SUR
ne voulons pas risquer de dire moins bien que le sincère auteur de ‘“ Québec à Mexico ” en voulant augmenter une biographie déjà prise sur le vif en peu de mots.
L'abbé Moreau est moït à St Thomas de Pierreville, en 1874. Il était en même temps missionnaire des Abénakis de St François du Lac. és
C’est parmi ces sauvages qu’il commença - à jeter la base de cet édifice d'avenir qu'on : nomme l'Histoire des Abénakis, œuvre de
. persévérantes recherches, de fortes études. d'interminables fouilles.
Erudit, savant, saint prêtre, dévoué missionnaire, l’abbé Joseph Moreau a fait l'honneur dé l’église du Canada et la gloire de son pays.
L'abbé Thomas Moreau
Encore une belle intelligence, un homme de cœur, une vaillante plume, un esprit -supérienr faisant l’ornement du sémiuäire où il passa presque toute sa vie, le séminaire de ! . Nicolet, et venant donner un regain de force |! - et de vérité à cette idée admise : que le clergé catholique au Canada comme ailleurs, est
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une force et une lumière, qualité qui est loin d’être négligeable dans l'état actuel des temps.
L'abbé Thomas Moreau naquit à l’Is'e- Verte le 26 septembre 1889, fils de Thomas Moreau, cultivateur, et d’'Eléonore Plourde:
À neuf ans, il était chez son oncle, l'abbé
Joseph Moreau, à St. Thomas de Pierreville, où il apprit la langue abénakise. Nous ne pouvons mieux faire que de donner l'étude que le Révérend M. Panneton, curé de St Grégoire de Nicolet, a consacrée à la mémoire du savant abbé qui vient à peine de mourir.
C’est une étude savante, bien faite, mar-
” quée au coin du style académique, où il y a.
le nombre, la période et la valeur des mots mis à leur place.
une œuvre méritoire et nous voulons que les
paroissiens de l'Isle-Verte,—ceux-là surtout
qui ont connu l'abbé Thomas Moreau enfant, jeune homme ou prêtre dans la force de l’âge, —lisent cette étude de la vie d’un homme qui a fait sa marqué.
Il a passé, comme son divin modèle, en faisant le bien, et avec Faucher de St Maurice nous sommes tenté de rdire ce qu'il écrivait
Le curé Panneton a fait là
à la mort de l'Abbé Joseph Moreau : “ Aujourd'hui que cette plume est retombée inerte dans son encrier desseché par la mort, qui la relèvera ? ” Ecoutez ce que dit l’abbé Panneton : (1) ‘ L'abbé Moreau était un de mes contemporains de collège. Je me rappelle encore ‘la sensation que fit son entrée dans le séminaire. Il n’avait pourtant pas un extérieur bien imposant , c'était le contraire plutôt qui se faisait remarquer. Mais il était reconnu déjà pour un élève intelligent, même très intélligent. L'avenir confirma bientôt les dires de la renommé. Il se plaça tout de suite à la tête de ses confrères, et fit deux classes en une seule année. IL répéta la même chose en l’an- * née suivante Dans ces deux années, il manifesta une intelligence supérieure dans l'étude
et la connaissance des langues latines et grec-
que: | je “ Arrivé en belles-lettres il montra soni aptitude pour la composition littéraire, et
(1) Les circonstances nous obligent à ne donner que des, extraits de cette magistrale étude du curé Pauneton. - Une ” seconde-édition nous permettra plus tard d'accomplir notre
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toujours, dans les concours hebdomadaires
il arrivait au premier rang Aussi, ses confrères avalent fini par ne plus compter avec lui.
Hs tâchaient de lutter entre eux, et lorsque -”
l'un d'eux s'élevait au second rang de la classe, il se croyait au premier. Leur condisciple était donc regardé comme tout à fait hors de concours. En science, en philosophie intellectuelle surtout, notre ami donna la mesure de son intelligence distinguée. Il dévora les cours classiques qui étaient dans les mains des élèves et fit voir bientôt à ses professeurs qu'il fallait à cette vaste intelligence des études plus'étendues, plus sérieuses.
‘“ Son cours d’études fini et ayant décidé.
d'entrer dans l’état ecclésiastique, les messieurs du séminaire s'empressèrent de lui offrir l’enseignement dans une classe. Mais l'embarras était grand. Quelle classe lui donner ? Celle des lettres ou celle des sciences ? Il était extrêmement apte à enseigner dans. . les deux genres. On se décida pour la pre-
mière. Il fut successivement professear des
belles-lettres et de rhétorique. Ayant alors La liberté de regarder dans les grands cours de
littérature de la bibliothèque du Séminaire, |
il parcourut rapidement tout ce champ des lettres : La Harpe, le Batteux, Rolin, Quintilien, Blair, Mgr Dupanloup et plusieurs autres dont les noms m'échappent. Il apprit par cœur une grande partie d'Homèére, de Virgile, d'Horace, de Racine, de Corneille, de La Fontaine, de Bossuet et Fénélon.
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“ Aussi, après deux ou trois ans d’enseignement, c'était prodigieux de l'entendre disserter sur la littérature. Les élèves qui
ont fait sous sa direction leur cours de belleslettres et de rhétorique, ne tarissent pas en éloges sur les explications et les conférences .magistrales qu’il leur donnait. Avec cela,
notre abbé s’exerçait aux compositiors en ] vers et en prose. Il écrivait à un ami aussi | - facilement dans la langue des dieux que dans celle des simples mortels , et les vers latins, ie voir même grecs, tombaient de sa plume 54 . comme les vers français, Après une douzaine re d'années dans les lettres, on jugea à propos = delui confier l’enscignement dea philosophie ‘ intellectuelle. Le vaillant professeur accepta volontiers la position nouvelle et se livra à avec un redoublement d'ardcur à l'éude de :
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- Saint Thomas d'Aquin. À peine eut il entrevu
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‘ Après avoir jeté un coup d'œil sur les
et analysés, il ne se sentit pas satisfait. Il lui fallait quelque chose de plus complet, de plus éteudu, de plus élevé. ‘Il ouvrit le livre du philosophe des philosophes, le livre du théologien des théologiens, la fameuse Somme de
cet incomparable ouvrage, l'existence de Dieu, le mouvement de l’âme vers Dieu, le Christ, voie par laquelle l’âme s’unit à Dieu,
à peine, dis-je, eut-il entrevu ce magnifique
plan de la Création et de la Rédemption, véritable ciel du mys.ère de la vie, qu'il fut ravi et tourinenté d’une faim et d’une soif dé 4 l'étude de saint Thomas, telle qu'ilen perdait | presque le boire et le manger. |
Ji était constamment préoccupé de sa ‘| chère Summe.
Il avait toujours le regard de 1 la pensée vers ces horizons splendides de la Il ne Pai lait plus enfin que de saint Thomas. n.
“ Quelquefois, dans un cercle de coxihote 4 ou d'amis,la conversation tombait sur quelque 1 sujet d'histoire, de philosophie, de théologie, 4
la conversation, émettait son avis. L'abbé, placé dans un coin de la salle, écoutait silencieux les commencements de la joûte. Lorsqu'il venait à remarquer quelqu’appréciation risquée, boiteuse, 1l entrait tout doucement dans l'arène et tentait avec calme de rectifier l’avancé. Si l'interlocuteur avait le courage de régimber quelque peu, l’abbé de son côté, augmoutait quelque peu le ton et serrait de près son raisonnement. À ce moment-là, plus d’un discutant se retirait de la lutte, on écoutait avec surprise et intérêt l’explica- “tion lumineuse donnée par le savant professen. Et si, par malheur pour un ou deux . champions qui osaient répliquer, la discussion ë menaçait de se prolonger, alors le célèbre abbé donnait un fort coup d’aile et s'élevait * à des démonstrations d’une grande hauteur.
fl déployait toutes les ressources de son savoir: 4 l'histoire, la phiiosophie, .la théologie, la poésie étaient tour à tour exploitées, suivant le sujet et le besoin, d’une manière admirable, et bientôt les derniers lutteurs succombaient.
: exceptionnelles qui se reucontrent de temps
R :“Fabbé Moreau avait unie de ces organisations
. autre à de rares intervalles. Il réunissait
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L'abbé, ait silene. Lors- >réciation oucement e rectifier > courage son côté, serrait de 1ioment-]à, la lutte, l’explicant profes-
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s'élevait hauteur.
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qu'il affectionne, et avec laquelle il fait
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un nombre remarquable dé qualités diverses, même opposées. Quand deux ou trois de ces talents se trouvent chez un individu, on le remarque, on le signale. Il passe pour un
d'un homme qui aborde tout à la fois avec succès : philosophie et musique, peinture et. linguistique, histoire, théologie, botanique, voir même la photographie ! C'est quelque chose de merveilleux !
‘ Comment expliquer ce mystère d’un philosophe qui,après s'être longtemps absorbé avec délices dans l'étude sèche des principes de la logique ou de la raétaphYsique, se livre
avec plaisir à l'étude sentimentale de la a
musique ? Comment expliquer le mystère.
d'un homme qui laisse la palette du peintre
d'excellents tableaux, pour se jeter avec passion sur l'étude d’une langue étrangère, comme l'italien, l'allemand, le grec, le latin, l’hébreu, l’abénaquis ? J'ai souvent surpris 4 nvtre abbé à lire des ouvrages d'astronomie -| en languë italienne. Il possédait cette langue
à tel point qu'il traduisait, il y a quelques | années, pour les journaux du pays, de longs
et savants articles de la Civilla Cattolica. On a dit et on redit encore que la faculté dominante de notre ami était un esprit philosophique, c’est possible. Je crois cependant pouvoir affirmer, de mon côté, que le sentiment artistique existait chez lui à un haut dégré. À voir les peintures qu'il a exécutées, et la manière dont il touchait l'orgue, on peut conjecturer avec raison que sous des maîtres et avec un long travail, il serait allé très loin dans ces deux arts.
“ Sur l'orgue ou sur le piano, il exécutait - des pièces passablement difficiles. Il se faisait remarquer swrtout par certaines improvisations heureuses, qu’il décelait-chez lui une veine riche, comme dit Horace. Il lisait très facilement la musique et goûtait vivement .
ha beauté musicale des grands maîtres. Il paraît qu’il avait aussi fait l’essai du royal instrument nommé violon. Mais il n’avzit pas réussi là comme sur le clavier.
I] me disait, un jour, qu'il avait essayé de jouer de l'archet mais que, ne se sentant pas dans le temps de dispositions pour cet instrument, il remettait à le faire plus tard. Heu- reusement qu'il est mort Sans avoir acCCoMm- plison projet...
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‘ Quant à son érudition, il avait évidemment les qualités et les éléments qui concourrent à faire l’homme savant.
“Quelle intelligence que la sienne! quelle en était la vivacité et l'étendue ! quelle en était la pénétration ! Et puis, quel travail pour développer cet esprit si fort ! Les jours et les nuits y étaient consacrés. Les volumes étaient dévorés en quelques jours. Les livres scientifiques succédaient aux ouvrages de musique ou de poésie. Le tout était entremêlé … de travaux en peinture, d'exercice en musique, de courses aux insectes et aux plantes. A ces deux éléments de l’érudition, il joignait Ja fameuse faculté de la mémoire. J’eu appelle i°i à tous ceux qui ont connu l’abbé Moreau.Sa mémoire était vraiment phénoménale, il retenait tout ce qu'il lisait ou entendait | dire.” Il paraissait savoir en grande partie | par cœur, outre les classiques littéraires et scientifiques, l’Ecriture Sainte, les Saints- Pères, l’histoire de l'Eglise et l’histoire du | monde en général. L'abbé Moreauétait donc; ! dans toute l'étendue du mot, un érudit, un à savant. R ; a. 4
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qu'il était fort. Dans les conférences ec- || : celésiastiques, comme dans d’autres discus- 44 ! sions moins solennelles, il se faisait toujours remarquer par une élévation de pensée, une ampleur de vues, une clarté et une protonpu deur d’argumentation, qui faisaient bien voir fil qu'il avait étudié aux sources de la science ji | divine.
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| Mais était-il écrivain ? Sa plumeétaitelle vraiment ce qu'on appelle une plume ?
. Ouiet non, du moins à mon humble opinion.
Il avait le talent naturel d'écrire, et ce talent il l'avait cultivé dans une certaine mesure, je dirais même dans une bonne mesure. Ses «écrits, ses discours, entr'autres sa réponse à * l'adresse des anciens élèves du séminaire de | let en 1866 ; et son discours sur saint mas d'Aquin, dénotent un talent considé- Ê
rable pour la composition littéraire.
“ I] a peu figuré dans la chair sacré Cela
est dû, je crois, à une timidité, naturelle à un