‹ L'Israël des Alpes (volume 2)Chapitre 7 sur 48 · DES FONDS · texte numérisé non relu

DES FONDS

Secours

Culte.

Instruction

aux

Hôpital.

indigents.

Fonds de collecte placés sur la ba

nque)

Gouvernement.

prélevés sur les impositions des Vaudois.

* Pour les écoles. — ** Collectes faites dans les temples. — *** Rentes particulières de l'hôpital. — Ces trois chiffres ne sont qu'approximatifs.

(1) Edit du 27 février 1816. enregistré au contrôle général du sénat, et à la cour des comptes, le 1er de mars 1816.

exciter dans son esprit contre les habitants des Vallées, consentit à ce qu'ils reprissent leurs services religieux dans le temple de Saint-Jean, construit en 1807, et fermé en 1814 (1).

A cette époque aussi , fut fait un recensement général de la population vaudoise(2).

L'Europe s'était calmée; Napoléon, vaincu à Waterloo (3), se mourait à Sainte-Hélène (4), où il ajoutait à sa gloire bruyante l'austère dignité de l'exil.

Le progrès social , momentanément suspendu par ces grandes secousses , avait repris sa marche lente mais assurée.

Les actes d'oppression devinrent plus rares , les lois plus -régulières; le règne, jusque-là inégal, d'une civilisation qui semblait encore se chercher, acquit plus de calme à mesure qu'elle prit plus d'extension.

(1) Cette autorisation fut accordée , à condition qu'une muraille serait élevée devant le temple, pour en couvrir la vue. On consentit à ce que le mur fut remplace par une cloison en planches; et celle-ci étant tombée en ruines, on se contenta d'un simple tambour intérieur, masquant la porte d'entrée de l'édifice.

(2) Le 6 février 1816. — En voici les résultats : — catholiques : 4075; protestants 16975; population totale : 21050. — D'après uu tableau publié par l'Echo des Vallées, le 'S mai 1849, la population protestante était à cette époque dernière de -20650.

(3) Le 18 juin 1815.

(4) Il expira le 4 mai 1821.

Peut-être aussi les lumières, en se disséminant , perdaient-elles de leur profondeur. Dans tous les cas, le niveau social se préparait une surface plus uniforme.

Les Vaudois ne prirent aucune part aux événements politiques de 4821, qui amenèrent l'abdication de Victor-Emmanuel IV, en faveur de son frère, Charles Félix; mais ils adressèrent au nouveau roi une députation de convenance, qui ne fut pas reçue. Il tint à faire connaître la cause de cette sévérité. « Dites-leur, s'écria-t-il , qu'il ne leur manque que d'être catholiques (1). »

C'était leur reconnaître beaucoup de qualités.

Mais le mouvement populaire de 1821 avait reporté le pouvoir vers la répression. Les protestants domiciliés à Pignerol reçurent l'ordre d'en déloger dans les vingt-quatre heures (2) et ce ne fut que par faveur qu'ils obtinrent d'y demeurer (3). On s'op-

(1) Monastier, T. H, p. 209. — Ces paroles rappellent un mot de Louis XIV à Lesdiguieres : — « Si lu u'étais pas huguenot, je te ferais maréchal de « Fiance. — Sire, il suffit que vous m'en jugiez digne. ■ — La noble délicatesse de cette réponse n'a pas besoin de con:iuentaiie et ue pourrait nulle part être rappelée plus à propos qu'ici.

(2) Beiit, / valdesi, p. 265.

3) Sur les représentations des ambassadeurs de Prusse et d'Angleterre.

posait à ce qu'ils eussent une école à Turin (1); et si l'un d'entre eux venait à mourir hors des vallées vaudoises, ses héritiers devaient payer 500 francs pour soustraire leurs restes aux profanations d'une sépulture de voirie, et acquérir le droit de les transporter dans un cimetière clos (2).

En d828, une circulaire confidentielle fut adressée aux notaires des provinces de Saluées et de Pignerol, afin d'empêcher qu'ils reçussent aucun acte qui aurait pour objet de faire passer à un Vaudois des propriétés situées en dehors des anciennes limites (3).

On apporta aussi plus de sévérité dans l'interdiction des mariages mixtes (4), ou contractés à des degrés trop rapprochés (5).

Les canons du papisme prenaient la haute main ; le passé avait momentanément reconquis l'avenir.

(1) Bert, Valdesi p. 324.

(2) Id. p. 326.

(3) Cette circulaire est du 26 novembre 1828. — Un arrêt de la chambre des comptes, du 26 juillet 1837, reproduisit cette défense. — La circulaire du 16 d'août 1837 en fit part aux notaires.

(4) Lettres du commandant de Pignerol du 6 février et du 20 mars 1833. — Rapport du gouverneur de Pignerol sur ce sujet en 1843, etc.

(5) Circulaire du préfet de Pignerol au modérateur et aux ministres de l'Eglise vaudoise, pour leur interdire de bénir des mariages entre cousins germains. (Ce dernier terme manque de précision.) — La pièce est du 15 juillet 1835.

En 1833 on défendit, sous peine de deux à cinq ans de prison, d'introduire en Piémont des livres, des gravures, ou quoi que ce fût, de contraire aux principes de la religion catholique, de la morale ou de la monarchie (4).

Puis le gouverneur de Pignerol reçut des instructions secrètes, afin qu'il surveillât les tendances trop libérales de quelques habitants des Vallées (2) .

Mais ce gouverneur était alors un illustre écrivain (3), dont les pensées généreuses servirent mieux le gouvernement , que ne l'eussent fait d'excessives rigueurs.

Ayant fait venir auprès de lui les personnes qui lui

(1) Cette défense est du 20 niai 1833.

(2) Ces instructions sont du 12 novembre 1834. — On trouve dans d'autres instructions datées du 17 janvier 1835 : « Je dois vous parler à cette i occasion d'un ouvrage historique sur les Vaudois, qui vient d'être publié u à Paris.... On y a observé, entre autres choses, une tendance très mar- « quée à faire servir le christianisme d'instrument à cette chimère de ia « perfectibilité politique des hommes, etc.... n — Cet ouvrage fut mis à l'index , et l'auteur obligé de s'expatrier. — Par ordonnance royale du 16 août 1840, il put rentrer pendant trois mois dans sa patrie ; plus tard la proscription qui pesait sur lui fut tout à fait levée; et enfin l'autorisation de compulser les archives d'Etat, pour l'histoire qu'il avait entreprise, lui fut accordée comme par une sorte de compensation pour les précédentes rigueurs.

(3) Alberto Nolta : écrivain dramatique distingué. — Le roi de Prusse lui accorda la décoration de l'Aigle, pour la manière impartiale et humaine dont il avait administré les Vaudois. (Bert, Valdesi, p. 269, note 2.)

étaient particulièrement désignées, il s'attacha d'abord à les convaincre de l'intérêt qu'il leur portait, et ne leur présenta qu'à ce titre les conseils qui lui avaient été suggérés par une sollicitude moins bienveillante.

L'extension de l'influence des Vaudois, ou même de leurs possessions, paraissait surtout préoccuper leurs adversaires (1). De nombreuses tentatives de prosélytisme furent alors exercées (2).

(1) C'était surtout l'influence de la Bible,que les Vaudois portaient avec eux, qui était redoutée. En 1826, un envoi de Bibles étant venu de Genève à la destination des vallées vaudoises, le gouvernement piémontais ne les laissa parvenir aux pasteurs qu'à condition qu'on écrirait sur chaque volume : défendu de donner, de vendre ou de prêter aux catholiques. (Le Magasin méthodiste, pour l'année 1833, p. 23.) — Voir aussi Bert, Valdesi, p. 280.

(2) Parmi les personnes enlevées , ou induites à quitter leurs parents pour se retirer dans un établissement catholique, se trouvait, en 1841, une jeune fille aveugle, dernière descendante du grand Arnaud. — « Les plus « grands avantages sont offerts à un Vaudois qui change de religion ; et si « un catholique romain se fait protestant, il est condamné à une prison « perpétuelle.

« Tout journal religieux qui, d'un pays étranger, serait adressé à un « Vaudois, est retenu à la poste.

« Le Vaudois qui serait convaincu d'avoir prêté sa Bible à un catho- « lique romain, serait puni de la prison. » {Archives du christianisme, T. IX, seconde série, p. 45.) — Voir aussi Bert, Valdesi, p. 235 et 293.

A la même époque, une bulle pontificale, approuvée par ordonnance royale, autorisa l'établissement d'une mission permanente dans les Vallées. « La bulle porte que cet établissement sera composé au moins de huit religieux, ayant un supérieur et un économe, avec une prébende de 16,000 fr. par année. Leur vocation sera d'être prédicateurs missionnaires, partout

En 1841, une intimation particulière fut adressée aux protestants qui possédaient des biens hors des anciennes limites, pour qu'ils eussent à s'en défaire dans un temps déterminé (1).

Les intéressés adressèrent une requête au gouvernement; et par une décision du sénat de Turin, ils furent autorisés à conserver ceux de ces biens qui avaient été acquis avant le 17 avril 1831 , époque où Charles- Albert était monté sur le trône.

Une nouvelle requête fut présentée , au nom des propriétaires que la dépossession atteignait encore; ils représentaient que les anciennes limites étaient devenues trop étroites, par l'accroissement de la population , et demandaient à conserver les biens acquis au delà. Mais on n'eut point égard à cette demande,

où ils en seront requis par les évêques , et surtout parmi les protestants des Vallées. » (Lettres des vallées vaudoises : du 18 novembre 18-48.) Cet établissement fut mis sous l'invocation de Saint-Maurice et Lazare. Il prit le nom de Prieuré de la sacrée religion , et fut construit aux portes de La Tour, a Durant la construction de ce couvent et de sa vaste église, le a peuple des Vallées, inquiet, soucieux, ne pouvait penser sans émotion « aux intentions qu'elle annonçait. » (Monastier, T. II, p. 215.) — Jusques ici néanmoins, les religieux qui y résident ont fait preuve de beaucoup de réserve et de tolérance. — La dédicace de cet édifice eut lieu le 23 septembre 18-44. — J'en parlerai plus loin, à cause des circonstances rassurrantes qui se produisirent alors pour les Vaudois et du caractère tout différent qu'en reçut cette cérémonie.

(1) Deux ans pour les terres d'une étendue de deux journaux , quatre ans pour les domaines plus vastes.

et le ministre de l'intérieur maintint la décision du sénat (1).

La Table vaudoise réclama, et obtint alors, l'autorisation de dresser une statistique spéciale de la population des Vallées, pour montrer qu'elle était restreinte en des limites insuffisantes. Sur ses représentations motivées, les propriétaires des biens acquis en dehors de ces limites, depuis 1831, furent autorisés individuellement à les conserver , mais à la suite d'une demande et d'une permission particulières (2).

Depuis lors, les voies sages et libérales, dans lesquelles s'avançait le gouvernement de Charles-Albert, toujours au niveau des progrès de la civilisation et des besoins de son peuple, firent disparaître sans se-

(1) La requête est du 10 janvier 1842 , et la réponse du 23 février. — On fit, à cette époque, aux Vaudois des propositions d'émigration, qu'ils n'acceptèrent pas. (Bert, Valdesi, p. 296, 297.) — Et le gouvernement luimême donna des instructions secrètes à ses agents, au sujet des mariages mixtes et des acquisitions des Vaudois, pour qu'ils fussent laissés en paix malgré les sollicitations contraires du parti catholique. {Echo des Vallées, deuxième année, p. 142, citation du livre de M. Bert.)

(2) Ces différents adoucissements furent dus en grande partie aux représentations du gouvernement britannique à la cour de Turin. — Lord Aberdeen, entre autres, s'intéressa vivement aux Vaudois. (Voir Report of the Vaudois commiltee year 1843, et l'imprimé chez Murray en 1845, p. 16, al. 3.) — Sir Allen s'employa aussi beaucoup en leur faveur. (Bert, Valdesi, p. 261.)

cousses ces vestiges, de plus en plus déplacés, d'un âge sans avenir.

C'est aux vues généreuses et persévérantes de cet illustre monarque, que son règne dut, plus tard, de pouvoir être cité comme exemple à l'appui de cette grande vérité : à savoir, que les réformes préviennent les révolutions.

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