‹ L'Isle-verteChapitre 8 sur 17 · CHAPITRE Y · texte numérisé non relu

CHAPITRE Y

Les colons à Vlsle-Verle et leur œuvre d'avenir.

Nous avons vu jusqu'ici non-seulement la vie des missionnaires parmi les sauvages et la race des blancs, mais aussi le rôle des Seigneurs au point de vue de la colonisation et de l'avancement de l'agriculture dans les domaines qui leur étaient concédés par la Couronne. Nous avons vu aussi quels ont été les premiers Seigneurs de l'Isle-Yerte, nous réservant pour ce chapitre l'espace nécessaire pour traiter de leur œuvre en général en s'essociant aux colons dont ils se faisaient des auxiliaires puissants pour le progrès et l'avancement de leurs concessions ; mais ne nous faisons pas l'illusion de penser que les Seigneurs n'avaient qu'à vouloir pour voir s^ grouper autour d'eux toute une foule

de pionniers prêts à marcher à l'assaut de la forêt, et vaincre tontes les résistances que peut opposer la nature dans ces endroits éloignés et isolés.

Outre le petit nombre de colons à la disposition des Seigneurs, il y avait une foule de considérations propres à décourager les plus entreprenants, les plus courageux, les plus désireux, parmi les défricheurs, de se rendre sur les terrains concédés et y commencer l'œuvre de l'avenir. ]S 'avaient-ils pas la crainte —crainte bien légitime d'ailleurs — de tomber sous le tomawachk du sanguinaire Iroquois, ennemi juré de la race blanche et de tous ses alliés ? Ne se représentaient-ils pas la vie de misère — vie pénible et laborieuse — qu'ils devaient y mener, loin de tout centre civilisé, sans communication pour ainsi dire, exposés aux intempéries des saisons, au manque des choses les plus nécessaires à la vie ?

Savons-nous ce qu'était alors, de même qu'aujourd'hui, la vie des défricheurs du sol, ces hommes courageux dont l'histoire de notre pays s'enorgueillit à bon droit ? Ecoutez Buies ! — A la page 36 de sa " conférence " de 1886 intitulée : " Sur le parcours du chemin de fer du lac St J^nn " ;

Messieurs, arrêt on s-uous, je vous prie uu instant, à ce mot simple et humble de défricheur qui éveille en nous, habitants du Canada, tout un monde de pensées généreuses, de souvenirs séculaires, d'espérances fortifiantes pour Tavenir. Un défrichement ne saurait être un spectacle indifférent pour nous, car c'est là notre berceau ; arrêtons un instant nos yeux sur Timag? de ce que fut notre patrie à ses premiers jours.

Ceux qui. comme moi, ont pu pénétrer dans ces pauvres huttes où s'abritent tant de courage patient, tant d'héroïques résignations; ceux qui ont contemplé comme moi comment sur des théâtres efficés, à forc^ d^ labeurs, à force de dévouement, se sont faites de grandes choses ignorées, inspiré s d'en haut par je ne sais qu^^lle vertu surhumaine, soutenues en bas par tout ce que notre nature renferme en elle de forces prodigieuses, révélées seuhmient dans les temps les plus difficiles ; ceux qui ont vu ce que peuvent accomplir ces défricheurs uniques, race d'hommes véritablement à part, que rien ne rebute, qu:* la fatigue de tous l^s jour.< accable, mais ne déeourage pas, que la privation endurcit et fortifie, qui voient d'années en années It^ur famille et

leur vigueur grandir à la force, qui travaillent sans relâche et qui se nourrissent, s'habillent et se logent on ne sait comment , qui arrivent dans les bois assez souvent sans les instruments les plus nécessaires, sans h s choses indispensables et qui cependant abattent la forêt, inventent des rtssources et trouvent un pain ignoré des autres hommes, qui vivent, eux et leur-s petits, là où la terre refuse en quelque sortn tout alime» t, qui n'ont avec cela aucun soutien du dehors, puisant toute leur force dans une sorte d'appui mystérieuse, pionniers inspirés, sans le savoir, qui sèment aujourd'hui dans le désert ce que tout un peuple recueillera demain dans l'abondance, ceux, dis-je, qui ont pu comme moi contempler ce spactacle mille fois attachant et émouvant, savent tout ce qui est contenu dans ce mot de défricheur si commun, si indifférent en apparence, si banal dans le langage ministériel et si humble qu'il n'éveille que l'idée vague d'une cabane au fond des bois et d'un abattis d'arbres fumants fait tout autour d'elle, en attendant que quelques touff-'S de blé poussent au milieu des souches noircies par le f^u.

Cela n'est pas tout, messieurs, il y a bien plus que cela dans un défrichement et nous allons tâcher d'y arrêter notre pensée pour nous en convaincre II faut voir ces forêts s'étendant à perte de vue, au milieu de pays montagneux, durs, en quelque sorte inhabitables, jusqu'à des limites encore inconnues ou que l'imagination ne se représente que dans un lointain inaccessible pour se faire une idé* de ce que c'est que l'homme seul, au milieu de cette immensité qui ne lui présente que des obstacles, des privations de toute sorte, une misère affreuse — d'appui en rien, ni d'aucun côté, et la lutte partout, un combat continuel contre la nature et pour la nature, des découragements s?més pas à pas, des travaux souvent rendus inutiles par le temps et les contretemps mu tipliés, des accidents sous vingt formes diverses, de maigres récoltes perdues, des attentes de secours trompées, des difficultés partout et à chaque instant et des consolations nulle part ni jamais, si ce n'est dans l'infinie bonté divine où s'abime tout entier le malheureux — voilà, voilà, messieurs, ce que c'est que la vie du défricheur, de ce colon solitaire, infatigable,

invincible et héroïque, à qui nous devons d'être ce que nous sommes, à qui le Canada tout entier doit son existence et cela dep^uis trois cents ans !

Le défricheur lui il est seul, ou plutôt je me trompe, il a une femme que la misère et le travail accablent et qui tous les jours recommence , il a des enfants qui mangent on ne sait quoi et qui ne sont vêtus de rien, même au milieu des plus terribles hivers , le défricheur, lui, est ignoré,le plus souvent dédaigné, personne ne le connaît, personne ne le voit, et cependant il marche en avant de nous tous.

Il est le pionnier, il est le i^remier qui affronte l'arène et impénétrable rangée en bataille de la forêt ; il marche sans que personne ne le suive, seul à lutter, seul à souffrir, seul à mourir. Il marche sans arrièregarde, si ce n'est celle qui le suivra dans 10, 15 ou 20 ans, mais il aura montré le chemin et sa conquête sera sure, il aura donné à son pays de nouveaux espaces, et ses sueurs auront été bien plus fécondes que le saug. Messieurs, ce tableau que je viens de faire, est celui du défricheur isolé dans les bois

loin de tonte communication, de tout secours humain, de tout approvisionnement et le plus souvent hors d'état de faire connaître sa souffrance et sa détress ?, c'e^'^ celui du défricheur d'autrefois ! "

Pouvions-nous montrer une page plus belle, plus éloquente, plus digne ; une page mieux inspiréi que celle-là ixnir montrer dans son vrai jour, la position peu encourageante des premiers colons à l'origine mêm3 de la colonie ? Il était donc peu facile aux Seigneurs de vaincre toutes les répugnances naturelles et de grouper, de réunir autour d'eux une petite armée de défricheurs, et de les induire à se rendre à cent cinquante milles en bas de Québec, n'ayant pour toute com munication avec les grands centres que la grande mais pénible voix du fleuve.

Malgré tout, les Seigneurs réussirent à en trouver un assez bon nombre et les envoyèrent suj' leurs terres le long du fleuve y commencer le défrichement. Oh ! les rudes commencements de défricheur ! Quelles angoisses, quelles craintes dans sa vie misérable, sa vie de paria de chaque jour. Toute la journé?, il lui fallait suer, peiner, haleter sous le fardeau d'un rude et laborieux travail.

Daus sou champ le colon penché sur sa charrue, Mais prêt à faire feu. ne perdait pas do vue ÎSou fusil dans l'herbe couché.

Puis, lorsqu'il approchait le soir do sa demeure, S'il entendait la voix de son enfant qui pleure, Son C(ieur, n'on doutez pas, respirait soulagé, Car s'il trouvait le soir, scène presqu'étonnante, Sa cabane debout, sa femme encore vivante, C'est que Dieu l'avait protégé I

Au fond d'un ravin noir, au bord d'une savane. Oh ! combien de français se sont dans leur cabane. Endormis le soir pour mourir !

(l'abbé ginc^ras)

Oh ! ceux-là sont des braves qui n'ont pas regardé à toutes ces misères se dressant horribles, brutales devant leurs yeux , ce sont ces braves qui vinrent à l'Isle-Yerte, confiants et sans crainte, s'attaquer à la forêt étonnée de la hardiesse de ces hommes nouveaux, hercules au torse de fer, aux bras redoutables, réveillant de leurs cris généreux et de leurs gaies chansons des rives de France, le silence et l'écho profond de ces bois sécu- 1 lires.

Mais en quel'e année maintenant les colons arrivèrent-ils à la voix des Seigneurs, aux rives de l'Isle-Yerte, pour y "commencer les travaux de défrichements ? Nous n'avons

pas de dates précises ; cependant, sans trop nous hasarder, nous pouvons dire que l'Isle- Yerte commença vers 1685 ou 1686, à prendre rang parmi les concessions seigneuriales en activité. Qui peut nous faire faire une supposition pareille, lorsqu'aucune donnée sérieuse ni précise ne vient nous fixer ?

La réponse est facile. Prenons l'histoire de la Teuure Seigneuriale en ce pays, ou bien encore voyous les obligations des Seigneurs en vertu de leur charte, eté-udions notre cas à la lumière de ces faits.

D'abord, on sait que les Seigneurs s'obligeaient à faire " tenir leu lieu " sur leurs seigneuries, et ce, dans les trois ans qui suivaient la date de leur charte. Pour s'en convaincre, il n'y a qu'à parcourir Les titres et documents ronctrnant la teniire seigneuriale. A défaut d'y faire " tenir feu et lieu " comme nous l'avons vu, les Seigneurs se trouvaient privés de leurs domaines qui retournaient à l'état. C'est ce qui eut lieu pour M. Dionis, premier seigneur de la Rivière-du-Loup et pour M. DuParce, premier seigneur de Cacouna et St- Arsène.

Or, en 1684, le Sieur d'Artigny obtenait

la Sfigueurie de l'Isle-Verte en commun avec M. de la Cordonnerie, et en lïOl, ce même M. d'Artigny vendait le fiel'de l'Islc-Verte au Sieur Deniort de Laminottière ou Lanoraye, devant Mtre Chambalon, notaire, à Québec, tel que nous l'avons vu au chapitre des Seigneurs. On voit de suite la conséquence de cette vente : c'est que le Sieur d'Artigny pour pouvoir vendre en 1701 une seigneurie obtenue en 1682 avait dû, nécessairement, faire tenir feu et lieu dans les trois ans de sa concession, autrement elle rut été remise ou ajoutée au domaine de l'Etat.

Yoilà pourquoi nous avons dit avec assez de vérité que i'Isle-Yerte n'a commencé à être colonisée cjue vers 1685 ou 1686, — c'est-à-dire deux ans après que le seigneur d'Artigny eut pris possession du fief et seigneurie de l'isk- Yerte, en y amenant les premiers colons français destinés à faire souche dans une partie du pays essentiellement fertile et propre à une colonisation rapide.

De plus, nous savons qu'en 1689, M. de la Chenaye obtenait une partie de la seigneurie joignant celle de M. D'Artigny, à l'ouest de la Eivière Verte, en dehors des trois lieues

de seigUL'urie de l'Isle-Yerte. Or, ce M. de la Cheuaye était déjà seigneur des seigneuries de la Rivière-du-Loup et le Parc— de même qu'il était possesseur d'immenses étendues de terrains au Labrador pour y faire la pêche exclusive aux marsouins et aux loups-marins. En outre, sa position de général de la compagnie des Indes le mettait plus à même que toute autre personne de se procurer le nombre d'hommes nécessaire pour entreprendre, sur une grande échelle, le défrichement de ses vastes domaines le long du fleuve. De concert avec le Sieur D'Artigny, dont la seigneurie était voisine de la sienne, il envoya nombre de colons dans le bas du fleuve : une partie devant rester à la Eivière-du-Loup, et l'autre se rendre à l'Isle-Yerte, y travailler pour le Sieur D'Artigny. C'était là le premier essai de colonisation à l'Isle-Yerte , c'était là le début, pour ainsi dire, les premiers pas de l'œuvre grandiose commencée péniblement, et qui devait ensuite prendre son essor largement pour devenir la récompense et la gloire de ses auteurs.

Oh ! qui nous redira les drames de la vie pénible et sombre de nos premiers coIôds,

ces porte-drapeaux de la civilisation dans cette partie-ci du pays ? Quelle voix inspirée de poëte, d'historien ou d'orateur nous dira hautement les faits héroïques de nos ancêtres volant pour ainsi dire à la conquête des terrains boisés, payant de toute leur personne cherchant à se fonder un pays là où les siècles avaient laissé tomber leur manteau de verdure, de liannes, d^' mousses et de branches entremêlées comme les ronces des chemins ou les haies de nos parterres ? Comme ils se mirent courageusement à l'œuvre, défrichant peu à peu le sol qui deA'ait leur donner la nourriture et la subsistance de la première année passée au milieu des bois, loin de tout secours et de toute aide, excepté d'en haut.

Dieu assurément ne ménageait pas les joies à ces héros obscurs du travail !

Aux petits des oiseaux il demie Ja pâture Et sa bonté s'étend sur toute la nature.

Mais il ne les exempta pas non plus du lot de m.isères dont pas un, riche ou pauvre, n'est exempt ici-bas. Oui ! ils eurent leur lot de craintes, de souffrances physiques et morales, de doute et parfois aussi de profond découragement en face d'une poignante réalité.

— lus —

Ce iVu qui crépitait dans uue ligne restreinte, dévorant la forêt impénétrable tant elle était profondément épaisse, ce feu ne pouvait-il pas consumer, au moindre coup de vent, l'humble cabane qui leur servait d'abri contre les animaux féroces des bois, et protégeait leur repos aux heures bienvenues de la nuit ? Ce grain qu'ils semaient en terre, au prix d? tant de sueurs et de fatigues, dans les quelques arpents de terrain à peine défrichés, les gelées d'automne ne viendront-elles pas les détruire en une seule nuit ? Et puis, arrive la maladie, les voilà couchés sur un grabat , qui donc viendra les soigner ? Qui viendra les assist' r dans leurs souffrances aux heures d'angoisses ? Qui leur fermera les yeux et bénira la fosse où l'on descendra leurs corps ? L? missionnaire ? Hélas ? il ne vient qu'une fois par année, au printemps seulement.

Voilà autant de tortures morales qui ne manquaient pas de passer sur le cœur de nos premiers colons, broyant pour ainsi dire leur courage, pareilles à ces vents brûlants qui viennent du désert, dévastant les moissons qu'ils rencontrent sur leur passage. L-^s

joies et les espérances les plus réconfortantes se heurtaient sombrement à ces amères pensées, à ces idées énervantes que risolement et l'abandon leur mettaient au cœur.

Qu'importe ! l'on se mit à l'ouvrage vaillamment, et en l"?!! — date mémorable dans l'histoire de notre pays yar la perte de la flotte de l'amiral Walker sur l'île aux Oeufs où 900 hommes périrent — lorsque .T. B. Côté, premier seigneur résidant, arriva à risle-Verte, l'agriculture y était passablement avancée, et bon nombre de terres en friche offraient une apparence magnifique et semblaient promettre beaucoup pour l'avenir, un avenir peu éloigné.

J. B. Côté venait s'établir à l'Isle-Verte dans une maison en bois qu'on peut encore voir au bord de la rivière verte sur le versant noid-est du coteau qui va jusqu'au courant de la rivière. Il y venait avec toute sa famille donner l'exemple du travail et de l'activité qui sont l'apanage des âmes fortes.

C'est bien du premier Seigneur résidant àrisle-Yerte qu'on x)eut dire cequ3 B3njamin Suite dit des Seigneurs en général dans son " Histoire des Canadiens-Frariçah " en réponse

à ceux qui les accusaient, de u'ètre que de simples courtisans : " Des Seigneurs dont les femmes et les filles labouraient la terre ; des Seigneurs qui à leur mort, laissaient des familles aux prises avec la pauvreté ; drs Seigneurs dont la vie entière était consacréi aux plus rudes travaux et on a eu l'aplomb de les comparer aux courtisans de Versailles. Nous voyons en eux au contraire, des fondateurs, des travailleurs, des patriotes" !

On ne pouvait mieux se venger de l'injure mortelle faite à ces hommes bien méritants de n'être que de vulgaires courtisans, qu'en les montrant comme M. Benjamin Suite le fait de vrais patriotes, des travailleurs et des fondateurs !

La question qui se présente maintenant est de savoir quel est le premier colon qui vient fixer sa tente à TIsle-Yerte. Pour y répondre, il nous a fallu consulter les vieillards de la paroisse — ceux qui se rattachent le plus près à cette époque de notre histoire. D'après M. Jean-Baptiste Côté le premier habitant de l'Isle-Yerte aurait été un nommé Bouchard ; cependant des recherches faites au livre d'or des familles canadiennes par

Tiibbé Tciuguiy — aujourd'hui inous-^ig'uor Tanguay — n'ont pu nous fixer sur ce point (l'une manière positive. Nous avouons franchement qu'il sera toujours difficile pour ne pas dire impossible d'être fixé sur ce point qui n'est pas important d'ailleurs.

On se rappelle que l'Isle-Yerte est bâtie au pied d'une côte qui se hausse sensiblement, en gradins, à mesure que nous nous, éloignons du fleuve. En remontant la Eivière-Yerte, on rencontre un endroit appelé " Le Platin. " C'est à cet endroit que les colons auraient fixé leur première demeure, car M J. B. Côté prétend y avoir vu nombre de rigoles servant à rgouter les terres ainsi que des caves dans le sable pour y conserver les patates pendant l'hiver comme cela se pratique de nos jours.

, Pourquoi les colons fuyaient-ils ainsi les bords du flv^uve où ils avaient tous les avantages possibles : la rivière et son embouchure, la pêche à toute heure, la vue sur le fleuve, etc., etc., pour s'éloigner dans les bois, augmentant par là les difficultés de la colonisation dans ces vastes solitudes ? Les terres étaient -elles meilleures ? C'est la seule supposition légitime.

Voilà donc, tracé à grands traits, le rôle des colons à l'Isle - Verte. C'en est assez cependant pour g ne nous les admirions de toute notre profonde admiration. Leur œuvre est colossale autant qu ^ méritoire et il n'ap partient pas aux descendants de ces vaillants cœurs de dégénérer. La semence qu'ils ont mise en terre, semence de vertus civiqu» s, religieus' s et patriotiques, a dû porter des fruits : malheur à nous si nous ne les cueillons pas à maturité. Non, l'œuvre des colons n'est pas morte. Elle se propage encore tous les jours, elle gagne noblement du terrain et fait vnillamment route à travers mille et mille difficultés. Elle ne mourra pas tant que le pc-uple canadien aura à cœur de garder ses nobles traditions du passé, tant qu'il aimera son pays, tant qu'il affc'ctionnera son champ et sa famille, taut qu'il aura du respect et de la vénération pour sa langue et sa foi. Notre pays et notre, peuple sont essentiellement colonisateurs et le passé est là, grandiose, servant d'exemple pour plus tard : c'est un o'arant de l'avenir.

— li:^. — CHAPITRE VI

- Première et deuxième chapelle

Qa'aaraieut fait nos habitants ici, s'ils fussent demeurés seuls, loin de tous secours religieux, privés des consolations de notre sainte religion ? Leur vie aurait été purement végétative, si nous pouvons parler ainsi, et elle se serait étiolée comme ces plantes privées des rayons du soleil et de la rosée bienfaisante des matins en plein renouveau.

Le canadien est ainsi fait : outre la loi naturelle qui le pousse à s'unir pour être plus fort, à fonder une famille, ou établir une simple bourgade^ il a en lui l'irrésistible li^soiii de posséder un temple, une église, un autel, où viennent se confondre ses espérances et ses prières, où viennent se mêler ses larmes et ses joies, où viennent mourir scS supplications et ses soupirs. C'est une vérité connue : assemblez des canadiens dans les lieux les plus reculés et les plus sauvages, au sein de la forêt vierge comme sur les cîmes les plus abruptes ; élevez - leur un temple, le plus humble possible, donnez-leur un mission-

naire ; ils y resteront tant que les difficultés, si communes aux temps de défrichement, ne les empêcheront pas d'y demeurer et d'y bâtir leur demeure pour toujours. Mais, d'un autre côté, qu'ils restent seuls, livrés à euxmêmes au milieu de la solitude, loin de toute aide, de tout appui, sans voisin, sans soutien et sans missionnaire, l'œuvre est manquée et on les reverra sur d'autres rives plus hospitalières, là où s'élève quelque vieux temple, une masure, qu'importe î pourvu que le missionnaire y vienne pour les consoler et les fortifier aux heures pénibles de la vie.

Puisque l'histoire se répète, il nous est bien permis de dire : S'il en est ainsi des colons de nos jours, il devait en être de même aux temps d'autrefois, avec cette dYfférence que les mœurs d'aujourd'hui étant plus relâchées, les colons de l'heure présente, les défricheurs contemporains, n'ont pas l'énergie peut-être de nos ancêtres, les premiers habitants du sol. Jamais le peuple canadien ne retrouvera le large sentier de ses ancêtres. Jamais il n'aura cette force rurale des anciens, cette foi robuste, capable de transporter dps montagnes et qui leur faisait

accomplir, sur co sol, des prodiî^«?s de valeur, de courage et d'abnégation. Ils étaient les ouvriers de l'avenir et Dieu se servait de leur appui pour préparer à son église, plus ou moins persécutée dans l'Europe entière, un champ vaste et digne.

Ils ont été grands les nôtres, grands par l'exemple, grands par les faits accomi^lis ! Leur vie est un modèle que les colons d'aujourd'hui ne sauraient trop avoir devant les yeux, pour s'inspirer de ces exemples magnifiques qui font l'orgueil du peuple canadien et l'admiration de ceux qui lisent et veulent apprécier notre histoire. Nous n'avons pas à nous désespérer encore , malgré certains indices qui ne nous annoncent rien de bien rassurant, cependant, nous l'royons fermement aux résultats splendides de l'avenir tant que le clergé restera ce qu'il est : ferme, dévoué, uni et n'ayant en vue que le plus grand bien des populations et l'honneur de l'Eglise qu'il a mission de faire aimer et respecter partout. Le secret de l'extension de la colonisation et de l'agriculture était donc autrefois dans les visites fréquentes du missionnaire au miliru d^s colons pour les

encourager et les fortifier contre tout et contre tous. Aussi ces hommes de Dieu ne faillirent pas à la tâche et partout, de Graspé jusqu'à Québec, des solitudes du Nord au Golfe du Mexique, on trouve la trace de leurs pas. Interrogez les forêts et les déserts, les montaornes et les vallons, les rivières et les fleuves, les tribus sauvages et les peuples civilisés ; tous vous parleront de la Eobe Noire, tous vous diront ses hauts faits, ses gloires, ses dévouements, ses élans de charité, son amour ardent pour le salut des âmes et son zèle de feu même pour le bien-être matériel et temporel de son peuple. Oui, tous vous parleront de la Robe Noire, et vous diront aussi le peu de reconnaissance que trop de fois on lui a témoignée pour tant de travaux, de luttes, d'abnégation et d'oubli de soi-même, pour tant de bienfaits, de courage et d'énergie à toutes les phases les plus critiques de notre histoire comme peuple.

Comme nous l'avons dit plu» haut, pour retenir les canadiens ou plutôt les colons en général, aux lieux où l'on compte faire des défrichements dont une étendue déterminée ervira à la réunion de plusi* urs individus

pour former plus tard une importante paroisse, il faut leur bâtir un temple où ils iront puiser à la source même le courage et l'énergie que demande leur travail pénible de tous les instants. Aussi, dès les premiers temps de la colonie, on s'empressait de grouper, sur n'importe quel point de ce vaste territoire du Canada, un grand nombre de colons et de Sauvages autour d'un temple ou d'une humble chapelle temporaire, et là, ce petit troupeau était instruit et civilisé par les missionnaires venus du '' Pays de France. " Les missionnaires passaient plusieurs jours au milieu de leurs ouailles, lorsque le temps de la mission était arrivé, confessant et administrant les uns, baptisant et communiant les autres,sans oublier d'unir ceux-là qui venaient sejHeràleurs genoux, demandant la bénédiction de Dieu et de son Eglise, bénédiction qui console et fortifie.

C'était l'heure où le bon Père, Jésuite ou Eécollet, se réjouissait de voir combien ses efforts étaient couronnés de succès, et ses labeurs pénibles amplement récompensés.

Cet homme de Dieu, si fort devant la rage d'un ennemi, si courageux en présence du

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martyre, se prenait à pleurer toutes les larmes de joie de son cœur à la vue d'un vieillard sauvage ou d'une humble vierge des bois abjurant la religion de ses aïeux. Et quand un pauvre colon malheureux venait lui demander un peu de ce courage qui fait que l'on accepte la vie teJle qu'elle est, avec quel large sourire ne l'accueillait-il pas ? Sa parole de feu trouvait le chemin des âmes et laissait un rayon de bonheur et d'énergie là ^où la douleur sombre et la désespérance morne menaçaient de semer leur graine perfide : le désespoir qui paralyse tout. Mais quand il fallait partir pour les missions voisines, le Père missionnaire ne pouvait s'empêcher de ressentir de la douleur. Il s'attache si facilement à sa nouvelle famille, le pauvre missionnaire î

Il les voyait tous réunis, au dernier jour de la mission, autour de l'autel modeste sanctifié par la présence d'un Dieu qui y était venu fixer sa demeure, autour de cet autel d'où il les avait comptés et bénis. Et il se demandait, dans son âme attristée : " combien à la mission prochaine, viendront au détour de rile-Yerte saluer ma joyeuse venue ? "

L'ange de la mort, qui plane sur les solitudes comme au-dessus des lambris dorés des grandes cités, allait frapper bien des têtes chères à plus d'un titre pendant son absence, et qui sait si lui-même, tout le premier, ne tombera pas victime de son devoir et de son dévoue ment pour la grande et généreuse cause du salut des hommes ?

Telles étaient et telles devaient être les pensées du prêtre missionnaire à son départ d'une bourgade ou d'un village, pensées profondes qui faisaient monter du cœur aux yeux des larmes sincères, pleines de cette amertume que connut le Divin Maitre, au Jour de sa passion, dans le jardin des Oliviers, Ce n'était pas là " le commencement de la grande agonie, " comme dit le jDoète, car le martyre du missionnaire est un peu de <"haque jour.

L'Isle-Yerte tombait sous la loi commune ; aussi, dès les premiers temps de son établissement, les colons, quoique peu nombreux, et les sauvages maléchites s'empressèrent d'élever une chapelle au culte religieux. C'était bien modeste, bien humble, bien uni, mais c'était en harmonie a^ec les moyens et

les circonstances, car le peuple n'était pas riche alors : il n'en était encore qu'à ses premiers arpents de terre défrichés.

Mais Celui qui s'était contenté d'une humble crèche à B-thlé^m, quand il vint racheter le monde, pouvait bien, mystérieux prodige de son amour, s'abaisser jusqu'à descendre encore sur un pauvre autel dénudé. Mais où plaça-t-on la première chapelle ouverte au culte religieux dans la paroisse ou mission de l'Isle- Verte ? Elle devait être placéo de manière à ofirir le plus d'avantage possible aux colons et aux sauvages, ainsi qu'aux missionnaires qui n'arrivaient à la mission que par la voie du fleuve, car de Kamouraska àRimouski c'était le seul moyen de communication. Aussi plaça-t-on la première chapelle là où la rivière Yerte fait un coude pour se diriger en plein Nord-Est vers le fleure, satisfaisant ainsi les exigences de chacun, soit du côté des colons, soit du côté des missionnaires. En efî'-t, les colons défrichaient le bord de la grève en remontant vers la côte ; les sauvages occupaient les hauteurs de la rive et tout le côté sud-ouest dt* la ri^'ière, et qtiand le missionnaire arrivait

au détour cL» l'I^e-Vert--, eu l'ace, il u'avaii qu'à remouter une partie de la rivière et se trouvait rendu de suite à la chApelle.

Les registres ne parlent ])is de ce premier temple bâti à l'Isle-Yerte, mais les anciens en ont légué le souvenir à leurs descendants qui nous ont, eux-mêmes, donné c?s notis et montré l'endroit où cette chapelle fut construite.

Il y a quelqu'^s anné.'s, nous avons vu sur la grève un exhaussement du sol, espèce de rempart contre les eaux tumultueuses et montantes des grandes marées d'automne ou de la débâcle du printemps : c'est là que se dressait, seul, le monument bien humble de la j)iété et de la foi de nos ancêtres. Tout à côté, il y avait le cimetière, entouré d'une palissade de bois brut. Un cimetière en pleine grève et sur le bord de la rivière î Pouvait-on trouver un lieu plus en harmonie avec les i)ensées tristes et salutaires qu'apporte à l'esprit de chacun la vue du champ d«*s morts ?

Nous avons visité souvent cet endroit désert, et là, remontant le cours du passé, à deux cents ans en arrière il nous semblait

voir se dresser devant nos yeux ce modeste enclos auprès d'une humble chapelle où la pluie et le vent pénétraient comme des hôtes lamiliers, des i)arasites sans vergoiçne '

Un enclos pour les morts ! ! Mais les morts ne reviennent pas ! Pourquoi circonscrire les tomb3s alors ? Hélas î l'ange de l'oubli vient s'y posor assez vite sur chaque fosse nouv.dle ! Allons ! laissez tomber ces murs blanchis qui nous cachent la vue des croix !

Et cette terre que nous foulions avait peut-être bu les larmes amères d'une pauvre femme et de pauvres enfants que la mort d'un mari bien-aimé avait laissés dans la misère la plus hideuse. Ici reposait, sans doute, le corps d'un pauvre Malé^hite, humble et modeste enfant des bois, dont l'intelligence bornée avait compris, à la dernière heure peut-être, qu'il est un G-rand Maître là-haut, et qu'il fallait que l'eau régénératrice coulât sur son front ridé pour qu'il lui fut donné de le voir face à face ; là, la tombe d'un enfant, d'un père, de toute une famille dont les membres se sont séparés comme les anneaux d'une chaîne qui se brise ; plus loin.

tout un drame de la vie ordinaire des marins, des chasseurs, des défricheurs ; quelques viciimes des flots, des armes meurtrières, ou d'accidents des bois, y dormaient peut-être leur sombre et dernier sommeil.

Et longtemps ce défilé des morts fixa nos yeux perdus dans la nuit du passé dont l'horizon est infini , longtemps cette procession des choses qui ne sont plus, cette marche tuuèbre des êtres qui ont existé un jour, nous retinrent aux lieux bénis des anciens jours, et c'est avec peine qu'il nous fallut dire adieu à ces vestiges d'un autre temps dont les voix éloquentes avaient un charme que nous aimons, à ces reliques saintes des années bien loin en arrière, x)our nous en revenir au village. La charrue, bien des fois, a passé sur ces débris. Elle passera peut-être un jour aussi là où dorment aujourd'hui les nôtres, là où nous dormirons demain peutêtre lorsque notre tâche ici-bas sera remplie, lorsque la grande inhumaine, la grande pourvoyeuse de la cité des morts aura fait son œuvre en moissonnant notre existence. Puissions-nous être mûrs alors pour la moisson divine ! Puissions-nous être prêts pour le départ !

Et d'autres comme nous vi^ndrout sur ces débris interroger l'histoire du passé ; ils viendront s'instruire des grandes leçons du temps qui ne sera plus, demandant aux tombes pourries, aux fosses muettes, aux os, midebris mi-poussière, les secrets d'un âme dont l'histoire n'aura pas même gardé le souvenir

Eternelle histoire des choses d'ici-bas î

Et quel beau site pour une chapelle ?

Comme tout s'y donnait la main pour élever l'âme sur l'aile des pensées les plus graves et les plus salutaires.

' Quand le maléchite, dans son canot d'écorce descendant la Eivière Yerte pour aller au large y chasser les outardes ou le marsouin, apercevait la petite chapelle solitaire, mais coquettement assise sur la berge, il ne manquait jamais de se découvrir avec respect et d'entonner un cantique de reconnaissance à celle qui, du haut de son piédestal, dit à ces pauvres enfants des bois : Priez moi je suis l'étoile de la mer. Stella Maris !

Le colon lui-même, i rivé du missionnaire qui n'y venait qu'une ou deux fois l'an — n'avait'il pas ce sanctuaire béni pour consolation ? Ne devait-il pas y aller retremp.ar ses

forces et remonter son courage faiblissant ? Le soir venu, quand les rud»; s travaux de la journée étaient finis, il devait être beau de voir se diriger vers l'humble temple du bord de la grève tous ces colons au teint hâlé, à l'écorce rude mais à l'âme bonne. Ils allaient prier Dieu, simplement, sans ostentations, sans hypocrisie et surtout sans luxe. C'étai talors le temps où la foi ne se mourait pas dans les âmes, et le respect humain était encore attardé sur d'autres plages éloignées. On y priait bien :1e cœur était foncièrement bon «t grand comme la nature elle-même avec laquelle il était en contact journalier. Et quand le missionnaire arrivait au détour de l'île, on s'empressait d'orner le sanctuaire. On y entremêlait sans arrière peuséa l'étendard de la croix et le drapeau fleurdelysé. L'érable, par sa verdure, y reposait agréablement les 3^eux, et l'autel, illuminé, resplendissait de tout l'éclat des milles et un riens assemblées pour réhausser l'ornement du saint lieu.

Le missionnaire, joyeux de se retrouver au milieu de ses enfants, heureux de la protection du ciel qui l'avait conservé à travers bien des écueils, rentrait solennellement dans

le temple dont les lambris humides retentissaient du chant du Te Deiim qu'entonnaient vingt poitrines robustes comme les plus vieux ormes de la forêt. Quelle sérénité communicative sur tous les fronts ! Que de cœurs op pressés î Que d'âmes se dilatant dans les étreintes d'une joie mal contenue, d'une allégresse bien visible, trop visible même pour ne pas être sincère. Il nous semble les voir ces hommes recueillis et prosternés sur la dalle du temple, à l'heure solennelle où Jésus vivant descendait de l'autel à la voix du prêtre. Il nous semble entendre ce bruissement doux des lèvres récitant le chapelef, mêlé au mystérieux bruit des flots se brisant sur le rivage et qui parfois venaient mourir au seuil même de la chape' le.

C'est dans cette chapelle bâtie au bord de la Rivière Verte que les missionnaires de Tadoussac vinrent faire les pieux exercices de la mission. Mais la vétusté commençait à faire son œuvre de dilapidation , le veut la la pluie, les eaux et la glace au printemps, ne firent plus bientôt de la première chapelle de risle-Yerte qu'un amas de débris informes. Il était impossible de d^meur.^r sans temple.

D'ailleurs, le nombre des colons augmentait d'année en année et l'on sentit le besoin de se construire une chapelle plus si^acieuse et mieux située que la première.

Cette partie de l'Isle- Verte qui descend vers les Trois-Pistoles se défrichait sensiblement ; le colon gagnait du terrain chaque jour ; la forêt se déboisait rapidement sous les coups répétés des infatigables défricheurs ; il devenait donc nécessaire de centraliser la mission en élevant un temple là où le plus grand avantage venait s'ofFrii, là où tout concourait à le rendre possible et stable. Au lieu de rebâtir près de la rivière, on construisit le nouveau sanctuaire à quinze ou seize arpents de là; en descendant vers les Trois- Pistoles. L'endroit qu'il occupait est au sud du chemin en face du cimetière d'aujourd'hui. On ne trouve rien dans les archives au sujet de la bénédiction de cette seconde chapelle. On ignore même la date de son ouverture au cuHe religieux. Elle servit au curé Auclair, au Père Ambroise, à M. Trutaut, au Père de LaBrosse et à M. Charles Grenest.

Elle exista jusqu'en 1789, ayant servi au culte même sous M. Leclaire, le premier

missioiiuaire résidant à l'Ifele-Yerte, Ainsi doue la première chapelle à l'Isle-Yerte était au bord du fleuve et la deuxième au centre même du village actuel Toutes deux n'ont pas de date fixe, quant à leur ouverture au culte, mais nous pouvons dire que la deuxième chapelle existait en 1798, ayant servi à messieurs Leclaire, Paquet et G-enest,

CHAPITEE YII

Les missiomj aires résidant à Vlsle-Verte. — Troisième chapelle. — Premières visites éjjisayjjales.

Avec la seconde chapelle de risle-Yerte, nous arrivons à l'annév,' 1Y73, date de l'arrivée de M. Leclaire, le premier des missionnaires qui ait fixé sa résidence dans ces endroits. L'Isle-Yerte devint alors le centre religieux pour 1rs paroisses environnantes : Cacouna à gauche, Trois-Pistoles et Rimouski à l'est.

Le missionnaire, à tour de rôle, faisait l'exercice religieux pour chacune de ces paroisses, et lorsque le dimanche venu le prêtre desservant se trouvait aux Trois-Pistoles, les gens de TIsle-Yerte et de Cacouna allaient y entendre la messe. Il était convenu

que les gens de la paroisse où le prêtre devait aller viendraient le chercher à l'Isle- Verte et l'y ramener ensuite. Ainsi : le dimanche étant arrivé où la messe devait être chantée à Cacouna, alors les habitants de cette paroisse devaient venir chercher M. Leclaire à Tlsle- Yerte le samedi soir ou le dimanche matin et Vy ramener une fois les offices divins terminés. Ainsi en était-il pour les Trois-Pistoles et Rimouski.

M. Leclaire voyant que l'Isle-Yerte était ainsi le centre des exercises religieux pour plus d'une paroisse à la fois ; voyant la population augmenter rapidement d'année en année et la deuxième chapelle non seulement s'en aller en ruine, mais devenir trop petite pour contenir tout son monde, parla de bâtir une nouvelle église de soixante et dix pieds de longueur sur vingt huit de largeur. Son idée, lancée dans la discussion comme une semence en terre, ne devait porter des fruits que idIus tard. Il semait peut-être sans espoir de récolter, croyant bien qu'un de ses successnirs verrait son plan arriver à maturité. C'est ce qui eut lieu, en eiFet quelques années après son départ.

Le 8 septembre 1790 — M. Leclaire laissait risle-Yerte, emportant avec lui les sympathies unanimes de tous ses paroissiens, à cause de son zèle et do son dévouement. Il avait pour successeur M. Joseph Paquet qui ne resta à l'Ile-Yerte que quatre années seulement. Durant les heures de loisir qui lui laissait Texercice du saint ministère il entreprit Tœuvre aussi patriotique que religieuse — le patriotisme ne se ^épare pas de la religion— de donner en-tête aux archives de risle- Verte. Dans ce dessein il réunit tous les imprimés laissés dans les maisons par les missionnaires, (ces imprimés étaient les actes de naissances, mariage ou sépulture) et il en fit de petits volumes que l'on conserve avec soin aux archives de l'Isle-Yerte. Ce travail lui fait certainement honneur et nous montre ses goûts pour l'histoire et l'étude.

En 1T94, M. Chs. G-enest ancien missionnaire de la côte Sud, remplaça M. Paquet à risle-Yerte.

Rimouski ayant pris de l'essor avait obtenu cette année là un prêtre résidant, un M. Eobitaille.

Dès son arrivé 3 à TIsle-ViM-te M. G-euest, s'emparaut d^ l'idée de M. L?claire de bâtir un temple nouveau pour remplacer la deuxième chapelle, se mit en devoir de réussir là où s?s prédécesseurs avaient échoué. Il s'adr> ssa à Mgr Denaut alors évêqae à Québec, qui lui permit de bâtir une chapelle de 70 pieds de longueur sur 28 de larg.-ur, puis il se mit résolument à l'ouvrage. De telle sorte que dans l'automne de 1800, le temple nouveau était complètement terminé, au moins quant à l'extérieur. M. G-enest récoltait les fruits de la semence de M. Leclaire.

Une heure joyeuse allait sonner pour les braves colons de l'Isle-Vert^^. Tout un événement, dont on allait garder longtemps le précieux souvenir, devait se passer parmi eux. Bien à l'avance, on s'y x)répara dans la paroisse et dans les environs. C'était comme une joyeuse attente, comme la venue d'une aurore sans pareille à l'horizon de leur vie.

Jusque-là, le missionnaire seul s'empressait de venir les encourager, les visiter et les consoler par sa présence. Mais quelle ne fut pas leur joie, à tous ces colons hardis, d'appr.Midre au printemps 1708 qu''^ 1 Evéqu^^ de

Québec, — Mgr Deiiaut, — devait venir à l'Isle- Verte pour y confirmer les enfants, les adultes et les vieillards qui ne l'étaient pas encore, et constater les progrès de l'œuvre évangélique dans cette partie-ci du pays.

Il leur restait donc peu de temps pour se préparer à cette grande fête de la visite de leur évèque. Toutetois, on ne se fit pasi^rier pour commencer l'œuvre de la réception, et, le brave curé en tète, on fil des prodiges de décorations. Pour comble de malheur, le sanctuaire neuf n'était pas assez avancé, pour y recevoir, au moins dignement, Mgr l'Evêque de Québec ; il fallait se servir de l'ancienne chapelle. Le Adieux temple de l'Isle-Yerte cachait à tous les yeux les marques trop visibles de sa décadence et de sa ruine sous un amas de branches, de liaunes vertes ou roses et de mousses moissonnées dans la forêt. Il semble que nous assistons à ce réveil de tout un peuple se préparant à une grande fête et nous entre voyous, aux heures du soir, quand l'ouvrage de la journée est fini, ces hommes et ces jeunes gens, ces femmes et ces jeunes filles, rivalisant d'ardeur et de zèle pour orner dignement les saints

lieux, témoins muets de leurs larmes et de leurs joies. La veille de ce grand jour se lève radieuse, en plein soleil joyeux et éclatant, car on est alors au 7 d'août 1798, et ce ciel sans nuage promet à leur fête simple mais plus sincère, un éclat grandiose qu'elle n'aurait pas sans cela. On a hissé le pavillon anglais au bout du mai ornant le devant de la porte du manoir seigneurial. Selon la coutume antique et solennelle, on le descendra avant le soleil couché, x^our le remonter dans les airs au premier point du jour le lendemain.

Le grand jour est venu : on le voit aux figures épanouies des mères de famille et aux habits flambants des jeunes filles et des garçons. Les chemins sont balisés depuis la rivière jusqu'à la chapelle, et pas une ornière ne viendra cahoter la voiture de Mgr, paraissant au détour du chemin qui vient de la rivière des Yases et conduit droit à la chapelle.

On court sur son passage, on s'empresse aux portes, on s'agenouille et Mgr bénit ce peuple à genoux, ce peuple peu nombreux, il est vrai, mais l'avenir du pays, l'espoir et le ferme soutien de l'éoflis? au Canada.

Il bénira le temple nouveau en voie de construction, examinera le village, visitera les pauvres et les malades, laissant sur son passage une joie, un bon mot, une promesse, une consolation et de joyeuses espérances : puis il fera ses adieux à son peuple, ce peuple qui ne le reverra plus, lui le vieillard qui peut mourir demain.

• Nous avons vu que le temple nouveau fut terminé à l'automne de 1800. Nous voyons aux archives de TIsle-Yerte que M. Grenest invita le G-rand-A^'icaire Plessis de Québec à venir l'ouvrir solennellement au culte religieux, et l'on se trouve nulle part la preuve qu'il se rendit à cette demande.

Deux ans après, 1802, M. G-enest laissait risle-Yerte où Ton allait garder de lui le plus sympathique des souvenirs. Il s'était montré plein de zèle pour la gloire de Dieu et le progrès moral et matériel de ses ouailles. Son nom restait attaché avec celui de M. Leclaire au temple nouveau bâti là où se trouve le cimetière d'aujourd'hui. Il fut remplacé par M. Michel Bézeau qui devenait le quatrième

missionnaire résidant àl'Isle Yerte,ayant anssi pour mission : Cacouna et les Trois-Pistoles.

M. Bézeau ne resta que trois ans à l'Isle- Yerte.

En 1803, les habitants de l'Isle-Yerte adressaient donc une supplique à Mgr Denaut, le priant de vouloir bien leur permettre de bâtir un nouveau presbytère, a'u l'état peu convenable dans lequel se trouvait l'ancien. Ce vieux presbytère, bâti nous ne savons vers quelle date, était érigé sur la place publique d'aujourd'hui, un peu à l'est du mai, faisant lace au chemin.

Cette requête était signée de Jean D'Ambroise Aug. Dubé, Antoine Petit, John Schehan, Paul Côté et Michel Bezeau, Ptre.

En réponse, Mgr Denaut chargea Mgr Plessis, alors coadjuteur, de vérifier ou de faire vérifier les allégr.és de Ja requête. A cet effet, M. Bernard Claude Panet, archi-prêtre et curé de la Eivière-Ouelle, fut chargé de se rendre à l'Isle Yerte et d'y constater la véracité des faits énoncés dans la supplique. Si la construction d'un nouveau presbytère était jugée nécessaire, M. Panet avait ordre d'en donner de suite les dimensions.

Le 21 juin 1803, M. Bernard Claude Panet arrivait à l'Isle-Yerte et, constatant par lui-même combien il était peu convenable pour risle-Yerte de posséder une pareille masure pour loger le missionnaire résidant, il dressa sur-le-champ le procès-verbal de sa visite. Après avoir donné une description des lieux et de la ruine du vieux presbytère, et constaté la nécessité d'en bâtir un neuf, il ajoutait : " Nous avons marqué par plusieurs piquets la place d'un x)resbytère à la distance d'environ trois perches et quinze pieds de la ligne Sud-Ouest de la terre appartenant à la Fabrique, lequel presbytère aura trente-six pieds de long en dehors, vingt-huit pieds de largeur, élevé sur un solage de quatre pieds de hauteur au-dessus du rez-de-chaussée, avec deux cheminées et le carré de dix pieds au-dessus des lambourdes. Pour être fait, le dit presbytère, cette présente année, et livré à la Toussaint prochaine. " Ce presbytère, bâti sur les donnés du procès- verbal que nous venons de citer, sert de sacristie aujourd'hui. C'est un monumer.t de quatre-vingts ans et plus dont l'heure dernière est arrivée.

LIsle-Verte prenait do jour en jour une

importance marquée grâce à l'énergie des prêtres résidants, ainsi cju'au zèle et à la bonne volonté des habitants. C'est encore là le secret de tous les succès matériels : l'union du prêtre et des paroissiens.

Là où la tête qui commande donne des ordres au bras qui sait obéir et non se révolter, vous êtes sûr de tiouver l'aisance dans le bien-être, la prospérité au sein de jouissances mal définies mais bien ressenties. Au contraire, que l'autorité prêche la morale dans le désert, que le bon grain des avertissements salutaires tombe sur des rochers arides ; et l'on verra comme un voile de gêne peser sur les populations ; et l'on sentira passer dans ces villages, à l'aspect morne, comme un vent de mort cjui glace. On dirait que le rayonnement assombri des âmes oublieuses se communique aux choses qui les entourent : de là un état pénible de choses qui font mal à l'âme.

M. Michel Bazeau quittait l'Isle-Yerte en 1805, laissant derrière lui une œuvre utile et généreuse dont il n'avait i)as seul tout le mérite, il est vrai, mais qu'il pouvait en grande partie réclamer comme sienne Après son dé-

part, risle-Verte resta sans missionnaire p3udaut un an. En 1806 M. Charles Hott, ancien curé de Kamouraska et missionnaire de Ste Anne des Monts, vint prendre la d'.*ss3rte de risle-Yerte.

Il arriva à point pour y recevoir Mgr Plessis, d'illustre mémoire, qui venait faire la deuxième visite épiscopal3 à l'Isle-Yerte. Mgr D maut venait à p?ine de mourir et Mgr Plessis, son coadjut'mr avait été choisi par la Cour d3 Kome pour le remplacer sur le siège de Québ?c.

L'Isle-Verte, avec sa chapelle toute neuve et son presbytère récent, était nullement en peine pour recevoir son évêque et, comme en 1793, on y fit royalement les choses, avec moins de fatigue p3ut être mais avec le même cœur et le même zèle.

M. Hott était le cinquième missionnaire avec résidence fixe à TIsle-Yerte ; après six ans de ministère il fut remplacé par M Josex)h Laçasse en 1813.

Il est une date dans l'histoire de notre pays que nous ne voulons pas passer sous silence. Il en est même deux, la dernière

netant mise au tableau que pour donner plus de relief à l'autre : nous voulons parler de 1810 sans pouvoir mettre de côté 1812. 1812 nous semble la corollaire de 1810, lorsqu'on sait quel cœur viril et fort bas sous la poitrine vaillante de tout canadien-françiis même à l'heure où il faut taire ses sympathies pour se rappeler sa parole donnée sa foi jurée et son allégeance promise comme cela avait eu lieu après la conquête. En 1810, la vieille cité de Champlain semblait alourdie sous le poids pesant d'une tyrannie systématique et brutale.

A cette heure où l'Europe entière tremblait au moindre bruit venu du cô^é de la France , à cette heure où tous les yeux étaient pour ainsi dire rivés sur un seul homme, le G-rand Napoléon, vaste génie c[ue le temps n'a pas diminué, respectant sa mémoire malgré 1 'S attaques inqualifiables qui lui sont venues en ces derniers temps de la part de M. Taine et ftiadame de Eemusat ; à cette heure où la perfide Albion luttait sans désespoir de cause contre les ruses toutes militaires de ce grand guerrier moderne, ici sur les bords du St Laurent nos canadiens, suspectés dans leur fidé-

lité à cause de leur orio-ine et de leurs sympathies naturelles pour la France rivale de l'Angleterre se voyaient à la merci des actes tyrannicjues de Craig- dont l'histoire a enregistré le nom ignominieux pour ne pas dire plus.

1812 se leva sombre et menaçant. Il y avait la crainte écrite en toutes lettres sur le front de nos émules d'aujourd'hui. On avait peur des Etats-Unis ; et non pas sans raison^ on redoutait une invasion menaçante. li allait être donné aux canadiens démontrer la générosité de leur nature et la loyauté de leur allégeance. ]^a mîlîoè appelée sous les armes ne se fit pas prier pour voler au combat sous le drapeau anglais. L'Isle-Verte ne resta pas en arrière des autres paroisses et fournit son contingent de braves qui vola sous les ordres de Salaberry, et fit le coup de feu avec les ennemis de la colonie.

A l'appel de Louis Bertrand, Ecr., Lieutenant Colonel de milice, plus de six bAv( s vinrent se ranger sous les drapeaux et partirent résolument pour la gueiTe. Ils méritent bien qu'on les nomment ici : ce sont Augustin Côté, Simon Cimon, Côté, Jean Roch Lavoie^

blessé à Châteauguay, Antoine Ouellet, l'ancien bedeau, Magloire Dubé et Jean Côté, ces trois derniers ayant reçu la médaille comniémorative de 1812. Le dernier de ces soldats est mort, il n'y a que quelques années . M. Augustin Paré, Sr.

Honneur à tous ces brares ! — ils se sont noblement vengés de l'insulte grossière faite à leur sentiment et à leur loyauté par les valets aux petits pieds du Château St Louis.

Cette année de 1810 était aussi une da^e remarquable xDar la visite épiscopale de Mgr Bernard Claude Panet dans toutes les paroisses de la côte sud du fleuve. Mgr Panet n'était alors qu'Evêque in partibus m/idelium, et aidait Mgr Plessis dans l'administration de son vaste diocèse. Mgr Bernard Claude Panet, mort archevêque en 1833, était l'ancien curé de la Eivière-Ouelle. M. Laçasse resta quatre ans à risle-Yerte. de 1813 à 1817. M. Laçasse est le sixième prêtre résidant à l'Isle-Yerte ; toutefois, nous devons ajouter qu'en 181 Y, il desservait encore Cacouna. En 1818, Tlsle- Yerte, antéiieure à la Kivière - du - Loup, n'avait pas encore de curé, et Cacouna encore moins, qui ne possédait alors qu'une chapelle

saus pr'.'sbytère. MM. Givuier et Noël desseTYaient Cacouna, mais résidaient à l'Isle- Yerte. En 1822, M. Pitrre Bourget, le neurième et dernier missionnaire, arrivait à l'Isl*^- Verte pour y remplacer M. Noël.

M. Bourget ne resta que cinq années à risk-YL-rle.— C'était plus qu'il n'en fallait pour se faire aimer tt r.'specter de ses paroissiens. C'est sous son ministère que le meurtre de Dubé vint jeter l'épouvante dans la Paroisse' jusque là paisible et sans rivalité. Le meurtrier Kennedy, irlandais d'origine, fut pris, jugé et condamué à mort. Nous croyons qu'il n'a jamais été exémté. Déporté aux Bt-rmud(^s, il ne fut plus jamais question de lui. M. Bourget était un homnn^ de tact et d'activité. Voyant les progrès de sa paroisse son extension rapide ( t l'accroissement de sa population, il fit les démarches préliminaires auprès des autorités religieuses demandant 1 "érection cabonique de l'Isle-Yerte.

La 7 mars 1825 Ips habitants adressèrent à Mgr Plessis une humble r( quête contenant une foule de considérations dont nous allons donner h s plus intéressantes :

"L s habitations et terres établies dans

la seigneurie de l'Isle-Verte, comté de Cornwallis — comprennent une étendue d(^ territoire de trois lieues de front sur deux lieues de profondeur, — formant 42,636 arpents en superficie , qu'il se trouve dans cette étendue de territoire 366 terres de 3 arpents sur 42 — et de plus onz3 emplacements bornés et divisés ; que sur 366 terres il y en â 252 de concédées y compris les onze emplacements, et sont habitées pour autant de familles formant en iout une population de 1050 âmes et donnant 480 communiants ; que ce nombre ne peut qu'augmenter à proportion du défrichement, tant des terres habitées que de celles qui ne le sont pas encore , que les habitants pourraient fournir au curé qu'il plairait à sa G-randeur d'envoyer une dime de 140 minots de froment, 26 miiiots de seigle, 3 minots de pois, 13 minots d'orge et 50 minots d'avoine, qu'ils ont une belle chapeUe ouverte au culte depuis 1800 et ce en attendant mieux — puis ils concluaient demandant à Mgr l'évêque de Québec l'érection canonique de la paroisse sous la vocable de " St Jean Baptiste de 'Isle- Yerte " cette requête était signée de 90 signataire s.

Le 26 septembre 1827, l'Isle-Yerte revêtait ses kabits de fête. A cette saison si belle de ranné3 où les cultivateurs voient s'accumuler dans leurs granges les trésors de la terre, il faisait bon de se réjouir l'âme un peu par le spectacle d'une fête toujours unique et toujours belle. Jusque là, les colons n'étaient appelés au service divin que par les sons argentins d'une cloche toute petite et bien humble, et l'écho de l'Angelus du soir allait mourir dans un ra^'on bien rétréci, ne parvenant pas encore aux oreilles des plus éloignés.

C'est une voix que l'on aime à entendre que celle qui vous parle du haut de sa tour imposante. Il y a tant de choses consolantes, mais aussi tant de choses salutaires, quoiqu'attristantes, dans ces flots de sons qui tombent, ou joyeux ou funèbres, sur un village entier. Cette grande voix de l'Angelus nous élève l'âme vers Dieu, au matin et le soir ; elle nous porte à songer au bienfait de la vie qui nous a été conservée pendant tout un jour. La cloche est donc un personnage dans un hameau. On dirait qu'elle s'identifie à la vie d'un rhacuu.

M. Bourget, voyant que l'Isle-Verte était arriéréa eu fait de cloches, implora la boune volonté des gens pour remplacer la vieille par une autre plus en harmonie avec la chapelle et le presbytère. Sa demande eut de l'écho ; car le 26 septembre 1829, une magnifique cloche de trois cents livres était installée dans la chapelle, enrubanné?, pomponné?, et disparaissant sous un amas de fl?urs, de verdure et de morceaux de soieries.

" Le vingt-six de septembre mil huit cent vingt-sept.

" Nous, Archiprêtre, I. Yarin, curé de St Louis do KaniDuraska, à l'invitation de Messire Bourget, curé de cette paroiss?, avons béni solennellement à lissu^^ dune grande messe et après avoir annoncé la parole de Dieu, une cloche destiné? à l'usage de cette paroiss^ du poids de trois cents dix-huit livres, (318 Ibs) et du prix de quarante-neuf livres, onz? chelings et six deniers, et nous lui avons donné, conjointement avec Dame Louis Bertrand, les noms de Pierre-Jacques- Apolline, et ce, en présence de Messire Bourget; curé du lieu, Madran, curé de Cacouna. Le^lero, curé de St André, soussigné.^. "

tG —

Yoilà le règne de M. Bourget ! Il allait laisser l'Isle-Yerte daus nu état prospère, à la veille même d'avoir enfiu un curé résidant, un curé devant percevoir la dime.

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