CHAPITRE XII
AKREYRI ET L'ASKJA
Une délicieuse surprise. — Les ours blancs. — « Voir un arbre et mourir! » — Photographie. — La fabrique d'huile de foie de requin. — Horrible drame. — Conseil de guerre. — Promenade charmante. — La cataracte de Dieu. -— Husavik et l'exploitation des mines de soufre. — Geysers du nord. — Rennes sauvages. — L'Askja ou le plus grand cratère de l'Islande. — L'effrayante éruption volcanique de 1875. — L'explorateur William lord Watts. — Le désert des malfaiteurs. — Lichen d'Islande. — Pourquoi la géologie de la Terre de Glace est encore si peu connue.
Nos poneys, qui viennent de galoper furieusement au travers des rues de la ville, s'arrêtent devant un hôtel qui a fort bonne mine, et un brave homme, Herr Jensen, se tient gentiment sur le seuil de la porte pour nous recevoir.
Jamais on ne se serait cru au nord de la Terre de Glace. Il nous invite h monter un escalier et, continuation de surprise, nous ouvre une chambre numérotée où nous apercevons un bon petit dodo à l'européenne.
J'éprouvais une délicieuse sensation en pensant que j'allais jouir quelques jours d'une vie presque civilisée, après l'existence sauvage que nous venions de mener en traversant le désert. Je sentais que Capoue allait dompter ma passion pour les chevauchées interminables.
Notre bote nous apprit au dîner qu'il était Danois du
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Schleswig et qu'il avait mieux aimé venir fonder une auberge sous le cercle arctique que de devenir Prussien ; voilà comment je fus redevable aux Allemands de trois bonnes journées sur la Terre de Glace. Mme Jensen est Islandaise, et me présenta de fort beaux enfants, dont une grande jeune fille. Après le repas, servi à la danoise, nous descendîmes dans une salle spacieuse, et nous pûmes nous y livrer à Texercice du noble jeu de billard ! Je me permets de donner ces détails, qui ne manqueront pas d'intéresser touristes et officiers de marine.
Akreyri, qui compte actuellement 400 habitants, est la seconde ville de llslande : c'est une cité composée de quelques maisons de bois, appartenant aux négociants danois, et de basrs dans les faubourgs.
La ville s'étage sur la rive gauche de l'Eyafjôrdr et s'étend presque jusqu'à l'embouchure de la rivière Eyafjardarà, qui vient se jeter dans le golfe. On doit toujours s'attendre à trouver un fleuve à l'extrémité des fjords, puisque ces derniers sont constamment la continuation d'une vallée comprise entre deux montagnes parallèles à la direction générale du bassin. L'Eyafjardarà n'est guéable qu'à marée basse et tout à fait à son embouchure ; plus loin elle se divise en six ou sept bras, circonscrivant des prairies marécageuses. Il résulte de cette disposition que les communications avec les villages situés sur la rive droite sont des plus difficiles, et j'engage ceux qui d' Akreyri iront visiter soit le beau lac Myvaln, soit les foyers volcaniques du nord, soit chasser le renne aux alentours de Grimstadir, à faire transporter les poneys en barque plutôt que de s'engager dans de perfides fondrières.
Le port, abrité à l'est et à l'ouest par des montagnes qui atteignent jusqu'à 1090 mètres d'altitude, est meilleur que celui de Reykjavik, mais reste souvent encombré déglaçons jusqu'au mois de juillet, comme on peut le voir par la photographie reproduite à la page 227.
Avant l'importation du fusil, des bandes d'ours blancs plus ou moins nombreuses se laissaient transporter des
régions polaires sur ces radeaux de glace et commettaieal de grands dégâts parmi les troupeaux de moutons. Les habitants faisaient tout leur possible pour détruire ces envahisseurs aussitôt qu'ils les apercevaient. Souvent ils formaient un cordon pour les faire retourner à la mer, où on les voyait remonter sur leurs glaçons et s'en aller à la dérive. De nos jours il en vient encore jusque dans la rade ; c'est ainsi qu'en 1882 le frère du gouverneur put se procurer la magnifique fourrure que j'ai admirée chez lui,"en dépouillant un ours blanc qui était venu mourir, empoisonné par une boulette de str\ chnine mise pour les renards bleus sur la montagne.
De véritables troupeaux de baleines animent également l'Eyafjôrdr.
Mais si vous priez un indigène d'Akreyri de vous citer les curiosités de son pays, ce n'est ni des ours blancs, ni des baleines, ni même de la belle église en bois de sapin récemment construite qu'il vous parlera. Il vous prendra par la main, vous conduira devant la maison du gouverneur {Varritmadr) et vous regardera pour voir si vous êtes étonné. < Hâtez-vous de nous faire savoir ce que vous verrez > , me direz-vous, lecteurs impatients.
Eh bien, je verrai Yarbre, le fameux sorbier des oiseaux {Sorbus aucuparia), qui ne pousse que là. Les Italiens disent : « Voir Naples et mourir » ; les Islandais répètent la môme chose avec la variante que vous devinez. Un habitant du sud tient parfois ce langage à ses enfants : « Si vous êtes sages, quelque jour je vous offrirai le voyage d'Akreyri, et il vous sera donné de contempler un arbre de 5 mètres de haut > .
Avant mon départ pour l'Islande, tous les amis me faisaient cette réflexion : « Vous allez dans un pays où il n'y a qu'un arbre ». C'est ce qu'ils avaient retenu de plus remarquable de leurs lectures sur la Terre de Glace. La vérité m'oblige, je ne dis pas à détruire, mais à rectifier la légende.
En réalité, il y a quatre sorbiers dans la ville même, et j'en ai vu deux dans les baers des environs.
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J'en remarquai un très fleuri au milieu d'une cour, et le propriétaire me permit de cueillir plusieurs rameaux pour mon herbier.
Ce n'est donc pas le froid qui entrave le développement de la végétation en Islande, puisque c'est dans l'extrême
Va sorbier de> oiseiui, seul «rbra existaot en Jslonde.
nord de l'ile que l'on trouve, non seulement les quelques arbres, mais aussi les moins mauvaises cultures, de véritables cbamps de pommes de terre par exemple. A quoi faut-il donc rapporter la stérilité? aux vents violents qui balayent constamment la contrée et au peu d'épaisseur de l'humus. Or Akreyri est, d'une part, fort bien abrité par l'escarpement des montagnes qui le dominent, el, de l'autre,
situé sur un Icrrain où de longs siècles de repos ont accumulé une bonne couche de détritus herbacés. Nous ne sommes du reste ici qu'à la latitude de 64" environ, et sous ce même degré j'ai vu en Norvège des forêts de. pins, de sapins et de bouleaux magnifiques.
Je me suis appliqué à démontrer que la végétation n'a pas changé en Islande depuis un temps immémorial. Si donc les habitants ne possèdent que quelques arbres, c'est qu'ils ne font rien pour leur conservation ou pour les perpétuer. Qu'ils établissent une jeune rachée de sorbiers bien à l'abri du vent, qu'ils la protègent l'hiver contre la gelée, et je leur prédis qu'en une vingtaine d'années elle montera à 5 mètres. Je ne parle, bien entendu, que de la culture en jardin. Au beau miheu de la campagne, les arbres n'ont jamais pu ni ne pourront jamais croître, puisque, par sa situation, la Terre de Glace est vouée aux ouragans, aux avalanches, etc.
Vamtmadr^ c'est-à-dire le lieutenant-gouverneur de la moitié septentrionale de l'îre, le très aimable M. Havsteen, Islandais marié à une Danoise, m'ayant aperçu au moment où je prenais la photographie de l'arbre qui décore sa résidence, m'invita gracieusement à dîner. « J'accepte volontiers, dis-je, mais permettez-moi de faire un instantané. >
Le signe d'assentiment n'eut pas été plus tôt accordé que ses deux bébés et lui-même étaient à la disposition de mon album ! La petite fille se trouvait justement placée près d'un beau pied d'angélique, qui- donnait une idée de la vigueur avec laquelle pousse cette plante dans le Nord. Restait cependant à vaincre une difficulté : c'était de parvenir à développer immédiatement le cliché, en dépit du jour perpétuel. « C'est très facile, me dit mon hôte : nous n'avons qu'à aller chez le boulanger. — Pourquoi cela? demandai-je ; pour me mettre dans son four noir? — Mais non, répondit-il en éclatant de rire ; vous ne savez donc pas que le boulanger d'Akreyri est une trinité? il est maître de poste, boulanger et photographe. — Parfait! > m'écriaije, et quelques minutes après je développais à cœur joie,
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en compagnie de Mme la photographe, car c'est elle et non son mari qui opère.
L'image révélée, nous hélâmes un batelier et nous nous dirigeâmes sur Oddeyri. Arrivés au milieu du golfe, je trouvai le panorama fort beau : à notre droite, des rivières, des torrents, des cascades venaient de la montagne se précipiter dans les eaux du fjord ; en face de nous, les sommets des deux chaînes, couverts de glaces éternelles, passaient par tous les tons, suivant l'inclinaison des rayons du soleil couchant.
Mais si l'œil était rayi, le nez avait beaucoup moins sujet d'être satisfait. Le vent soufflait de l'est et nous amenait l'odeur nauséabonde qu'exhalent les ateliers de fabrication d'huile de foie de requin. Nous débarquâmes entre deux rangées de cuves où nageaient les foies décomposés, puis nous entrâmes dans un local encombré d'immenses réservoirs où la vapeur d'eau barbote continuellement pour décolorer le produit qui sera vendu plus tard, disent les mauvaises langues, sous le nom d'huile de foie de morue. Le long du littoral, les requins, surtout le Squalus acantkias, ' sont très abondants; on les prend au moyen de lignes et d'hameçons.
L'usine appartient au frère du gouverneur. Il désirait me consulter pour une maladie assez bizarre que j'ai souvent remarquée en Islande. Presque subitement il avait vu ses doigts se mettre en flexion, et ils y resteront, à moins d'opération chirurgicale, car ses deux oncles et son père étaient depuis longtemps atteints de la même façon.
Pour le moment il n'avait de pris à la main droite que l'auriculaire, mais l'index et les deux derniers doigts de la main gauche étaient invinciblement contractés. L'état général, malgré cette infirmité, ne laissait rien à désirer.
Le contremaître de la fabrique m'expliqua que l'huile de requin n'était pas leur seule industrie ; qu'ils avaient aussi quelques baleiniers attachés à l'établissement, et, me montrant une barque échouée sur le rivage, il me conta l'horrible drame suivant :
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Quatre de leurs hommes, quelques mois avant notre passage, étaient partis dans cette barque à la poursuite d'un cétacé qu'ils avaient aperçu aux abords de Hrisey ; mais, parvenus là, une bourrasque les entraîna au large. Bientôt les provisions furent épuisées, deux pêcheurs succombèrent au froid et à la faim ; on les jeta par-dessus bord. Le troisième mourut le lendemain, et le malheureux survivant, rendu fou par les privations, se mit à dévorer le cadavre de son camarade.
Quand un navire rencontra la chaloupe, on trouva, sur un corps aux trois quarts rongé, le misérable matelot gisant inanimé.
A force de soins, on parvint à le rappeler à la vie, et aujourd'hui il est absolument guéri, bien qu'on ait dû lui faire à l'hôpital d'Akreyri l'amputation des deux pieds !
Celte histoire lugubre n'est malheureusement qu'une de plus à ajouter à la longue série des épouvantables misères qui peuvent torturer les pêcheurs de baleine entraînés sur l'océan Glacial. Jadis les habitants d'Oddeyri allaient dans des pirogues non pontées jusqu'au rocher de Meven-Klint, pour y ramasser les œufs et chasser les phoques ; ils perdirent tant de monde, soit dans la traversée, soit en accostant, qu'ils ont fini par renoncer a celte misérable et dangereuse industrie.
Comme je rentrais à l'hôtel Jensen, je fus interviewé par le directeur d'un des journaux de la localité ; je lui expliquai d'abord ce que j'étais venu faire dans sa ville hyperboréenne ; puis, à mon tour, je lui demandai quelques renseignements sur la politique. Il m'apprit que la seconde capitale possède deux journaux : le Nordlingu, qui est conservateur, et le Frodi, qui est libéral. Naturellement les deux feuilles se font une guerre acharnée, n'ayant que peu de nouvelles fraîches à donner, puisqu'elles ne sont que tous les mois en relation avec les courriers du continent.
Les < Akreyritains > aiment passionnément la lecture; presque tous sont abonnés aux « revues •» de Reykjavik et
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fréquentent avec assiduité leur bibliothèque publique, qui, chose curieuse, se trouve dans la prison!
Lorsque la cité ou ses environs n'eurent plus de secret pour moi, je réunis mon conseil de guerre pour délibérer. Puis, déployant la carte du brave Gunnlaugssonn sur les genoux de Bjorn et de Gudmundsen, je me demandai quel itinéraire nous allions suivre pour redescendre au sud. Je brûlais d'envie de visiter le principal foyer de l'activité volcanique du nord, d'aller à Husavik, à Uxaghver (les geysers septentrionaux), au beau lac Myvaln, enfin à FAskja ; d'autre part, je désirais voir le temple de Holar, les rives du Faxafjodr, Reykholt, l'ouest de l'Islande en un mot; j'étais fort perplexe.
Après mûre réflexion je me dis que Husavik n'était que la reproduction des solfatares de Krisuvik, que les geysers du nord ne différaient de ceux du sud que par leur moindre dimension, que le lac Myvatn n'était pas plus beau que celui de Thingvellir, que, l'Askja ayant été étudié enl876 par M. William lord Watts, en 1881 par M. W.-G. Lock, en 1882 par M. Delman Morgan, je ne trouverais probablement aucun fait nouveau à recueillir après ces consciencieux explorateurs, et je me décidai à rentrer par l'ouest, en évitant autant que possible de reprendre les sentiers déjà parcourus.
J'ignorais alors que l'année 1887 me fournirait l'occasion de revenir et me permettrait de visiter une petite portion de l'espace compris entre Akreyri et la côte de l'est; bien donc me prit de choisir l'ouest.
Cependant, comme j'ai le désir de donner un livre qui puisse, à la rigueur, servir de cicérone, je vais terminer ce chapitre en résumant succinctement ce que j'ai fait, ce que les guides du pays m'ont appris des excursions aux environs d' Akreyri et ce que je trouve sur l'Askja, le plus grand cratère de l'Islande, dans des notes qui m'ont été fournies par le premier Européen qui visita ce volcan, M. James Wight. Je rencontrai cet honorable membre de la Société de Géographie d'Ecosse à Edimbourg, et nous
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eûmes ensemble de longues conversations sur la région que je vais décrire.
Une promenade charmante ei qui ne prend que deux jours, c'est d'aller coucher au baer d'Einarstadir. Au sortir du fjord, que l'on passe en barque, on escalade un sommet de 650 mètres, le Vadlaheidi (la Lande du Gué), puis à la descente se trouve actuellement une route construite qui traverse la belle vallée de Fnjoska. Le site est embaumé des senteurs d'un petit taillis de bouleaux qui donne asile, au mois d'août, à de nombreuses couvées de grouses. J'en tuai quatre, et je remarquai qu'elles étaient beaucoup plus grosses que celles que j'avais chassées aux environs de l'Arnarvatnsheidi. Cette variété est le Lagopus subalpina, identique au dal ou scuveryper de la Norvège. Après avoir franchi sans difficulté les eaux de la rivière, nous traversâmes un petit désert de cendres volcaniques, puis nous pénétrâmes dans la verdoyante vallée de Hais, qui se termine aux crêtes du Viknafjall (montagne des Ponces). Il n'y a plus qu'à la sillonner pour atteindre les rives du beau petit lac Ljosavatn, resserré entre des pics abrupts et dont les eaux bleues contrastent agréablement avec la teinte noire des cônes calcinés qui le bordent.
La ferme est située au sud-est du lac, et, pour y parvenir, il faut se débarrasser de la Djupa (rivière Profonde), qui serpente à travers une prairie couverte de débris volcaniques, d'anciens cratères et môme de véritable lave. Nous prîmes le café dans la chambre de l'hôte, qui est bariolée de peinture rouge, bleue et jaune. L'intérieur de l'égHse succursale resplendit également de couleurs vives, mais ne présente de remarquable qu'une chaire de vérité, sculptée en 1796.
A une heure de la ferme est située la grande chute de Godafoss (cataracte de Dieu), beaucoup moins belle que la chute d'Or, dont nous avons plus haut donné la description; elle est, comme toujours, divisée en deux parties par un îlot qui affecte la forme d'un V.
Le Skjalfandafljôt forme encore deux autres chutes : celle de la Chèvre et celle de la Laine (Geitafoss et ;Ullarfoss).
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La première est intéressante par les grottes nombreuses dont sont percées les roches surplombantes, et la seconde borde un îlot où se tenait autrefois l'assemblée locale ou Thing provincial.
Ici s'arrête notre expérience personnelle, mais nous savons que Ton peut coucher à Einarstadir, pour de là visiter le lendemain le gr^nd lac des Cousins (Myvatn).
Si au contraire on veut se diriger vers le nord, on peut passer la nuit à Muli et gagner Husavik le second ou troisième jour, selon l'allure des poneys.
Husavik est un petit port où font régulièrement escale les steamers danois et ceux des MM. Slimon, bien que les déchargements y soient extrêmement difficiles. La côte est rocheuse, et les habitations sont construites à 10 mètres au-dessus du niveau de la mer. On a élevé un débarcadère en forme de pont pour le comptoir danois, qui est tenu par Herra Gudjohnsson, dont tous les voyageurs vantent l'hospitalité. Il a fallu une nécessité bien impérieuse pour fonder un établissement sur une crique aussi mauvaise, où la mer brise par-dessus le seul abri qu'il y ait : un récif placé au sud de la pointe de la baie. Mais les transports par terre sont tellement difficiles avec Akreyri, qu'il n'est pas possible d'y conduire le soufre ou les autres produits de la région.
En 183S, un Lyonnais, M. Louis Baron, purifiait le métalloïde, que lui apportaient à vil prix les paysans islandais, dans un établissement qu'il avait fondé à Husavik. A cette époque on en expédiait également des chargements considérables en Danemark, pour les poudrières royales. Aujourd'hui l'exploitation est à peine continuée, parce que le charbon, les routes et les moyens de transport font défaut.
Une compagnie anglaise ne parvint qu'à y engloutir tous ses capitaux, il y a quelques années, et j'ai déjà dit que le directeur de la concession quitta le pays sans payer les malheureux qu'il avait employés.
On peut voir, au sujet des mines de soufre, deux études, dans le Standard du 1" novembre 1872 et dans le Mining journal des 29 août et 15 septembre 1874 (London).
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Non loin d'Husavik sont les geysers du nord, dont le principal porte le nom d'Uxahver (source du Bœuf), parce qu'un bœuf y tomba un jour et fut rejeté quelques minutes après à l'état de « pot-au-feu » .
Robert rapporte que lorsqu'il vint les étudier, le plus grand, dont le bassin circulaire a 40 mètres de diamètre, ne jaillissait plus, mais était constamment rempli d'eau à la température de 401** centigrades.
Il recommença à jouer les années suivantes, pour cesser de nouveau pendant une longue période après le tremblement de terre qui précéda l'éruption de l'Askja ; mais de nos jours la vigueur lui est revenue, et maintenant il lance pendant une demi-minute jusqu'à 2 ou 3 mètres une colonne d'eau chaude de 4 mètre de diamètre. Après l'éruption il y a une période de repos de cinq à six minutes, et l'eau baisse dans le bassin de 4 mètre à 4 mètre et demi, pour venir affleurer ensuite l'orifice et recommencer à s'élever en douche.
Lock fait observer que si l'on était tenté de s'écrier avec l'infortuné poète Digwell, mort de faim en Islande : « A quoi servent ces geysers dardant vers le ciel leurs colonnes écumantes ? Gomment des sources d'eau chaude pourraientelles apaiser la faim du voyageur? » on trouverait gâteaux et café à la ferme de Reykir, située à quelques pas des fontaines.
Au nord et non loin d'Husavik aussi, sur le bord de la mer, est un village du nom de Hallbjarnarsladir, où l'on pourra visiter un gisement très remarquable de bois fossile (surturbrandw) , accompagné d'ossements de phoque et de coquilles identiques à celles qui vivent encore {Cyprina islandica, Mya arenaria^ Natica clausa, etc.).
Puis on peut se rendre à Asbyrgi et descendre le cours de la Jôkulsa jusqu'au Niagara islandais, que Watts considère comme la plus grande cascade de l'Europe : j'ai nommé la Dettifoss.
Outre cette merveilleuse attraction, si de la Dettifoss on revient directement au Myvatn sans poursuivre dans les
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déserts connus sous le nom de Myvatnsôrœfi, on sera certain de rencontrer et' peut-être pourra-t-on tuer des rennes sauvages r Un troupeau hante continuellement les bords du lac Éternel (Eilifsvatn), et l'on a, pour se mettre à raffut ou s'abriter, une ferme en ruine nommée Hlidarhœli.La meilleure saison de sport est le mois d'août.
C'est vers 1768 que les rennes furent importés en Islande. Un M. Thodal en fit venir treize de Norvège. De ces treize, il en mourut dix en mer, faute de soins. « Les trois qui sont restés réussissent bien, dit von Troil, évêque de Linkjœping, qui voyageait ici en 1772; ils avaient déjà donné trois portées quand nous étions en Islande. La nourriture propre à ces animaux est abondante, par la quantité de mousse de 7'ennes qui se trouve dans le pays. »
Ayant gravi avec précaution les pentes formées d'obsidienne de la montagne de Hrabntinulshriggur (pardon, lectrices, pour ce mot de dix-huit lettres), les membres de la commission scientifique du voyage en Islande et au Grônland aperçurent, en 1836, un troupeau d'une centaine environ. Ils firent rouler, du haut de la montagne, des pierres jusqu'au milieu des animaux, qui prirent alors le galop en faisant claquer fortement les articulations métatarsiennes et métacarpiennes de leurs membres les unes contre les autres. J'ai vu en Laponie un millier de rennes domestiques parqués dans le même enclos ; ils firent ainsi devant moi claquer leurs genoux, et je ne puis mieux comparer ce cliquetis singulier qu'au bruit produit par l'étincelle électrique.
Depuis cent ans on voit que les trois primitivement importés ont fructifié, puisqu'on connaît maintenant au moins trois troupeaux dans différentes régions, et on remarquera aussi que, depuis cinquante ans, le point où ils prospèrent le mieux est placé entre le Myvatn et Grimstadir. Là, au moindre bruit, la bande détale sur les lits de lave tordus et crevassés, gagne les montagnes, et il est presque impossible de les y suivre.
L'année dernière cependant, un de mes camarades, qui ne
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vint que quelques semaines dans la Terre de Glace, tua un vieux mâle muni de beaux andouillers.' Je dois avouer qu'aux alentours des solfatares de Krisuvik j'aperçus de très loin deux animaux au pelage blanchâtre, courant dans le fond d'un ravin, mais je n'oserais absolument pas affirmer que ce fussent des rennes. Peut-être élaient-ce simplement deux renards. Le renne n'est pas utilisé, comme en Norvège. On ne saurait penser à l'atteler au traîneau sur un sol aussi montagneux et surtout aussi raviné.
De Grimstadir à Môdrudals le sentier existe, c'est-à-dire peut se reconnaître aux traces de pas marqués par les caravanes antérieures, et de Môdrudals on va à la région de la côte est, que j'ai parcourue et que je décrirai dans la seconde partie de ce livre. On peut aussi faire de Grimstadir (à moins qu'on ne préfère Svartarkot, avec le fermier Einar pour guide) un centre de ravitaillement pour aborder l'Askja, dont j'ai maintenant à vous faire connaître l'histoire.
L^ASKJA ou LE PLUS GRAND GRATÉRÇ DE l'iSLAP^DB
Il n'y a que douze ans que ce volcan est, je dirai, bien connu ; car c'est une erreur, comme me le faisait remarquer le gouverneur de Reykjavik, que de répéter avec tous les écrivains anglais qu'on ne le connaissait pas auparavant.
L'Askja (ce mot signifie en français « cassette ou boîte ») existe sur la carte de Gunnlaugsson ; mais comme il fallait traverser les trente ou quarante milles du terrible désert de rOdadahraun pour y aller, que de plus les Islandais croient encore un tout petit peu aux sorciers et aux descendants des hommes mis hors la loi, il ne fallut rien moins que la grande éruption de 1875 pour appeler l'attention sur ce principal foyer de l'adivité volcanique de l'Islande.
Il est situé dans la chaîne du Dyngjufjoll, que l'on aperçoit des parties habitables du nord de l'île.
A la fin de 1874 on ressentit quelques tremblements de
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terre dans le nord-est de l'Islande, et le 3 janvier 1875 on vit une colonne de cendre s'élever au-dessus du Dyngjufjôll ; cette éruption ne causa du reste aucun dommage. D'après les recherches de M. le professeur Johnstrupp, de Copenhague, qui fut envoyé en mission en 4876 par le gouvernement danois, les cendres provenaient de cratères situés dans l'angle sud-est de ï'Askja, 94 mètres plus bas que le champ de lave et 438 mètres plus haut que le lac.
Du 9 au 42 janvier, ces cratères émirent une telle quantité de fumée et de vapeur visibles pendant le jour, tandis que, la nuit, la réflexion des flammes embrasait le ciel, que les habitants de Reykjavik les aperçurent. Mais, comme d'habitude, ils crurent à une éruption du Skaptarjôkull.
Le Skaptarjôkull est un volcan qui confine au grand - glacier Vatna et qui, comme Figaro, vaut mieux que sa réputation. Il dort depuis longtemps; mais malgré ce sommeil, dès qu'un peu de fumée vient à s'élerver au-dessus du centre de l'Islande, c'est lui qu'on accuse.
Bientôt les cratères s'apaisèrent momentanément, après avoir lancé de gros blocs de tuf et de basalte, dont quelques-uns de 31 mètres cubes, à plus de 30 mètres de hauteur. Alors, le 18 février, le Sveinagja, dans le désert du Myvatn, entra en éruption, et le 10 mars seize nouveaux orifices, s'étant formés, vomirent des torrents de lave jusqu'au 29 du même mois, jour où le Dyngjufjôll, qui alternait, on le voit, reprit à son tour. C'est cette éruption du 29 mars qui est connue et décrite comme la grande éru-^ ption de la vallée d'Askja. Elle provenait du cratère le plus septentrional. La cendre fut en partie transportée jusqu'en Norvège, c'est-à-dire à 475 lieues françaises, et il en tomba même aux environs de Stockholm le 29 mars au soir. Des centaines de fermes furent abandonnées à l'est de l'Islande, après que les malheureux bondi eurent vu leurs cultures de gazon recouvertes de sable et de pierres ponces (la masse de ces dernières a été évaluée à 400 millions de mètres cubes), dont le volume variait de 50 a 100 décimètres cubes. Sur un espace où il y en avait une épaisseur
de 60 à 400 centimètres cubes, elles recouvraient, dit Th. Thoroddsen, le professeur de l'École royale de Modruvellir, une couche de neige de près de 8 mètres provenant de l'hiver de 1874-1875. Heureusement les paysans se débarrassèrent assez rapidement de la cendre légère, des pierres ponces, etc., et aujourd'hui, en 1887, les baers de l'est m'ont présenté un aspect aussi riant que celyi des habitations qui ne furent pas éprouvées.
Le 4 avril on observa plusieurs éruptions sur le Myvatnsorœfi, et il est probable qu'en juin elles continuaient encore, puisque l'intrépide William lord Watts, qui osait alors le premier traverser la région inconnue du Vatnajokull, aperçut vers le nord un nuage de fumée en forme de champignon qui planait au-dessus d'une immense montagne surgissant au milieu du grand désert de l'Odadahraun. Malgré les fatigues et les privations inouïes que le jeune explorateur venait de supporter pendant les douze jours que dura son odyssée sur un glacier qui recouvre une superficie de 3000 milles carrés, il n'hésita pas à courir jusqu'au volcan, et nous lui devons une description exacte de l'état du cratère à cette époque. (Lire Across the Vatnajokull^ Londres, 1876.)
Mais si c'est à l'étudiant en droit Watts que revient l'honneur d'avoir jeté, par son courageux exploit, quelque jour sur le mystérieux glacier, ce n'est pas lui qui nous fit connaître le premier le plus grand volcan de la Terre de Glace.
Cette gloire appartient à l'Islandais Jon Thorkelson, mieux connu sous le nom de Jon de Vilhikver. En plein mois de février il osa entreprendre le voyage, et, guidé par la lueur de l'incendie aux gigantesques proportions, il mena à bonne fin une expédition digne de figurer au livre d'or de l'histoire des explorations. Lorsque le brave Jon eut fini d^inspecter le théâtre de l'éruption, qu'il eut vu les torrents de lave couler comme des fleuves de feu sur l'Odadahraun au lieu de se déverser sur les régions cultivées, il revint apporter à ses concitoyens tremblants des paroles d'espoir.
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en leur apprenant que, selon toute apparence, TAskja, à cause de sa situation, n'atteindrait pas de ses déjections les plaines fertiles de l'est.
Les dernières convulsions du monstre irrité eurent lieu le 18 août 1875, mais au mois de juillet 1876 la température dans les fentes de la lave était de 300° centigrades.
J'emprunte à M. le lieutenant de la marine danoise Caroc la carte ci-jointe S qu'il dressa courageusement au milieu d'une tourmente de neige qui dura deux jours. On trouvera également dans Askja, IcelancTs largest volcano^ by W.-G. Lock, Londres, 1881, une histoire et une topographie complètes.
Semblable éruption est unique en Islande dans les temps modernes, parce qu'elle ne donna lieu qu'à des produits exclusivement trachy tiques. J'ai rapporté en France quelques bombes de l' Askja. Sous une croûte très compacte on trouve un noyau celluleux mais homogène.
L'Odadahraun (Lave-Maudite), qu'il faut nécessairement traverser , pour aller à l'Askja, est un immense désert de lave qui n'a pas moins de 3400 kilomètres. L'imagination recule effrayée lorsque l'on réfléchit à la violence de l'éruption qui convertit une aussi grande vallée, naguère herbeuse et habitée, en une morne solitude que le fameux lichen d'Islande couvrira bientôt de son manteau grisaille.
On comprend que les paysans, avec leur penchant naturel pour le mystérieux, aient fait de cette affreuse étendue le refuge des Utilegumen (malfaiteurs) et que Hr. Gislason, le compagnon islandais de Burton, ait préparé ses pistolets avant d'y conduire le célèbre explorateur.
A propos de Burton, je vais citer un fait qui prouve jusqu'à quel point les difficultés, le manque de vivres, les fatigues qui attendent le voyageur dans les parties peu connues de l'Islande, peuvent abattre et vaincre la plus énergique des volontés.
{. Voir cette carte, incluse dans la carte générale de Tlslande, au bas de la feuille à gauche.
246 l'isunde
Lorsque FAskja fît trembler tout le pays environnant, souleva des montagnes, creusa des abîmes, illumina le ciel de ses colonnes de flamme, le voyageur dont je parle ne se trouvait qu'à une journée de là. Devinez ce qu'il fit, lui qu'on ne saurait accuser de faiblesse, lui qui n'était venu là que pour rapporter des données inconnues ! — Il tourna le dos au phénomène !
Que l'on ne s'étonne donc pas si la géologie de l'ultime Thulé est encore fort peu débrouillée, malgré le nombre des savants célèbres qui sont venus la sillonner.