‹ L'Israël des Alpes (volume 2)Chapitre 34 sur 48 · XIII. Un traité des joies et des peines · texte numérisé non relu

XIII. Un traité des joies et des peines

XIV. Glosa pater noster. — Un commentaire vaudois sur j'Oraison dominicale a été publié par Léger, ch. VII. Un autre se trouve dans Perrin, p. 201. Un semblable dans le MSC. de Dublin. n° VII, des MSC. vaudois. — Celui de notre MSC. ne va pas plus loin que la quatrième demande , et finit ainsi : « La « quarta cosa di quai nos deven mastigar aquest pan con dçvo" « cion : le que nos lo deven rescober en la boca del cor. » Les derniers feuillets qui manquent au volume, ont emporté la fin de cette Glose.

Ce livre est un des plus difficiles à lire, à cause des abréviations nombreuses qu'il renferme, et qui produisent un enchevêtrement fréquent de lettres , les unes dans les autres , même entre des mots qui devraient être séparés et distincts : comme aussi les syllabes d'un même mot y sont souvent désunies, et rattachées moitié au mot précédent , moitié au suivant. — Mais ce MSC. 206, est incontestablement un manuscrit vaudois: 1° par la langue ; ,2° par les pensées; 3» enfin, parce que quelques-uns des traités qu'il renferme, se retrouvent dans les autres manuscrits vaudois , dont l'origine n'est pas douteuse.

MSC. III. no 207.

D'entre tous les manuscrits vaudois , c'est celui-ci qui est le

plus connu, et qui a été le plus souvent cité. — Il forme un petit vol. in-18, relié en bois, recouvert de peau, écrit sur vélin , en assez beau gothique et en langue romane. Il contient 165 feuillets sans pagination et n'a ni glose, ni préface, ni titre général • J'ai fait connaître, dans cette section (§ I, n° VI ) , l'inscription qu'il porte sur le premier feuillet. Elle donne l'indication de tous les livres qu'il renferme.

I. Commentaire sur le Cantique des Cantiques , sous ce titre : « Incipit prologus in secundo libro exponicionum canticon Salo- « mona. » Commençant ainsi : 0 Rarissimes, lo nostre cor non « se merevilha si una spia {épi, parcelle) da questas, sentencias» « engenra moti grande parollas, etc..

En voici un fragment, pris vers la tin :

Yo, non penso mi haver compres Je ne pense pas avoir compris totas cosas, ni aver script tota aquella toutes les choses, ni avoir retracé sciencia , lacal se rescont encara en toute la science, qui se trouve enaquest libre. E emperczo laysant cal- core cachée dans ce livre. Et pour quecal cosa remen al foc celestial. cela nous laissons quelques choses , Donca, o legidor Rarissime, re- remises au feu céleste. (Aux lumièpausa te entre li baron de mira, res de la grâce.) cum lical hinta lo rey de gloria. Ve- Donc, ô lecteur bien cher, reposejas cantas cosas son recoynta de lor oi parmi ces barons de marque, avec meseymes, e cant bella es la ley del lesquels habite le roi de gloire. Vois, Segnor, e cant deleitivol es studiar quelles choses sont racontées d'euxen ley. mêmes; et combien belle est la lo1

du Seigneur , et combien délectable

son élude.

Malgré toutes ces suppressions volontaires de l'auteur, le commentaire dont nous parlons est fort étendu ; il remplit 221 pages ( plus de la moitié du volume ) ; et se termine ainsi : « Enayma dis « Ysaya li tio olh vean cum li just to sey en la soa bellecza local « vio e régna dio {lequel vit et règne Dieu; soit étant Dieu) cum lo « payre e cum lo sant sperit, per tuit li segle de li segle. Amen.»

II. Poëme intitulé : la Barque-, indiqué par ces mots : Ai/ci commença la Barca (à la p. 222). Ce poëme renferme 56 strophes de 6 vers chacune, (la 15e cependant paraît n'en avoir que cinq à cause que les deux premiers ont été écrits sur une seule ligne,

par une négligence évidente du copiste; la 48e en revanche, contient 7 vers au lieu de 6. Les strophes 18 et 19, 40 et 41, 55 et 56, ne sont pas non plus séparées l'une de l'autre, dans ce MSC.J — Ce n'est qu'à partir de la 36e strophe, que le voyage de l'homme , sur la terre , est présenté sous l'image d'une barque en route vers le port. Le port, c'est le ciei , les passagers sont les hommes. Qu'apporteront-ils avec eux? Toutes leurs œuvres sont souillées. Que le pécheur reconnaisse ses fautes, et qu'il n'accepte pour pilote que Jésus- Christ, pour seul trésor que ses mérites : telle est la conclusion du poëme. — Raynouard ( choix de poésies orig. des troub. , T. H. Monuments primitifs de la langue romane ) , a cité quatre strophes de ce poërne ; Hahn, le cite tout entier (Geschichte der Waldenzer , p. 560- 570. J'en ai cité les premiers vers dans cette section (§1 , n°2).

III. Lo novel Sermon. Poëme de 408 vers, divisés en 21 paragraphes , ou couplets d'inégale longueur. Ce poëme occupe '17 pages du manuscrit. Il a pour sujet, d'exposer les voies trompeuses du siècle et la nécessité de servir Dieu. — Raynouard, en cite des fragments isolés ; Hahn l'a publié en entier, de la p. 570 à 581. — Ce poëme commence ainsi :

O havres Rarissimes, entende mon parlar...

et se termine par les vers suivants :

Adouca H felhon seren mot engana, Ma a tart conoisceren quilh auren mal obra. Adonca sare fait cambi dun chascun istament : Aquilh que han czay lo deleyt auren lay torment; Ma li Serf dal Segnor que han czay tribulacion , Auren lay eternal gloria e grant consolacion. Benaura seren aquilh que seren de li perfeit, Cant la sere compli lo numbre de li eleyt! la poiseneza del payre et sapiencia del filh Et la bonta del sant Sperit nos garde tuit Denfern , e nos done Paradis. Amen.

Voici la traduction de ces vers. « Alors les méchants seront « fort trompés, mais à tard connaîtront qu'ils auront mal œu- « vré, Alors sera, fait l'échange de chaque Etat : ceux qui ont

«choisi les plaisirs auront là tourment; mais les serviteurs «.(serfs) du Seigneur, qui ont choisi tribulations, auront là «éternelle gloire et grande consolation. Bienheureux seront « ceux qui seront des parfaits, quand là sera accompli le nom- «bie des élus! La puissance du Père, et la sagesse du Fils, et «la bonté du Saint-Esprit, nous garde tous d'enfer, et nous «donne le Paradis. Amen. »

IV. Le novel confort. Poëme de 300 vers ; composé de 75 strophes, de quatre vers chacune. Il manque un vers à la 40e strophe. Une petite raie rouge sépare ces quatrains l'un de l'autre» dans le manuscrit, dont ce poëme occupe 13 pages. — Raynouard en a cité 18 strophes , choisies çà et là ; Hahn le donne tout entier de la p. 581 à la p. 589. — Le poëme a pour but de fortifier le chrétien dans son détachement du monde, et de l'encourager à la recherche du salut parJ'Evangile. En voici la 73e et la dernière strophe.

0 car amie, leva vos del dormir!

Car vos non sabe lora que Xrist deo venir; Velha tota via de cor en dio servir Per istar en la gloria laeal non deo fenir. Vene ! e non attende a la noyt tenebrosa , Lacal es mot scura, orribla e spavantosa ; Aquel que ven de noyt, ja lespos ni lesposa, Non hubrire a luy la porta preciosa.

Amen.

Traduction: «0 chers amis! sortez de votre assoupissement, « car vous ne savez pas l'heure à laquelle Christ doit venir, « Veillez toutefois à servir Dieu de cœur, pour rester en la gloire, «laquelle ne doit pas finir. — Venez ! et n'attendez pas à la nuit « ténébreuse, laquelle est fort obscure, horrible et épouvantable. « Celui qui vient de nuit, lors l'époux ni l'épouse, n'ouvrira à « lui la porte précieuse. »

Raynouard pense que ce poëme est d'une origine plus récente que les autres, à cause de la plus grande perfection du rhythme.

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