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L*HEKLA ET SES ENVIRONS

Yon Troil ajoute qu'il a vu à Nefverhot, à une lieue du mont Hekla, une pierre ronde de soixante centimètres de diamètre, qui avait été lancée pendant la dernière éruption de ce volcan, en 1766.

Depuis cette première ascension il a été gravi maintes fois, même par des femmes, en particulier Mme Pfeiffer en 1845 et trois jeunes Écossaises en 1872.

Nous devons dire du reste, au risque de manquer de galanterie, que cet exploit n'a rien d'excessif.

L'Hekla doit bien plus sa grande réputation à ses nombreuses et terribles éruptions qu'aux difficultés de son ascension.

On ne sait rien de lui jj^ndant les premiers siècles qui suivirent la colonisation de l'Islande, et, si l'on en croit la légende, ce fut l'historien Sœmundr qui réveilla le lion endormi en jetant une cassette dans le cratère terminal.

Après l'introduction du christianisme, des annales régulières, écrites par les savants, et les sagas nous donnent une liste précieuse des plus violentes éruptions, amenant chaque fois à leur suite de nouvelles souffrances et d'affreux désastres pour les malheureux habitants.

En 1294, avec la cinquième éruption de l'Hekla se produisirent de violents tremblements de terre; de profonds abîmes se creusèrent au milieu de la plaine. L'eau des puits et des fontaines devint blanche comme du lait pendant trois jours; la Ranga (Wrong River, « Rivière qui a tort ») changea son cours, les fleuves charrièrent des matières volcaniques. De nouvelles sources chaudes prirent naissance, pendant que d'autres disparurent.

En 1300 une sixième éruption se fit jour le 13 juillet, également accompagnée de violents tremblements de terre, et dura presque douze mois. Les cendres, soulevées par un vent du sud-ouest très violent, se répandirent sur le nord et stérilisèrent une grande étendue de pays. Dans une seule province, cinq à six cents personnes moururent de misère.

Nous ne ferons que mentionner celles de 1436 et 1510.

En 1597 la douzième éruption, d'une violence incroyable, commença le 3 janvier; des bruits formidables se firent entendre pendant douze jours consécutifs dans toute l'île, et de la montagne en ignition sortaient huit colonnes de feu s'élevant jusqu'aux nues. Les cendres couvrirent à peu près la moitié de l'Islande, et telle fut l'étendue des crevasses produites qu'elles engloutirent plusieurs fermes.

Nous allons maintenant donner avec plus de détail l'histoire de l'éruption qui eut lieu en 1845, quelque temps après l'ascension de Mme Ida Pfeiffer, d'abord parce que ce fut l'avanl-dernière et ensuite parce que M. J.-G. Schyte, naturaliste danois, a donné une description très exacte des phénomènes et des effets produits.

Cette éruption, qui est la dix-septième de celles dont l'histoire nous a conservé la relation, commença le 2 septembre et dura sept mois. Elle fut annoncée par des changements atmosphériques tout particuliers : l'hiver se fit remarquer par sa douceur inusitée, la température devint fort agréable, et ce fut à peine si l'eau des lacs se prit au milieu de l'hiver. Les habitants des vallées des rivières de Ranga, qui tous les ans vont visiter leurs pâturages, remarquaient chemin faisant que les sources chaudes s'agitaient plus tumultueusement et que les nuages de vapeur en sortaient plus abondants. Les brebis donnaient moins de lait : où l'on avait autrefois trois seaux du même troupeau, on n'en obtenait plus maintenant qu'un seul.

M. Schyte attribue cet effet à l'exhalaison des vapeurs sulfureuses acides qui précèdent en général les éruptions. Par contre il n'y eut pas de tremblement de terre ; ces précurseurs habituels des phénomènes volcaniques manquèrent totalement.

Une sécheresse extraordinaire dura jusqu'en septembre, qui s'annonça par un ciel couvert, un air étouffant, calme et bruineux de temps à autre. Enfin, le mardi 2 septembre, à neuf heures du matin, l'attention des habitants de l'île maudite fut soudain attirée par des bruits sourds et étranges. On aurait juré le brouhaha d'un combat d'artillerie très

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éloigné, ou encore des explosions âc mine. Ces détonations paraissaient sourdre des montagnes situées à l'orient; en quelques endroits seulement, des tremblements de terre l>eu considérables ébranlèrent le sol : aussi crul-on d'abord à un ouragan de l'est ou au grondement lointain du tonnerre ; ce ne fut que la succession régulière des explosions qni apprit, à n'en plus douter, que l'Hekla allait encore une

fois dévaster de nouveaux pâturages, renverser des maisons, tuer les poissons dans les rivières, en un mot promener la désolation partout où coulerait sa lave destructrice. La matinée se passa donc à contempler le monstre terrible. Vers la cùle, au sud-est de l'Hekla, on vit, à dix heures, s'élever un nuage de fumée qui surpassait en hauteur les sommets les plus élevés ; en mâme temps un fracas épouvantable se fit entendre; i-omme à la mort du Christ, une obscurité croissante enveloppa la région, el la sombre nuée se résolut en une pluie de scories de la grosseur de

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gréions ordinaires et de cendre, dont le sol fut couvert jusqu*à 5 centimètres d'épaisseur.

A la tombée de la nuit, le reflet de la clarté étincelanle du cratère apparut au milieu des vapeurs, et un ruisseau de lave ardente s'épancha sur le versant occidental de THekla. La rivière Yestri-Ranga, qui coule à l'ouest du volcan, se remplit de ponces et de cendre, et la température de ses ondes s'éleva au point que l'on ne pouvait plus y Venir la main; les truites s'élançaient hors de l'eau et retombaient sur les rives à moitié cuites.

Une corvette {VHélène, commandée par le capitaine Larsen), quoique se trouvant au large à 40 lieues du volcan, fut inondée de poussières rougeâtres. Un autre navire, au sud des Shetland, fut également couvert de cendre. Des renseignements parvenus des Faerœer et des Orcades apprirent également que les habitants avaient vu tomber de la cendre dès le 2 septembre au soir.

Au début de l'éruption, des miUiers de brebis étaient encore dans les pâturages, sur les collines ; mais leur instinct, n'en déplaise à Rabelais, leur fit trouver des moyens de salut. Au lieu de regagner leurs abris ou leurs bergeries, elles s'enfuirent au loin, évitant la matière incandescente ; on les retrouva plus tard, la laine noircie et brûlée, les sabots déchirés, les pieds ensanglantés par les arêtes aiguës qui recouvraient les herbages.

Toutefois ce ne fut que le 13 au matin que les fermes habitées furent envahies par la pluie de sable ; la terre s'en couvrit d'une couche épaisse, tout se dessécha dans les jardins, le foin qu'on n'avait pas fauch^ se flétrit, et l'on voyait les chevaux ou les vaches renifler la cendre pour ronger avec avidité quelques débris échappés au fléau.

Puis, trois mois durant, l'eau, le sable, les pierres continuèrent à s'échapper de l'horrible fournaise.

Pour se représenter les émotions terribles, les impressions épouvantables des malheureux Islandais, il faut se les imaginer au milieu de la nuit perpétuelle qu^ régnait alors sur l'île pendant ces mois d'hiver, nuit seulement

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interrompue à rhorizon par d'immenses lueurs rougeâtres couvrant le ciel de taches sanglantes. Il faut se les imaginer entendant du fond de leurs baers, secoués par des mouvements insensés, les détonations successives du cratère, les hurlements plaintifs des chiens affolés, le hennissement des poneys mourant de faim, le mugissement des vaches aux mamelles taries !

N'était-ce pas le tableau réel de la fin du monde, tel qu'il est peint dans l'Évangile?

Par bonheur, le 25 mars, la catastrophe prit fin vers le coucher du soleil; le volcan s'épuisa en un dernier et subUme eff^ort qui lança hors du cratère de gigantesques colonnes de flammes, et, le lendemain 26, on vit la dernière projection de cendre aller se perdre au nord. Dès le 10 avril, le courant de lave était suffisamment refroidi pour permettre à la neige de s'amasser au bord de l'orifice. L'année suivante cependant on prétend avoir vu quelques nuages mélangés de cendre sortir du volcan, le 19 août et le 19 novembre.

M. Schyle remarqua tjue les tremblements de terre les plus forts eurent lieu pendant les dernières convulsions de l'activité volcanique.

Plusieurs prairies furent anéanties, l'herbe ne pouvant plus croître sous une couche de cendre et de scories ; aussi les habitants de Landmanna et de Rangarvalla furent-ils obligés de réduire le nombre de leurs animaux. Dans une seule ferme, écrit G. Robert, où l'on avait, avant l'éruption, 300 moutons, on n'en pouvait plus nourrir que 100 en

Les oiseaux s'enfuirent. La gelinotte quitta toute la contrée qui se déroule au sud du volcan. Les poissons s'écartèrent également de la côte, et la pêche du printemps fut très peu fructueuse.

Nous arrivons maintenant à la dernière manifestation, qui eut lieu en 1878, le 27 février, non sur le mont Hekla luimême, mais dans son voisinage, à environ 6 kilomètres de distance. L'ingénieur islandais Nielsens visita les bouches

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ouvertes el fil une carte sur laquelle est tracé le cours des coulées de lave les plus récentes ; il mentionne aussi que le plus grand cône d'éruption, dont il fit courageusement et audacieusemenl l'ascension, portait un cratère de 30 mètres de profondeur et d'environ 40 mètres de tour. J. Leclercq dit que lors de sa visite la cime présentait une surface plane : « plus la moindre trace du gouffre où là lave bouillonnait quelques mois auparavant. Mais le sol qui brûlait sous nos pieds, les émanations gazeuses qui s'échappaient de toutes parts, nous disaient assez que de grands phénomènes volcaniques s'étaient produits en cet endroit ; peut-être le cratère, comblé par les laves fumantes, ne faisait-il que sommeiller pour se réveiller dans un avenir plus ou moins prochain. »

L'éruption de 1878 dura jusqu'au mois de mai, sans cependant faire aucun mal, la lave n'ayant heureusement couvert que des régions déjà stériUsées. Où il n'y a rien, le roi perd son droit.

Le jeudi 15 juillet fut employé à nous rendre de Gallalœkr à Hruni ; c'est une étape où l'on doit rester environ dix heures à cheval. La route ne présente rien de particulier, mais on fera bien, si le temps est beau, de regarder l'Hekla, à l'ouest duquel on chemine continuellement ; c'est une bonne position pour prendre une excellente vue d'ensemble du volcan.

Arrivés à la Thjorsa, nous n'eûmes que très peu de temps, fait mémorable, à attendre le passeur, et sauf que nos poneys, au lieu d'atteindre la rive opposée directement, s'amusèrent à aller sur une île dont nous ne pûmes qu'à grand peine les déloger, nous ne perdîmes pas autant d'heures qu'il faut généralement compter en dépenser au passage des fleuves islandais. Notre situation n'en fut pas moins très embarrassante pendant quelques minutes. Nous étions absolument réduits à l'extrémité du Champenois pris

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par un lièvre, c'esl-à-dire à la merci de nos chevaux. On se rappelle l'histoire à laquelle je fais allusion. Pendant une grande inondation de la Loire, un riverain aperçut un lièvre réfugié sur un îlot que le fleuve avait épargné ; sauter dans une barque pour aller s'emparer du craintif animal fut pour notre homme l'affaire d'un instant ; mais à peine avait-il mis pied à terre que le lièvre, se précipitant dans la barque, imprima à celle-ci une telle secousse qu'elle fut aussitôt entraînée par le courant, laissant le paysan prisonnier sur l'îlot.

Malgré nos appels réitérés, les poneys continuaient à prendre leure ébats, se roulant à qui mieux mieux sur la chéiive pelouse. Enfin Gudmundsen, parvenu au dernier degré de l'exaspération, fit entendre un si formidable juron, que son cheval rouge, redressant l'oreille, fut rappelé à son devoir de chef de file : il se jeta bravement à l'eau ; les autres suivirent, et nous pûmes arriver à Hruni.

Nous dûmes toutefois franchir un second torrent très profond, la Laxâ. Ce mot, qui signifie « saumon » , s'applique à nombre de rivières en Islande, parce que toutes contiennent ce poisson en grande abondance.

Hi'uni, qui, m'avait dit mon guide, est un bourg important de la contrée, ne se compose absolument que d'un bapr et du temple. Du reste il n'est habité que par le père du desservant, le desservant lui-même et sa famille. L'église est, comme toutes les autres, construite en bois avec un petit clocheton surmonté d'une croix ; à l'intérieur une bien mauvaise peinture représente la Gène. On y voyait aussi, suspendu aux murs, le costume de fête que les fidèles revêtent, dans le temple même, avant la messe. Le cimetière entoure l'église ; et la place de ceux qui dorment là du dernier sommeil n'est marquée que par de petits tumuli tapissés d'un verdoyant gazon : c'est l'égahté la plus parfaite. Les peuples Scandinaves n'aiment pas à entourer leurs morts d'un décor funèbre, et ils vivent volontiers au miheu d'eux; rien.de moins isolé, rien de moins triste, que les tombes de Stockholm ou de Christiania avec leurs par-

terres aux brillantes couleurs, et les allées de séparation sont bien souvent animées de promeneurs ou de joyeux bébés, qui circulent dans ces cimetières transformés en jardins fleuris.

En pénétrant dans la chambre de réception, j'aperçus un portrait que je reconnus immédiatement, pour Tavoir vu dans un ouvrage français, à la grande surprise du brave curé. Ce portrait, signé Mauri, avec Tinscription : d'après Durupt, est celui d'un homme dont l'histoire mérite d'être racontée. C'était précisément l'oncle du pasteur actuel, Sira (monsieur) Jôhannes Briem, l'un des deux jeunes Islandais amenés en France par PaulGaimard,en reconnaissance des bons traitements que plusieurs fois les habitants de la côte avaient prodigués à nos naufragés. Il devint menuisier à Paris et s'y maria, me raconta son frère, le propriétaire du bflBr de Hruni. Quant à son condisciple Gudmundur Theodori Sivertsen, l'autre jeune Islandais élevé également aux frais du gouvernement français, il se façonna en peu de temps aux mœurs parisiennes, parlant notre langue même avec ses idiotismes, et devint littéralement le fils adoptif de M. Gaimard, qui le fit recevoir chirurgien aide-major. Devenu l'un des officiers les plus distingués de notre armée d'Afrique, il fut mandé par son bienfaiteur. Celui-ci lui annonça avec joie qu'il était promu au grade de major, et l'on décida que l'on ferait ensemble le voyage d'Italie pour célébrer cet heureux événement. Mais, arrivé à Naples, pour des motifs tout à fait inconnus ce malheureux enfant du Nord mit fin à ses jours en se jetant par une fenêtre. La vue du Vésuve avait peut-être causé un accès de nostalgie à cet infortuné, en lui rappelant les volcans de son pays natal. De même que les mères préfèrent généralement à tous les autres l'enfant le plus déshérité des dons de la nature, de même les peuples s'attachent d'autant mieux au sol de la patrie qu'il est plus pauvre, plus aride et plus ingrat. C'est ainsi que le patriotisme se plaît au milieu des montagnards et fait souvent presque défaut aux riches habitants des plantureuses vallées !

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A quelques pas du presbytère j'allai visiter une source d'eau tiède qui me permit de prendre un bain délicieux. Le liquide est capté à l'aide d'une tranchée et amené dans un réservoir sur les bords duquel s'établit une luxuriante végétation. Les capillaires, les fougères, le grand plantain y atteignent un développement prodigieux, et c'est merveille de voir ces parois chaudes donner naissance en pleine Terre de Glace à des plantes que ne désavouerait pas une région tropicale.

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