L'ISOCIIRONISME DANS LA MUSIQUE
M. Landry analyse clans son livre plusieurs morceaux joués ou chantés par des artistes éminents. Il donne la durée des notes et dos silences, parfois celle des temps, raremenl celle des mesures. Quand il s'agit de sommes calculées par moi d'après ses chiffres, je l'indique par (V).
Exemple I.
(Les morceaux de musique sont désignés par des chiffres romains.)
S'il est une musique qui exige L'observation rigoureuse de l'isochronisme, c'est la musique de danse. M. Landry en cite deux exemples.
Voici, d'abord, un menuet de M. Paderewski, joué par l'auteur (L. p. 4oi) :
J-45cs (Métr. 132)
I ~ Il M
Puisque la mesure est l'intervalle compris entre deux temps marqués, la dernière de tout morceau est incomplète. Mesures complètes (3/'i) :
(es. = centiseconde, ou centième de seconde.)
I II III IV
es. i23. io5. 106. 123. (V)
Deux mesures égales entre deux mesures égales : la symétrie est frappante, et c'est là un chiasme parfait. Mais à deux reprises, de I à II et de III à IV, la différence de durée est tout aussi frappante, au moins dans les chiffres.
Pour comparer entre elles les variations de la durée dans des
IO l [SOOHRONISME DANS IK VERS l'HANi US
séries quelconques d'intervalles rythmiques, je me sers, pour chaque série, de deux formules, qui se complètent l'une l'autre : la première nous montre île combien les intervalles successifs s'éloignent en moyenne île l'égalité absolue ; la seconde, de combien 1rs intervalles s'éloignent en moyenne de La durée uniforme vers laquelle ils tendent. L'écarl s'évalue dans les deux cas en fonction de cette durée (v. Métrique anglaise, t. III. § i5o). Je prends pour unité (//) la durée moyenne des intervalles, et j'exprime en centièmes de cette unité (<•//) : i° la différence /Moyenne entre intervalles successifs (</. m. i. s.), 2° la différence /Moyenne entre les intervalles et l'unité (d. m. i. u.\ Ici. par exemple, je trouve :
u = (i23 -+- io5 -+- 106 -f- 123) : 4 = n£,25 i ■'.; — io5 = -\- 18 11 l,a5 — 128 = — 8,75
[o5 — 106 = — 1 ii'i/iâ — io5 = + 9,25
1 1 '|,2Ô — [23 = — 8,76 S-M + 17): 3 = 12 (8, 75 + 9, 25 + 8, 25 + 8, 76): lx = 8, 75 d. m. i. s. = iocu5 d. m. i. u. = 7"'7
La régularité n'est pas très grande, en apparence du moins, et il n'y a pourtant là que quatre mesures. Il est vrai que la symétrie en compense, jusqu'à un certain point, l'inégalité objective.
On estime souvent, M. Landry entre autres, que les pieds de la poésie m- correspondent pas aux mesures de la musique, mais aux temps. Voici les temps de notre menuet (les temps forts, c'està-dire ceux qui contiennent le temps marqué, sont indiqués par des italiques):
Pour faciliter la comparaison avec les mesures, je ne prends jamais en considération les temps de la dernière, c'est-à-dire ici de la Ve, qui e>t incomplète.
d. ni. i. s. = 58ruO d. m. i. n. = -j '()'"()
temps égaux >< sont loin de l'égalité absolue. L'irrégularité
esl due -m in ut au mélange des temps forts avec 1rs temps faibles, l'ai suite de ce que M. Riemann appelle agogique, nous tendons