‹ L'isochronisme dans le vers françaisChapitre 30 sur 33 · II · texte numérisé non relu

II

Chaque groupe présente ici beaucoup plus de régulariti moyenne, «pie dans le ritardando <• continu » exécuté comme d'assouplissement, c'est-à-dire avec une conscience très nette du but a atteindre, par un instrumentiste de M. Mengelberg (ex. VI), — beaucoup plus, également, que dans Le Vent frivolant chanté par M. Landry suivant L'interprétation de la Schola Can torum (ex. VIII ).

Plusieurs pieds sont tout près de l'isochronisme absolu: I «• 1 III. V et VIII, VI et VII. IX. XI e| \||. \ et XIII.

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Les syllabes fortes smii très souvent égales: I (65), II (60), III (61); V (44), Vil (48), IX (43), XIV (48), X\ (46); XVII (',..)• XIX (4o), XX (',.). XXI (43), XXII(44).

Il esl beaucoup plus rare que la syllabe forte e1 la partie faible soient égales. M. Landry non cite que deux exemples, deui dactyles: XIV (48, 16) el XXI (;./. ',,.)■

L'impression d'isochronisme repose donc avanl t « » 1 ■ t sur ! lité approximative des pieds appartenant ;i un même groupe et sur celle de plusieurs fortes consécutives, ensuite sur la durée moyenne autour de laquelle oscillenl respectivement les pieds longs et les pieds brefs. Cette Impression s'explique beaucoup mieux nu que pour uos exemples de musique, qui sont loin do présenter dans leur ensemble autant de régularité.

La s» ihsion.

Quant aux changements de tempo, nu, unes indiquées sommai renient par des termes techniques, la théorie musicale u'en tient aucun compte dans la définition de hi mesure ni dans la cotation proprement dite. N'ous n'avons pas non plusà nous eu préoccuper dans la scansion îles vers, l'as davantage, sans doute, des changements de genre, ou modulations rythmiques: ils tiennent en général à l'interprétation individuelle ei variable des diseurs. Le professeur de déclamation et le critique doivent évidemment indiquer ces nuances, par îles signes ou des termes spéciaux, comme on le l'ait pour la musique. Mais, en principe, les pieds de la poésie française sont isochrones.

Quelles formes, d'autre part, présentent-ils ? Chaque vers, avons-nous dit, possède sans aucun doute un rythme normal, auquel il s'en substitue parfois un autre, plus complexe, dans la déclamation expressive et surtout dans la pathétique (v. p. 7). C'est ce qui arrive aussi dans le chant, au moins dans les solos sans accompagnement, non seulement quand l'interprète chante par routine, peut-être avec maladresse, mais même quand c'est un artiste expérimenté, et qui a étudié avec soin la musique du morceau. Sans parler des altérations du genre (v. ex. I et Il 1>). nous avons vu que, par la prolongation d'un silence ou d un point d'orgue, une mesure se décompose quelquefois en deux, ou devient h peu près incommensurable avec les autres (ex. I\. \ el VIII). ()n trouvera dans le t III de ma Métrique anglaise des exemples encore plus frappants : dans le refrain d'une vieille romance,

46 l'isochronisme dans lf. vers rnvv us

Mon verre, j'ai converti huit mesures à 3/4 en cinq (ou quatre?) mesures à 6 8, de genre plus différent que ne l'indique cette différence de désignation (p. [35 et suiv.) ; M. Lo., dans Long, lonx ago, a remplacé les quatre dactyles purs, ou -i^v, par des dactyles anticycliques, ou l1 ^ (p. i io et suiv.) ; dans un fragment de Sigurd, M. Bé., amateur très distingué et bien entraîné, a transformé dix-neuf mesures (pleines, « décapitées » ou vides), — dont dix-sept à quatre temps et deux à trois, — en treize mesures à quatre temps (p. 171 et suiv.). Ces modifications occasionnelles, et presque toujours inconscientes, du rythme adopté par le compositeur, la notation correcte ne peut ni ne doit en tenir compte. Il en est de même de celles qui dans la déclamation imposent aux vers des variations métriques irrégulières, soit en augmentant ou en diminuant le nombre des temps marqués, soit en se bornant à les déplacer (v. ex. 9, 22, vers i-3, 23, 24, 26, vers 2 et 4, 29, vers 3, 3i, vers 6, 32, 35, 36, vers 1, 3, 4 et 5, c'est-à-dire 17 vers sur 48, ou 35, 4 %)■ Mais comme les poètes, contrairement aux compositeurs modernes, n'indiquent pas la division en pieds ou mesures, et que notre langue, d'autre part, ne présente ni dans la quantité ni dans l'accentuation la fixité du grec ou de l'allemand, il est parfois difficile, — bien qu'assez rarement, — de déterminer à coup sûr le rythme normal et d'établir sans conteste la scansion correcte. Il n'y a pas de doute sur l'accentuation normale de ces vers:

S'il ne voit pl«s L'amour, son étoile fidèle,...

(Ex. 3i), Songe aux cris des vainqueurs, songe aux cri's des mourants !

(Ex. 32), Pourquoi m'as-tu recii dans ton ombre profonde, ...

(Ex. 35), Cam se fut enfui de devant Jéhovah, Comme le son* tombait, l'homme sombre arriva ...

(Ex. 36).

Pour les suivants, au contraire, il est possible que les avis soient partagés sur l'attribution du troisième temps marqué, que je n'indique pas ici :

Est si fier qu'on croirait que c'est le chant des aigles.

(Ex. 9), Soumis avec respect à sa volonté sainte, ...

(Ex. 29),

l'iSOCHROWIBMI DAJffl il \ m- FRANÇAIS 47

0 Cithéron? Pourquoi lorsque je vins au monde,...

(Ex. 3

Au l><7s d'une montagne en une grande plaine, ...

(I On pont affirmer, en revanche, < | u »• dans [es quàrante-six alexandrins de nos exemples, à part deux <>u trois formes ternaires » (e\. l 'i «-t 26), !<■ rythme normal comporte quatre temps marqués par vers, deux par hémistiche, el que les deui groupes syUabiques (c'esl à-dire terminés chacun par une forte) < I < • 1 1 1 se compose l'hémistiche, sonl presque partoul du type 3 — |— 3 si ton cœur, gémissant »), 2 + 4 (« se traîne H se débal -) ou 4-j-a(« s'il ue \nii plus l'amour •>). d'où il résulte < | u <• chaque pied (« -<ruv. gémiss- . etc.) contienl ■">. a <»u '1 syllabes suivanl le syllabisme <ln pied voisin. Voilà donc avec Bes variations régulières, le mètre de l'alexandrin. Mais ce -<»m là des questions qui ne rentrent pas dans le cadre de notre étude. Ce qui nous importe, c'est de constater que, dans le rythme déclamatoire comme dans le rythme normal, les pieds de la poésie française sont en principe isochrones.

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