SOUS LA RESTAURATION
(De 1814 à 1842.)
Sources et autorités. — Pièces officielles. Ampliations de documents.
— Mémoire sur les destinées des Vaudois depuis la révolution française (en allemand; par le professeur Vater de Halle; compris dans une série de matériaux -pour l'histoire ecclésiastique moderne, publiés dans les Nouvelles annales théologiques de Halle. Livr. de mai 1821, p. 316. — Dans le même journal : livr. de mai 1822, p. 216 : Aperçu sur l'état actuel des Vaudois du Piémont.) — Die Waldenser in unscren Tagen , Von D. E. T. Mayerhoff, Berlin, 1834. — Sims, Mémoires relatifs aux Vaudois. (Londres, 1814, en anglais.) — Rapports sur les travaux du comité vaudois, établi à Londres à la suite du grand intérêt qu'excita en Angleterre la Relation d'un voyage dans les Vallées, par M- W. Gilly.) — De cet auteur : Valdo et Vigilance. — Monistier : les deux derniers chapitres de son ouvrage. — Bridgi: , A brief narrative of a visil lo the Vaudois , etc. — Rulletins et Rapports du Comité vaudois établi à Londres, en 1821. — Autres ouvrages en Anglais : Acland, Plenderleath, Jackson, 13n ace bridge, etc. (Voir la Ribliographie.) — Statment of the grievances of the Waldenses , 1843, in-8o de 40 p. publié par le comité de Londres. — La complète émancipation des Vaudois, par le comte Ferdinand Del Pozzo, 1829 (en italien.)
— Témoignages en faveur des Vaudois (en anglais : Londres 1826.) — La couronne et la tiare : Considérations sur l'état présent des Vaudois. Lon-
dres 1842. — Etat et griefs des Vaudois en 1843. L'ud et l'autre en anglais, etc.... — Et de nombreux articles de journaux: Monhj Review juin 1814; Quarterley Review 1843; Revue d'Edimbourg, Magasin britannique, Gazette d'Augsbour g (décembre 1842); Archives du christianisme ; Archives Wesleyennes ; le Semeur, etc. (Ces différentes sources ont été indiquées avec plus de détails, dans la dernière partie du catalogue placé à la fin de ce vol.) — Enfin, Mémoires d'Appia : lo Riographiques; 2o Sur l'état actuel des Vaudois considérés au point de vue de l'histoire et de la statistique. { Ce second mémoire est daté du 14 février 1815<et forme un manuscrit de 13 p. fol).
Au point de vue rigoureusement historique, l'époque de la restauration devrait s'entendre, pour les Vaudois, depuis le moment où ils sont rentrés sous la législation exceptionnelle du dix-septième siècle (1614), jusqu'à l'avènement du régime constitutionnel, qui proclama leur émancipation civile et politique (1848) ; et l'on ne serait pas même fondé à clore là cette période, si quelques-unes des dispositions arbitraires du passé se maintenaient encore dans l'avenir.
On a lieu d'espérer qu'il n'en sera pas ainsi : grâce à la liberté qui s'y est établie, aux lumières qui s'y propagent , à la charité qui s'y réveille , et aux progrès déjà accomplis, par le sage gouvernement qui préside à ses destinées.
C'est donc aux dernières mesures de répression , poursuivies contre les Vaudois en vertu des lois an-
ciennes, que nous bornerons ce chapitre: ne croyant pas devoir étendre le nom discrédité de restauration, sur les dernières années du règne de Charles-Albert, qui ouvrirent la voie nouvelle et ont laissé de si grands souvenirs.
(Avril 1814.) Victor-Emmanuel IV allait ressaisir le sceptre du Piémont; il était roi depuis J802, mais n'avait pas encore régné. Une flotte anglaise était allée le chercher en Sardaigne, pour le faire passer de l'exil sur le trône de ses ancêtres.
Les Vaudois jugèrent à propos d'envoyer une députation à Gênes, pour le recevoir à son débarquement et lui recommander les destinées de leur patrie.
Les pasteurs et les maires de toutes les communes vaudoises se réunirent donc à Rocheplate, le A mai 1 814. Ils nommèrent pour députés M. Peyran et M. Appia. Ce dernier nous a conservé la relation do l'ambassade.
« Nous partîmes , dit-il , de Pignerol , le 6 mai , et arrivâmes à Gènes le 9. Une heure après notre arrivée , l'artillerie de tous les forts et celle de tous les vaisseaux de guerre anglais, annonça que le roi venait d'entrer dans le port.
« Nous jugeâmes que nous n'avions pas un mo-
ment à perdre pour obtenir une audience du général Bentink, commandant des forces britanniques. N'ayant pu lui être présentés , nous remîmes notre requête à son banquier, et au révérend Wennok, chapelain des troupes britanniques, qui s'intéressa vivement à nous.
« La requête portait, en substance, que nous priions Sa Majesté de nous traiter comme ses autres sujets. Nous eûmes la certitude qu'elle avait été remise au général, et recommandée par lui à Victor-Emmanuel. Mais ce dernier fit si peu de cas de la recommandation, faite par le représentant de cette grande et généreuse nation qui venait de lui rendre un trône , qu'avant même d'être arrivé à Turin , il fit paraître un édit qui remettait en vigueur toutes les anciennes mesures d'intolérance et d'exclusion , portées contre nous (1). »
Par cet édit , l'injonction de cesser tout travail les jours de fêtes catholiques ; la défense d'acquérir des biens hors du territoire des Vallées: l'interdiction de toute charge civile; l'obligation d'avoir dans les conseils communaux une majorité catholique , et beau-
(1) Mémoires de Paul Appia , sur ce qui s'est passe' dans les Vallées de 1799 à 1816. — L'édit dont il est ici question est du 21 mai 1814.
coup d'autres mesures vexatoires étaient de nouveau imposées aux Vaudois.
Ce prince, qui avait à réorganiser toutes les administrations de ses Etats, à relever le lustre de sa couronne , à faire oublier la gloire usurpatrice de l'Empereur dans les vertus de la légitimité héréditaire , au lieu de se montrer un père pour son peuple, ne se montra qu'un valet servile du papisme.
Peu de jours après la publication de l'édit, qui faisait reculer les Yaudois jusques au régime de Philibert, Victor-Emmanuel IV, signa deux ordonnances, l'une contre les francs-maçons, l'autre contre les aubergistes et les restaurateurs, qui serviraient du gras le vendredi et le samedi (1).
Les Vaudois , redoutant avec raison les conséquences d'un retour si étrange à des rigueurs , dont les lumières du siècle avaient fait un anachronisme , hasardèrent une nouvelle tentative pour obtenir quelque adoucissement à leur position. Les mesures qu'on avait rétablies contre eux étaient si arriérées, que plusieurs étaient déjà tombées en désuétude à la fin du siècle précédent. Ils espéraient, d'ailleurs,
(1) Leur faisant encourir dans ce cas une amende de douze écus d'or. (Mémoires d'Appia.)
qu'en rappelant au roi les expressions de la lettre si bienveillante que son père avait jadis écrite en faveur des Vaudois(l), il consentirait à réaliser quelquesunes des promesses qui y étaient contenues.
Une députation vaudoise se mit donc en route pour Turin (2). Elle fut reçue en audience royale le 28 mai 1814. — J'accorderai aux Vaudois tout ce que je pourrai, répondit le monarque (3). — Ses intentions étaient sans doute bonnes; mais le clergé catholique, maître du souverain et ennemi des Vaudois, parvint bientôt à rendre ces derniers d'autant plus suspects au gouvernement restauré , qu'ils s'étaient montrés plus dignes de la protection et des égards de celui qui venait de tomber.
(1) Bigliello regio de Yictor-Amédée III, au duc d'Aoste, daté du 4 juin
(•2) Composée de deux pasteurs : Bert et Pejran ; et de deux laïques : Brezzi et Vertu. — La requête qu'ils présentèrent au roi se trouve dans Bert. Valdesi, p. 455.
(3) Victor-Emmanuel IV s'entretint familièrement avec les députés. Il leur fit voir un vieil habit rapiécé qu'il avait porté en Saidaigne , et leur dit : « Voyez, c'est ma femme qui a mis cette pièce, » Mais cette simplicité de mœurs, correspondait à une simplicité d'esprit, dont le clergé sut toujours profiter. On vit ce roi suivre des processions nu-pieds, avec un cierge dans la main, et descendre au rôle d'agent de police, en faisant arrêter lui-même les passants qui ne se découvraient pas devant la procession. (Ces détails sont extraits des mémoires d'Appia et de diverses lettres écrites par les députés.)
« Malgré le bon accueil que nous avions reçu , écrit un député , notre requête a été depellita (déchirée), ce à quoi l'on devait bien s'attendre, à la manière dont vont les choses. »
Sachons gré à Victor-Emmanuel d'avoir voulu accorder aux Vaudois tout ce qu'il pourrait; mais reconnaissons , pour la dignité du trône , qu'il n'a rien pu du tout.
Bientôt, on donna l'ordre à ceux qui avaient pris à ferme les biens nationaux accordés aux Vaudois par la commission exécutive et par Napoléon, de n'en plus exploiter les bois ni les vignes , et d'aviser à ce que ces biens pussent être prochainement remis en toute valeur entre les mains du gouvernement (1).
Puis on fit fermer le temple que les Vaudois avaient construit à Saint-Jean , et ils furent obligés de célébrer leurs services religieux dans l'ancien temple du Chiabas , bâti sur les confins d'Angrogne, malgré le délabrement de cet édifice depuis si longtemps abandonné (2).
(1) Cet ordre est du 30 septembre 1814. — Les comptes relatifs à l'administration de ces biens furent réglés devant l'intendant de Pignerol, par le modérateur des Vallées, en juillet 1815.
(2) La lettre du ministre de l'intérieur (comte Védon) à l'intendant de Pignerol > pour cet objet, est du 3 octobre 1814. — Celle de l'intendant
Le seul fruit que les Vaudois retirèrent de cette seconde députation, fut une patente royale qui confirmait les latitudes dont ils avaient joui avant 1794, et maintenait toutes les restrictions existantes à cette époque (1). Mais la privation des ressources sur lesquelles reposait le salaire de leurs pasteurs , et les nouvelles entraves apportées à leur culte , leur faisaient une impérieuse nécessité de recourir encore au souverain.
Cette troisième députation avait pour but de réclamer l'usage du temple de Saint-Jean, le maintien des propriétés achetées hors des limites, sous le gouvernement français , et une compensation des biens nationaux pour le traitement des pasteurs (2). Le roi refusa de se prononcer immédiatement; il ajourna sa réponse; mais il manifesta de favorables intentions.
(comte Crotti) au modérateur, pour le même objet, est du 25 novembre. — Le ministre demandait la suppression de tous les temples bâtis hors des limites. « Je pense, ajouta le comte Crotti, au bas de sa lettre, qu'il suffira de fermer le temple de Saint-Jean, qui est le seul qui se trouve dans ce cas, et de vous réunir ailleurs. » — Nous trouverons d'autres exemples encore de cette bienveillante modération, par laquelle de dignes magistrats, sans manquer à leur devoir, savaient adoucir les rigueurs de leur souverain.
(1) Ces patentes sont du 30 septembre 1814.
(2) Cette députation doit avoir été reçue à Turin du 2 au 4 décembre
« Notre députation pastorale, écrit M. Bert (i), a été présentée vendredi dernier (2) à l'ambassade britannique (3). On ne peut rien de plus encourageant que cette réception. Son Excellence a paru prendre le plus vif intérêt à notre sort , et a promis toute son intercession auprès du roi. Elle a d'ailleurs témoigné sa suprise qu'on en revînt aux anciens édits.
« Nos députés ont remis entre ses mains un projet de requête à Sa Majesté , où sont exprimées toutes nos demandes relatives aux pasteurs, au temple de Saint-Jean, et aux acquéreurs hors des limites.
« L'ambassadeur a demandé des nouvelles de notre bon M. G (-4) qui lui avait écrit pour lui offrir
ses services, en qualité de chapelain; nous avons lieu d'espérer que non-seulement il sera agréé, mais qu'il y aura une souscription pour qu'il puisse résider dans la capitale.
(1) Dans une lettre particulière datée de Sainte-Marguerite , 6 décembre 1814.
(2) Ce devait être le 2 décembre 1814-
(3) A Turin.
(4) Il s'agit ici de M. Geymet, ancien modérateur des Eglises vaudoises, puis sous-prefet de Piguerol. — A la chute de l'empire français, tous les Vaudois qui occupaient un poste quelconque dépendant de l'Etat, reçurent leur démission. — Avant d'être sous-préfet, M. Geymet avait été pasteur de La Tour; et M. Bert, l'auteur de cette lettre, fut d"abord son suffragant; puis il le remplaça. — Il a publié sur les Vaudois un intéressant opuscule intitulé : Le livre de famille. Genève 1830, in-12, de 105 p.
« On nous a confirmé que le baron , général de Neyperg, serait ambassadeur d'Autriche à Turin.
« Notre sombre horizon s'éclaircit un peu. — Vous savez sans doute l'ordre signifié de la clôture du temple de Saint-Jean. Cette signification a été envoyée par l'intendant, avec des adoucissements de sa propre main. Déjà on a recommencé le service au Ghabas. »
Mais les ennemis des Yaudois ne cessaient de les poursuivre de toute sorte d'accusations.
« Nous avons comparu à l'intendance , dit encore M. Bert (1), et nos adversaires semblent visiblement craindre les suites de leurs fausses accusations. L'accueil que nous avons reçu contribue à nous rassurer. »
Pendant ce temps, le congrès de Vienne avait ouvert ses séances (2). « On assure, dit M. Monastier (3), qu'un ami des Yaudois avait préparé les voies à ce que leur émancipation fût imposée au roi de Sardaigne , comme compensation des avantages territo-
(1) Par suite d'une citation du 17 novembre 1814.
(2) Il s'ouvrit le 1er novembre 1814, et fut clos le 10 juin 1815. L'acte du congrès se compose de 121 articles. Il a établi les divers Etats de l'Europe tels qu'ils existent aujourd'hui.
(3) T. II, p. 203.
riaux qui lui établit faits. Une démarche des Vallées auprès du congrès en aurait été l'occasion. Un mémoire fut rédigé; mais au moment de l'envoyer, la Table vaudoise, craignant de mécontenter un monarque qu'elle croyait généreux , ne jugea pas convenable de lui donner cours. Victor-Emmanuel, en effet, avait habité Pignerol , parcouru leurs vallées , commandé leurs milices; et l'attente qu'ils fondaient sur lui était si grande, qu'ils renoncèrent alors à l'emploi des moyens qui auraient pu lui déplaire. »
Ce monarque eut moins d'égards pour eux. Un manifeste fut publié le 4 janvier 1815, pour remettre en vigueur toutes les anciennes lois (1 ) .
Les Vaudois renouvelèrent des représentations, qui furent inutiles (2).
Le gouvernement persista dans la voie qu'il avait choisie, et fit afficher dans les Vallées les principales dispositions des anciens édits (3) :
1° 11 est enjoint à chacun d'observer religieusement les fêtes catholiques.
(1) Manifcslo del reagio govemo, dclla provincia di Pinerolo. (Imprimé.)
(•2) Mémoire sur l'élal actuel des Vaudois... (14 février 1815), par Paul Joseph Appia. — Manuscrit communiqué.
(3) Aviso al publico , daté de Lusernc k mars 1815 , el signé Cerrutto , suppléant du \ice-juge Perrotli.
2° Il est défendu de se livrer à aucun travail ostensible, ces jours-là.
3° On tolérera la vente des comestibles : à condition de tenir fermée la devanture des boutiques, et de cesser tout trafic pendant la messe , les vêpres et l'instruction catéchétique du prieur. Une exception est accordée en faveur des substances médicinales (1).
4° Défense aux aubergistes, cafetiers, traiteurs, etc. de rien servir à personne , pendant ces mêmes heures; le tout, sous peine d'amende et de prison.
Toute espèce de divertissement est en outre interdit (2).
La publication de ces différentes mesures , depuis longtemps oubliées , causa une certaine fermentation dans le pays , surtout parmi la classe la plus mondaine de la population.
(1) Il y eut des débats pour savoir si le sucre, acheté chez un pharmacien pendant ces heures privilégiées, devait être considéré comme remède ou comme aliment.
(2) Cette pièce renferme neuf articles. Le dernier rappelle les dispositions des édits du 25 juin 1626 et du 20 juin 1730, qui rendent les protestants responsables delà présence d'un catholique dans leurs temples, etc.. Speriamo che dipendenlemente a quanlo sovra , tutti gli abitanti sudetli e chiumque allro, si faranno un dovere di meltersi in regola, per cosi evitare il dispiacere che proverissimo di proeedere contro i conlraventori. ^Dato Torre, Yalle di Luserna, li 4 maizo 1815.)
Les anciens édits, cependant, qui avaient été remis en vigueur d'une manière générale, contenaient des dispositions bien plus vexatoires encore , et c'était pour ainsi dire une concession que de s'en tenir aux exigences sus-mentionnées.
C'est ce que le vice-juge, Cerrutto, chercha à faire comprendre à ses administrés, par une lettre destinée à être lue publiquement , et à éclairer le peuple sur l'esprit du précédent avis (4-). «On m'accuse, dit-il, d'une rigueur déplacée ; cependant, les édits que j'ai rappelés ayant été remis en vigueur par celui du 21 mai 1814, j'ai cru devoir en renouveler la connaissance pour éviter les nombreuses contraventions contre lesquelles j'aurais dû chaque jour sévir, si je les avais laissés dans l'oubli où ils étaient tombés. Je ne les ai donc rappelés que par intérêt pour mes administrés, et non par une rigueur volontaire.
« Leur observation amènera non-seulement le respect des fêtes catholiques , mais aussi une sanctification plus digne des jours de dimanche, que les protestants eux-mêmes font profession de respecter (2). »
(1) Cette lettre est datée de Torre , val Luserna, M 9 marzo 1815, et signée Cerrutto, vice-giudice del mandamento.
(2) Voici les termes plus sévères de la lettre.... fer levare lo scandaloso
Il détermine ensuite le sens de l'édit de 162G, qui enjoint de se découvrir au passage du saint sacrement , ou de se retirer (1); et de celui de 1730, qui accorde la faculté de travailler les jours de fête, moyennant une autorisation du juge. C'était faire entrevoir qu'il ne la refuserait pas ; d'autant plus qu'il termine sa lettre en disant : « Je puis en toute vérité me glorifier d'avoir toujours reçu toute sorte de bons traitements de la part des Vaudois; et je serais bien ingrat si je ne me faisais pas un devoir de leur rendre le réciproque , autant que la justice pourra le comporter (2). »
Mais au milieu de ces préoccupations secondaires, de grands événements s'étaient accomplis dans le monde.
Napoléon venait de quitter l'ile d'Elbe (3). Pendant que les souverains légitimes étaient impo-
abuso dai protestanti che dai giorni di domenica [festa per loro da iutli i tempi sempre stata in uso d'osservarsi con molla vigore), si fanno lecilo di travagliare publicamenle, etc..
(1) Ces derniers mots sont un adoucissement, qui appartient à l'interprétation du juge lui-même.
(2) Io posso con tutta verita gloriami ed atteslare publicamenle, d'essere sempre stalo dai Protestanti traltato con ogni riguardo, e che dovrei ben essere taciato da ingralo se non fossi correspondente, etc....
(3) Il en partit le 26 février 1815, débarqua le 1er mars au golfe Juan •t entrait le 20 aux Tuileries, que Louis XVIII avait abandonnées la veille.
ses à leurs peuples par des armées étrangères , ce glorieux captif, venu seul et sans armes, faisait fuir devant lui une royauté entourée de bataillons.
Cet homme étonnant qui , plus que personne , a répandu le sang des peuples j et que leur enthousiasme accueillait toujours- qui se fit roi, lorsque les rois tombaient au souffle révolutionnaire, et qui fonda sur les débris de leurs trônes le plus vaste empire qui se soit vu depuis l'Empire romain • cet homme, qui avait forgé son épée avec les fers brisés par la révolution, et qui du fond de sa captivité, en face de tous les potentats réunis au congrès de Vienne, osa concevoir et exécuter l'incroyable projet de reconquérir le trône français par sa seule présence : Napoléon venait de rentrer à Paris.
L'Europe tressaillit à cette nouvelle. Le congrès de Vienne fut dissous j Napoléon, mis au bandes Etats alliés, vit tous les rois qu'il avait vaincus marcher contre lui à la tête de leurs armées.
Lui-même , en deux mois de temps , avait levé plus de quatre cent mille hommes.
Une dernière lutte allait se livrer.
L'Europe était dans l'attente , les peuples dans la l'appréhension.
Les libertés qu'il avait accordées aux Vaudois, et l'oppression que leur avait rapportée Victor-Emmanuel IV, firent penser qu'ils devaient s'intéresser au retour de l'Empereur.
Il ne manqua pas de courtisans empressés d'exploiter ces soupçons. Victor-Emmanuel s'était mis sous la dépendance absolue du clergé ; c'était faire la cour aux rois que d'être agréable aux prêtres; et ces derniers ne cachaient pas leur joie aux accusations dont les Vaudois étaient l'objet. Il n'en fallut pas davantage pour que les soupçons se changeassent en certitude.
Un homme généreux et puissant, qui avait vécu parmi eux (4), et qui venait d'être promu au grade d'intendant des armées du roi , le comte Crotti , se porta leur caution.
Voici en quels termes, dignes et réservés, le modérateur des Eglises vaudoises donna connaissance aux pasteurs de ce fait et de la conduite qu'ils devaient tenir :
« Sa Majesté, à laquelle on nous avait représentés comme nous réjouissant du retour de Napoléon , ayant eu sur ce sujet un entretien particulier avec un
(1) Comme intendant de la province de Pignerol. — Il visita plusieurs fois les vallées vaudoises.
seigneur, à qui nous avons déjà les plus vives obligations : ce seigneur a désabusé le roi, et m'a fait passer l'avis qu'il avait bien voulu être caution , auprès de Sa Majesté, de notre fidélité et de notre attachement à son service.
« J'ai cru devoir, MM. et très honorés frères, vous donner connaissance de ces particularités, vous priant tous en général, et chacun en particulier, de faire paraître par la sagesse de votre conduite, dans ces temps difficiles et épineux , que vous descendez de ces anciens Yaudois qui, quelquefois maltraités, ne laissaient pas d'oublier les torts de leurs supérieurs, pour courir à leur secours , et que rien n'était capable de détourner de leur devoir.
« J'ai une espérance bien fondée qu'avant la mijuin tout ira à souhait pour nous; et que Sa Majesté, convaincue qu'on a cherché plusieurs fois à surprendre sa religion à notre égard , voyant la sagesse de notre conduite et l'attachement que nous avons pour son auguste personne.... nous donnera des preuves non équivoques de son attachement et de ses soins paternels (1). »
(1) Cette lettre est signée de Jean Rodolphe Peyran et datée du Pomaret, le 12 avril 1815.
Cette espérance fut loin de se réaliser, mais la fidélité des Vaudois n'en fut pas ébranlée, et leur bonne conduite ne cessa de protester contre les insinuations perfides auxquelles ils étaient en butte.
Leurs pasteurs , privés de traitements fixes , n'avaient d'autre ressource alors que les dons volontaires de leurs paroissiens; le subside anglais ne leur fut rendu que sur la fin de 1814, et déplus amoindri (1).
Tous ceux d'entre eux qui avaient occupé une place sous le gouvernement français, en furent privés, si minime qu'elle fut. Ils surent se résigner à cette défaveur, que les préjugés du nouveau régime faisaient prévoir, mais que leur conduite n'avait pas méritée.
« M. Pierre Geymet, dit Monastier, avait su se conquérir le respect et l'attachement de tous ses administrés , pendant les treize années qu'il avait occupé la sous-préfecture de Pignerol. Il a laissé dans ce cheflieu , tout catholique romain , une réputation intacte de probité, à une époque où les hauts fonctionnaires en avaient généralement si peu. A la Restauration, Geymet se retira à La Tour, si pauvre et si modeste
(1) Cette diminution dura jusqu'en 18-27. Alors Iî vén. Esq. Gilly obtint le rétablissement de ces subsides sur l'ancien pied, et le solde de l'arriéré. — Cet arriéré fut capitalisé, pour fournir au traitement de deux.HOuveaui pasteurs ; ceux de Macel et de Rodoret.
à la fois, qu'il ne dédaigna pas, lui qui était quelques jours auparavant le premier magistrat des Vallées, d'accepter l'humble place de maître de l'école latine, dont le traitement ne dépassait pas 700 francs , et à laquelle il consacra ses dernières forces, jusqu'aux approches de sa mort, survenue en 1822 (1). »
Le gouvernement avait annoncé l'intention (2) de retirer aux Vaudois les biens dont ils avaient été nantis par l'administration française (3), afin de les restituer aux paroisses catholiques, qui avaient été supprimées à la même époque, et qui furent alors rétablies. Mais les curés voulaient en outre que l'on fît payer aux Vaudois une somme équivalente aux revenus de ces biens , pendant tout le temps dont ils en avaient joui.
« Le comte Crotti, intendant de la province de Pignerol, assembla les intéressés (4), et les invita à débattre leurs intérêts devant lui.
« Bien que modérée dans la forme , la discussion
(1) T. II, p. 199. — L'auteur de l'Israël des Alpes a été lui-même uu des écoliers de M. Geymet.
(2) Par un ordre du 30 septembre 1814.
(3) Par les décrets du 28 brumaire, 13 nivôse, Il et 22 germinal an IX' ainsi que par le décret impérial du 25 thermidor au XIII.
(4) En juillet 1815.
était tenace: chaque parti abondait dans son sens; elle ne paraissait pas tourner vers une solution, quand le plus jeune des prêtres qui, comme tel, prit la parole après ses confrères, émit un avis différent du leur. « Les ministres, dit-il, ont administré nonseulement légitimement, puisqu'ils tenaient ces pouvoirs de l'autorité reconnue alors par tout le Piémont , mais encore loyalement, comme le prouvent les comptes qu'ils viennent de nous soumettre; ils ont conservé nos biens intacts et en parfait état : nous ne devons rien exiger de plus. »
« Ce prêtre équitable, ajoute Monastier, justifia avec tant de franchise et de vérité sa manière de voir, qu'elle prévalut, et termina le différend, à la grande satisfaction du digne intendant qui, au nom du roi , avait entrepris de Y arranger (1). »
Peu de temps après, les Vaudois adressèrent une requête à leur souverain, pour exposer l'état de souffrance et de disette ou sont réduits leurs pasteurs (2). « Nos honoraires, disent-ils , se composaient autrefois
(1) Monasthr, T. II, p. 205.
(2) Ce sont les ternies de la requête. — Cette requête n'est pas datée selon la déplorable habitude de l'ancienne chancellerie vaudoise; niais sa date est déterminée par le parère du ministre qui est du 17 février 1816. — Ce parère a dix p?ges iu-folio. (Arehi\es de cour.)
de deux subsides d'Angleterre : l'un appelé royal, l'autre national. Ils s'élevaient annuellement à peu près à quatre cents livres de Piémont pour chaque pasteur.
« Le subside royal ayant éprouvé un retard en 1793 et 1794, les pasteurs obtinrent du Synode de 1795, qu'il fut pourvu à ce déficit parles communes, à charge de restitution si ledit subside revenait. Ainsi ont été complétés nos traitements jusqu'en 1800.
« A cette époque, la commission exécutive s'étant occupée de nous sans que nous l'eussions demandé, il nous fut assigné une rente de biens nationaux, à titre de dédommagement des subsides perdus.
« Depuis le retour de notre légitime souverain, nous dûmes rendre tout cela; et les comptes en ont été réglés devant le régent de l'intendance, à Pignerol, en juillet 1815. »
Ils demandent en conséquence, que les communes qu'ils desservent soient imposées pour leur fournir un traitement , ou que Sa Majesté y pourvoie par quelque autre moyen.
Le préavis du ministre ne fut pas favorable à la demande des Vaudois: l'ambassadeur britannique fit des instances, qui paraissent n'avoir pas d'abord été
écoutées (1), mais qui finirent par ramener le gouvernement à des vues plus sages et plus humaines. Ces dernires se firent jour dans un conseil des ministres, tenu le 23 février 1816 (2) , où l'on arrêta les bases de l'édit qui parut quatre jours après.
Par cet édit , Victor-Emmanuel IV statuait ;
1° Qu'il serait pourvu au traitement des pasteurs vaudois, d'une manière ultérieurement déterminée (3);
2° Que les biens acquis par les Vaudois, hors de leurs anciennes limites, pourraient être conservés par leurs propriétaires;
(1) On lit, dans une note adressée par le ministre de l'intérieur au ministre des affaires étrangères (sans doute pour être commnniquée à l'ambassadeur britannique), « que les Vaudois veulent se faire un mérite de la perte des subsides anglais, per il loro atlacarnento alla causa délia liber t a ; il che vuol dire per la ribellione al loro legitimo sovrano, etc. (Arch. de cour, no de série 665.) — Or je n'ai -vu rien de semblable dans la requête des Vaudois; ces paroles ne peuvent avoir été avancées que sur de simples ouï-dire. — Ainsi, ou cherchait nou-seulement à desservir les Vaudois dans leur patrie, mais encore à leur nuire à l'étranger.
(2) On lit à la fin de la décision du conseil, qui fut soumise à l'approbation du roi : S. M. approva le determinazioni del congresso, con che l'asseg/no per la sussitenza de paslori de Valdesi, non ricada in nessuna parte a peso de calholici domiciliati in quelle valli. (Même source, no 666.)
(3) On leur assigna u:ie somme d'environ 500 francs qui fut d'abord payée par le trésorier royal de Pignerol. — Une ordonnance royale, du 14 décembre 1818 (Bert, Valdesi, p. 261), décida que cette somme serait prélevée sur le produit des centimes additionnels, perçus au marc le franc sur l'impôt foncier des Vallées. Il en résulta des fluctuations. En 1839, par
3° Qu'il serait permis aux protestants d'exercer des professions civiles, telles que celles d'ingénieur, d'architecte, de chirurgien, etc. (1).
Peu de temps après , Victor-Emmanuel , revenu complètement des préventions, qu'on avait cherché à
exemple, la diminution était d'un dizième ; et c'est alors qu'on fixa ces subsides à 6432 fr. pour toutes les Vallées; savoir, 248 fr. 55 c. par semestre, à chaque pasteur : hormis ceux de Macel et de Rodoret, établis après 1816. — On peut se faire une idée des ressources générales de l'Eglise vaudoise à cette époque par le tableau suivant, emprunte au budget de 1841.