VI II AVANT PROPOS
A iiioius de vouloir entretenir sur pied une nom breuse armée pour réprimer d'incessantes révoltes, il fauta tout prix éviter de froisser de front leur senllinenl religieux. Avec quelque adresse, rien jre^t plus aisé que de tourner la plupart des diflicultés et de trouver une solution qui satisfasse provisoiremenl nos intérêts Un peu plus tard, ou cherchera le moyen de faire un nouveau pas en avant ot, de proche en proche, on ne tardera pas à obtenir tout ce que l'on désirera.
Certes la connaissance de la langue arabe est indispensable aux agents d'exécution dans les contrées du Nord de l'Afi-ique/Elle est éminemmeat utile aussi k ceux qui dirigent les affaires de haut, nïais moins à coup sûr que Tétude attentive des bases fondamentales de la religion musulmane. Et c'est dans la pensée de faciliter la tâche des uns et des autres que ce vade-mecum a été rédigé.
♦Kai essayé d'envisager cette question politicoreligieuse sans parti-pris d'aucune sorte, ce qui est toujours fort difficile quand il s'agit d'un peuple étranger ou d'une religion à laquelle on n'appartient pas. On trouvera peut-être que j'ai été trop indulgent; ce qui est certain, c'est que j'ai dit ce que je pense.
QÉNÉRALITÉS
La religion que Mahomet prêcha en Arabie, au début du VIP siècle de notre ère, porte en arabe le nom de islam. On emploie volontiers ce vocable tel quel en français, cependant on lui donne le plus souvent la forme francisée islamisme. Quant au mot mahométisme, il est devenu d'un usage si rare qu'on peut le considérer comme tombé en désuétude.
Celui qui professe Tislamisme se nomme musulman, appellation qui représente approximativement la transcription de meselmin, prononciation vulgaire du pluriel d'un participe présent arabe moslimin qui se traduirait très exactement par islamisant. Il est inexact de remplacer musulman par croyant. Sans doute, comme chacun le sait, on donne au Calife le titre de « prince » ou « commandeur des croyants », mais en employant cette expression, on
entendait dire que les juifs et les chrétiens, vivant dans les Elats du Calife, étaient placés sous ses ordres aussi bien que les musulmans.
Etymologiquement, le mot arabe islam a le sens d'abandonner quelque chose à quelqu'un ou encore de résigner une fonction. En employant cette dénomination pour caractériser la nouvelle croyance, il semble bien qu'on ait voulu préciser que chrétiens, sabéens et juifs qui, aux termes mêmes du Coran, sont des croyanU (moumin) devaient dorénavant résigner leurs anciennes croyances religieuses s'ils voulaient profiter de tous les avantages que Dieu assurait aux adeptes de la foi nouvelle. L'emploi tardif du mot isldm et aussi le fait que l'on oppose le musulman au croyant dans maints passages du Coran, sont en faveur de cette hypothèse.
Toutefois, les lexicographes arabes ont adopté une autre explication touchant l'origine du sens du mot islam. Suivant eux ce terme signifierait « manifester son humilité vis-à-vis de Dieu » ou encore « s'abandonner à Dieu, se résigner à sa volonté ». Mais ils ajoutent que Visldm implique la manifestation extérieure de la foi en accomplissant tous les rites fixés par le Prophète, tandis que Vimân, qui fait qu'on est moumin ou croyant, n'implique qu'une foi intime qui peut n'être accompagnée d'aucune pratique ou encore de pratiques extérieures très variables.
Or, cette distinction, admise par tous les auteurs, n'est nullement expliquée par Tétymologie des lexi-
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cographes arabes, tandis qu'elle semble bien éclairée, au contraire, parle sens que j'ai indiqué tout d*abord pour le mot islam. Et cette opinion est d*autant plus probable que, dans la pensée de Mahomet, la religion a subi une évolution progressive, parallèle à la marche de Thumanité, en sorte que chaque révélation nouvelle a constitué un progrès sur la révélation précédente et a fait perdre à cette dernière toute son efficacité. D'après cette conception, l'islamisme a été le perfectionnement du christianisme, qui, luimême, est une forme religieuse supérieure au judaïsme, cette dernière ayant elle-même réalisé un progrès sur la religion d*Abraham.
Aucune statistique rigoureuse ne permet d'établir le chiffre précis des musulmans répandus sur la surface du globe. Cependant, tout porte à croire qu'ils sont au nombre d'environ deux cent millions et ce chiffre paraît être plutôt un minimum. On trouve des musulmans sous les climats les plus divers et parmi les peuples des races les plus différentes. Toutefois, c'est l'Asie qui, après avoir été le berceau de la nouvelle croyance, est restée son domaine principal; l'Afrique vient en seconde ligne, suivie d'assez loin par l'Europe et l'Océanie. Jusqu'ici, l'Amérique ne compte aucune communauté musulmane. Les essais de conversion, tentés par un ancien vice-consul américain, n'ont pas encore donné un résultat appréciable et rien n'annonce qu'ils aient prochainement des chances d'un plus éclatant succès.
Maii?, — chose digne de remarque, — Tislamisme est, de toutes les religions actuelles, celle qui fait chaque jour le plus grand nombre de prosélytes, sans avoir pour cela la moindre organisation spéciale telle, par exemple, que celle des missionnaires cliiétiens. Chaque fidèle est, pour ainsi dire, un agent de propagande; il n'a besoin, pour remplir ce rôle, d'aucun encouragement, ni moral, ni matériel el le salut éternel est le seul mobile qui le pousse à agir. Tout en vaquant à ses occupations habituelles et sans rien changer à son train de vie ordinaire, il cherche à convaincre son entourage, plus encore par la dignité de sa conduite que par des paroles séduisantes ou des promesses matérielles. Son succès est presque toujours assuré lorsqu'il se trouve en face de populations primitives, comme c'est le cas dans l'intérieur de l'Afrique. Ailleurs, la propagande se fait d'une façon beaucoup plus lente et ne réussit que de loin en loin, mais ce qu'il y a de remarquable, c'est que jamais aucun des nouveaux convertis n'abjure plus tard la foi islamique.
Aucune déperdition ne vient donc amoindrir le nombre des musulmans et comme, d'autre part, la ûiitalité est très grande dans les pays où s'exerce leur prosélytisme, il en résulte que la vitalité de rislamisme est plus grande que celle de la plupart des autres religions, puisque celles-ci, du seul fait de rindiiïérence religieuse ou des progrès de la librepensée, subissent chaque jour un déchet qui
n*est pas compensé par le maigre appoint de néophytes que leur amène la prédication de leurs missionnaires. C'est, du reste, en vertu d'un procédé analogue que le protestantisme gagoe chaque jour du terrain sur le catholicisme, le protestantisme s'étant surtout développé parmi les nations les plus prolifiques de l'Europe.
Sans doute il est permis d'objecter que l'extension de l'islamisme par la propagande ne se produit que chez des populations d'une civilisation moins avancée que celle de TEurope ou chez des races dites inférieures. On serait donc en droit d'en induire qu'elle s'arrêtera fatalement le jour où elle aura achevé de convertir les peuplades fétichistes du Continent noir, par exemple. Rien cependant ne prouve qu'il en sera ainsi. Non seulement nous voyons l'Inde et la Chine envahies de plus en plus par la doctrine prêchée par Mahomet, mais, chose plus surprenante et très caractéristique, l'Europe elle-même commence à subir les premiers effets de la propagande islamique.
Liverpool possède une petite communauté musulmane qui, chose singulière, est en majorité composée de femmes anglaises. On a tenté, en Amérique, d'entrer dans cette même voie sans arriver jusqu'ici, il est vrai, à un résultat appréciable. Mais si ces essais n'ont encore donné que de forts maigres résultats, il ne faut pas oublier que dans des pays comme l'Angleterre et l'Amérique, les idées reli-
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gieuses nouvelles font vite leur chemin aussitôt qu'elles ont réussi à vaincre les premiers obstacles qui entravent, à son début, toute innovation et qu'il suffira d'une circonstance fortuite favorable pour que la foi musulmane y trouve de nombreux adhérents. D'ailleurs, de temps à autre, les journaux arabes signalent des conversions isolées d'européens ou d'européennes à Constantinople, en Tunisie ou dans llnde. Et, que ces renégats soient juifs ou chrétiens, hommes ou femmes, aucun d'eux, semble-til, n'afïildans un but intéressé comme le font exceptionnellement, au Maroc, certains individus peu recoin inandables qui cherchent ainsi à échappera la vindicte publique de leur patrie.
Comment expliquer qu'une religion, somme toute déjà vieille, puisqu'elle compte treize cents ans d'existence, exerce une aussi vive attirance alors qu'elle n'emploie aucun moyen pour se mettre en vedette, qu'elle n'use d'aucune réclame et qu'elle ne pensionne aucune corporation en vue de faire du prosélytisme? La principale raison, la seule certaine, peut-être que l'on puisse invoquer, c'est que l islamisme, tout en ayant une morale aussi pure que n'importe quelle autre des grandes religions, n'impose au fidèle aucune obligation qui soit en contradiction avec les lois de la nature humaine et qu'elle ne lui ÎM jamais un mérite de les avoir méconnues ou violées.
L'islamisme n'oblige personne à vivre célibataire
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et ne conçoit pas le mérite qu'il y a à faire vœu de chasteté. La réclusion volontaire, les macérations excessives ne lui semblent pas constituer des actes de piété. Tout au plus, dans le jeûne de Ramadan, a-t-il interverti Tordre normal des choses en faisant au point de vue de Talimentation et des jouissances physiques du jour la nuit, ou de la nuit le jour, pendant un mois de Tannée. Le martyre proprement dit lui paraît inutile sinon funeste. Il n'encourage personne à aller au devant de la mort sauf quand il s'agit de défendre les intérêts généraux de la communauté musulmane menacée par l'ennemi et ce sacrifice qu'il exige de ses fidèles est autant de caractère patriotique que de caractère religieux. Et même, dans ces circonstances, il iie veut point de bravoure inutile qui n'aurait pas de conséquences pratiques. S'il prescrit de sacrifier sa vie pour le bien de la masse de ses semblables et de faire profiter ses coreligionnaires des dons que Dieu lui a départis : santé, vigueur ou fortune, c'est que la vie et les avantages qu'elle procure ne sont point en réalité la propriété de Thomme, Dieu lui ayant seulement prêté Idiwïe pour un temps déterminé. Ce prêt qu'il a reçu, Thomme ne doit rien faire pour en hâter la restitution, sauf quand Dieu juge que cela est nécessaire pour le bien public.
Un autre caractère tout particulier et bien séduisant de l'islamisme, c'est qu'il ne violente la raison que dans une mesure relativement assez faible.
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Dans sa forme pure et primitive il ne comporte pour aiusi dire qu'un seul mystère : Vexistence d'un Dieu uuique tlonl la toute-puissance est absolue. Cela admis, tout le reste s'explique sans qu'on ait trop de postulais à invoquer. Mahomet, qui a servi d*inleiiiiédiaire à la divinité pour transmettre la nouvelle croyance sur terre, est né comme tous les autres hommes, il a vécu comme eux et comme eux il est mort iiussi. Il participe si peu de la nature divine qu il n'a pu être en contact direct avec Dieu et qu'il a fallu qu'un ange lui apportât la révélation. El la niiture humaine du Prophète était si éloignée de celle de la Divinité que malgré l'interposition de range Gabriel^ la parole de Dieu ne pouvait être entendue par Mahomet, éans qu'il fût en proie à des crises très violentes.
La légende a attribué à Mahomet le pouvoir de faire des uiiracles, mais lui, du moins, s'est toujours énergique jn ont défendu d'avoir jamais possédé un pareil don. La croyance au Destin ne s'accommode guère avec ridée du miracle, car le Destin est, en réalité, la représention des lois immuables de la nature et ces lois, d'après les musulmans, Dieu ne songe jamais à les changer ou à les modifier. D'ailleurs, au dire de certains auteurs, dont Torthodoxie ne saurait être mise en doute, le prétendu miracle âBVAstienmoîi nocturne, par exemple, ne serait qu'un simple rêve suggéré par Dieu. Eu entendant le Prophète faire le récit de cette vision, on a été tout porté
à croire que ce voyage au ciel s'était eflectué en réalité.
Sous l'influence du temps et du milieu, toutes les choses de ce monde subissent une transformation. La religion musulmane a donc subi la loi fatale et elle n'est plus aujourd'hui ce qu'elle était autrefois. Maintenant qu'elle est professée sur un immense territoire et par des hommes d'origines très diverses, elle s'est déjà modifiée d'une façon assez profonde et il est bien certain qu'elle se transformera encore à travers les âges. De par la force des choses les musulmans seront amenés à introduire des réformes dans leurs institutions politiques ou sociales et la religion par contre-coup subira une évolution parallèle.
Dans quelle mesure se produiront ces changements et sur quels points porteront-ils? Bien osé qui voudrait le prédire. Cependant, d'une manière gé nérale, il est permis de croire qu'ilsnese feront pas suivant une progression bien régulière. De temps à autre il y aura sûrement des retours en arrière et peut-être n'est-il pas téméraire d'avancer que l'on se rapprochera le plus possible de la forme primitive du culte avec un certain nombre de coupures indispensables. On peut également supposer que l'unité sera de nouveau rompue et que de nouveaux schismes feront leur apparition. Toutefois, à en juger par ce qui s'est passé durant les treize derniers siècles, il y a tout lieu de croire que les pratiques plus que
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les dogmes seront Tobjet de grandes altérations.
La plupart des modifications apportées à l'islamisme primitif proviennent des survivances des anciens cultes auxquels il s'est substitué. Ces altérations sont devenues plus vivaces dans les pays où l'ig^norance de la masse était profonde, comme c'est le cas pour les anciens Etats barbaresques et pour le Maroc en particulier. Là, au contraire, où Tinstrucdon était plus répandue, Torthodoxie est restée plus grnnde, ou, plus exactement peut-être, les changements ont tiré leur origine du fond même de l'islamisme, au lieu d'être empruntés à des cultes étrangers, ce qui peut les faire paraître plus orthodoxes.
La diffusion de l'instruction parmi les musulmans aura donc pour conséquences d'accélérer l'évolution religieuse interne, pour ainsi dire, qui s'est à peu près arrêtée au moment où la dynastie des Abassides approchait de son déclin. De nouvelles discussions theologiques viendront provoquer parmi les esprits une certaine agitation qui se traduira par l'apparition de doctrines diverses qui deviendront les germes de sectes ou même de schismes. Bien des choses changeront donc encore dans ce monde musulman qu il est de mode de dire immuable, ce qui serait un pur miracle si le fait était vrai. Si Mahomet revenait sur cette terre passer quelques jours, il serait grandement surpris de voir ce qu'est devenue la religion qu'il a prêchée.ll la reconnaîtrait encore sans doute.
mais il est peu probable qu'il serait heureux des transformations qu'elle a subies et surtout qu'il fût flatté du culte personuel dout il est devenu l'objet, car ce culte, il le partage dans une certaine mesure avec nombre de personnages que seules leur folie ou leurs excentricités ont désignés à la vénération des fidèles.
Pour arriver à une appréciation aussi saine et aussi exacte que possible du véritable caractère de rislamisme, il ne suffit pas de le considérer seulement dans son état actuel ; il faut encore et surtout Texaminer à son début et discerner ce qu'il était dans la pensée de son fondateur avant que les circonstances en aient modifié la forme primitive. Il ne serait pas inutile en outre, de rechercher dans les altérations survenues, celles qui ont un caractère temporaire en ce sens qu'elles ne répondent pas en aucun côté, aux conceptions de Mahomet. Deux documents permettent à cet égard de se renseigner avec une presque entière certitude, ce sont le Coran et les hadits.
On trouvera plus loin tous les détails nécessaires sur ces deux textes qui feront chacun Tobjet d'un chapitre spécial. Mais, avant de terminer ce rapide exposé des faits généraux qui se rapportent à l'islamisme, il est une autre question qui mérite d'arrêter Ta ttention: dans quelle mesure Tislamisme a-til contribué au développement de la civilisation arabe ?
En Ihtse générale, la religion n'apparaît point comme un élément générateur de la civilisation ; son rôlft a élé toujours, au contraire, celui d'un frein. La Grèce et Rome, à qui nous devons directement 'en Europ€i les bases les plus solides de la civilisation moderne, n'ont, au temps de leur splendeur, connu d*aulre religion que l'idolâtrie. Les Egyptiens et les Assyriens, qui ont été leurs précurseurs et leurs maîtres, étaient également de purs idolâtres. Ni le iiiosaïsme, ni le christianisme ne peuvent revendiquer une part égale à celle des Grecs et des Romains dans notre civilisation moderne et c'est encore dans les livres grecs et romains ou par l'étude des institutions de ces deux peuples et de leurs monuments, que se lait de nos jours Téducalion de tout homme civilisé. A peine entrevoit-on aujourd'hui le moment où il sera possible de négliger cette source d'iuiliation pour puiser directement dans des œuvres qui, en réalité, n'en sont que le développement et la continuation.
Les Arabes n'ont point trouvé ailleurs que nous, les principes fondamentaux qui leur ont permis, en quelques années, de prendre une place prépondérante dans Tempiredu monde, aussi bien en Orient qu'en Occident. Toutefois, comme ils possédaient une liaéralure propre, dans une langue riche et perfeclioiinée, à laquelle le Coran avait donné un caractère divin, ils délaissèrent de parti pris toutes les œuvres purement littéraires et se bornèrent à tra-
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duire tout ce qui avait trait aux sciences exactes ou encore à la médecine, à la philosophie, à la logique, etc. Grâce à cette sélection, les Arabes ne cherchèrent pointa traduire les ouvrages écrits en latin et, de la sorte, ils perdirent l'occasion d'introduire dans leur littérature certains genres auxquels leur langue eût parfaitement pu se prêter.
La religion musulmane ne fut donc pour rien dans les progrès que les Arabes ont accomplis dans la plupart des sciences qu*ils ont empruntées aux Grecs. Son rôle, en cette circonstance, se borna à être tolérante, c'est-à-dire à accepter qu'on allât chercher la science en dehors du Coran bien que ce livre sacré contienne en puissance l'universalité des connaissances auxquelles peut parvenir la raison humaine. Mais il est bien évident que les plus purs orthodoxes entendent ainsi parler surtout de la religion, de la morale et de la loi, sinon on ne comprendrait plus que le Prophète ait pu dire : « Recherchez la science, fût-ceen allant jusqu'en Chine. »
Si, à l'exception de l'architecture, tous les arts furent proscrits par l'islamisme, c'est uniquement dans la crainte que la beauté de quelque chef d'oeuvre ne provoquât un retour à l'idolâtrie. C'est également pour éviter toute tentation de ce genre, que les œuvres purement littéraires des Grecs et des Romains n'ont point été l'objet d'études ou de traductions. Les dieux du paganisme y étaient trop souvent mis en scène pour qu'on pût arriver à l'in-
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leïligence de ces textes sans avoir abordé au préalable la 'mythologie, et ces légendes étaient parfois si gracieuses et si séduisantes, qu'elles n'auraient pas manqué de troubler la conscience de certains fidèles. En accomplissant ainsi* sa fonction normale, le irein religieux empêcha peut-être certain mal de se produire, mais à coup sûr il mit des entraves au progrès de la civilisation arabe en lui interdisant un champ d'action où elle aurait utilisé de très nombreuses aptitudes naturelles qu'elle devait rencontrer parmi les hommes qui adoptèrent plus tard la foi musulmane et la langue arabe.
La civilisation arabe n'a pour ainsi dire pas eu de jeunesse, puisqu'elle a mis moins de deux siècles à atteindre sa maturité. Cette évolution si rapide lui a été funeste. Au moment où, avec toute Tardeur des néoj^Lytes, les Arabes se livraient à leurs grands travaux scientifiques, la ferveur religieuse était encore trop intense pour leur laisser toute leur liberté d'esprit dans les cas où la foi et la raison ont peine à s'accorder. Chaque fois donc, qu'un conflit se produisit entre la science et la religion, ce fut en faveur de cette dernière qu'il fut tranché. Plutôt que de compromettre leur salut éternel, les hommes d'une intelligence supérieure renoncèrent à des études qui, cependant, leur étaient chères, pour consacrer toute leur activité à des sujets plus canoniques et s'absorher tout entiers dans la théologie, la linguistique et la science du droit.
De temps à autre, quelques individualités teotè rent de sortir de ce cercle étroit que la religion leur avait tracé, mais à aucune époque ceseflorts n'aboutirent à provoquer un mouvement général assez intense pour obtenir Taffranchissement de la science. Le désir de traiter la science en esclave n'est point particulier à l'islamisme; il est inné dans toutes les religions. Aucune d'elles n'est favorable à l'indépendance de la raison, car celle-ci, quoi qu'on fasse, atténue fatalement le sentiment religieux et tend même à le faire disparaître sans être obligée, pour cela, de livrer un combat en règle. Si la lutte, commencée il y a douze siècles, pour savoir qui de la foi ou de la raison aurait la prépondérance dans la directioji de l'humanité, a jusqu'ici été très faible dans le monde islamique, tout porte à croire qu'elle arrivera bientôt à être plus active, maintenant que les musulmans sont en contact incessant avec l'Europe.
Et alors, sous peine de disparaître à tout jamais, l'islamisme devra se cantonner uniquement dans la direction des âmes et laisser aux esprits leur entière liberté. La foi de ses adhérents sera sans doute un peu moins vive; toutefois il lui restera toujours de nombreux fidèles, non seulement les ignorants, mais encore des gens instruits qui aiment à donner quelque repos à leur raison en oubliant par moments qu'elle existe. C'est à un partage tacite de cette nature que les principales religions de l'Europe doivent
d'avoir subsisté durant de longues années, dans des conditions, somme toute, assez favorables.
Sous une forme un peu détournée et d'une façon assez Vague il est vrai, la presse arabe a déjà manifesté une- tendance dans ce sens. Elle trouve que les universités musulmanes auraient besoin de compléter leur enseignement par la création de nouvelles chaires dans lesquelles on étudierait certaines matières qu'on avait jugées jusqu'ici inutiles ou dange reuses. Or, ces chaires dont on réclame la création, sont précisément celles dans lesquelles la religion n'a pas le dernier mot. Ce n'est là, à coup sûr, qu'une assez maigre réforme, mais c'est une première brèche qui en amènera d'autres à bref délai.
Provoquée du dehors, la transformation s'opérera brusquement au lieu de se faire peu à peu et graduellement, comme cela a eu lieu en Europe où l'activité scientifique s'est développée au fur et à mesure que la foi perdait de sa virulence. Il y aura donc une crise assez violente dont il est impossible d'envisager les conséquences d'une manière exacte. Verra-ton naître alors une sorte de protestantisme musulman ? Nul ne saurait dès aujourd'hui se prononcer sur ce point qui dépend de tant de circonstances imprévues et dont la plupart sont étrangères à la religion proprement dite.
Une dernière remarque avant de terminer ces considérations générales, et d'entrer dans le vif du sujet. Tandis que Moïse et Jésus n'ont été que des
personnages religieux,* Mahomet a été en outre un chef d'État et a joué un rôle politique. Aussi son histoire nous est-elle mieux connue que celle de ses deux devanciers. Nous possédons sur sa vie et sur ses opinions en toute matière, des renseignements puisés à des sources précises et non à de simples légendes qu'il est bien difiBcile pour ne pas dire impossible de contrôler. Il nous est ainsi permis d'apprécier avec quelque certitude, les sentiments réels du Prophète dégagés des interprétations que leur ont données plus tard des fidèles. Et c'est pour essayer de dégager ces bases véritables de Tislamisme que le résumé qui va suivre a été écrit. Il débutera naturellement par une courte biographie du fondateur de Tislamisme.
MAHOMET AVANT L'HEGIRE
En France, Je fondateur de l'islamisme est connu sous le nom de Mahomet. Si incorrect que soit ce vocable, il convient cependant de le conserver, car il olïre le g^rand avantage de permettre de distinguer h première vue le prophète des Arabes de ses innombrables Ijomonymes. En réalité, il se nommait MobaiiimeLL Voici, d'ailleurs, la généalogie complète qui nous a été donnée de lui : Mohammed, fils (VAbEÎallali, lils d'Abdelmottalib, fils de Hachera, fils d'Abdmenaf, fils de Kosaï, fils de Kelâb, fils de Morra, fils de Kaab, fils de Lowaï, fils de Ghâleb, lils de Fehr, fils de Mâlek, fils de Madr, fils de Kenana, fils de Khozaïma, fils de Modraka, fils d'EUas, fils de Modhar, fils de Nezâr, fils de Maad, fiU d'AdD^n.
Mahomet naquit sûrement à la Mecque; mais on ne saurait fixer avec la même précision, la date à laquelle cet événement eut lieu, les Arabes ayant bien rarement la précaution de tenir note du jour de
la venue au monde de leurs enfants. On s'accorde généralement à adopter la date du 29 août de Tan 370 de notre ère et le Prophète fût-il né quelques jours plus tôt ou quelques jours plus tard, que cela n'aurait en somme aucune importance pour situer dans l'histoire ce fondateur d'une nouvelle religion.
Si les généalogistes arabes ne poursuivent pas la généalogie du Prophète au delà d'Adnân, c'est que tous s'accordent, à faire de ce dernier, un descendant direct d'Ismaël, fils d'Abraham, ce qui, à leurs yeux, constituait la plus grande noblesse d'origine. Bien qu'issus d'une même souche, tous les descendants d'Ismaël ne jouissaient pas d'une égale considération et, à la fin du VI« siècle de notre ère, la famille de Hachem, du clan des Qoraïch, était à ce point estimée à la Mecque, qu'elle possédait le privilège exclusif de fournir le titulaire d'une des charges les plus importantes du temple de la Mecque, qui était l'objet de la plus grande vénération de la part des habitants du Hedjaz. Ainsi, du seul fait de son origine, puisqu'il était l'arrière-petii-fils de Hachem, Mahomet se trouva, de par sa naissance, posséder un premier élément de succès pour l'œuvre qu'il devait entreprendre.
D'un autre côté, son grand-père Abdelmottalib avait juré d'immoler un de ses enfants mâles, le jour où il en aurait dix autour de lui en état de le défendre. Or le sort, que l'on consulta sur ce choix, désigna précisément celui qui devait être le père de
Mahomet comme devant être sacrifié à Hobal, l'une des idoles du temple. Une devineresse de la ville du Khaïbar indiqua fort heureusement un moyen qui permit de substituer à Tenfant, une holocauste de cent chameaux. Cette circonstance, la seule, d'ailleurs, qui ait attiré l'attention sur Abdallah, le père du Prophète, devait, elle aussi, donner à la naissance de Mahomet, un caractère extraordinaire et en quelque sorte providentiel. Mort selon les uns quelques jours avant la naissance de son fils ou, suivant d'autres, deux mois après, Abdallah n'a fait aucune figure dans l'histoire de l'islamisme.
Amina, la mère de Mahomet, appartenait, elle aussi, à la grande tribu des Qoraïch. Restée veuve après quelques mois de mariage et n'ayant aucune fortune, elle tint néanmoins à ce que son fils fût élevé selon l'usage adopté par toutes les grandes familles de la Mecque, c'est-à-dire à la campagne, au milieu des bédouins nomades. Toutefois, ce ne fut pas sans peine qu'elle réussit à trouver une nourrice bédouine qui consentît à se charger de son enfant, parce qu'elle ne pouvait, comme les autres parents, assurer à une nourrice ni une rétribution avantageuse immédiate, ni d'autres avantages moraux ou matériels pour l'avenir. Cependant, une femme nommée Halima, honteuse de rentrer dans sa tribu, sans ramener un nourrisson, ainsi que l'avaient fait toutes ses autres compagnes, se décida à accepter l'enfant de Amina ...
La légende rapporte un certain nombre de faits plus ou moins miraculeux qui auraient annoncé le rôle futur de Mahomet, dès les toutes premières années de sa jeunesse. De tous ces faits, un seul mérite d'être noté, c'est l'existence déjà à cette époque, d'une prédisposition à des crises nerveuses soudaines qui présentaient la plus grande analogie avec celles que Mahomet éprouva plus tard, chaque fois qu'il recevait la révélation des versets du Coran. Rien de plus naturel que ces accidents physiques aient été remarqués, bien que Tattention ne fût pas, à ce moment, attirée sur la personnalité de l'enfant. Plus tard seulement, on eut l'idée d'y voir une corrélation avec les phénomènes qui accompagnaient la révélation et un signe précurseur de la mission prophétique. Celte coïncidence, dans tous les cas, était un nouvel appoint en faveur de Mahomet.
Le Prophète n'avait que six ans lorsqu'il perdit sa mère. Privé, dès lors, de son père et de sa mère, n'ayant d'ailleurs ni frère, ni sœur, il ne connut point le charme de cette tendre sollicitude, dont la plupart des enfants sont l'objet et qui semble prolonger le temps de leur jeunesse en les débarrassant d'une partie des soucis qu'amène l'âge mûr. De bonne heure, il lui fallut donc songer à se diriger seul dans la vie et cette préoccupation explique le caractère sérieux et réfléchi, que tous ses biographes s'accordent à lui reconnaître. Son grand-père
Abdelmottalib, qui le recueillit tout d'abord, ne tarda guère à mourir, en sorte qu'il fut véritablement élevé par son oncle, Abou-Thaleb.
L éducation des jeunes Mecquois était des plus simples. Le commerce était Tunique occupation des gens des villes et ce commerce consistait à aller surlout en Syrie, porter quelques produits venus de l'Inde et les échanger contre les denrées comestibles que l'Arabie produisait en quantités insuffisantes. Les premières années que les enfants avaient passées cliez les bédouins, les avaient aguerris aux fatigues et iiux dangers des voyages en caravane et, comme les affaires ne se faisaient que par voie d'échange, il ny avait plus, en réalité, qu'à apprendre à discerner la qualité des marchandises et à lutter de vitesse pour être les premiers à approvisionner le marché. Point n'était besoin, dans ces conditions, de savoir lire et écrire, ni même de connaître une lanfi^ue étrangère.
Mahomet avait environ treize ans, quand il accom-. pagna son oncle Abou Thaleb, qui se rendait en Syrie pour s'y livrer à des opérations commerciales. La légende rapporte qu'un moine chrétien frnppé par la physionomie à la fois intelligente et rëiléchie de Mahomet, prédit au jeune Qoréïchite, les plus hautes et les plus brillantes destinées. La chose en soi n'a rien d'invraisemblable; cependant, il est permis de douter que le moine ait réellement entrevu la véritable carrière que l'enfant devait
fournir plus tard. Ce que Ton peut admettre sans difficulté, c'est que la vue d*un homme complète ment détaché des choses de ce monde ait causé quelque surprise à Mahomet, qui n'était pas habitué à un tel spectacle dans son pays natal et que l'impression, faite à ce moment sur son esprit, ait provoqué de sa part, des réflexions curieuses qui dénotaient une vive intelligence.
11 est possible que, malgré son jeune âge, Mahomet, surpris de trouver en Syrie un état social si supérieur à celui qu'offrait alors l'Arabie, ait eu, dès ce jour, le vague désir de régénérer sa patrie et de lui assurer, par une organisation nouvelle, les bienfaits d'une civilisation dont il constatait tous les avantages. Cependant, tout porte à croire que cette idée ne prit définitivement corps dans son esprit que lors du second voyage qu'il fit en Syrie, quelques années plus tard et cette fois, en qualité de commis d'une riche veuve dont il devait plus tard être le mari.
Toutefois, que les grands desseins qu'il devait réaliser plus tard, aient germé ou non de bonne heure dans son cerveau, Mahomet n'en laissa rien paraître pendant de longues années et nul, semblet-il, ne reçut de lui la moindre confidence à ce sujet. La vie qu'il menait était à coup sûr irréprochable; tous se$ concitoyens s'accordaient à reconnaître la droiture de son caractère, sa modestie et sa bonté, si bien que pendant longtemps on le désigna moins souvent par son nom véritable que par le surnom de
El-Amia (ie loyal) ; mais rien, dans tout cela, ne décelait le réformateur.
Le besoin d'assurer son existence quotidienne obligea Mahomet d'entrer au service d'une riche veuve, nommée Khadidja bent-Khouaïied, en qualité de factotum ou d'intendant. Cette situation, pour honorable qu'elle fût, n'était point faite pour lui permettre de jouer un rôle considérable parmi les habitants de sa ville natale. Fort heureusement pour le succès de son œuvre, elle ne dura point. Eprise de celui qui avait géré sa fortune avec dévouement et habileté, Khadidja ne dédaigna point d'offrir sa main à son intendant et celui-ci accepta ce mariage de raison avec une femme d'un âge un peu mûr pour lui. Peut-être, cependant, était-il luimôme sous le charme de cette veuve, dont les allures maternelles à son égard lui faisaient goûter un genre d'affection, dont la mort prématurée de sa mère l'avait entièrement privé. Quoi qu'il en soit, il se trouva, dès lors, à l'abri du besoin et, grâce à l'influence qu'assure partout la fortune, il fut dorénavant en mesure de réaliser la mission qu'il devait accomplir.
Certes, en épousant une femme riche, de quinze ans plus âgée que lui, Mahomet eut un prestige moindre que celui qu'il aurait acquis s'il avait été lui-même l'artisan de sa fortune. Son caractère, naturellement modeste, s'accommoda sans peine d'une sorte de réserve à laquelle il se trouva ainsi
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tenu. Mais les circonstances lui venant en aide, il sut en profiter avec une extrême habileté et bientôt il regagna tout le terrain que cette alliance aurait pu lui faire perdre.
Un jour que les chefs des principales tribus de la Mecque se disputaient l'honneur de mettre en place la pierre noire du temple de la Kaaba^queTon venait de reconstruire à ce moment, il fut décidé que l'arbitre, à la décision duquel on convint de s'en remettre pour trancher la question, serait la première personne qui entrerait dans le temple. Or, le sort voulut que cette personne fût Mahomet luimême. Cette tâche d'arbitre était fort délicate, puisqu'il fallait éviter de froisser la susceptibilité chatouilleuse de ces grands personnages. Mahomet, dans cette circonstance, sut à la fois éviter cet écueil et se réserver pour lui-même la part la plus glorieuse. Ayant donc fait placer la pierre noire sur un manteau, il invita chacun des chefs des tribus à saisir en même temps un des bords du manteau et à soulever la pierre jusqu'à la hauteur où elle devait être placée. Alors, prenant lui-même la pierre de ses mains, il la mit définitivement en place.
L'honneur d'avoir accompli un tel acte ne pouvait manquer d'attirer sur Mahomet l'attention de ses concitoyens. De ce fait, le mari de Khadidja devint un des hommes marquants de la Mecque et si, comme on doit le supposer, il méditait déjà sa réforme, et qu'il ne fût pas bien décidé encore sur
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le point de savoir s'il procéderait par voie politique ou par voie religieuse, il est vraisemblable que cet événement te poussa définitivement du côté de la religion, sans lui faire abandonner complètement le côté politique. En effet, vers la môme époque, on le voit s alTilier à une association, dont le but était de protéger les opprimés, association dont l'action se fit encore sentir près d'un demi-siècle après Thégire. Or, cette sorte de ligue du bien public n'avait aucun caractère religieux; elle assurait seulement à ses adhérents une grande part d'influence dans la direction des affaires du pays. Et c'est à ce titre qu'elle contribua, dans une certaine mesure, à mettre en relief la personnalité du Prophète et lui I facilita la tâche à laquelle il devait se vouer corps et âme.
Khadidja ne fut sans doute pas étrangère au désir qu'avait son mari de se produire parmi ses concitoyens. Elle exerçait un très grand empire sur lui et h son très vif amour conjugal se mêlait une certaine dose d'amour en quelque sorte maternel. Elle rêvait, pour son bien-aimé, de hautes destinées, sany pourtant songer peut être au pinacle où il devait arriver. Elle estimait qu'un homme d'une aussi grande valeur n'avait pas le droit de rester inactif et de se confiner dans les mesquins soucis de la gérance de sa fortune. Tels étaient aussi les sentiments de Mahomet, et s'il demeura quinze ans avant de se mettre à l'œuvre d'une façon définitive, c'est évi-
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demment qu'il ne voûtait frapper qu'à coup sûr; mais son but devait être déjà arrêté et, durant les longues heures qu'il passait à méditer et à réfléchir, il combinait ses moyens d'action pour assurer le relèvement de sa patrie et améliorer la condition de ses concitoyens .
Le spectacle que présentait l'Arabie à cette époque, était vraiment fait pour émouvoir le cœur d un homme aoii du bien, épris du beau. Les longues luttes intestines qui déchiraient sans trêve ni repos ce malheureux pays, semaient partout la mort et la désolation. La famine décimait les populations dont Tunique ou tout au moins la principale ressource, le commerce de transit, était rendu presque impossible à pratiquer par suite du manque complet de sécurité sur les routes. Bien peu de caravanes réussissaient à passer indemnes au milieu de hordes pillardes pour qui le vol à main armée était à peu près le seul moyen d'existence. L'anarchie était à son comble ; aucune loi religieuse ou civile n'était là pour réprimer les crimes et délits ; aucun chef n'était assez puissant pour faire respecter son autorité et maintenir ses sujets indociles. La vendetta entretenait encore cette agitation en perpétuant les luttes, non seulement de famille à famille, mais aussi de tribu à tribu.
A ces graves troubles intérieurs, venaient s'ajouter les dangers du dehors. Le temps n'était pas loin où les Perses d'abord, les Abyssins ensuite, avaient envahi le territoire de la Péninsule et menacé l'in-
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dépendance de ses habitanls. Du côté du Nord, les Grecs du bas Empire, qui avaient à se plaindre des incessantes incursions des bédouins, guettaient Toccâsîon d'envahir le pays de leurs incommodes voisins. L'Egypte leur fournissait un bon point d'appui pour cette conquête, mais les difficultés d'une telle entreprise dans ces contrées arides et désertes^ avalent jusque-là retardé son exécution. Nul doute cependant que sans Mahomet, cette éventualité n'eût pas tardé à sa produire.
Assurer à sa patrie une existence forte et glorieuse et la mettre ainsi à l'abri du péril étranger, tel était le problème que le Prophète se proposait de résoudre- Pour atteindre le but, il était indispensable d avoir un lien assez solide pour grouper et maintenir daiifi un effort commun, toutes ces forces vives qui se dépensaient inutilement en d'éternelles discordes civiles. Seule la religion, à cette époque, était capable d'enflammer les esprits, d'unir les cœurs dans une même pensée et de mettre un terme aux compétitions individuelles de petits chefs turbulents, en assurant l'autorité suprême à un homme dont personne ne pouvait être offensé d'être le serviteur dévoué et soumis.
De 2o à 40 ans, Mahomet conçut et élabora en secret le projet qu'il comptait mettre à exécution. Uft aussi long temps était évidemment nécessaire pour examiner toutes les faces de la question et prendre un parti irrévocable. Et, sous peine d'échec ou de
compétition, il fallait éviter que la moindre indiscrétion fût commise. Il dut donc tout tirer de luimême et ne pas demander un seul conseil à personne sauf peut-être à sa femme Khadidja. Il est bien difiicile, en effet, d'admettre que celle-ci n'ait pas reçu quelque confidence de son mari, à partir du jour où sa résolution fut irrévocablement prise. Comment Mahomet aurait-il justifié aux yeux de sa femme, les séjours prolongés qu'il faisait dans une caverne du mont Hira et où il lui arrivait de demeurer tout un mois seul, livré à ses méditations ?
D'ailleurs, il y a un fait qui prouve que Khadidja était au courant des projets et des espérances de son mari. Le jour où celui-ci reçut sa première révélation, il s'empressa d'aller en faire part à sa femme qui, immédiatement, embrassa l'islamisme et s'écria: (( Réjouis-toi, par Celui qui tient l'âme de Khadidja entre ses mains, j'espère que tu vas être le Prophète de notre nation. » De telles paroles ne sauraient s'expliquer sur la simple annonce de cette première révélation fort courte et très peu explicite ; on les comprend parfaitement au contraire, si Khadidja était informée des desseins de son mari et surtout si elle était une sorte de collaboratrice.
Il convient d'ailleurs d'ajouter que chez les sémites d'autrefois, on n'éprouvait guère plus de surprise d'entendre quelqu'un dire qu'il avait la vocation de prophète, que nous le sommes aujourd'hui d'apprendre d'une personne qu'elle veut entrer dans les
ordres. Klmdidja aurait donc trouvé tout naturel lespèce de noviciat par lequel aurait passé son mari, Bt ses paroles indiquaient qu'elle estimait que ce noviciat était enfin terminé.
Après cette première manifestation de sa mission propliétittue, Mahomet laissa s'écouler trois années avant d'aflirmer publiquement sa nouvelle doctrine. Ed atlendimtce moment, il convertiten secret quelques personnes de sa famille et de son entourage, en leur recommandant de ne rien laisser apparaître de leur croyance à ceux qui n'y seraient point initiés. EnÛQ, celte période d'essai terminée, Tislamisme se produisit définitivement au grand jour et la lutte ouverte commença tout d'abord contre Tidolâtrie, puis successivement contre le judaïsme et le christianisme.
Tout au début, les premiers fidèles connurent toutes les souffrances de la persécution non point tant à cause des croyances qu'ils professaient, qu'en raison de Thostilité violente qu'ils manifestaient contre lldolâtrie, la religion la plus largement représentée à la Mecque. Ceux qui avaient la bonne lortune d appartenir à la clientèle d'un personnage assez puissant pour qu'on redoutât d'entrer en conflit avec lui oe furent point molestés , mais tous ceux qui se trouvèrent dépourvus de cette protection efficace, durent émigrer et se réfugier en Abyssinie pour échapper aux menaces de mort dont ils furent Tobjet de la part des Qoréïchites païens.
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Le nombre de ces émigrés ne fut d*ailleurs pas considérable. Les deux groupes qui, à peu d'intervalle, abandonnèrent leur patrie pour fuir la perse* cution, ne comprirent en tout que 83 hommes et 18 femmes. Non seulement Mahomet ne chercha pas à les retenir, mais ce fut lui-même qui les exhorta à ne point s'exposer au martyre. Il ne se croyait sans doute pas en droit de sacrifier la vie de ses semblables au succès de son œuvre. 11 préféra se réserver la possibilité de les récompenser sur terre de leur dévouement, et le sort voulut qu'il y réussit. En effet, ces émigrés appelés par les Arabes» Mohâdjir, ne tardèrent pas longtemps à revenir en Arabie et à jouir d'une estime toute particulière de la part de leurs coreligionnaires, en attendant la haute récompense qui leur était réservée au Paradis.
En dehors de ces humbles fidèles, certains personnages importants de la Mecque s'étaient convertis eux aussi à l'islamisme» mais, grâce à leur influence et à leur situation, ils avaient pu pratiquer librement le nouveau culte sans être obligés de se cacher ou d'abandonner leur patrie. Ce groupe, bien que peu nombreux tout d'abord, constituait pour Mahomet un appui précieux, qui venait s'ajouter à celui qu'il trouvait dans les membres de sa famille, même parmi ceux qui étaient restés païens. Il est vrai que, d'une part, le lien familial était des plus puissants parmi les Arabes et que, d'autre part, le paganisme arabe était d'une extrême tolérance. Il avait laissé
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toute liberté aux Chrétiens et aux Juifs qui ne le comballaient pas ouvertement et il eût agi de même vis-à-vis de l'islamisme, si celui-ci ne lui avait nettement déclaré la guerre. Du reste, on comprend sans peine que l'islamisme ne pouvait chercher des prosélytes ailleurs que parmi les idolâtres, puisque, au débutj il admettait dans une certaine mesure qu'on pût aller au Ciel en professant une religion révélée, que ce fût le christianisme ou le judaïsme.
La haine que Mahomet avait voué au paganisme et les attaques incessantes qu'il dirigeait contre cette religion de ses concitoyens, froissèrent sans doute vivement les chefs des Qoreïchiles ; mais la vue de "personnages considérables acceptant l'islanisme et devenant ainsi d'humbles serviteurs du Prophète, leur fit entrevoir le moment où le pouvoir politique et le pouvoir religieux se réuniraient dans une même main et alors le danger les menaçant directement, ils essayèrent de le conjurer. Une ligue fut fondée qui mit en interdit les deux grandes familles qui soutenaient Mahomet ; elle ne produisit d'ailleurs aucun résultat sérieux. Toutefois, quand Abou-Thaleb, l'oncle du Phophète et le personnage le plus influent de sa famille, mourut, Mahomet se trouva dans une situation assez critique et il dut songer â cliercher de nouveaux appuis pour remplacer celui qui venait de disparaître à tout jamais. Le besoin était urgent, car on était déjà à la dixième
année de la prédication et les musulmans n'étaient encore qu'en nombre assez restreint.
Il n'y avait guère que deux villes qui fussent à proximité de la Mecque : Yatsrib et Thaïef. Ce fut tout d'abord à cette dernière ville que Mahomet s'adressa pour avoir un asile immédiat qui pût, au besoin devenir plus tard la capitale de TArabie régénérée. Les habitants de Thaïef, malgré une démarche personnelle du Prophète, refusèrent nettement les propositions qui leur furent faites afin de n'être pas entraînés dans une lutte ouverte avec leurs puissants voisins de la Mecque. Thaïef était d'ailleurs à cette époque une ville assez prospère qui n'avait rien à gagner à prendre parti pas plus en faveur des musulmans qu'en faveur des idolâtres.
Yatsrib se trouvait dans des conditions toutes différentes, aussi ses habitants se montrèrent-ils plus favorables aux ouvertures qui leur furent faites. Six d'entre eux se rendirent à la Mecque, embrassèrent la nouvelle religion et s'empressèrent de faire des prosélytes parmi leurs concitoyens aussitôt qu'ils furent de retour dans leur pays natal. Ils réussirent dans leur propagande et l'année suivante, au nombre de douze cette fois, ils arrivaient près de la Mecque et prêtaient à Mahomet un serment que l'on appelle (( le premier serment d'Aqaba ». Par ce serment, qui tira son nom d'un col en pleine campagne où il fut prononcé, les gens de Yatsrib s'engageaient uniquement à pratiquer l'islamisme tel qu'il leur était en-
seigné à ce moment, c'est-à-dire qu'ils n'eurent pas à promettre de faire la guerre sainte, ni même de défendre le Prophète contre ses ennemis. Tous ces nouveaux convertis de Yatsrib, y compris ceux qui prêtèrent le second serment d'Aqaba, forment un groupe spécial de musulmans que l'on nomme les Ansâr, mot arabe au pluriel qui signifie « ceux qui aident » ou a qui défendent avec succès».
Tant que Mahomet ne fut pas installé à Médineles Ansâr pratiquèrent l'islamisme en secret, ce qui rendait les conversions fort difficiles. Soixante-quatorze d'entre eux et deux musulmans de Yatsrib étant venus à la Mecque pendant la troisième année de la prédication, Mahomet profita de cette circonstance pour assurer la réalisation de ses projets sur Yatsrib. n eut une entrevue secrète avec ces Ansâr qui prêtèrent ce qu'on a appelé le « second serment d'Aqaba », c'est-à-dire qu'ils s'engagèrent à donner aide au Prophète et à le défendre contre tous ses ennemis. Abbas, l'oncle de Mahomet, bien qu'il fût idolâtre, assista et prit part aux négociations qui précédèrent la convention qui intervint alors entre son neveu et les gens de Yatsrib, mais ce fut dans le seul but de s'assurer que la vie de Mahomet ne courrait aucun danger dans la nouvelle résidence qu'il allait adopder.
S'il est vrai que nul n'est prophète en son pays, Mahomet, à la suite du second serment d'Aqaba, avait donc réussi à se procurer un nouvel élément
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de succès pour la réalisation de ses espérances, Texiranéité si Ton ose ainsi dire. Yatsrib était dans une situation toute spéciale qui la rendait éminemment propre au rôle qu'elle allait jouer. Ville à ce moment peu prospère, elle était naturellement jalouse de la Mecque. Elle enviait à cette dernière ce temple vénéré qui lui amenait chaque année de nombreux pèlerins et, avec eux, un grand mouvement commercial, car pas un pèlerin ne manquait de profiter de son voyage aux Lieux Saints pour gagner quelque argent en faisant du négoce.
Yatsrib était bien un point de transit pour les caravanes qui allaient en Syrie ou qui en revenaient, mais elle était beaucoup trop rapprochée de la Mecque pour qu'on y traitât des affaires de quelque importance en admettant, ce qui n'était pas, qu'elle fût un centre ayant une certaine activité agricole ou industrielle. Bien au contraire son sol était si aride qu'il n'offrait que de maigres palmeraies et son climat était si peu salubre que personne n'en faisait volontiers sa résidence. Il était donc tout naturel qu'elle mît un grand empressement à accueillir un Mecquois d'une noble famille qui se présentait comme le fondateur d'une nouvelle religion et qui, à ce titre, pouvait déplacer l'ancien centre religieux de l'Arabie et attirer dans ses murs, la prospérité conoimerciale qu'elle n'avait aucune chance d'acquérir d'une autre façon.
De son côté Mahomet avait bien compris tout le
parti qu'il y avait à tirer de la rivalité de Yatsrib avec la Mecque pour le triomphe de sa cause. Certes, il eût préféré demeurer dans sa ville natale qui, malgré la vive opposition qu'il y rencontrait, était toujours l'objet de sa prédilection ; mais la lutte était devenue par trop inégale depuis qu'il n'avait plus son oncle Abou-Thaleb pour le soutenir et le défendre, et la mort de Khadidja survenue peu de temps après celle de son oncle, lui avait enlevé le réconfort que cette femme dévouée lui prodiguait aux heures de découragement.
Privé, presque coup sur coup, d'un puissant appui matériel et d'un vif soutien moral, le Prophète n'avait plus à compter que sur lui-même et sur des étrangers. Ses ennemis résolurent de profiter de ces circonstances et d'avoir recours à l'assassinat qui les débarrasserait brusquement et à tout jamais de leur adversaire acharné. Maintenant que personne n'était plus là qui pût venger la mort du réformateur, dont l'alliance conclue avec les habitants de Yatsrib faisait une sorte de traître à la patrie, les Qoreïchites cernèrent étroitement la maison qu'habitait le Prophète et décidèrent de le frapper à mort aussitôt qu'il en sortirait.
Sous le coup de cette terrible menace qui ne pouvait manquer de se réaliser à bref délai, Mahomet n'eut plus d'autre ressource que de fuir au plus vite, d'abandonner le sol natal et d'aller demander aux gens de Yatsrib de mettre à exécution les engage-
ùi^ià.
ments qu'ils avaient pris vis-à-vis de lui lors du second serment d'Aqaba. Déjà, en présence de cette éventualité, il avait engagé plusieurs de ses fidèles à prendre les devants et à aller s'installer à Yatsrib.
Grâce au dévouement d'Ali, son futur gendre, Mahomet réussit à tromper la vigilance de ceux de ses ennemis qui guettaient sa sortie. Ali revêtu du man teau du Prophète, se laissa entrevoir ainsi costumé aux sbires qui étaient apostés et, pendant que ceuxci, sûrs de leur proie, croyaient surveiller leur victime espérée, Mahomet réussit à gagner la campagne par une porte dérobée ; puis, accompagné d*Abou- Bekr, il se rendit dans une caverne située au sud de la Mecque afin de dépister ceux de ses ennemis qui veillaient au nord de cette ville pensant que le fugitif se hâterait d'atteindre Yatsrib. En dépit de cette précaution, Mahomet faillit être atteint lorsque, après avoir passé trois jours dans la caverne, il reprit sa marche dans la direction du nord.
La légende rapporte certains faits miraculeux qui se produisirent à cette occasion. Pour masquer la présence d'êtres humains, une colombe installa son nid au-dessus de l'entrée de la caverne, tandis qu'une araignée y tissait sa toile. Un palmier chargé de fruits se courbait jusqu'à terre pour offrir ses fruits aux réfugiés. Enfin le cheval d'un de ceux qui étaient sur le point d'atteindre le Prophète, au moment où il entrait sur le territoire de Yatsrib, s'enfonça dans le roc comme dans une simple masse de
fange. Ces récits ont eu surtout pour objet de montrer combien le danger couru avait été grand, puisque le Prophète n'avait pu y échapper que par un hasard vraiment providentiel.
Cette fuite célèbre eut lieu le 16 juillet 622 de notre ère, et c'est avec raison que les musulmans lui attribuent une importance capitale, car il est bien certain que, sans ce départ précipité, Mahomet eût été mis à mort par les Qoreïchites, et alors l'islamisme ne lui eût pas survécu. Aussi est-ce à partir de cette date mémorable que commence l'ère des musulmans, ère à laquelle nous donnons le nom d'ère de l'hégire du mot arabe hidjra qui signifie « fuite » ou (( émigration ».
La prédication de la nouvelle religion avait, il est vrai, commencé 13 ans avant l'hégire, mais durant tout ce temps ses doctrines étaient restées en quelque sorte ésotériques. Le nombre des initiés était fort peu considérable et si quelques-uns en étaient arrivés à ne plus dissimuler leur croyance, personne ou à peu près n'osait pratiquer ouvertement les rites de l'islamisme. Toute cette période qui précède l'hégire doit être considérée comme une sorte de temps de gestation et la vie au grand jour ne commence qu'au moment où Mahomet s'installa à Yatsrib.
L'accueil que trouva le Prophète en arrivant à Yatsrib fut des plus chaleureux. En dehors de ceux qui avaient prêté les divers serments d'Aqaba et des mecquois musulmans qui venaient de s'expatrier.
les habitants de la ville manifestèrent leur joie de posséder dans leurs murs un personnage que son rôle religieux grandissait encore à leurs yeux. Us pressentaient que sa présence allait attirer Tattention sur leur cité et lui assurer une prospérité quelle n'avait guère connue jusque-là. C'était donc une sorte d'existence nouvelle qui allait commencer pour Yatsrib, et cette idée s'affirma bientôt sous une forme concrète et bien sensible en enlevant à la ville le nom qu'elle avait porté jusqu'alors pour lui substituer celui de Medineten-Nebi, a la ville du Prophète » ou simplement, plus tard, El- Médina « la Ville », mot dont nous avons fait en français Médine.
Avant même d'entrer à Médine, Mahomet s'était arrêté dans une petite localité très voisine de cette ville et nommée Coba ; là, pour la première fois, il accomplit publiquement l'office du vendredi dans une construction appropriée à la circonstance et qui par conséquent, ^st la plus ancienne mosquée musulmane. A Médine également, sa première préoccupation fut de choisir remplacement d'une mosquée. Il sentait le besoin de donner une grande publicité au culte qui, auparavant, ne pouvait guère se pratiquer qu'en cachette et isolément, et, en outre, il tenait à bien montrer que dorénavant, Tislamisme ne redoutait plus personne ou, tout au moins, qu'il était décidé à la lutte ouverte.