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LA CHUTE D^OR ET LES GEYSERS 14B

qu'il redoutait plutôt naïvement la détérioration, et je cessai de lui causer de la peine. Sa tendresse pour la source s'explique. Pour les guides islandais, si les geysers n'existaient plus, il faudrait les inventer ! Sigurd en revanche riait aux larmes — cet âge est sans pitié, — soit de la mine convaincue que je devais avoir lorsque je lançais mes débris de silice dans l'abîme, soit de la crainte du pauvre Gudmundsen.

Le Strokkr avait jadis des éruptions naturelles, et voici comment Henderson (1815) décrit cet intéressant phénomène : < Le lendemain du jour suivant, à 5 heures 20, nous fûmes réveillés pour contempler une éruption de la source difipeiée le Nouveau-Geyser, et située à 140 yards (127 m. 40) de la principale fontaine. Je ne puis donnet une idée de la majesté du spectacle qui frappa mes regards lorsque j'arrivai sur le seuil de ma tente. Une colonne d'eau, accompagnée d'une quantité prodigieuse de vapeurg. s'élançait avec une force inconcevable et un mugissement terrible par un orifice de 9 pieds de diamètre (le Strokkr mesure en effet 3 mètres de diamètre) ; sa hauteur variait entre 50 et 80 pieds, et la fumée qui s'échappait avec elle du cratère obscurcissait l'horizon, quoiqu'il fût à ce moment splendidement éclairé par la vive clarté du soleil levant. Pendant le premier quart d'heure je fus comme cloué à genoux à la place où je m'étais involontairement prosterné pour rendre hommage à l'auteur de tant de merveilles; enfin nous nous rendîmes près du geyser. L'éruption avait cessé; mais la colonne d'eau était remplacée par des effets d'écume et de vapeur qui, libres dans leur ascension, s'élevaient avec un bruit retentissant à une hauteur de très peu inférieure à celle du liquide. Les pierres les plus grosses que nous pûmes trouver, jetées dans le cratère, étaient immédiatement lancées à une élévation prodigieuse, et quelques-unes, chassées plus perpendiculairement que les autres, restaient pendant trois ou cinq minutes sous l'influence de la vapeur, tour à tour poussées vers l'orifice et précipitées dans le fond de la cheminée ; ce

spectacle nous amusa autant qu'il nous surprit. £n passant du côté où se trouvait alors le soleil, nous vîmes un vaste et brillant arc-en-ciel, et, en me rendant sur le bord opposé, j'en aperçus un autre encore plus beau et dont les nuances jetaient semblables à celles de l'arc-en-ciel ordinaire. »

Je m'amusai de même à interposer entre la vapeur des sources et moi, non pas le soleil (c'eût été prétentieux!), mais la lune, qui était alors dans son plein ; cette situation produit une singulière illusion d'optique: L'astre de la nuit, entrant au travers d'un nuage situé sous nos yeux mêmes, s'irise sur ses bords de couleurs étranges et prend de fantastiques proportions au-dessus de la noire vallée Fumante.

Le Strokkr ne s'est pas, à l'instar du Grand-Geyser, créé d'entourage siliceux; c'est un orifice circulaire qui s'ouvre à ras de terre. Aussi advint-il un jour qu'un des chevaux du savant Mackenzie s'y précipita ; il en fut rejeté peu de temps après, entièrement privé de chair. Gela arriva * fl^^gi jadis (je cite de nouveau Leclercq) « à un ivrogne que ^ mauvaise étoile conduisit dans ces parages. Le geyser ne put le digérer et le lança dans les airs, fidèle à ses habitudes. Un Anglais paria qu'il sauterait au-dessus du gouffre : il gagna l'enjeu, au grand désappointement de ses partenaires, qui, avec leur flegme habituel, s'apprêtaient à le retirer cuit à point de l'horrible marmite > . Près de la margelle existe une planche sur laquelle monte le bondi quand il veut lancer "dans le puits les mottes de gazon qui font sa fortune * .

Amis du pittoresque et des voyages originaux, hâtez-vous de voir Tlslande avant qu'un industriel vienne construire un mur autour de l'Haukadalr et perçoive le droit d'entrée des visiteurs !

Bien que la « Baratte » n'ait pas le moindre bassin, quoi qu'en dise Burton, qui non seulement (volume XI, p. 181) y décrit une soucoupe, mais lui assigne le diamètre de â m. 25, elle possède une fine bordure de concrétions siliceuses en chou-fleur.

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