PLURIEL
Nominatif : hestr^ Génitif : . hesls, Datif: hesli^ Accusatif : hest^
un cheval; d'un cheval; à un cheval; un cheval.
hestar y chevaux ; hesta, de chevaux; hesturn, aux chevaux; hesttty chevaux.
Mais avec l'article défini, qui fait corps avec le substantif, comme le danois du reste, nous avons :
Hesi-rinn, le cheval; heslar-nir, les chevaux;
Hests-ins, du cheval; hesta'-nna, des chevaux;
Hesti-nUm, au cheval; hestu-num, aux chevaux;
Hest-inn, le cheval. hesta-na, les chevaux.
Cette citation suffit.
Passons maintement à la seconde phase de l'histoire islandaise, celle que je fais commencer à la date de l'annexion à la Norvège et que nous pouvons continuer sous le nom de moderne jusqu'en 1843, époque où le peuple, se rappelant la bravoure anceslrale, sembla vouloir sortir d'un
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Ion <; sommeil pour reconquérir l'iadépeudance ï)erdue. Nous entrerons alors en pleine histoire contemporaine.
Lors donc que la littérature islandaise eut brillé de tout son éclat de 1212 à 1262, la république commença à décliner du fait des discordes intestines. Chaque grande famille essaya d'étendre les limites de son pouvoir, et, ne reconnaissant plus l'autorité de l'Althing, ces grandes familles voulurent bientôt vider leurs querelles les armes à la main. Aussi tout le pays ne tarda -t-il guère à être sillonné par des compagnies de soldats soudoyés qui incendiaient les ba»rs ou égorgeaient les troupeaux. Que firent alors les plus faibles des chefs indépendants? Oubliant que le patriotisme était la force de leur petite nation, ils imitèrent le cheval s'étant voulu venger du cerf : ils en appelèrent à une intervention étrangère en sollicitant l'appui du vieux roi Hacon. Ce monarque, qui avait toujours vu d'un œil jaloux l'indépendance d'une île qu'il aimait à croire sienne, ne se fit point prier : il envoya du secours ainsi que des conseillers qui prônèrent aux aristocrates ambitieux les avantages qu'ils retireraient d'une soumission à la Norvège.
En 1262, district après district, l'Islande entière s'était déclarée tributaire de la couronne, et, en môme temps qu'elle , la colonie grœnlandaise. Ainsi périssent par l'anarchie les nations qui tolèrent les rivalités des chefs! ainsi fut détruite la république romaine! ainsi succomba la Pologne !
Tant que la loi fut observée, tant que le peuple resta saj^^e et uni, l'Islande conserva son indépendance et étonna l'univers civilisé par son génie et par ses travaux. Dès qu'elle permit les discordes de l'oligarchie, dès qu'elle cessa de respecter ses codes, elle succomba sous le poids du despotisme, en même temps qu'elle tomba dans un étal de paresse absolue. Désormais plus de sagas pjur raconter les nobles travaux, les traditions guerrières, les excursions lointaines, mais de ternes biographies d'éveques ou des traductions de romans étrangers. C'est une pauvre population, qui, presque semblable à celle que j'ai vue de nos
jours, regarde sans s'émouvoir la maison s'écrouler par des tremblements de terre, la lave inonder la maigre prairie, et le hideux monopole venir après tous les fléaux naturels lui arracher le peu de nourriture qu'elle a disputée aux éléments.
L'histoire est terminée, et nous nous contenterons de rappeler qu'en 1380 la Norvège, ayant été unie au Danemark, l'Islande passa également sous la domination danoise, qu'elle a toujours subie depuis. De 1450 à 1551 la réforme de Luther remplaça le catholicisme. En 1800 les anciennes réunions de l'Althing furent abolies. En 1809 un honorable épicier anglais, nommé Phelps, indigné de ce que le gouverneur d'Islande avait défendu aux habitants du pays d'entrer en relation avec la Grande-Bretagne et se voyant interdit l'accès du port de Reykjavik pour deux de ses navires qu'il avait amenés, la Flore et la Marguerite- Anne ^ n'hésita pas à ajouter une page héroï-comique à l'histoire de la Terre de Glace. Un beau dimanche, il arme douze matelots, s'empare du gouverneur, réunit les habitants de la capitale au son du tambour et leur apprend que désormais l'île est libre et qu'elle aura son interprète à lui, M. Jorgensen, pour protecteur et général en chef des armées de terre et de mer. M. Jorgensen entra immédiatement en fonction en confisquant les deniers de l'État à son profit ; puis, ayant élevé un fortin qu'il confia à 1^ garde de six sentinelles indigènes, il se mit à parcourir le pays pour raUier à lui ses . nouveaux sujets.
Il voyageait à cheval, suivi de cinq hommes, et trois d'entre eux criaient en arrivant au milieu de la cour des baers : < Vive le protecteur! * Lui-môme haranguait les fermiers et excitait le patriotisme. Malheureusement un événement fatal vint au bout de deux mois mettre un terme à un gouvernement si pompeusement inauguré. Aux premiers jours d'août, un bâtiment de guerre anglais arriva dans le petit port de Hafnefjôrdr, et les marchands danois dont le grand capitaine Jorgensen avait mis les magasins sous séquestre apportèrent leurs réclamations au comman-
(ianl. Geliii-ci rendit la liberté au comte de Tramp, le gouverneur emprisonné , enleva au protecteur ses hérauts d'armes, son drapeau, et ordonna à M. Phelps de conduire rimitateur de Gromwell en Angleterre. Quelques jours après, la ville obéissait comme par le passé au roi de Danemark et retombait en léthargie. Elle se réveilla cependant avec le patriote Herra Jon Sigurdsson, trop tôt enlevé à ses concitoyens, en 1848, année où le peuple, opprimé par les tout-puissants négociants qui, venus de Copenhague, avaient seuls le monopole commercial, se révolta en demandant une constitution et surtout la hberté des transactions.
Un lieutenant et trente-six hommes suffirent à la vérité pour étouffer un commencement d'émeute, mais l'élan n'en fut pas moins donné, et, grâce à l'ardeur déployée par le citoyen que tout Islandais révère, nous allons voir les justes plaintes d'une intéressante population parvenir jusqu'à Christian IX. Mais arrêtons-nous un instant sur l'injustice de la métropole, qui pendant longtemps sembla se faire un jeu cruel d'abuser de ceux qu'elle appelait ses protégés.
La misère navrante des Islandais eut surtout pour cause le régime gouvernemental imposé à ces malheureux insulaires. Tant qu'ils furent liJîres, ils surent eux-mêmes pourvoir à leurs besoins ; d'abord ils avaient leurs navires à eux, qui allaient chercher au loin les vivres de première nécessité ; ensuite ils laissèrent les Anglais et les marchands des villes hanséatiques établir des comptoirs sur leurs côtes ; bref, moyennant une faible redevance que l'on payait chaque année au roi, chaque puissance étrangère avait la permission de trafiquer dans les ports.
Mais bientôt les souverains de Danemark, considérant l'Islande comme une grande ferme dont ils pouvaient abandonner l'exploitation aux marchands qui payeraient la plus forte redevance, imposèrent des traités tels que celui-ci par exemple : défense absolue d'acheter de la farine ou du sel à d'autres qu'aux compagnies brevetées, et ordre de donner quatre-vingts gros poissons pour la tonne de farine, cinquante pour la tonne de sel. Que de laine, de viande de
mouton, de pelleteries ou de duvet d'eider ne fallait-il pas livrer pbur obtenir quelques outils indispensables !
Aussi le découragement, qui s'empare toujours des peuples quand ils savent que leur volonté rencontrera fatalement des obstacles insurmontables, réduisit bientôt les Islandais à l'état d'êtres taillables et corvéables à merci. L exaction ne ^i* arrêtait que là oh le roi perd ses droits.
A la fin de xvi® siècle, des pirates anglais dévastèrent les habitations du littoral, enlevèrent les femmes et ne se retirèrent qu'après avoir complètement ruiné tout le pays qu'ils purent atteindre. En 1613, et pendant plusieurs années consécutives, de nouveaux envahisseurs, connus dans l'île sous le nom de Gascons, ravagent plusieurs provinces.
Enfin, en 1627, d'autres corsaires, venus d'Alger, emmènent en esclavage une foule d'hommes et de femmes.
Ajoutez à ces fléaux soixante -trois éruptions de volcan qui transforment en un désert horrible d'immenses étendues de pâturages, une épidémie de petite vérole qui tue jusqu'à 16 000 habitants dans la même année, et vous ne serez pas étonné que la populalion, qui s'élevait à 100 000 âmes au xn'' siècle, ne fût plus que de 47 000 en 1783.
Alors seulement le Danemark, craignant de n'avoir plus sous sa domination qu'une terre sans habitants, voulut bien s'émouvoir et songer à protéger ses colons.
Toute taxe fut abolie en 1787 ; mais, n'osant pas encore renoncer à un désastreux système de commerce, on n'accorda qu'aux seuls marchands danois la permission de trafiquer.
Il nous faut arriver au 5 janvier 1873 pour voir Christian IX écouter de sages conseils et accorder à cette pauvre terre désolée par tant de calamités une constitution qui ramènera peut-être les beaux jours de la république.
D'après la nouvelle organisation, le peuple a tout pouvoir pour légiférer et s'administrer lui-même au point de vue des intérêts locaux.
La cérémonie de la proclamalion du self-governmenl coin-
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eida avec la cêlr!)ralion du millième anniversaire tle Texisteiice nationale el eut lieu le 1^^' août 1874, dans la grandiose plaine de Thingvellir. On aurait dit que les législateurs avaient tenu à prendre le fameux Lôgberg pour témoin de la résurrection des libertés publiques, mortes depuis des siècles.
Le roi lui-même rehaussait par sa présence l'éclat de la fêle, et, comme au temps de l'Allhing, l'écho retentit des cris d'une foule enthousiaste, les tentes de vadmel se dressèrent au milieu des champs de lave, et mille poneys sillonnèrent l'espace compris entre les deux murailles volcaniques.
On n'y voyait plus, à la vérité, de chefs aux brillantes armures, de magistrats aux costumes éclatants ; mais les jeunes filles étaient encore vêtues de leur corsage de velours aux riches parements d'or et d'argent; la gentille hufa ou le majestueux faldr coiffaient toujours leurs têtes aux cheveux dorés.
On distribua une gravure commémorative portant les deux dates de 874 et 1874, au-dessus de ces beaux vers latins :
Sœcula dena vides paticns invictaque Thule, Stecula mille Deus det mater aima tibi Po8t tua fata, precor, te libertate coronet Eripiatqne malis Jupiter omnipotens.
Ainsi fut couronnée l'œuvre de Jon Sigurdsson, œuvre dont je vais indiquer les principaux articles.
Le pouvoir législatif est dévolu au roi el à l'assemblée nationale, mais le roi seul a puissance executive. L'Islande, n'étant pas représentée au Kigsdag danois, ne prend aucune part aux affaires de la métropole, mais en revanche ne lui paye aucun impôt. A Go[)enhague réside un conseiller d'Etat qui porte le litre de « ministre pour l'Islande » et qui veille au maintien de la constitution. Le roi nomme le gouverneur général de l'île, qui administre sous la responsabilité du conseiller pour l'Islande. Si l'Allhing met le
gouverneur en accusation, seul le roi juge en dernier ressort. L'Althiiig se compose de trente députés élus par le peuple et de six nommés directement par la couronne.
Il y a en plus un sénat, comprenant douze membres, dont six sont désignés par le corps entier assemblé en congrès, et les six autres, qui cumulent, sont précisément les six députés que la couronne a directement élus. L'Althing se réunit régulièrement à Reykjavik tous les deux ans, et siège pendant six semaines à partir du 1*' juillet. La durée du mandat est de six années. J'eus la bonne fortune d'assister à une délibération dans le palais législatif de la capitale. Les députés, au nombre de trente, se tenaient dans la grande salle carrée aux murs peints en vert, ornée des portraits du roi et de Sigurdsson, et écoutaient attentivement un orateur qui s'interrompait de temps à autre pour prendre une prise de tabac au moyen du cornet déjà décrit. Le gouverneur, en costume diplomatique danois, occupait un fauteuil isolé à côté de la tribune présidentielle. Un autre honorable répondit au premier et mit un tel feu dans son argumentation que je ne pus m'empêcher de demander après la séance de quoi il s'agissait. J'allai me renseigner au club, car Reykjavik possède un cercle, ne vous 'déplaise! Voici ce que j'appris. En 1886 on trouve insuffisante la constitution de 1874, et l'on voudrait — c'est du moins l'opinion de la gauche — l'autonomie absolue. La droite au contraire préfère la protection danoise.
Adhuc sub judice lis est en 1887.
A ce propos, je me souviens avoir lu, dans un livre anglais intitulé Esquisses à la plume et au crayon sur les Fœr et sur r Islande^ quelques hgnes bien intéressantes sur les intentions que l'auteur prêtait à la France en 1862. Jamais Anglais ne révéla mieux le caractère méfiant et ombrageux de la poHtique britannique. Il commence par s'indigner de voir le salon du gouverneur de Reykjavik orné de gravures françaises, puis, arguant de ce que chaque année nous envoyons deux corvettes de guerre pour proléger nos 4000 pécheurs d'Islande, il s'écrie : « Les Fran-
rais voudraient bien être maîtres ici comme partout ailleurs! Il est probable, dit-il, que, le jour où le Danemark, à propos du Schleswig-Holstein, fera appel à la France, celle-ci mettra en mouvement ses aigles pour la gloire (l'aimable railleur!) et la liberté, puis comme récompense on lui cédera l'Islande. De là elle menacera noire commerce et nos possessions américaines, et, si la Sicile nous est fermée, elle aura le soufre en abondance, tandis que nous serons embarrassés pour faire de la poudre. » En dernier lieu, et après avoir fait remarquer fort pratiquement que l'Islande est un vaste réservoir de saumons pour l'Europe entière, il ajoute : « Les Islandais intelligents, qui chérissent la mémoire de leur antique indépendance, à mon jugement, regardent ces tendances françaises d'un fort mauvais œil ; mais, le cas échéant, les consulterai t-on? Non; comme d'ordinaire, on leur dirait (et ici l'expression est en français) à la mode de France : Cest un fait accompli. Cependant les Danois sont nos alliés naturels et les Scandinaves nos frères ! »
Que d'événements depuis 1862 et qu'il serait heureux le brave auteur anglais s'il revenait dans rUllime Thuléî D'année en année les gravures françaises, qui au moins avaient un mérite artistique réel, sont remplacées par les vilains chromos de son pays. Déjà les pécheurs anglais cherchent à supplanter les nôtres : on parle l'harmonieux anglais en Islande, mais jamais la langue de Racine; les saumons sont tous pris par ses compatriotes, qui chaque année s'expatrient dans le but d'exploiter les rivières de la Terre de Glace, et enfin le fulmicoton vient de rendre inutile l'accaparement du soufre.
Qu'ajouterai-je maintenant en manière de conclusion?
Quelques réflexions sur ce qu'ont à faire les Islandais, s'ils veulent développer autant qu'il est possible les ressources naturelles de leur chère patrie. Ils doivent tout d'abord renoncera l'émigration : l'Islande manque de bras; cultiver mieux qu'ils ne le font leurs prairies, qu'ils négligent, et les* drainer; construire des routes; abriter les
moutons; échanger coillre du foin comprimé, qui nourrira vaches ou poneys durant l'hiver, le poisson qui fréquente les côtes en bancs incroyables et qu'ils commencent à savoir pêcher ; ils doivent changer tout leur système d'éducation nationale et, au lieu de s'absorber dans la contemplation des antiques sagas, comme des fakirs qui se regardent le nombril, étudier les sciences appliquées. Croirait-on qu'il n'y a pas un seul ingénieur dans toute l'île ! que physique, chimie, etc., sont absolument ignorées, et que, pour tracer un simple chemin, ils ont recours, comme je l'ai vu, à des géomètres qu'ils font venir à grands frais du continent !
De l'initiative, toujours de l'initiative, encore de l'initiative, voilà ce qu'il faut et ce qui manque aux Islandais.
Alors je ne doute pas que ce peuple intelligent, honnête, bon, serviable, qu'il est impossible de ne pas aimer quand on le connaît bien et que l'on ne saurait jamais trop plaindre, ne redevienne, comme au moyen âge, un sujet d'admiration pour les peuples favorisés par la nature.
Alors je ne doute pas que la Terre de Glace puisse nourrir 400 000 habitants au lieu des 72 000 qu'elle renferme en 1887.