suite le montant du douaire qu'il assigne à sa femme. Il en fait généralement deux parts égales : l'une, qu'il remet au moment du contrat ; l'autre, qu'il s'engage à payer à une époque ultérieure. La répudiation l'obligeant
LISLAMISME 203
à S'acquitter immédiatement de cette seconde moitié du douaire, il hésite beaucoup à la prononcer, crainte d'avoir à délier les cordons de sa bourse.
Aussitôt qu'elle est nubile, la femme ne peut plus se montrer le visage découvert, à d'autres hommes qu'à ses parents et encore faut-il que ceux-ci soient d'un degré assez rapproché pour que la loi lui interdise de les épouser. Cette prescription, faite en vue d'éviter les excès de coquetterie, a eu cette fâcheuse conséquence de séparer complètement la société des hommes de celle des femmes, en sorte que la famille elle-même a formé à son tour deux groupes distincts, vivant sous le môme toit, en voisins qui s'entendent, plutôt qu'en parents étroitement unis.
A la campagne et sous la tente, l'isolement des deux groupes est nécessairement moindre et les femmes jouissent d'une plus grande liberté d'aller et de venir, sans avoir le visage recouvert d'un voile. Cependant là aussi, les repas ne se prennent pas en commun et l'invité du mari ne voit pas plus la compagne de son hôte que le mari ne voit les invitées de sa femme. Le môme isolement se reproduit dans les fêles d'un caractère familial, à l'occasion de la naissance d'un enfant, d'un mariage, etc., et ce dualisme de la famille et de la société musulmanes n'a nullement contribué à rendre les mœurs plus pures, bien que ce fût le seul résultat auquel il eût quelques chances d'aboutir.
En somme le mariage musulman mérite presque
les trois épithètes de gratuit, laïque et obligatoire. Eu effet, le douaire peut descendre jusqu'à trois dirhems etles frais de contrat, si Ton en fait un, sont tout à fait infimes. Aucune cérémonie religieuse n'y intervient à un moment quelconque et si l'obligation n*est pas inscrite dans la loi, le mariage est si vivement recommandé par le Coran qu'en fait personne, ou à peu près, ne manque de se marier une fois en sa vie, quand aucune raison physique ne s'y oppose.
En principe, la femme est dans l'obligation de remplir tous les devoirs religieux imposés au musulman : prière, jeûne, aumône, pèlerinage et guerre sainte. Il est bien évident cependant qu'on ne l'astreint pas à prendre les armes pour faire la guerre sainte ; mais elle doit contribuer à la défense de la foi en consacrant une partie de ses biens à nourrir les combattants ou à leur procurer des armes. Elle peut en outre se rendre utile, au moment même du combat, en soignant les blessés, en apportant des armes et en excitant, par ses discours, ceux qui sont aux prises avec Tennemi. Elle est, sous ce rapport, dans la môme situation que l'enfant, le vieillard ou rinfirme.
On ne saurait donc dire qu'au point de vue religieux, la femme ne soit l'égale de Tliomme, et pourtant la description des joies paradisiaques ne semble guère être applicable aux femme§, à moins qu'elles n'y soient représentées par les houris. Il y a
l'islamisme âOS
là un point un peu obscur dans l'exposé de la religion musulmane ; mais les faits permettent de dissiper cette obscurité. On sait, en effet, que les femmes du Prophète, entre autres, pratiquaient rigoureusement tous les rites de l'islamisme ; elles ne pouvaient donc raisonnablement y être astreintes, si elles n'avaient eu la certitude d'obtenir dans l'autre monde les mêmes récompenses que les hommes.
Plus tard, il est vrai, les femmes cessèrent peu à peu d'assister aux offices publics. Leur présence à la mosquée pouvait troubler le recueillement des fidèles. Le voile dont elles devaient toujours couvrir leur visage, n'aurait pas suffi à dissimuler leur personnalité, et celles dont la réputation de beauté était connue de tous, auraient attiré les regards des assistants qui auraient espéré entrevoir leurs traits à la faveur d'un léger désordre de la toilette, pendant certains mouvements de la prière.
C'est une simple mesure d'ordre qui a éloigné les femmes des mosquées et nullement un état d'infériorité religieuse. Certains hadits, il est vrai, paraissent établir cette dernière opinion à propos des infirmités temporaires qui ne permettent pas à la femme de faire la prière canonique ; mais, d'autre part, au chapitre des funérailles, un hadits s'exprime en ces termes : Quand une femme a perdu trois enfants en bas âge, ces enfants formeront une barrière entre elle et l'Enfer. Or comment admettre qu'elle soit exposée à aller en Enfer, si elle n'a
pas le droit, dans d'autres circonstances, d'entrer au Paradis.
Tant qu'elle est jeune, ou que ses charmes lui attirent encore des adorateurs, la femme mariée ne jouit guère de sa liberté. 11 est rare cependant que son mari ne l'autorise pas à recevoir des amies ou à aller chez elles en visite. Chaque semaine, dans les villes, elle se rend aux bains où elle reste de longues heures à causer avec les compagnes dont elle a fait là la connaissance ; puis, le bain terminé, elle fait toilette pour assister à une sorte de fixe oclok banal pendant lequel on consomme du café, du thé et quelques friandises. Elle peut aussi aller au cimetière le vendredi. Dans toutes ses sorties, la femme est accompagnée de domestiques quand sa condition lui permet d'en avoir, sinon une parente âgée fait office de duègue.
Veuve, la femme arabe n'a plus de comptes à rendre de sa conduite à personne. Elle peut gérer sa fortune comme elle l'entend ou exercer le métier qui lui plaît. Toutefois, les usages l'obligent à une certaine réserve et elle n'est autorisée à se montrer le visage découvert que si elle est assez âgée pour qu'elle n'inspire plus la moindre passion. Aussi est-il bien rare qu'en raison de la gène que lui imposent les convenances sociales, la veuve ne se remarie pas quand elle est d'âge à pouvoir le faire» L'exemple de Khadidja indique qu'avant Tislamisme, la situation de la veuve arabe devait être
déjà la même que celle de la veuve musulmane.
La femme âgée joue un rôle important dans la famille musulmane.Grâceà la liberté dont elle jouit, elle peut entrer partout et s'entremettre entre les hommes et les femmes autant pour le bien que pour le mal. Aucun mariage ne se conclut sans son intermédiaire; elle va de maison en maison chercher de? informations qu'elle fournit ensuite aux intéressés et c'est par elle, le plus souvent, que les jeunes gens savent où il y a des jeunes filles qui feront d'excellents partis au point de vue des qualités morales ou physiques, cela s'entend, car il ne saurait être question de dot, puisque chez les musulmans, la femme la reçoit et ne l'apporte jamais à son mari.
Malgré les services de ce genre qu'elles rendent, les vieilles femmes musulmanes sont rarement heureuses. Elles sont traitées avec aussi peu d'égards que la dernière des domestiques, à moins qu'elles n'aient donné le jour à un fils devenu par la suite un important personnage. Alors seulement elles sont entourées de respects et elles jouissent d'une influence parfois considérable, quand elles sont douées d'une grande intelligence.
Orphelin de très bonne heure, Mahomet n'a pu donner aux musulmans l'exemple de l'affection respectueuse dont on doit entourer les parents âgés. Aussi, malgré le Coran qui recommande d'être bon envers ses père et mère, la femme vieille ne trouve pas souvent les égards auxquels elle a droit, de la
part des siens tout au moins. L'amour paternel est beaucoup plus vif que Famour filial ; mais, somme toute, râfîeclion entre tous les parents, chez les arabes, ne le cède pas à celui des autres peuples et si la mort d'un être cher fait couler moins de larmes qu'ailleurs, cela tient à ce que la résignation est la vertu suprême aux yeux du musulman. Bien souvent cependant cette résignation est plus apparente que réelle et la douleur conserve toute son amertume sous une forme discrète.
11 n'y a pas que chez les musulmans où la naissance d'une fille soit accueillie plus froidement que celle d'un fils. Cette différence d'accueil fait aux enfants suivant leur sexe, est expliquée par des raisons d'ordre purement matériel , la religion n'y a aucune part directe. Il est plus difficile de comprendre que l'islamisme ait décidé que la part des femmes dans la succession serait toujours la moitié de celle d'un homme du même degré de parenté, le contraire semblant au moins aussi logique. L'intérêt particulier, dans cette circonstance, a cédé sans doute devant un intérêt général essentiel à l'existence de la société.
La prostitution ouverte est à peu près inconnue dans les campagnes, aussi bien chez les musulmans que chez les autres peuples. Dans les villes, au contraire, elle existe partout. L'islamisme ne s'est pas contenté de la condamner en termes formels, il a essayé de l'empêcher de se produire. Pour cela, il a
admis la polygamie et le concubinage. Conséquent avec son principe de ne point faire violence à l'accomplissement des fonctions que la nature a imposées à tous les êtres vivants, il a pensé que rho;nme d'un tempérament ardent devait pouvoir trouver dans son foyer, des satisfactions qu'il serait tenté d'aller chercher ailleurs.
En outre, l'esclavage étant admis, il eût été ma* laisé d'éviter les rapports intimes entre le maître et la femme esclave ou prisonnière qui habitaient sous le même toit. Afin de combattre une débauche clandestine, on a usé d'un moyen héroïque, le concubinage. La concubine n'a pas droit aux mêmes égards que la femme légitime. La faveur du maître ne lui confère pas, ipso facto, la liberté ; la maternité seule assure à la concubine le rang de femme libre comme elle l'assure également à la femme esclave ayant eu exceptionnellement commerce avec son maître.
Le concubinage est seulement autorisé ; il ne doit donc pas porter préjudice aux droits que la femme légitime peut exiger de son mari. Il peut même être utile à une femme stérile qui serait sûrement répudiée si le mari n'avait eu des enfants d'une concubine. En réalité, il n'a eu d'autre but que d'éviter les alliances clandestines qui ailleurs troublent la paix des ménages et sont une cause de ruine et de dépravation. C'est une façon non hypocrite de faire la part du feu.
La disparition de l'esclavage amènera une amélio-
21Q l'islamisme
ration certaioe et progressive du sort de la femme musulmane. Le mouvement, commencé il y a quelques années à peine dans certains pays, s'accentuera très vite avec le contact des peuples européens. Déjà rinstruction est donnée à quelques jeunes filles de la classe aisée et quand elle se sera répandue dans la masse de la nation, il y a bien des chances pour qu'on voie la femme musulmane occuper une place moins effacée dans la société, sans que la religion ait à s'inquiéter de cette transformation. •