‹ L'Islande et l'archipel des FærœerChapitre 45 sur 53 · MyggeiiiJL'S posscdo un oiseau sprcial, le Sitla alha · texte numérisé non relu

MyggeiiiJL'S posscdo un oiseau sprcial, le Sitla alha

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jamais m'y conduire, le jour où je le leur demandai, tant la passe leur semblait difficile à franchir par le vent contraire. Ils m'expliquèrent que le seul point où l'on puisse atterrir est absolument impraticable lorsque la mer est mauvaise.

Gomme l'honneur de Boileau, on n'y peut plus rentrer dès qu'on en est dehors, et les habitants de cette île, dite des Cousins à cause de ses moustiques, qui, je ne le sais que trop, ne vous épargnent pas plus que ceux dislande, restent bien souvent pendant plusieurs semaines absolument privés de toute communication avec les autres îles de l'archipel.

Les villages les plus importants de Vaagô sont Sôrvaag et Mitdvaag. Mais, plus près de nous maintenant, les deux îlots de Kolter et de Hesto ont fui à l'horizon; il fait tout à fait calme, nous sommes entrés dans le fjord, et vers six heures du soir nos rameurs, épuisés, nous signalent le village de Westmanshavn (port des Hommes de l'Ouest).

Sous une pluie battante nous traversons le hameau, admirant les murs formés de crânes de dauphins, et nous arrivons devant la demeure de mon confrère, que je trouvai colorant des bactéries pour les examiner au microscope.

Le docteur Ringberg se propose de vacciner d'après la méthode Pasteur les moutons, qui depuis longtemps sont la proie du charbon : il rendra ainsi un service signalé aux habitants des îles.

De quel zèle et de quel dévouement ne faut -il pas être animé pour rester médecin aux Faerœer! Souvent, m'expliqua-t-il, il est obligé de traverser au milieu de la tempête les détroits qui isolent les îles, et d'aller l'hiver, à travers les montagnes, exposé aux avalanches de neige, porter ses secours aux malheureux qui habitent les locahtés les plus éloignées.

Il faillit périr un jour et ne dut son salut qu'à sa courageuse femme, qui, l'accompagnant dans toutes ses courses, parvint à le retenir sur le bord d'une crevasse où déjà il s'était engagé.

Le jour même où je m'apprêtais à porter mon manuscrit au Tour du monde, je reçus une lettre de Thorshavn, qui, mieux que ce que je viens d'écrire, donnera la preuve des dangers auxquels s'expose le voyageur lorsqu'il passe d'une île à l'autre.

Je copie textuellement cette lettre, due à un Faeroïenqui sait le français :

« A propos de Suderô, j'ai à vous signaler une bien triste nouvelle. Notre ami le docteur Efferso, qui s'est embarqué sur une petite navire, il y a douze jours, pour Sudero, n'est [)oint arrivé là, et nous craignons qu'il ne reviendrai jamais ; nous conservons un peu d'espoir qu'il a pu, avec ses quatre compagnons, se sauver jusqu'aux Shetland ou la Norvège, mais c'est impossible, vu le mauvais temps pendant plusieurs jours.

« Mme Efferso (jeune mère d'un bébé de huit mois) est dans un état qui nous fait peur pour elle. Gomme il est pénible dans pareille circonstance de manquer de télégraphe I »

Cette mauvaise nouvelle, qui me parvint à Paris le 1®' octobre, me fit beaucoup de peine. Mon confrère avait été si aimable pour moi, s'était prêté de si bonne grâce à tout ce que je lui avais demandé, que nous étions devenus en un mois de véritables amis. Aussi suis-je heureux de rem[)lir un devoir sacré en rappelant ses services, et si le strom maudit a décidément ravi aux malheureux leur médecin, dévoué au point de braver la tempête, ce sera })our sa compagne éplorée un adoucissement de penser (ju'une importante publication de cette France qu'ils aimaient tant, comme tous les Danois du reste, consacre à jamais la mémoire d'un des meilleurs médecins de l'archipel, mort au champ d'honneur. Déjà j'étais décidé à élever la voix pour appeler l'attention sur l'état d'isolement dans lequel se trouvent les Faerœer ou l'Islande , par rapport aux communications postales, avec le continent et entre elles ; l'accident arrivé au docteur Efferso m'excite à commencer flès maintenant ma camj)agne en faveur d'un câble télégra-

phiquo. La phraso qui termine la lettre : « Comme il est pénible dans pareille circonstance de manquer de télégraphe ! » n'est-elle pas cruellement vraie ?

Quand on voit la France dépenser de grosses sommes pour la fête du 14 Juillet, l'Angleterre plus encore à propos du Jubilé, le Danemark beaucoup aussi en congrès, où plus d'un million s'envole avec la fumée des feux d'artifice, n'est-on pas en droit de rappeler que tout là-haut, sous le cercle polaire, existent plus de cent mille habitants qui restent des mois entiers sans nouvelles de l'Europe, qui est à leur porte î

La Compagnie du Great Northern^ on me l'a dit dans ses bureaux, se chargerait d'immerger un fil pour six millions deux cent cinquante mille francs; il partirait de Thurso, au nord de l'Ecosse, et passerait par les Fsprœer, dont il relierait les principaux ports, pour aboutir aux différentes stations maritimes de l'Islande *.

Les* pêcheurs de France, de Norvège et d'Angleterre, qui font chaque année d'immenses récoltes dans ces parages, ne manqueraient pas d'envoyer un nombre de dépêches beaucoup plus élevé que l'on ne pourrait le supposer au premier abord.

Il est souvent très important pour un patron de barque de connaître à un moment précis le prix du poisson sur les marchés de France et d'Angleterre.

De même on serait averti de l'arrivée des bancs de harengs, de l'approche des dauphins, des baleines, etc., etc.

Six millions, c'est bien peu de chose pour trois grandes nations intéressées à coopérer à une œuvre aussi utile qu'humanitaire.

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