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quelquefois aggravée par les poursuites du fisc (1); ou par des sinistres inattendus (2) , amenant ici la ruine lente des familles, là leur démoralisation (3).
— « Il y a 27 ans que j'exerce le minis!ère dans les Vallées. Nous sommes toujours exposés à la haine et aux outrages de nos ennemis. Nous gémissons sous les croix les | lus pesantes. Les Vallées sont pauvres et ne peuvent faire que très peu de chose pour leurs pisteurs. Sans les secours britanniques nous ne pourrions subsister, n (Lettre du même, cahier de 1734.)
— Les récoltes manquèrent encore en 17.V2, en 17G8, et en 1779.
(I) Séquestre mis sur les biens, dont les impositions étaient en retard. (Archives du Perrier, an. 1 7 i G . ) Mémoires de Léger, sur l'état des Vallées en 17*29. (Archives des P. P. d-î Genève, vol. X. p. 174, etc.) .4 hrxJ accounl of the Vaudois of Piémont. Brochure publiée en 1753. — a Nous sommes écrasés de taxes extraordinaires, pendant que les catholiques sont même exemptés de la taille royale. » [Correspondance vaudoise, lettres de 17G4, etc.)
(-2) « Nous souffrons er.core beaucoup du terrible malheur arrivé en 1728. » (Lettre de Cyprien Appia, modérateur, datée de Saint-Jean, ce 3 mars 1731.) — Il s'agissait d'une inondation. — Une autre inondation désastreuse eut lieu en septembre 1738. C'est à là suite de ce débordement que fut construite à Bobi la digue nommée le rempart. Des collectes furent fait s de 1739 à 1743, en Hollande et en Angleterre, pour l'élever, et subvenir aux besoins des habitants. {L'état dislribulif de ces secours forme un 51SC. in-fol. de 40 pages. Sur 372 chefs de famille qui y figurent, comme parties prenantes, il y en a 186 (la moitié juste.) dont la signature n'est représentée que par un signe de convention. — Cette particularité peut servira faire connaître, avec assez d'exactitude, l'état de l'instruction primaire dans les vallées vaudoises, à celte époque, par la proportion de ceux qui savaient écrire leur nom, sur ceux qui étaient complètement illettrés.
(3) Note sur les événements survenus après 1730, a Beaucoup de nos gens n'entrevoyant qu'inquiétudes et désordres chez eux, voulurent s'evpatricr.
— Les uns, ayant su qu'on accordait des secours plus considérables à ceux qui étaient serrés de plus près par le prosélytisme (afin de les en gai antir), affectèrent d'être près d'abjurer pour avoir part à ces secours. D'autres vendirent leurs biens à perte et passèrent à l'étranger. N'y ayant pas trouvé la fortune qu'ils avaient espérée, ils revinrent plus misérables et
Cotte pauvreté excessive provenait en partie du manque de travail et de commerce : triste résultat des interdictions de toute nature qui pesaient sur les Vaudoisielle était due, en partie aussi, à la surabondance de cette population, resserrée dans les limites infranchissables des trois vallées, où ils étaient parqués i l). Mais on doit dire, à l'honneur des doctrines évangéliques , que les Eglises protestantes étrangères furent
plus inquiets. Souvent aussi, ceux qui avaient abjuré pour échapper aux poursuites de l'edit, ne purent se soustraire à celles de leur conscience. Quelques-uns se rendirent en Suisse pour ; reprendre la religion qu'ils avaient abjurée. Leurs biens furent alors confisqués en Piémont, et de grands dangers les y attendaient s'ils voulaient y revenir. On faisait même des procès aux pasteurs, en les accusant d'avoir encouragé ces catholisés à la relapsation; et l'on défendit à ceux qui restaient de sortir du pays. D'autres, après avoir tout dépensé en pays étranger, revenaient augmenter la misère de leurs vallées natales. Des parents protestants avaient des enfants baptisés catholiques ; et plusieurs de ces enfants étant revenus à la foi de leurs pères, furent poursuivis comme relaps. Le relâchement des liens de famille, de la discipline et des mœurs, furent le résultat de cette vie agitée et \agabonde. Le pays s'en ressentit longtemps, etc. »
(i) « Outre que les limites, qu'on leur a de temps en temps restreintes, sont petites, i! ne leur est pas permis, quoique chrétiens, d'en sortir pour s'établir ailleurs, avec leurs frères , dans les Etats du même souverain ; de sorte que ces montagnes sont en certains lieux trop peuplées, en d'autres pas assez. Le commerce y est impossible, la pauvreté générale, etc. ... » ^Requête des Pasteurs vauiois aux magnifiques Seigneurs de la Florissante République Helvétique, à Zurich; elle est datée du 15 mars 1728. Ecrite de la main de Reytiaudin, modérateur adjoint , et signée de neuf autres pasteurs, parmi lesquels Vincent Arnaud, fils du colonel. — Arch. part.)
aussi assidues à soulager les Vaudois que l'indigence à les frapper (1).
Le roi de Sardaigne peut-être eût pu contribuer davantage à les secourir; car ils lui avaient donné récemment de nouvelles preuves de leur fidélité. « Vous savez, Messieurs, écrivait l'intendant de Pignerol aux ministres vaudois, en 1733, que Sa Majesté notre souverain a déclaré la guerre; et vous n'ignorez pas sans
(1) Longue série de pièces et de lettres, s'elendant du 16 mars 1730 au 11 août 1731, et toutes relatives à la gestion et à la distribution des dix mille florins accordés par la Hollande aux vallées vaudoises. (Mémoire du professeur Léger, imprimé à Genève en 1731, in-^ de 30 pages. — Voir aussi le mémoire manuscrit renfermé dans les Archives des pasleurs de Genève, vol. X. 177.) — Elals de secours accordés par la Hollande aux Eglises vaudoises, fait et arrête' à Delfi, le 13 mars 1738, par M M. les commissaires du Synode vallon, etc.. (Mémoire communiqué.) — Ces secours étaient réguliers et accordés, 1° aux pauvres de chaque paroisse; 2° aux pasteurs en activité; 3° aux pasteurs émerites; 4° aux veuves de pasteur; 5° aux maîtres d'école. — A la date du mémoire, il y avait dans les Vallées 08 écoles, participant à c^'s secours; et trois veuves de pasteurs, qui recevaient chacune 60 florins. Celaient MM'nes Léger, Bastie et Reynaudin. Elles vivaient toutes trois ensemble à Villesèche. — De 1739 à 1744 , eurent lieu des distributions de secours, en suite de l'inondation de 1738. On trouve, à ta date de 1741, un tableau ge'ne'ral des subsides ecclésiastiques pour les Vallées, où l'Angleterre figure pour 270 livres sterling. — En 1758, un mémoire pour les Eglises évangéliques des vallées de Luserne, Pérouse et Saint-Martin, adresse au stadhoiidor et suivi d'une note sur un secours extraordinaire de 300 francs, accorde en décembre 17o8, par les Eglises vallonnés, aux pauvres des Eglises vaudoises, ainsi que pour l'établissement d'une maison iAcu!e à Villar-Pinache. — Enfin le Mémoire concernant la situation présente des Eglises évangéliques des vallées vaudoises... présenté au Synode tenu à La Haye, le 9 septembre 1762, etc. complète le tableau des secours étrangers, reçus à cette époque par les Vallées.
doute, qu'il part pour se mettre à la tête de l'armée. Je dois doue vous avertir qu'il faut , s'il vous plaît, exhorter vos troupeaux à faire des prières extraordinaires.... pour le succès de ses armes (1). » On verra plus loin que les Vaudois eux-mêmes contribuèrent par leur valeur, à les rendre glorieuses.
La cause de cette guerre était cependant bien éloignée des intérêts du \ eiiple piémontais. Il s'agissait de la couronne de Pologne, que l'empereur d'Autriche (2) voulait faire passer sur le front de l'Electeur de Saxe. La France s'y opposait, et le roi de Sardaigne s'allia à la France. Il joignit ses troupes à celles du maréchal de Villars, et prit à l'Autriche diverses places en Italie (3). La mort du maréchal (i) mit un terme aux exploits de Charles-Emmanuel III, mais ne l'empêcha pas d'en recueillir les fruits; car le traité de paix , qu'il conclut l'année suivante avec la cour de Vienne (5), augmenta ses Etats de tout le Novarais, et de quelques autres terres lombardes.
(I) Lettre datée du 17 octobre 1733. (Correspondance du modérateur des Eglises vaudoises de 1732 à 1734. (Archives particulières.) (•2) Charles VI.
(3) Pavie, le 4 novembre 1733 ; Milan, le 30 décembre même année; Novare, le 7 janvier 1734; Tortone, le 28, etc.
(4) Survenue à Turin, le 17 juin 1734. De Villars était âgé de 84 ans.
(5) Signé à Vienne, le 3 octobre 1735. — Par ce traité, les royaumes de
Peu d'années après, la guerre se ralluma entre l'Autriche et la France (1); mais cette fois, le roi de Sardaigne , fidèle à la politique habituelle de ses prédécesseurs, se déclara contre la France et s'unit à l'Autriche (2).
L'armée française tenta une invasion dans le Piémont, par les passages des Alpes vaudoises, en 1742; Charles-Emmanuel la repoussa en Dauphiné.
L'année suivante, les Français s'étant unis aux Espagnols pénétrèrent en Piémont par le Var, et battirent le roi de Sardaigne, près de Coni, le 30 septembre 4744.
Ils firent ensuite le siège de Coni , mais ne purent s'emparer de la place, où les Vaudois, disent les historiens, déployèrent une grande valeur (3).
Naples et de Sicile furent cédés à Don Carlos, allié de la France, et issu de la maison de Bourbon. — Il était fils de Philippe V et d'Elisabeth Farnèse ; né le 20 janvier 1716; duc de Parme et de Plaisance en 1731, et roi des Deux-Siciles en 1735; il fut proclamé roi d'Espagne sous le nom de Charles III, à Madrid, le 11 de septembre 1735. Il laissa alors Ferdinand, son troisième fils, à Naples, comme roi des Deux-Siciles. — Ce ne fut qu'en 1761 (le 15 d'août), qu'eut lieu le pacte de famille, conclu à Versailles, entre les quatre souverains de la maison de Bourbon, à la suite duquel l'Angleterre leur déclara la guerre.
(1) La France était alors soutenue et alliée de l'Espagne.
(2) En 1742.
(3) Voir Monostier, t. II, p. 182.
Trois ans après, eut lieu la bataille de l'Assiette (î), dont le succès fut du principalement aux Vaudois , et dont la conséquence fut encore d'agrandir les Etats de leur souverain (2).
Le col de l'Assiette est situé entre Fenestrelles et Exîlles, sur la montagne qui sépare la vallée de Pragela de celle de la Doire. Les Piémontais unis aux impériaux (3) y avaient élevé de forts retranchements. Le maréchal de Bellisle vint les y attaquer : il avait
(1) Le 19 juillet 1747.
(2) Par traité, signé à Aix-la-Chapelle , en 1748.
(:$) Il y avait huit bataillons de troupes piémoutaises, et trois bataillons de troupes impériales. (Ces détails et les suivants sont Grés d'un manuscrit intitulé : Memorie storiche eslratto dnl libro titolato, liber rerum notabilium et decretorum, pro hoc conventu Sancta>Mariee : Gratiarum Carmeli collecti ; da Fra Cypriano , segrelario del eonvenlo. — Arch. de l'évèché de Pignerol.) — J'ai aussi consulté pour les détails , deux ballades ou sirventes, sur cet événement. L'une de ces pièces est en patois, et commence ainsi :
Sé fossé may senti, etc
L'autre, écrite en mauvais français, fut composée probablement par un soldat vaudois; ce n'est qu'un long jeu de mots sur le nom du champ de bataille.
Ou peut en juger par les vers suivants :
Dix mille fantassins
Y ont laissé la vie....
Voulant tremper leurs doigts
Dans V Assiette aux Vaudois.
Cette complainte a 22 couplets. — D'après les historiens français, il ne périt à la bataille de l'Assiette que loOO hommes. — La relation que je cite donne des nombres différents. Je les ai adoptés à cause de leur précision, mais je ne puis les garantir. Des recherches sur cet objet eussent été pour moi difficiles et superflues.
neuf canons; ses adversaires n'en possédaient pas un. Il avait huit bataillons de réserve, et toutes les forces piémontaises étaient en activité. L'attaque commença vers le milieu du jour, et le feu se prolongea jusqu'au soir.
A la faveur de leur artillerie , les Français gagnèrei.t d'abord du terrain; ils gravirent la montagne jusqu'au pied des retranchements ennemis; mais par une vigoureuse sortie, les Piémontais les repoussèrent avec avantage. Le maréchal de Bellisle ralliant ses troupes sur les plateaux inférieurs, leur donna quelques instants de repos; puis les ayant encouragées, il les ramena vaillamment à la charge. Elles montèrent cette fois à l'assaut avec tant de rapidité, que la mousqueterie piémontaise ne put les faire reculer. Le combat s'engagea à l'arme blanche sur presque toute la ligne. Le poste que les Yaudois occupaient demeura tellement rempli de cadavres, qu'on l'appela depuis lors le Vallon de la mort (1). Mais l'ennemi tenait toujours. Quelques-uns de nos montagnards, se rappelant alors les heureux succès de leur tactique de guérillas, firent rouler des pierres énormes sur les as-
(1) Ces détails sont extraits des Mémoires de Paul Appia. (Manuscrit communiqué par la famille de l'auteur.)
saillants , et cela en telle quantité , que les Français , malgré leur vigoureuse initiative, plièrent encore devant ces foudroyantes avalanches de rocs et furent une seconde fois repoussés.
« Alors, dit notre relation, Bellisle, qui dans cette affaire s'était fort bien conduit, malgré ses revers, et à qui le rouge en montait au visage, résolut d'y engager et sa gloire et sa vie.
« Il fait un dernier etfort, ramène une troisième fois ses troupes fatiguées; leur donne l'exemple, s'élance à leur tête et sous le feu de l'ennemi, s'exposant comme un simple soldat, il vient avec toute l'audace d'un héros planter , le premier, un étendard sur nos retranchements. C'était glorieux; mais ce fut tout. Le lant maréchal fut tué sur la place.
« Sa troupe perdit six mille hommes en morts ou en blessés; et parmi eux, plus de trois cents officiers. On prit en outre trois drapeaux.
«De notre côté, continue le narrateur, nous eûmes deux cents morts ou blessés, parmi lesquels trois officiers, dont l'un se rétablit (1). »
L'attention du souverain, ayant ainsi été favorable-
(1) Relation précitée : Memorie storiche, estrade dal libro titolato , liber rerum notabiliura, etc
ment ramenée sur les fidèles et valeureux habitants des montagnes vaudoises, Charles-Emmanuel leur accorda d'abord quelques faveurs.
Ils purent avoir des notaires de leur communion (1). La justice civile se montra moins partiale à l'égard des protestants (2) ; l'autorité les protégea même en diverses circonstances.
Mais l'Eglise romaine n'en mit que plus d'activité dans ses menées de vexations et de prosélytisme. Elle obtint à la fois de nouvelles Instructions, plus rigoureuses que celles de 1730 (3), et la faculté d'ouvrir,
(1) Charles-Emmanuel II établit, à l'usage des protestants, si\ offices de notaires , dins les vallées vaudoises , à condition que ces officiers civils ne contracteraient que pour leurs coreligionnaires. — Patentes royales, du 14 février 1746. (Dérogeant ainsi au § k, du ebap. 2, Titre XXII , livre V, des Constitutions ou code général du royaume.) — Avant la concession de ces patentes, divers notaires protestants avaient néanmoins été autorises à exercer leur charge dans les Vallées. — Jean-Pierre Brezzi, à Saint- Jean, avait été patenté le 4 septembre 1732; Jacques Brezzi, son frère , avait été patenté le 7 août 1733, pour exercer à La Tour; mais il transporta son office à Saint-Germain. — Jean François Combe enfin occupait, à Saint- Jean, un office de notaire, acheté le 22 juillet 1708, à Manfredo Danna : mais pour lequel Combe n'avait été patenté qu'à la date du 5 mai 1741. (Extrait de diverses pièces, des archives de cour.)
(2) En 1774, les Vaudois réclamèrent contre des taxes injustement perçues sur eux. (Leur requête, selon l'usage regrettable de ces temps, n'est pas datée.) — L'n ordre de la chambre des comptes, en date du 17 août 1774, portait que les droits injustement perçus leur seraient rembourses. (Ces deux pièces ont été imprimées sur une même feuille.)
(3) Instructions du sénat de Turin, datées du 29 juillet 1740, et adressées aux juges des vallées vaudoises, sur la conduite qu'ils auront à tenir
aux portes des Vallées, l'office de captations et d'enlèvements qui jusque-là avait été placé à Turin , sous le titre de Refuge ou d'Auberge de la Vertu (1) ; cet
à l'égard des religionnaires. Elles renferment 32 articles, s'appuyant tous sur des édits antérieurs : comme celles de 1730, dont elles sont le commentaire pesamment aggravé. — D'après ces nouvelles instructions , s'il arrivait qu'un protestant tombât malade hors des limites légales des vallées vaudoises, le pasteur ne pourrait aller le visiter S3ns être accompagné d'un laïque; il lui était défendu de passer la nuit auprès du malade; il ne pouvait y séjourner qu'un jour, et devait s'abstenir d'y célébrer aucune espèce de culte. — Le culte catholique , en revanche, devait pouvoir être célébré partout, même dans les localités complètement protestantes, si les curés ou les missionnaires le jugeaient convenable. — Le nombre des pasteurs et des temples vaudois ne pouvait être augmenté. — Tout exercice religieux soit public, soit privé, et.iit interdit à Saint-Jean. Encore moins était-il permis d'y avoir une école. Il était défendu au pasteur d'y résider; et s'il se trouvait appelé auprès d'un malade, il ne pouvait y passer plus d'une nuit. (C'est alors que les Vaudois de Saint-Jean célébrèrent leur culte au Chiabas, temple bâti sur le territoire d'Angrogne.) — En outre par ces instructions, il était défendu aux Vaudois de recevoir des catholiques dans leurs temples, d'enclore leurs cimetières , d'acheter ou d'affermer des biens hors des limites tolérées, et d'avoir aucun rapport religieux avec les étrangers. — Les mariages mixtes sont aussi défendus, à moins que le conjoint protestant ne signe préalablement la promesse d'embrasser le catholic srr.e. — Les enfants des protestants pourront être enlevés à leurs parents, à un âge déterminé (pour les garçons, en sus de douze ans et pour les filles, en sus de dix), si ces enfants manifestent le désir de se catholiser. (Et l'on conçoit combien il était facile de supposer ce désir, ou de le faire taitre, par l'appât de quelque promesse, dans l'esprit irréfléchi de l'enfant.; Enfin, les étrangers protestants ne pourront s'établir dans les vallées vaudoises que moyennant uue permission expresse de Sa Majesté. — Coft questi lumi, ajoutent les instructions en terminant, restando voi sufficiamente instrutto, di cio che riguarda li sudelti religionarii, non axeie dunque che a vigilare, etc....
(1) VAlberga di virtu était un établissement antérieur au Refuge, mais auquel ce dernier fut primitivement uni. (De 1679 à 1739.) En 17-40 le Re-
établissement reçut ensuite plus d'extension encore (1 ) ; et c'est à cette époque que doivent se rapporter diverses tentatives d'abjuration poursuivies par la violence, non point seulement sur des enfants, mais sur des hommes faits (2).
juge fut transporté à Pignerol, et ouvert sous le titre d'Hospice pour les catholise's et ceux qui veulent se calholiser. — On devait y instruire les réfugiés dans quelques arts ou métiers, qui leur permissent de gagner leur vie lorsqu'ils en sortiraient. Mais bientôt l'intérêt religieux ou plutôt ecclésiastique l'emporta sur celui de l'industrie et de la charité. Cet établissement ne fut plus alors destiné qu'à propager les doctrines et les formes du culte catholique, parmi les protestants. Cette propagation avait surtout pour objet de rattacher à l'Eglise romaine les enfants qu'on parvenait à attirer dans l'hospice. Il prit alors le nom d'IIospizio di Catecumeni. (En. 1772.)
(1) En date du 28 décembre 1740, ordre royal, pour fournir 20,000 livres, à la construction de l'hospice à Pignerol. — Du 13 mai 1744, nouvel ordre , pour subvenir aux agrandissements de cette construction. — Du 1er mai 1745, patentes pour organiser l'administration de l'établissement. — Du 14 juin 1745, Biglietlo reggio, ordonnant d'y transporter les enfants vaudois, entretenus nell' alberga di Virlu, in Torino. — Du 24 juiu 1730, concordat avec Benoît XIV, appliquant le quart des rentes provenues île bénéfices vacants, à l'hospice de Pignerol. (Articles VI et VII.) — Du 21 mars 1752, patentes par lesquelles S, M. déclare prendre cet établissement sous sa protection, et en approuve les règlements. — Par ces derniers : lo l'établissement est réputé séculier ; 2o la direction en est confiée à une commission qui sera présidée par l'evèque, et en son absence par le gouverneur ou le commandant de Pignerol. Cette commission se réunira une fois par mois. (Articles II, III et IV.) L'hospice ne pouvant entretenir à la fois plus de cinquante pensionnaires, on les divisera en deux catégories. (Article XVI) etc. Voir Duboin, T. XIII, vol. XV, p. 220-228.
(2) Il existe un petit poëme fort imparfaitement rhythmé, mais plein de naïveté et quelquefois d'énergie, dans lequel un Vaudois, nommé Michelin, raconte qu'étant parti un samedi soir, pour aller dans la vallée de Saint-
L'Eglise vaudoise, de son côté, n'en appréciait que
Martin, il fut arrêté au Pomaret, par les soldais, conduit à la Pérouse fouillé, privé de ses habits, et jeté dans un cachot. Là, dit-il :
Je n'étais assisté d'aucune nourriture : Et mon corps grelottait par la grande froidure. Viennent ensuite quelques détails sur sa captivité;
Les enfants, le matin ,
Venaient devant ma porte
Me disant, Michelin....
Ne nous chantez-vous plus la chanson de l'Assiette?
— Il s'agit ici de cette ballade que j'ai citée à propos du combat de V Assiette. Peut-être était-elle l'ouvrage du même barde des montagnes , maintenant prisonnier. Comme Homère, le pauvre Michelin paraît avoir été aveugle; car dans ce récit, il ne parle que de ce qu'il entend, et jamais de oe qu'il voit; il raconte qu'il tomba, en se promenant dans son cachot; et enfin, que les gens du peuple lui disaient : Chantez, avec votre violon, et vous gagnerez deux ou trois picaitlons. — (Le picaillon est une ancienne monnaie piémontaise, valant deux deniers.) — « Quand les archers venaient, dit-il ensuite, il fallait employer la force, pour éloigner la foule des portes de mon cachot. » Et les curieux s'entretenaient de lui, dans les termes suivants :
S'il se faisait chrétien
Se disaient-ils l'un l'autre,
On lui ferait du bien.
Mais il n'est pas des nôtres ;
Et puisqu'il ne veut pas
Changer de religion ,
On va le laisser là
Périr dans la prison.
Quatre strophes sont ensuite consacrées à narrer les différents propos de la foule :
Croyez-vous que cela le tirera d'affaire?... Que peut-il avoir fait, ce pauvre misérable?... « Et moi, dit-il, qui écoutais tout cela, couché sur la paille, je priais Dieu , de me soutenir
En fermeté de foi , pendant toute ma vie. n
mieux la nécessité de fortifier sa discipline et son organisation (1). Elle obtint de pouvoir être représentée
Il y eut aussi des visiteurs charitables qui lui apportèrent quelque soulagement. Puis des moines qui vinrent le presser d'abjurer. Enfia il fut conduit à Pignerol, où il subit un nouvel emprisonnement et de nouvelles sollicitations :
Si vous n'abjurez pas votre infâme hérésie...
Yotre corps périra
Au fond d'une prison
Et l'on confisquera
Toute votre maison.
Ma maison est au ciel; c'est en lui que j'espère I...
Quand j'aurais en ce lieu
Tout perdu, corps et biens,
Mon âme devant Dieu
Ne craindra jamais rien.
Enfin la persévérance des convertisseurs fut vaincue par la persévérance du captif à demeurer dans l'Evangile; et Michelin fut remis en liberté. — Cette pièce de vers a 37 couplets, de 2 quatrains chacun. — J'ai cru devoir la citer, malgré son peu de mérite littéraire, à raison des sentiments qui y sont exprimés, et des détails qu'elle fait connaître; car ces détails font quelquefois mieux comprendre le caractère de l'époque, que des documents plus sérieux.
(1) Obligé de me restreindre dans ces notes déjà trop étendues, je ne puis qu'indiquer ici, sans développements, les acles synodaux et les matières y traitées, qui se rapportent à cet objet. — Consistoires : Synode de 1760, § VII; Synode de 1768, § XIII. Diaconie : Synode de 1765, § IV. Sanctification du dimanche : Synode de 1722, § 1 et X; de 1724, § I; de 1727, § VIII ; de 1745, § IV ; de 1748; § IX ; de 1753 ; § III ; de 1760, § II etc- Culte: 1718, XIV; 1722, VIII, XI; 1729, VIII; 1745, X; 1762, II, etc. Synodes : 1820, VIII; 1744, V; 1791, IV, etc. u Le modérateur et l'adjoint, feront, l'année où il n'y a pas de synode, une tournée dans toutes les Eglises, pour s'enquérir de leurs besoins et maintenir la bonne harmonie entre les paroissiens et leur pasteur. » (Actes du synode tenu aux Clots, le 23 octobre 1736, § 10.) Le synode de Saint-Germain, 29 novembre 1729, remarquait avec douleur que la discipline était de plus en plus relâchée (§ VIII ) ;
officiellement par les directeurs électifs, que lui donnaient ses propres synodes, sous le nom de Table vaudoise (1). Elle s'occupa de régulariser le traitement de ses pasteurs (w2) et de ses maîtres d'école (3) ; ainsi
et le synode de La Tour, (17480 ordonna que tout pasteur lirait chaque année, à Pâques, du haut de la chaire, les articles de la discipline extraite des actes synodaux, afin que les fidèles ne pussent arguer d'ignorance à cet égard (§ VIII.) — Ce premier extrait disciplinaire avait été fait par le pasteur Bastie, mais c'était un ouvrage fort incomplet.
(1) Une lettre de l'intendant de Pignerol, datée du 12 septembre 175-4, autorise la Table Yaudoise à rédiger et à signer des requêtes au nom des Vallées. — Dans le synode tenu en 1754 à Saint-Germain , il fut arrêté que l'on ferait un inventaire de tous les papiers relatifs aux Eglises vaudoises, et qu'ils seraient remis au modérateur, pour être conserves de mains en mains, dans les archives du corps qu'il devait présider. § VIII.) — L'introJuction des membres laïques dans le corps de la Table Yaudoise fut tentée en 1722. (Synode du Villar, art. XIII.) Elle fut proposée de nouveau au synode de 1795, et ne fut admise définitivement qu'à celui de 1823. — Dans le synode de 1765, on décida que deux personnes, parentes l'une de l'autre, ne pourraient faire ensemble partie de la Table. (§ IX.)
(2) Les subsides d'Angleterre avaient été suspendu?, en 1723. L'arriéré fut soldé en 1726. — Sur le rapport du procureur général, Edouard Worthey, (daté de Londres, 30 mai 1726.) Georges I régularisa leur payement ultérieur. (Ordonnance sigûée à Wite-Hal, le 9 juin 1726.) Par une procuration, datée du 20 mai 1726, les Eglises vaudoises avaient autorisé le banquier Schetwynd. à Londres, à toucher cet argent, pour le leur faire passer en Piémont, où ils le recevaient des mains d'un banquier de Turin. (Cette même année 1726, l'Eglise d'Amsterdam, avait fait passer des secours aux Vallées.) — Georges II renouvela l'ordonnance qui assurait aux Vaudois la régularité de ces subsides. La première distribution eut lieu sous son règne, le 25 mars 1728.
(3) Il y en avait alors 68 dans les communes vaudoiscs. et il seulement participant régulièrement aux secours étrangers : savoir les 13 régents des écoles communales qui recevaient chacun 160 francs des subsides britannique s,
que de surveiller ses étudiants dans les facultés de théologie étrangères (1).
Dès l'année 1727, on trouve l'origine de la petite Eglise protestante de Turin , qui n'obtint un service régulier qu'un siècle plus tard (2), et qui, tout récemment à peine, a pris rang au nombre des Eglises vaudoises (3).
Les entraves ne lui ont pas manqué (4) ; mais il lui
et celui de l'école latine, qui recevait 250 francs de la Holladde. — Les 54 autres instituteurs recevaient leur salaire des élèves, et ne tenaient école que pendant trois ou quatre mois durant l'hiver.
(1) Il y avait à Lausanne cinq places ou bourses d'étudiants vaudois , payées par les cantons évangéliques de la Suisse. En 1726, on en transporta une à Genève. En 1727, le synode des Eglises wallonnes en fonda une à Marbourg. La reine Anne en avait établi trois en Angleterre. Il y en avait alors une, puis il en fut créé une seconde à Bàle , au collège d'Erasme ; deux autres enfin furent créées à Genève , après 1730. Il y en eut ainsi trois dans cette ville , et en tout treize. — Voir les actes synodaux du 16 septembre 1693 ; du 3 juin 1694 ; du 6 octobre, même année ; du 17 juin 1695 ; du 19 juillet 1701 ; du 17 septembre 1720 ; du 13 novembre 1725 ; et successivement, aux années 1727, § VI ; 1729, § VII; 1743, § II; etc.
(2) Le pasteur de Saint-Jean, Cyprien Appia, qui avait fait ses études en Angleterre, offrit à l'ambassadeur de cette puissance, près la cour de Turin, d'aller célébrer un service religieux dans son hôtel, toutes les fois qu'il le désirerait. (Lettre du 5 janvier 1727.) Ce ne fut qu'en 1827, par arrêté du 6 juillet, qu'un pasteur vaudois fut nommé Chapelain des Légations protestantes, à Turin.
(3) Voir l'Echo des vallées vaudoises, du 6 septembre 1849, p. 43 ; et dans ce vol. chap. XXIV.
(4) Un reggio vilielto, al vicario di Torino, riguardente i religionarii stabiliti, in questa cilla, datée du 23 mars 1753, ordonnait :
lo Que tous les protestants de Turin auront à se faire inscrire à la police ;
a suffi de la patience et de l'espoir en Dieu pour les surmonter heureusement. Puisse-t-elle maintenant l'en bénir et le glorifier par sa vie chrétienne !
Les restes longtemps oubliés des anciennes Eglises vaudoises, dans les Alpes françaises, s'étaient aussi peu à peu relevés (1). Des rejetons nouveaux et pleins de sève poussaient autour de la souche, qui semblait disparue. Et fidèles à leur origine, ces Eglises renaissantes profitèrent du premier rayon de liberté que fit luire sur elles l'époque où nous allons entrer, pour
2o Qu'ils n'auront jamais à leur service de domestique catholique ; 30 Qu'ils ne pourront obtenir d'y résider au delà d'une année : ce terme écoulé, la permission sera prorogée s'il y à lieu ;
' 40 Ils ne pourront affermer des propriétés aux environs de Turin, sans autorisation spéciale de l'autorité ;
5o Nul d'entre eux ue pourra se livrer à l'industrie du filage ou de l'ou- ▼raison de la soie, réservée exclusivement aux catholiques;
60 II leur est interdit de parler, d'écrire, ainsi que de distribuer des livres ou des estampes, et de tenir des conférences sur des sujets religieux.
L'ambassadeur britannique, lord Rochefort, fit, à la date du 4 juillet 1753, une protestation dans laquelle on remarque ce passage: a Je ne suppose u pas qu'en interdisant tonte conférence religieuse, on prétende empêcher « personne de venir assister au culte, qui a lieu dans la chapelle de la lé- « gation. u
La réponse du roi, à cette note, est du 7 juillet 1753. Il y est dit à cet égard : u Les protestants continuant de fréquenter la maison du ministre « d'Angleterre, comme ils ont fait par le passe' , nous fermerons les yeux « là-dessus, par manière de tolérance. » (Arch. du Turin, no de S. 529, 530. 531.)
(1) Voir, dans le chapitre IV de la ire partie de cet ouvrage, à l'année 1775, le Mémoire sur les progrès de l'he'résie dans la vallée du PC et en Queyras.
s'unir aussitôt en un seul corps, avec leurs sœurs des vallées du Piémont (1). Cette union temporelle n'a pu se maintenir, mais on peut espérer que leur union spirituelle n'a fait depuis lors que s'accroître. Dieu permit encore que les mêmes hommes y contribuassent plus tard (2).
Pendant ce temps , l'esprit de l'avenir avait commencé de se manifester. L'hostilité séculaire du papisme contre l'Eglise réformée tendait à s'effacer entre les représentants les plus éclairés des deux cultes (3). Les Vaudois éprouvaient moins de peine à compléter l'exercice du leur (4). Des motifs nouveaux
(1) On lit dans les actes du synode de 1801, § III : « Les Eglises de Saint- Véran, Molines, Fonsillarde, La Chalp, Arvieux et Brunissard, dans le département des Hautes- Alpes , ayant délégué à la vénérable assemblée le citoyen David Monnet, son pasteur actuel... demandent instamment d'être considérées comme ne faisant qu'un seul corps avec les nôtres. ■ Le synode l'accorda avec empressement, et se réjouit de cet échange de témoignages fraternels, aux deux côtés des Alpes. — Le vénérable pasteur Monnet est aujourd'hui (1850) le doyen des pasteurs de l'Eglise vaudoise.
(2) Le bienheureux Félix Xeff vint aux Vallées en 1826; son influence, quoique plus lente à se manifester, n'y fut pas moins profonde que dans les Alpes françaises, où son souvenir est si justement vénéré.
(3) Dans le synode de 1701, on décida de s'adresser à l'évèque de Pignerol, pour obtenir le déplacement du curé de Pramol : <« persuadés (esl- « il dit à l'art. V), que ce prélat, le modèle de la douceur, de l'équité et « de toutes les vertus chrétiennes, éloignera, dans sa sagesse, un homme « qui peut semer la discorde, n
(4) Des exercices religieux se faisaient à Saint-Jean, contrairement à l'édit de 1740; mais on n'usait pas alors de rigueurs pour les faire cesser. — Cependant, par requête du 11 février 1792, les Vaudois avaient demandé
rattachaient l'intérêt de leur Eglise à l'union de ses membres et à la rectitude de leur vie.
Ainsi s'oubliaient peu à peu les anciennes difficultés, qui avaient fait craindre pour l'existence de l'Eglise vaudoise (1), et les dissensions intestines qui avaient menacé son bonheur (2).
La cause qui les avait produites ne s'était que trop longtemps maintenue ; car, depuis le fils de Reynaudin jusques au docte et caustique Peyran, on ne cessa presque jamais d'avoir aux Vallées quelque pasteur dont la vie scolaire avait été non-seulement peu sé-
d'avoir une cloche au temple de Serres. La réponse, datée du 13, fut négative. — En 1722, le conseil supérienr de Pigneiol s'était opposé à la reconstruction du temple de Faët. (V. Synode du Villar, 6 octobre 1722, §11.)
(1) On lit dans une lettre, écrite de Saint-Jean, le 3 mars 1736: « Ceux de la plaine sont si extraordinairement endettés envers des créanciers , la plupart catholiques, que quand ces derniers voudront être payés, il faudra que la plupart de leurs débiteurs déshabitent. II y en a toujours quelquesuns qui changent... Celte Eglise se perd peu à peu... » (Correspondance vaudoise, Arch. part.)
(2) Sans m'étendre sur cette matière, je renvoie au mémoire de Léger, inséré dans les Archves des pasteurs de Genève, vol. X, p. 177, et à celui qu'il fit imprimer en 1731. — Voici cependant quelques passages d'une lettre adressée par le synode wallon à l'Eglise vaudoise , le 17 déc. 1730. « Nos Eglises pourraient-elles être insensibles aux divisions funestes qu'el- « les voient naître dans votre sein?... Au nom de Dieu, Messieurs et très « honorés frères, prenez des précautions efficaces, sous les yeux du puis- « sant scrutateur des âmes, pour étouffei d'une manière chrétienne, dès « leur naissance, ces premiers feux d'une dissension, dont les suites vous « seraient éternellement funestes. »
rieuse, mais trop souvent répréhensible(l). La fièvre innovatrice et dissolvante du siècle les poursuivit même quelquefois jusque dans leur paroisse (2). Mais ces écarts devenaient da plus en plus rares ; et les actes de contrition , d'humilité , de repentance , les nombreux appels de l'Eglise vaudoise à l'esprit du Seigneur j par des jeûnes et des prières , furent enfin écoutés (3). Elle sortit, pour ainsi dire, une seconde fois du moyen âge.
(1) Le fils de Reynaudin fut renvoyé de l'académie de Bàle, pour sa conduite irrégulière; après avoir précédemment été éloigné d'Utrecht, il quitta cette dernière ville en compagnie de Scipion Rostan, qui fut successivement à Utrecht, à Lausanne, à Genève et à Bâle, et qui partout laissa des sujets de reproche. — Cette jeunesse agitée ne l'empêcha pas néanmoins de montrer un noble cœur et une conduite irrépréhensible, au temps de sa maturité. — Nous pourrions en dire autant de Jacques Peyrau, dont la jeunesse a fourni matière à un mémoire très rigoureux. Mais il nous est permis d'oublier ce&juvenlia, dont la mémoire de Th. de Béze lui-même n'a pas eu a souffrir, pour nous rappeler que le synode de Bobi (octobre 1760), adressa des remerciements spéciaux à Peyran,pour l'excellence de sa modérature^ et dans le même article (§ I) le cita comme un modèle aux modérateurs à venir.
(2) Il existe un mémoire latin, qui doit se rapporter à l'année 1780 , dans lequel les pasteurs Jacques Peyran et Paul Appia, avaient été accusés de vouloir supprimer l'effusion de l'eau, dans Ja cérémonie du baptême. — Ces pasteurs protestèrent dans le synode du Pomaret (20 juillet 1830) contre cette inculpation.
(3) « On ne saurait se dissimuler l'état déplorable dans lequel le monde o chrétien est depuis longtemps plongé » (disait le synode de 1782, § II) ; u le vice continuant de régner parmi nous et même d'augmenter son em- « pire ( synode de 1788, § II) , » montre les funestes effets des passions « déréglées qui éclatent de temps en temps. » (Synode de 1777, § III.)
Le souffle subversif qui l'avait effleurée, bouleversait maintenant le monde, en ébranlant tous les trônes de l'Europe par la chute de la monarchie française. La révolution de 1790 venait d'éclater. Nos vallées elles-mêmes furent bientôt entraînées dans l'effrayante orbite de ses innovations.
« Tout alors, dit M. Monastier (1) , tendait à détourner l'âme de la vie intérieure, cachée avec Christ en Dieu. La puissance de l'intelligence humaine, unie à la force matérielle, s'était faite la régénératrice du monde. Il n'était question que d'organisation sociale, de conquêtes visibles et de gloire mondaine; il ne restait pour ainsi dire plus de place sur la terre pour les intérêts du ciel. »
Mais on peut dire aussi, que ce fut là un temps d'orage , et que le propre des orages est d'être rapides et de purifier l'air.
« Nos chutes sont si fréquentes, nos transgressions si multipliées, nos vices « si nombreux, que nos consciences, d'accord avec la religion, nous pres- « sent de solliciter la clémence divine. » (Synode de 1774, § III.) Et les jeûnes solennels qui eurent lieu depuis lors, savoir, en 1775, 1778, 1781, 1783, 1786, 1789 et 1799, ont tous été précédés par de pareilles humiliations, ferventes de repentir, pleines de prières et de supplications, telles que nulle Eglise, peut-être, n'en adressa jamais de plus profondément senties.
(1) T. II, p. 200.
Aussi la lourde atmosphère du passé s'est-elle dégagée . daus ces agitations , des éléments vieillis qui étaient incompatibles avec la vie du progrès.
Dieu tire le bien du mal, et il dirige à leur insu les hommes qui s'agitent sous sa main.