CHAPITRE VIII
THINGVELLIR
Le plus célèbre endroit de l'Islande. — Curieuses crevasses. — Une description difficile. — Supplice de la femme adultère. — La roche Tarpéienne. — La montagne de la Loi. — Duels sauvages. — Adoption du christianisme. — Les prêtres aubergistes. — Route de Reykjavik. — Monotonie du paysage. — Aspect de lacapitaleau retour d'une excursion dans Pintérieur.
Me voici parvenu au point le plus difficile de ma tâche, à la description de Thingvellir, le plus célèbre endroit de l'Islande. Serai-je plus heureux que mes devanciers, qui écrivent les uns après les autres que tenter l'aventure est chose impossible! J'espère que oui, non pas que j'aie la suffisance de me croire supérieur aux hommes de talent qui ont donné sur l'île d'excellentes relations, mais parce que l'un des premiers, sinon le premier, je n'ai marché qu'accompagné d'un bon appareil photographique. Or, si la peinture est l'art de peindre la parole et de parler aux yeux, la photographie est l'art de transporter sous le regard du lecteur, avec une fidélité trop mathématique peutêtre, les moindres détails d'un paysage.
D'un autre côté, je vais m'efforcèr, tout en respectant les légendes poétiques, de faire œuvre de géographe et de géologiste moderne.
Observons d'abord que le vrai mot islandais est Thing-
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vollr, qui donne au pluriel Thing-vallr (champs du Thing). Les aborigènes écrivent Thing avec le caractère runique et anglo-saxon |), dont j'ai parié dans le chapitre précédent et dont les Anglais ont fait leur th.
Mais Thingvalla (prononcez Tignevalla) étant le mot employé par les étrangers, je m'en servirai toujours.
Cette vallée historique, à peu près carrée, est l'une des plus remarquables du monde entier sous le rapport géologique. Elle a environ 6 kilomètres dans tous les sens. Pour en prendre une bonne vue d'ensemble, le meilleur moyen est de se placer sur le monticule qui surgit presque en son centre. De ce point j'embrassai sa surface entière, et je ne tardai pas à me convaincre qu'elle a dû sa formation à une coulée de lave sortie du Skjaldabreid * et venue combler en partie le lac de Thingvalla, qui termine la plaine au sud. Sa direction est du S.-S.-O. au N.-N.-E.,et elle est limitée à gauche et à droite par deux profondes crevasses, flanquées elles-mêmes de deux gigantesques murailles de Chine naturelles. De ces deux crevasses, l'une est dite Almannagjà (De-tous-les-hommes), parce que les meetings s'y tenaient quand les élus du peuple siégeaient sur la montagne de la Loi; l'autre se nomme Hrafnagjà (crevasse des Corbeaux).
La première fois que l'on se trouve en présence de ces jeux volcaniques^ on serait tenté de les prendre pour de formidables remparts où rien ne faii défaut, glacis, contrescarpe, escarpe crénelée. J'essayai souvent avant mon voyage de me les représenter ; aucune lecture ne réussit à m'en donner une idée exacte, parce que toutes les descriptions omettent ce point capital de faire remarquer qu'il y a en réalité quatre murailles. Si nous osions employer la clarté de style des anatomistes, nous dirions que l'on trouve d'abord une première grande muraille, un fossé profond ; une seconde muraille, moins élevée que la première et atteignant presque le niveau général de la plaine. Ces deux