PROLOGUE
Avant d'entrer de plein pied dans le vif.
du sujet, il convient de donner une description des lieux où vont se dérouler les événements que nous sommes appelé à mettre sous les yeux de nos lecteurs ; ce sera comme une carte géographique devant faciliter lé & tude des faits qui se sont accomplis dans cette partie-ci du pays. A
L'Isle-Verte, à cent cinquante milles en bas de Québec sur la rive sud, est bâtie au pied d’une éminence (1). |
Elle s'étend de l’est à l’ouest sur un par: |', cours de trois lieues, formant ici et là, des | pointes et des baies, selon les caprices de la 3 nature qui l’adapta au cours sinueux du fleuve.
Des hauteurs qui domine cet amas de
(1) Le fleuve St Laurent qui prend ici des allures océaniques, coule en face et uonne regain de beauté à la grande nature qui 8e déploie largement de toute part.
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A à maisons aux couleurs et proportions disparates, le plus beau panorama se déroule aux regards de ceux qui veulent voir et dont toutes lee facultés ne sont pas uniquement et misérablement attachées aux choses matériel les d'ici bas. Ha
. : En arrière, des champs fertiles, vastes plaines déboisées qui vont se développant
: comme les gradins d’un amphithéâitre gigantesque jusqu'à ce qu'elles se confondent, là-
bas, avec le bleu du ciel. Sur la côte, le che-
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min de fer Intercolonial et à travers le village, se prolongeant sans fin, la grande route royale qu'enserrent maisons, jardins et bosquèts verdoyants.
En face avec ses îles et ses îlots, ie fl'uve St Laurent brise aux pieds des Laurentides bornant l'horizon, ses flots toujours sombres, toujours amers et presque jamais appaisés, excepté aux beaux soirs d'automne et de printemps ; vaste mer d’une largeur de plus de vingt r ‘'les dont les voix donces aux soirs des b:.ux jours,ou profondément horribles aux heures des tempêtes charment l'oreille de ceux qui vivent sur ses bords, et
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dont la vue réjouit et impressionne aux heures de calme, alors que des centaines de grands navires y tracent un protond sillon, se frayant un chemin vers le port de Montréal ou de Québec, Montmagny ou Chicou* timi.
Partout, de quelque côté que l’on se tourne, mille et une choses surgissent, qui réposent agréablement la vue. Îci, ägauche, … veñnart des hauteurs des terres, la grande et belle rivière Verte divise la paroisse en deux parties, —deux seigneuries comme on le verra plus tard,—fait une courbe vers le nord-est en arrivant à la grève et se jette dans le fleuve: c'est une rivière très pittoresque dont la source est presqu’inconnue. Là-bas, à un mille du rivage, sur la gauche, pareil à une immense baleine se chauffant au soleil, un tlot rocailleux,
Battu des vents, rongé des flots, Hérisse ses falaises mornes,
et met comme un point noir dans ce coin de tableau qu'ébaucha largement le grand mattre de la nature.
Plus loin, plus au large, à trois milles
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. de la grève où la mer vient déferler, une tle
de trois lieues de loug sur une lieue de large se dresse comme “ une délicieuse corbeille de verdure vive,” selon l'expression de J. C. Tâché au sujet de l'Ile St-Barnabé—: c'est l'Ile-Verte qui donna son nom à la paroisse établie sur la terre ferme à la côte sud et dont l'histoire mi-légendaire, mi-historique constitue à elle seule, un fait important qui de-
#, mande une étude à partet tout à fait spéciale.
Elargissons encrre le cadre du vaste tableau que l’on admire des hauteurs de l'Isle: Verte, yoyons là-bas, bornant lFhorizon, les sombres Laurentides, ces muraïlles naturelles posés comme une borne aux euvahisse-
ments du grand fleuve : “tn viendra jus-
qu'ici et tu n'iras pas plus loin”; admirons le: roi du Nord, cette admirable rivière historique qui a nom “ Le Saguenay ” et dont les eaux tumultueuses ne se jéttent dans le fleuve en face de l'ile-verte, qu'après s'être amusées à soupirer amoureusement dans une baie de sable d’or, aux pieds de Tadoussac
caché comme un nid d’aigle dans les sombres
falaises de la côte Nord.
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