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Cette planche sert également à diriger le jet d'eau

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La gravure précédente reproduit Taspect du côté de la silice du Grand-Geyser ; si ce paysage diffère de ceux que Ton est accoutumé à voir, c'est que presque toujours les artistes ont donné essor à leur imagination sans souci de la vérité. Notre dessin est de la plus stricte exactitude.

A peine avais-je terminé cette vue, que mon guide me dit, de Fair d'un homme qui a quelque surprise à vous faire : < Je vais maintenant vous montrer un autre geyser ! > Nous marchons environ cinquante pas, et nous voilà sur les bords du plus merveilleux bassin que vous puissiez imaginer, sur les margelles du Blesi, le calme après la tourmente, la beauté froide mise en comparaison avec les sublimes colères des autres frères souvent irrités. Représentez-vous deux splendides fontaines communiquant sous terre, seulement séparées par une mince cloison qui n'a guère que 40 centimètres d'épaisseur et remplies d'une eau limpide bleu de cobalt; telle est la pureté du liquide, qu'il semble plus transparent et plus teinté que les eaux du lac de Genève; il vous fascine littéralement par sa magique coloration, que rehaussent encore les reflets azurés du ciel. Comme on s'y plongerait, si de légères vapeurs tournoyant au-dessus de l'onde ne vous avertissaient que la température en est trop élevée î Certes ni la grotte de Calypso, ni le bain de la nymphe Ëucharis ne pouvaient lutter de pittoresque charmant avec cette anfractuosité geysérienne. Sous le cercle arctique, la nature a dépassé la splendide description de Fénelon dans Télémaque, ,

Après avoir épuisé^ dans notre enthousiasme poétique, toutes les interjections admiratives de la langue française, nous nous mimes en devoir d'étudier le Blesi (hlaze en anglais signifie < flamme, lumière »).

En m'approchant très près de l'un des deux bassins et en me penchant un peu pour plonger du regard dans la profondeur bleue, je vis immédiatement que ce n'est pas un véritable mur qui cloisonne les deux chaudières, mais qu'elles communiquent librement ensemble sous une arche de pont submergé; c'est précisément à la submersion de

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ce ponl naturel formé de silice rocailleuse qu'il faut attribuer Terreur de ceux qui décrivent une muraille de séparation.

Lorsqu'on lance obliquement une pierre de faible densité, de façon à la diriger vers la communication, on peut la suivre des yeux, et il lui faut une minute pour disparaître dans les impénétrables et secrètes profondeurs qui défient tout sondage.

L'eau de ces curieux réservoirs est beaucoup moins chargée de sels que n'importe quelle autre source, et cette propriété lui vaut la faveur des touristes, qui l'emploient pour préparer café ou grog du soir. C'est également le bain- marie généralement choisi pour faire cuire les gigots (le mouton ou les conserves de viande.

En les empaquetant avec soin, car elles sont extrêmement friables, on pourra détacher comme souvenir des feuilles d'argentine qui se silicifient sur les bords des puits. Celle des deux fontaines qui s'écoule par un ruisseau lactescent du côté du Grand-Geyser dépose de la silice d'un blanc jaunâtre sur les objets qu'on lui confie, et assurément, croit Robert, celui qui voudrait se livrer en Islande à cette industrie ne manquerait pas de faire une bonne spéculation en faisant vendre en Europe de semblables produits, très recherchés par les amateurs de pétrifications.

Après le Blesi, par ordre d'importance, la plus intéressante source à visiter est celle qui se trouve au sud-ouest du Strokkr;*on la désigne sous le nom de Petit- Geyser; elle semble vouloir compenser sa faible dimension par un débit perpétuel d'une incroyable quantité d'eau ; ses colères sont des plus modérées, puisque jamais elle ne jaillit à plus de 2 mètres.

On assure que la commotion qui réduisit ainsi les proportions (lu Petit-Geyser eut lieu à la suite du violent tremblement de terre de 1789 et que sur les débris de sa puissance anéantie s'ouvrit à quelques pas plus loin le fameux Strokkr, dont nous venons de donner une description détaillée.

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. Burlon conseille aussi l'étude d'une source qui vomit de l'eau rouge; j'ai constaté que ce n'est pas le liquide qui a la couleur cardinale, mais les conferves qui poussent sur la rigole de ce prétendu geyser rouge. Évidemment même ces conferves augmentent la précipitation de la silice.

Enfin, comme il serait trop long de les décrire tous, ajoutons seulement qu'il y a çà et là dans la vallée Fumante maints petits orifices qui bouillonnent tumultueusement sous terre, et qu'on peut agréablement dépenser plusieurs heures à se rendre compte des sept phases de la vie d'un geyser. On lira dans Burton cette division de la vie des geysers en sept périodes, dont le « Grand » représente l'âge mûr, le Blesi aux eaux calmes et dormantes la vieillesse, les margelles vides aux bords rougeâtres la décrépitude et la mort.

Ma première journée fut entièrement consacrée à visiter attentivement toutes ces merveilles, et minuit, l'heure solennelle, me surprit perdu dans ces contemplations. Mais nous sommes en juillet, c'est-à-dire à une époque où la lumière du jour est perpétuelle, et jamais l'ultime Thulé ne me révéla mieux son double aspect polaire et volcanique, glacial et igné. Le froid intense qui régnait sur cette plaine stérilisée par la silice, tandis que nous sentions le sol en feu; les montagnes lointaines ensevelies sous des neiges éternelles et éclairées par la lueur surprenante de cette aurore succédant au crépuscule, ces mille aspects sinistres et étranges, ce prodigieux silence, ces nuages sortant des fissures et semblant une armée de blancs fantômes, tout cela me semblait féerique, d'un autre monde, et seule la plume d'un Chateaubriand ou d'un Bernardin de Saint- Pierre pourrait rendre les sensations éprouvées.... Puis... nous tillâmes coucher.

Le lendemain matin je m'arrachai vite au sommeil et aux affreuses émanations du bœr, pour continuer à explorer la vallée, pour aller prendre des notes sur les sujets qui la veille avaient attiré mon attention, et aussi pour mettre en batterie mon appareil photographique. Afin d'être bien tran-

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quille, bien à mon aise — il faisait du reste un soleil radieux, — je ne trouvai rien de mieux que d'aller m'asseoir, je n'ose dire m'élendre, sur Téminence même qui entoure le Grand- Geyser. Là, tout en écrivant, tout en pensant à vous peindre ce que j'admirais, aimables lectrices, je contemplais la fine dentelle de silice qui forme au bassin la ravissante ceinture déjà mentionnée, ou encore le réservoir rempli d'eau chaude ridée par une brise légère, quand j'entendis tout à coup des bruits inquiétants, comme de sourdes décharges d'artillerie ; je remarquai aussi que les eaux montaient dans le bassin d'une façon peu rassurante, qu'elles s'agitaient bruyamment, qu'elles étaient soulevées par de grosses bulles d'air, et, bref, je n'eus que le temps de m'enfuir en emportant mes cahiers; une seconde plus tard, je recevais le liquide brûlant, qui débordait maintenant et qui dessinait de larges rigoles sur l'escalier siliceux. Ce n'était qu'une alerte : je venais seulement d'assister à une fausse éruption.

Moins traître que le Strokkr^ qui est au Grand-Geyser ce que le tigre est au lion, le * roi des sources chaudes > prévient l'observateur par un formidable rugissement, en cas

d'explosion sérieuse, et l'on est toujours dans la possibilité d'échapper à la douche bouillante.

J'étais humilié cependant d'avoir dégringolé aussi vite de mon observatoire devant le jeune groom, qui riait malicieusement.

Bien des physiciens ont essayé de donner une explication rationnelle de la projection et surtout de l'intermittence de ces jets d'eau chaude; aujourd'hui c'est l'opinion de Tyndall qui semble prévaloir. Voir ci-contre la figure de l'appareil qui lui servit à reproduire le phénomène geysérien.

Comme vous le voyez, ce n'est qu'un simple tube de fer, obturé à son extrémité inférieure et couronné en haut par

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une petite euvetle circulaire remplie d'eau. En chauSanlce tube à sa base d'une part, au moyen d'une lampe à alcool, el de l'autre dans sa partie moyenne à l'aide d'un second foyer constitué, si l'on veut, par un bec de gaz, on voit, à des intervalles 1res rapprochés et bien rythmés, un jet d'eau

bouillante s'élancer hors de la cuvette. Dans l'espace surchauffé au milieu de la cheminée, l'eau, se trouvant portée à une température plus élevée, se résout immédiatement en vapeur et acquiert ainsi une tension capable de projeter au dehors, par soubresauts, toute la partie hquide qui se trouve au-dessus d'elle-même. Vous pouvez encore obtenir ces jets intermittents au moyen d'une simple pipe en terre : pour cela vous n'aurez qu'à chauffer au rouge sombre la

partie moyenne du tuyau, que vous tiendrez légèrement incliné, puis à verser de l'eau dans le fourneau. Vous verrez alors que le liquide, au lieu de former un courant continu, s'échappera par petits jets saccadés et assez violents.

De ces deux expériences il résulte que l'on peut, en effet, parfaitement concevoir que, sur le trajet du canal du geyser, il existe un point SEP A où la colonne d'eau se trouve surchauffée par l'arrivée de vapeurs à haute température, issues des fractures ffff de la roche encaissante et venant des profondeurs du sol.

M. Bunsen, s'appuyant sur le fait bien constaté qu'à 20 mètres de profondeur les eaux du geyser accusent aux Ihermométrographes une température de 124° centigrades, à 10 mètres 104°, et qu'à la surface du bassin elles marquent encore 100°, établit précisément une théorie sur cette décroissance graduelle de la température. Pour lui, lorsque quelques bulles de gaz ou de vapeur se forment au fond du puits, elles soulèvent toute la colonne, et alors les couches de liquide profondes, étant délestées d'une partie de la pression qui les maintenait aqueuses, se vaporisent subitement et projettent au dehors toute l'eau qui est audessus d'elles.

Quant au Strokkr, le mécanisme qui permet les éruptions à la volonté du voyageur réside dans le rétrécissement de son tube vers le milieu. Lorsque les mottes de terre ont obstrué cette étroite partie du canal, la température acquiert une élévation considérable au-dessous de l'obstacle, et bientôt la vapeur surchauffée s'échappe victorieusement, entraînant avec elle les corps étrangers, qu'elle projette violemment sous les yeux du touriste provocateur.

Les eaux du geyser sont inodores et n'ont aucune saveur désagréable. Refroidies, nous les bûmes avec plaisir. Mais où elles sont exquises, c'est pour le bain. Ayant choisi pour mes ablutions un ruisseau situé près de la ferme et qui s'échappait d'une source d'eau chaude, je trouvai au liquide un moelleux, un velouté très spécial ; évidemment

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cela tient aux sels de soude qui entrent dans sa composition. Le docteur Black en a donné l'analyse suivante.

Dans 10 000 grammes d'eau du Grand-Geyser il a trouvé 10 gr. 75 de résidus, qui se décomposent ainsi :

Soude 0«»,95

Alumine 48

Silice 5 40

Muriate de soude 2 46

Suiratc de soude 1 46

Charles S. Forbes, dans Iceland, its volcanoes, geysers and glaciers, estime l'âge du Grand-Geyser à 1060 ans.

Je recule de beaucoup cette date, et je m'appuie pour soutenir cette opinion sur mon étude des plantes fossiles et sur le chiffre du dépôt de silice en un siècle. Toutefois les annales de la Norvège ne mentionnent les sources qu'à partir du xiii° siècle, mais ce silence ne prouve absolument rien, pas plus que les sagas chantant les antiques forets ne démontrent l'existence de celles-ci.

Si le célèbre historien Ari Frodi, qui résidait au milieu même de la vallée Fumante, à Haukadalr, n'en parle pas dans son Landnamabok (livre très détaillé du xi° siècle qui traite de l'état du pays à l'arrivée des premiers colons Scandinaves), c'est peut-être qu'il avait décrit les geysers dans un de ses ouvrages antérieurs qui n'est pas parvenu jusqu'à nous, ou bien que le tube n'était pas encore assez élevé pour diriger un jet puissant. Je donne cette dernière réflexion sous toute réserve ; c'est une idée qui m'est venue en contemplant les sources : n'est-il pas évident qu'une certaine longueur de canon est nécessaire à la lointaine projection d'une balle? Si en effet les geysers n'étaient alors que des sources chaudes analogues aux autres qui se rencontrent par centaines dans la Terre de Glace, on comprend que notre auteur se soit abstenu d'en faire une description spéciale.

Mais c'est assez parlé science ; il est temps de quitter la

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région pour aller visiter d'autres contrées qui nous réservent aussi bien des curiosités. Toutefois ce serait un crime de lèse-paysage que d'abandonner la vallée sans faire l'ascension du Langafjall : nous n'y manquâmes pas, et nous fûmes largement récompensé de ce léger surcroît de fatigue par le. tableau si plein de contrastes qui se déroula devant nous.

Au sud, l'Hekla perçait le ciel gris de sa cime neigeuse : on le distinguait très nettement au-dessus des collines qui bordent la rive gauche de la Hvita ; plus loin, les glaciers argentés de la côte sud laissaient entrevoir leurs blanches lignes sinueuses ; enfin à nos pieds se déroulait la vallée siliceuse, rude, escarpée et laissant échapper çà et là ses nuages ondulants. C'étaient à la fois les Alpes et le pied du Vésuve, la neige boréale et le feu de la Sicile!

Sur le flanc même de la colline s'étagent du reste maints sujets d'intérêt. Les sources chaudes s'y voient dans leur extrême vieillesse, depuis les chaudières qui ne bouillent ni ne fument plus jusqu'aux tubes ou cônes inutiles qui se sont élevés sur les débris d'anciens geysers à tout jamais éteints.

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