LA CHUTE I^OR ET LES GEYSERS
j'ose employer ce terme, et les autres qui sont tout simplement des agriculteurs riverains. Les premiers sont astreints à un tarif gouvernemental ; les seconds extorquent généralement le plus qu'ils peuvent. Ces derniers ont aussi le grave inconvénient de n'être que rarement à la disposition du voyageur; souvent il faut les attendre jusqu'à deux, voire trois heures. De la patience, toujours de la patience, encore de la patience, voilà le moyen de réussir une exploration en Islande.
GuUfoss se trouve légèrement au sud-est de la vallée FumantCi ^o^t elle n'est distante que d'environ trois à quatre heures de poney. Le temps employé dépend surtout de l'été pendant lequel on voyagera : est-il sec, le chemin ne présente aucune difficulté; a-t-on au contraire pour compagne de roule cette affreuse ennemie, la pluie, on trouvera les trois bras du Tungufljot considérablement grossis et presque dangereux à franchir.
Le site est du reste grandiose, la noire lande stérile que Ton foule contraste au nord avec l'immense glacier qui la termine; en avant du Langjôkull se dresse le Blafell aux pentes abruptes, à droite le Jarlhettur, et à gauche le Kerlingafjôl, imposant massif qui porte, éparpillées sur ses flancs noircis, jusqu'à onze sources bouillonnantes.
Mais, malgré ces distractions du chemin, rien ne saurait peindre la joie du voyageur quand, après s'être enfin dégagé des fonds marécageux, des lourbières^et des méandres du Tungufljot, il aperçoit, s'élevant sur la plaine désolée, plusieurs nuages qui jaillissent du sein de la terre; ces nuages, qui de loin ressemblent à la fumée d'un vaste incendie, lui annoncent qu'il approche de la célèbre vallée des Geysers, but ardemment désiré d'une fatigante journée. Aussi jouâmes-nOus fiévreusement de la cravache pour faire presser le pas aux chevaux, qui commençaient à expirer bruyamment, signe certain d'une grande lassitude. Nous arrivâmes ainsi vers dix heures du soir à un baer qui vient d'être récemment construit tout près de ces merveilleuses et attractives curiosités. Notre présence fut signalée au
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bondi par les cris des courlis, qui semblent régner en maîtres sur celle croûte volcanique.
A peine descendu de selle cependant, dois-je le confesser, je m'occupai plus du souper que de courir aux sources jaillissantes. Déjà nous nous disposions à prendre un repas assez raffiné : du mouton, une salade de pissenlits, que je venais de cueillir sur le toit de la hutte (à la grande stupéfaction des habitants, qui n'en mangent jamais et qui firent une horrible grimace en goûtant au vinaigre), quand Thorgrimur , familiarisé avec les phénomènes de cette région, s'écria : « Doctô^ an éruption! » Cette vigoureuse interjection en langue britannique produisit sur moi un effet magique, et, escaladant, au risque de me rompre les os, le mur de tourbe qui entourait le jardin de la chaumière, je ne mis que deux minutes pour arriver jusqu'au bord du Grand-Geyser.
Une puis«ante colonne d'eau, aussi large que l'orifice à sa base, jaillissait alors en s'évasant dans les airs avec d'effroyables sifflements, tandis que le sol tremblait sous nos pieds et qu'un bruit formidable semblait sourdre des entrailles de la vallée Fumante ; ensuite la gerbe retomba dans le gouffre, mais pour remonter immédiatement après; il y eut de la sorte quatre ascensions et quatre chutes consécutives qui jouèrent trois minutes. Puis, comme dans un feu d'artifice, arriva le bouquet \ ce fut la plus haute projection de la douche brûlante, qui s'éleva jusqu'à 30 mètres environ. Le spectacle était terminé.
Quand la vapeur à odeur légèrement sulfureuse qui nous enveloppait eut été dissipée par le vent, je gravis le monticule de silice qui entoure le réservoir, et je pus plonger le regard jusque dans la cavité du puits.
Le geyser s'était épuisé à un tel point, sous l'effort de sa dernière projection, qu'il était absolument vide, et il fallait regarder tout au fond, tout au fond pour entrevoir le liquide bleuâtre en ébuUition.
Ce n'est en effet que graduellement que l'on voit, par la suite, l'eau s'élever de nouveau et venir affleurer la surface
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libre du canal. Il est bien difficile de se défendre d'une certaine appréhension lorsque les yeux se portent, avec une avide curiosité, vers cet abîme mystérieux, en songeant que les eaux du monstre accusent aux thermométrographes une température de 125° centigrades.
Victor Hugo a dit :
La mort a miUe aspects, le gibet en est un.
Le grand poète avait-il pensé à cette mille et unième manière de terminer l'existence î
La température des parois de la chaudière désemplie est telle, que la margelle siUceuse du geyser se dessèche immédiatement. Je mis à profit cette propriété pour chasser l'humidité de mes bottes de cner et de mes effets mouillés au passage de la rivière. Nous y fimes également rôtir des oiseaux destinés au déjeuner du lendemain. Ce dernier et prosaïque usage du geyser est chose commune, à en juger par les nombreux cous et têtes d'oiseaux qui jonchent la base du cône siliceux.
Le roi des sources jaillissantes avait jadis des éruptions régulières. « L'eau jaiUit à Geyser à plusieurs reprises far jour, comme par élancements et à grands filets », dit i;on Troil dans ses lettres sur l'Islande, écrites en 1772. « Le lendemain 6, sur les dix heures et demie du matin, des détonations plus fortes qu'aucune des précédentes nous ainoncèrent que nous allions probablement être témoins dune grande éruption, phénomène qui d'ailleurs ne se mnifeste ordinairement qu'une seule fois en vingtquatre heures. » (Eugène Robert, en 1835.)
A l'heure présente, cinquante ans après, il n'en est phs de même. On attend quelquefois des semaines entières avmt qu'une explosion vienne vous récompenser des fatigues duchemin. C'est ce qui arriva au prince Henri de Bourbon; il ne félicita de la chance que nous avions eue d'avoir été seivis à souhait le soir môme de notre venue en ces lieux, car il avait dû passer sous la tente les trois jours précé-
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dents pour obtenir la même faveur. Il assista enfin à une belle éruption le mercredi soir, éruption qui se renouvela sous nos yeux le vendredi suivant.
Eu 1886 elles s'espaçaient, au dire des habitants voisins, de trois jours en trois jours assez régulièrement, tandis qu'en 188S elles étaient moins fréquentes et aussi mojns élevées. Mon guide me fit du reste observer que de longue date on n'avait vu la colonne atteindre pareille hauteur.
Y a-t-il corrélation entre l'activité du feu central en Islande et cette mt^me force qui vient de désoler les îles de la Sonde? Je laisse aux géologues érudits le soin d'élucider la question. La chose n'est pas impossible, puisque, comme on peut le voir sur le tableau chronologique de Robert, dans le Voyage de la Recherche, les principales éruptions connues du système volcanique islandais coïncident exactement, et à deux ou trois années près, avec les éruptions du système volcanique de la Méditerranée.
Quoi qu'il en soit, il est permis d'affirmer que ces geysers, qui sont aujourd'hui dans une activité constante, travaillent à leur propre anéantissement, car, à la longue, ces énormes dépôts qu'ils accumulent à leur orifice doivent finir par les obstruer. Nous en avons vu la preuve en visitant les sources chaudes 'de Laugarvatn (lac des Bains). situées sur les bords du lac de ce nom ; elles sourdent 1; de plusieurs points qui ne sont plus que de minime) orifices, et le terrain qui les borde, ou mieux qui les étouffe^ n'est qu'une carapace de soufre, d'alun et de silice rejeté par elles-mêmes.
Lé Grand-Geyser s'est déjà créé de la sorte une éminen«i conique qui domine de plus de 3 mètres le niveau généul de la plaine et qui mesure environ 80 mètres de pourtoir à sa base extérieure; c'est ce mamelon que vous aperce\*z sur ma photographie, formant au réservoir une ravissarte ceinture découpée comme de la dentelle, dentelle de tifs siliceux disposés en plaques minces.
Près de la bouche (j'entends par ce mot l'entrée delà cheminée perpendiculaire) ces plaques sont si dures, qi'il
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est difficile de les briser à coups de marteau, tandis qu'au pied elles s'émiettent si aisément, qu'il est presque impossible d'en rapporter de beaux échantillons. Or c'était surtout ces concrétions que je désirais étudier. A l'aide d'un bon ciseau je pus obtenir à une profondeur de 3 mètres une magnifique dalle remplie de Betula aiba, de Salix caprœa et arctica, de différents Carex, d'Arundophragmites, de Prèles, etc., plantes fossiles qui suffirent à me donner la solution d'un problème qui intéresse vivement géologues, botanistes et historiens : à savoir si la température et, partant, la végétation de l'Islande ont varié depuis la découverte de l'île par les Scandinaves, en 874. De même qu'Herculanum et Pompéi, admirablement protégées par leur couverture de cendre volcanique, nous retracent avec vérité l'architecture romaine, de même ces végétaux enfouis ou incrustés dans les tufs siliceux sont pour nous un véritable herbier des temps préhistoriques.
Tout d'abord il me fallait savoir quelle était l'épaisseur du dépôt en un temps donné. Ce fut la vanité humaine qui se chargea d'aider à l'expérience : l'an dernier (1888), exactement à la même époque, deux voyageurs anglais, non contents de griffonner leurs noms sur les monuments, s'amusèrent à tracer leur signature sur le bord du Grand-Geyser, et les caractères ne sont recouverts que par ê millimètres de silice. Eugène Robert, ayant de même, le 6 août 1853, fait avec intention des brèches dans l'intérieur du tube, retrouva l'année suivante leur surface libre recouverte par un dépôt de 2 millimètres d'épaisseur; nous pouvons donc admettre, puisque le fait fut exact pour une période de cinquante ans, que la production d'une couche de 2 mètres exige au moins un siècle. Or je pris mes échantillons exactement à 3 mètres, c'est-à-dire à une profondeur telle, que leur recouvrement précédait la période historique.
Ensuite je devais comparer ces tiges et ces feuilles silicifiées avec celles des arbrisseaux actuels-, elles étaient identiques. Que conclure de cela, sinon que la végétation de l'île désolée n'a pas varié depuis quinze cents ans?
On pourrait, il est vrai, me faire deux objections : me demander d'abord pourquoi la vallée des Geysers est absolument dénudée aujourd'hui, et aussi pourquoi les sagas ou chants historiques des Islandais parlent de grandes forêts recouvrant jadis la surface de. la région. A cela je répondrai que, si les chétifs taillis de bouleaux et de saules nains qui décoraient jadis les alentours de la vallée Fumante ont disparu, c'est précisément parce que les anciennes sources ont déversé leurs eaux chargées de siUce sous les racines de ces arbrisseaux. Ailleurs les habitants ont également travaillé au déboisement, car maintes fois, dans mes longues pérégrinations, j'ai vu des bondi qui, sans souci de l'avenir, arrachaient les plantes pour s'en chauffer l'hiver.
Quant aux sagas, deuxième objection, elles ont été mal interprétées : le mot m'ôj'k signifiant aussi bien « bois » que « forêts », on a tVaduit par « foret » pour le besoin du pittoresque et de la cause poétique. J'ai déjà expliqué que le prétendu blé dont parle le chant de Njal brûlé n'était que le melur ou graine du roseau des sables {Arundo arenaria).
On pourrait alléguer encore que le dépôt de silice étail plus actif il y a mille ans que maintenant ; je ne le pense pas, car les plus vieux documents que j'ai consultés à la bibliothèque de Reykjavik accusent pour le cône une hauteur parfaitement en rapport avec mon chiffre de 2 millimètres par an.
« Le bord extérieur du cratère du geyser, écrit von Troil, année 1772, est de neuf pieds et un pouce plus haul que celui du tuyau. » Je trouve 3 mètres et 20 centimètres en 1886, c'est-à-dire une notable augmentation de hauleur et correspondant toujours aux 2 millimètres.
Toutefois M. Feddersen, de Copenhague, écrit qu'il a « constaté dans l'Islande méridionale de grands tronçons d'arbres qu'on avait tirés du sol, prouvant, ajoute-t-il, que la saga de Njal avait raison lorsqu'elle disait que de grands déboisements venaient d'avoir lieu en Islande, ce dont ou a douté jusqu'à ce jour ».
Mais, à mon avis, ces grands tronçons d'arbres n'ont pas
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crû en Islande : 1° parce qu'ils sont couchés horizontalement, jamais perpendiculaires et toujours dépourvus de ramuscules ou de racines; 2° leur essence diffère des taillis nains actuels ; ce ne sont pas des bouleaux, des saules ou des arbousiers, mais des conifères, du calcédrat, de l'acajou ; 3° ils sont souvent perforés par des tarets, mollusques essentiellement marins, n'ayant jamais vécu dans l'intérieur des terres !
Quelle est donc l'origine de ces troncs d'arbres volumineux que j'ai rencontrés un peu partout? C'est tout simplement du bois flotté (l'absence de rameaux et de racines, détruits par le frottement, le prouve) que la mer, alors qu'elle pénétrait jusque-là, a déposé dans la vallée. Une éruption volcanique, non pas de lave, qui les aurait brûlés, mais de cendre, est ensuite venue les recouvrir, les proléger, ni plus ni moins que fit le Vésuve pour les villes qu'il détruisit.
N'empêche que M. Feddersen a très bien démontré une vérité en affirmant qu'un bras de mer s'était enfoncé autrefois dans la partie méridionale de l'île; je suis absolument de son avis, et c'est précisément ce fjord disparu qui a, je le répèle, conduit le bois flotté jusqu'aux geysers.
Nous ne différons que sur la valeur des récits poétiques qui, comme de tout temps, ont chanté de belles choses, mais sans se préoccuper de la science, et nous soutiendrons toujours que jamais les habitants de l'ultime Thulé n'ont vu de forêts dignes de ce nom. Que de faits n'aurions-nous pas encore à mentionner à propos de bois flotté? Mais nous préférons revenir sur le sujet quand l'occasion s'en présentera.
Donc pardon, chères lectrices, si je viens de vous ennuyer quelque temps par des discussions géologiques; nous allons reprendre immédiatement nos descriptions du pays, en nous efforçant de les rendre, pour vous, le plus agréable et le moins aride possible.
Si le Grand-Geyser est inconstant dans son jeu, il existe fort heureusement à quelques pas de lui un appareil plu»
complaisant, le Strokkr, qui jaillit suivant le bon plaisir des visiteurs. Il suffit pour cela de lui chatouiller Testomac en jetant des înottes de tourbe dans la cheminée : le monstre irascible (le mot n'est pas de moi, maints voyageurs Tont employé) ne peut supporter cet aliment indigeste et le rend par des éruptions qui se font parfois très violentes, durent dix minutes et se renouvellent jusqu'à quinze ou vingt fois. Mais, remarquable effet d'un contact fréquent avec les gens civilisés, le propriétaire du bœr voisin, prétendant que la terre est à lui, réclame pour la location de la bêche qui sert à couper les carrés de gazon 2 couronnes (environ 3 francs). Une large colonne d'eau de 30 mètres de hauteur jaillit environ une heure après l'émétique, et cela nous advint sans le moindre avertissement, au moment même où je m'efforçais de me rendre compte du mouvement rotatoire du liquide au fond du tube.
Fort heureusement nous ne regardions plus, et, juste au moment où s'élança la douche brûlante, le vent se dirigea du côté opposé au nôtre. Voyageurs en Islande, tenez-vous en garde quand vous aurez excité la colère de ce monsieur grincheux. Le premier jet sort avec une maestria et une fureur incomparables; un rugissement assourdissant l'accompagne, tandis que le sol tremble sous les pieds, comme pour le Grand-Geyser, et souvent cette trépidation s'accuse à plus de 100 mètres.
La plupart des auteurs s'accordent à écrire que l'ascension se produit un quart d'heure après la projection de la tourbe, mais c'est là une erreur, au moins pour l'époque actuelle. J. Leclercq ne vit les eaux monter jusqu'au bord de l'orifice que vingt-cinq minutes après que la dose eut été administrée. W. Geo Lock attendit une heure et fut obligé, contre fusage, d'ajouter au gazon quelques dalles de silice ; le roi de Danemark en 1884 dut, lorsqu'il voulut renouveler une seconde fois l'expérience, se mettre en route sans plus attendre, tant le phénomène différait à se manifester.
L'expérience peut cependant parfois se reproduire à discrétion. « Depuis midi jusqu'à huit heures du soir nous
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pûmes faire marcher le Slrokkr un grand nombre de fois, dit E.Robert, sans pouvoir l'épuiser, car Teau fut projetée, pour la dernière fois que nous l'excitâmes, presque sous notre tente, à une plus grande distance que toutes les fois précédentes : il semblait avoir redoublé de fureur. Cependant je rappellerai que le dernier jet du Grand-Geyser est également, comme dans ce cas-ci, toujours le plus fort et le plus élevé. »
Heureusement qu'en 1836 le bondi n'exigeait pas le droit de 2 couronnes I Aujourd'hui pareil luxe de répétitions allégerait singulièrement la bourse du touriste.
E.-J. Oswald raconte qu'en 1881 elle essaya vainement de provoquer une éruption ; elle constate qu'elle n'a jamais lu que pareille chose soit arrivée, et elle attribue son insuccès au Grand-Geyser, qui était alors en grande agitation, débordant par intervalles et jaillissant quelque peu dans le centre du réservoir. Je cite ce fait à dessein, parce que c'est une troisième preuve à l'appui de ma croyance en la communication des deux principales sources jaillissantes.
Nous voulions, disions-nous tout à l'heure, étudier le mouvement rotaloire du liquide au fond du Slrokkr. C'est à ce mouvement et aussi au bruit d'ébullition rythmée qu'il fait entendre que le « New-Geyser » d'Henderson doit son nom islandais de « Baratte > .
Je me suis rendu compte que Lock avait bien observé.
Après l'éruption à laquelle cet auteur assista, il vit le niveau du liquide baisser dans le tube jusqu'à 7 et 8 mètres de profondeur. Cet abaissement extraordinaire laissa paraître deux canaux souterrains qui semblaient arriver en droite ligne du Grand-Geyser. Ces deux conduites juxtaposées amenaient d'impétueuses vapeurs qui, barbotant dans l'eau, communiquaient à cette dernière une rotation perpétuelle.
Gomme je connaissais cette remarque, je m'efforçai de la constater de visu ; malheureusement le Hquide n'eut jamais devant moi un retrait suffisant. J'avais cependant couru très vite, après la magnifique éruption du roi des geysers,
pour examiner le Strokkr, qui baisse alors considérablement ; je ne pus que me convaincre que certainement il y avait barbotement — pardon de l'expression, qui peint bien — de vapeur amenée par un tuyau. Ce que je puis donner comme certain, c'est que lorsque le roi des fontaines thermales a une éruption majestueuse, le Strokkr rentre immédiatement ses eaux dans son puits. Et s'il faut tirer une conclusion, je ne mets pas en doute qu'il n'y ait une communication entre les deux. Outre le fait des deux canaux qui débouchent du côté du Grand-Geyser, je dois aussi mentionner que le géologue de la Recherche recueilhl sur les bords de ce dernier, à la suite d'une éruption, de l'herbe provenant des gazons qu'il jeta en grande abondance dans la « Baratte » . Quelque étonnante que puisse paraître cette assertion au premier abord, je ne vois pas de raison pour mçltre en doute sa véracité. Mais, détail à noter, toutes les sources qui sont situées au nord des deux « Lions » ne changent pas de niveau quand ces « Lions » jouent.
Le vrai peut quelquefois n'être pas vraisemblable.
J'avais cherché en vain ii obtenir une éruption du geyser roi par le même moyen : les mottes de terre ou les dalles de silice que j'y laissai tomber ne déterminèrent que d'énormes bouillonnements ou quelques nuages de vapeur, et je remarquai que je causais une grande inquiétude à mon brave Gudmundsen. Il prétendait que j'allais gâter le jeu du tube — « /^ spoilet it! » criait-il — et que ce n'était pas bien de persévérer à jeter dans le canal tout ce qui me tombait sous la main.
Était-il réellement convaincu «que cela pouvait détruire la huitième merveille de l'univers? Était-ce superstition? Je n'en sais rien. Les sources inspirent encore à beaucoup de paysans islandais une terreur religieuse, et pour les illettrés c'est le diable en personne qui s*agite au fond de ces enfers. Mais Gudmundsen est instituteur; j'inclinai à croire