CHAPITRE VIII
Les PAQUES PIÉMOiSTAlSES
iS8 MAfiSAGRSS Bfi 1655.
(Samedi tk d*aTTil, Tdlle du Jour de Pâques).
SovMJM n kvjoMiràt. •— Les •utrages qni luiveot étant très oombreux , j« croit utile d*en faire deux Mctiom.
l^ Ouvragé* écritt dami un ont ftmoraUt aux VauMê» ^ lieia. C'est le ptus important. Sen ouvrage tout entier se rapporte à cette époque de lltistoire des Vaudois. Léger est riche en documents ; mais, témoin et tîctime desévénoneats qu'il relate, il en a parlé quelquefois en écrivain passionné. Il a été péimprimé à Lyon, en 1609; un toI. in-fol., et traduit en allemand , Brealau« 17S0, in-4o. — Léger a lui-même reproduit en grande partie Mob&akd , The hiitory of the ivangelieai churehei of th« Walleys of PiâBt9id,*, etc. in-fol. (imprimé à Londres en 1658 ; tandis que Léger, n'a été imprimé & Leyde qu'en 1668 ; deux toI. in-fol. ordin. reliés en un.} — Bttatiou véritable i$ et qui ^eH faite ian» Ui pertéçf/Uioni «l mat»acr«9 faite, eeU$ amdê, aux EglUeê réformées de Piémont etc.. sans lieu d'impression : M.DCLY in-4o, de 84 p. — A la p. 85, commence un nouvel opuieule, intitulé : Suite de la rekUùm coeUenant une eueeinete réfutation de Vin- 9eeti9e d» marquie de Pianeete etc .. — On trouve le même ouvrage imprimé i Genève, avec cette indication : Jouxte la copie imprimée à Turin, W.OCLT. Il a été reproduit avec quelques modifications sous différents titrée : — Béeit véritable de ee qui ett arrivé depuis peu, aux vallées de Pte- MKmt twBsdate» ni lieu d'impretsion] ; in-8o de 47 p. — Discours sur les en-
Utmtét dft fidèleiie Piémont; id. in^ de 20p. — Uttr$ du fiâMu en vallêê» de Piémont , à MM. let Etati-généraux etc. in-8o de 15 p. (Datée de Pinache, en Ttl Péroute (alors terret de France) le S7 juillet 16SS). — Ut- Ire de» proleUmUt d$t vaUéet de Péroute à Myhrd proteetewr d^An^terre, avec tm cantique eur let aetet funetlet de leur mattaere et de leur paix; in-8o, deux opuscules, chacun de 8 p. — Hélalion vériteMe de Piedmont, de ee qui t'ett pateé dant let pertéeutiont et mattaeretf cette 1655 mm*» , dêt églitee réform/éet ete... à Villefraoche MDGLT, in-8o sans pagination, de 3S feuillets. — Hittoire é^une ambaetade det contant évangéliquet detaSuttee^ au due de Savoie, en 1565. (Revue Suisse, t. III, p. 360.) — Voix de pleurt et de lamentatione, imprimée VUlefranehe HDCLX, petit in>4o de 40i pagca La seconde partie seule est relatÎTe à notre sujet. En Toici le titre : £flwmen de la procédure et det eruautét que let mattaereurt ont exercé contre let paumret ehrétient det valléet de Piedmont, avec let pleurt et lamontation» d» leurt frèret, de la p. 89 à la p. S49. (Rien d'historique). — Voir enfin la phipart des ooTrages qui traitent des Taodois d'une manière générale.
II. Ouvrages écrits dans un esprit défaTorable aux Y^udois. •— Btl/ation det événementt qui h tant pattét entre let Vaudoit et le dm de Saooiê, faite par ordre de S. M, (Gh. Emmanuel II), poi»r r^MNidrs è une autre rslaiton det Vaudoit, partiale et inexacte. Cest à cet écrit que répond U seeoode partie de la relation tmitable citée dans la section précédente, après l'ouvrage de Morland. — Somma dMe ragioni e fondamenti , eon qmUi S, A. R. ite mntta a prohibiri <Mi heretici délia vaUe di Luterna, VkdnteUion» fuori de limili tolerati, rorino , 1655. fol. de 10 p. - C'est la traduction française de ce manifeste, qui a été citée aux sources du chapitre précédent. — Summarationum quibut Regia Celtitudo Seren. Sahaudiœ Dueit adduela ett ut prohiberet hcnretieit hucema vaUit ne extra limitet toleratot domiei" Hum haberent. Augutla Taur. fol. dt%p. C'est le même manifeste, en latin. Il commence par une apologie de l'ordre du 35 janvier 1655, et renferme quelques pièces intéressantes. — Helalion det tuedt arrivée en la vallée de Lueeme, Van 1655. Sans pagin. ni lieu d'impress. (Léger a reproduit ce pimphlet, dans le chap. X de sa Ile partie en le réfutant de point en point). - Relatione de tuecetti teguiti nella vtdle di Lutema, vel anno 1655, in-fol. de.8p. sans lieu d'impression. (C'est le même pamphlet en italien. Il a pour bot surtout la justification du marquis de Pianessse). — Békaion trèt véritable, de ee qui t'ett patte aux vaUéet de lAteeme, Saint-Martin ei Angrogne, cette année de 1655, etc... in-4o de 38 p. sans lieu d'impression. (Cet opuscule répond à la relation véritable des Taudols, qui ello-méae avait répondu à la relation dn marquis de Planetie). » Getia in Mtte Em-
«irmmt , mm 1699, ia-lo da 9 p. (Sauf date ni lieu d*impresiion.) Â été traduit en fraoçais; in-fol. de 10 page*.
Oa poorrait ajouter des oovraget de ehreonttaece , qui te rapportent à eette époque. ^ Lm ee«Mrt»eiM di qmirtmta erêtiei , eon dut loro prinei' poli miniêlri, d^aUa ietta di ùUmno, aUatanla fedê oûtoliea; ntWauguêta cHf di Tonne, alirn îMài mafgw 1959. (Sau pegiaatioo, ni date, ni lieu d'impreeiion.)
Lei patteurt dont il e«t ici parlé, revinrent eniuite à la foi éTangéliqne ; et Ton pttbiia : Smmetê palinodie, pm rcpfiilmwt d$9 priifmmtn dtê Egliitt rifarméu de PihMnt, Uêqutli par ii^trmité, ommuI fait aJbjwnUUm de la vérité, avte une hriive rgformation dei artioUê de ladite abjuration, dteeeée pat oràonmamcê de Vmrehe^ue de Turin et du génénU dee Inquieiteun de ladite cite'. HDCLTI, ia-8o de 87 p. (Sam lieu d'impreuion.) Voir sur cet ftdtt, Lé«ia, p. II, p. •&. — Âjovtei enfin tontea let pièeet diplooiatiqneti qui ont été échangées entre les différentes puissances protestantes de l'Burope et la cour de Turio , à propos de ces événements ; elles te tronveat rapportées partieUemeot dana différente recneils : Lin vie de Cromwell; Morland, Léger, Florent , Martinet etc. — Ces pièces sont conservées ana archives d'Etat i Turin. On j trouve aussi différents nanuserits : Oriffine de la guarre dee Barhete en 1699; — Bélation de ee qui e'eêt paeee'à l'arrivée et au départ dee amhaeeadeure Suieeee etc.. — Mémoire remie par lee asièoewdiiirt tuieÊeeèS. A. R, en faveur é^ Yaudoie : — Kotta deUe traneffree' atone attuali die eommettono gli eretici etc.... Se rapportant à la fin de l'ao- ■ée 1689; et nne loale d'antres notes, de pièces diverses, et mrtout de lettres, dont la plupart (mais non pas toutes) ont été publiées.
Tous les moyens jusque-là employés pour perdre les Vaudois n'ayant pu aboutir, on en suscita d'autres, car le but avoué de la Propagande officiellement établie à Turin, et partout répandue en Piémont, était rextirpaiion des hérétiques^
Quels que soient donc les motifs par lesquels on
ait cherché à établir ou à justifier les mesures violen-
tes dont nous allons nous entretenir, leur véritable cause fut dans ce but avoué.
Charles-Emmanuel II était un prince clément et bon, doué en outre d'un noble caractère; les Yaudois se laissèrent aller à des murmures inaccoutumés et même à des voies de fait répréhensibles^ excités qu'ils étaient par un système de provocations et d'injustices incessantes que leur suscitaient, à Tinsu du souverain, les jésuites, les capucins et les propagandistes. Mais encore une fois, ni les dispositions de la couronne, ni les voies de fait des Vaudois, ne furent la cause des massacres de 1655. L'esprit du papisme seul a soufflé cet orage. De quelle manière maintenant la coiu*onne a-t-elle été entraînée à le favoriser?
Nous avons dit que le conseil de propagandâ fide et extirpandis hœreticis était composé des plus hauts personnages de la cour (i). Ses réunions se tenaient à l'archevêché de Turin. D'autres conseils établis dans les provinces lui adressaient leurs rapports. Ces rap-
(1) Od y comptait : le ministre d*EUt, Mwquit dêioitU Thomat, ie pré> iideot du ténet Firrari^ celui de la Cour dei comptée. Pkilippa, le grtnd chaacelier, l'arehevèque de Tnrio, le confesseur du roi, le marqwiê iê JH»* ntttê, le eomte Chrittofaro, l'abbé de d« La Mena etc. GatUMo, lieutenant de la couronne et gouterneur sonverain des Vallées, depuis 1880, ainsi que Rorengo, fondateur des minimes à La Tour, grand prieur de Lusene etc., en faisaient aussi partit.
ports ne cessaient d'être hostiles aux Yaudois. Leur résidence immémoriale à Saint-Jean, à Briqueras, à Bubiane et à Campillon était présentée comme des empiétements nouveaux; Tinvocation de leurs privilèges anciens comme des actes de résistance aux décrets récents de Gastaldo, membre de ce même conseil. D'autres rapports, issus de ceux-là, étaient présentés au souverain par des ministres qui faisaient également partie de ce conseil d'extermination et de mort (de extir pondis hœreticis).
C'est un fait honorable pour le duc de Savoie de n'avoir consenti alors à prendre aucune mesure nouvelle plus rigoureuse que les précédentes , mais de s'être borné seulement à donner à Gastaldo Tordre de faire exécuter Tédit du 15 mai 1650, suspendu depuis lors il est vrai , et légalement abrogé , par les ratifications ultérieures des anciens privilèges, mais encore valide pour quelques articles réservés, et de beaucoup dépassé par les prétentions puissantes, et pour ainsi dire universelles du fanatisme public, qui demandait alors l'anéantissement complet des Yaudois.
Quant aux opérations militaires qui suivirent, il en eut la responsabilité sans en prendre la direction ; et
l'on verra du reste bienlAt par quel enchatnement de menées insidieuses et perfides, on parvint à tromper à la fois les habitants des Vallées' et le duc de Savoie.
Les premiers tombèrent par milliers dans un affreux carnage; le second vit l'Europe indignée le mettre au ban des princes civilisés; et la cause de tout cela c'était Rome , Rome seule barbare , seule persécutrice, seule encore sauvage dans la civilisation.
Nous avons dit que Gastaldo , lieutenant spécial du duc dans les vallées vaudoises, avait eu ordre (i) d'exiger que les habitants se conformassent; aux dispositions de redit du 45 mai i6S0.
En conséquence , il rendit, le !i5 janvier 4655, un ordre portant que tous les chefs de famille protestants domiciliés dans les conrmiunes de Luserne et Lusemette; Fenil et Gampillon, Bublane et Briqueras, Saint-Segont, Saint-Jean et La Tour, eussent à se transporter dans les communes de Bobi, Vfllar, Angrogne et Rora, les seules de la vallée oh S. A. R. entendait tolérer leur religion , et cela dans l'espace
(1) Cet ordre lui hit donné la il janvier tM5. Les rttiâeatiou de leura priviléi^es, ultérieurcf au 15 mai 1650, n'étaient paa encore eotérioéea. C'est ce dont on se prévalut , pour les considérer comme nou aTenues.
— 3«1 — de trois jours , sous peine de la vie et de la confiscation des biens. En outre , ils devaient être tenus de vendre leurs (erres dans les vingt jours suivants,! moins qu'ils ne consentissent à se catholiser. Il était ordonné enfin que le culte catholique serait célébré dans toutes les communes protestantes y avec défense aux Vaudois de le troubler en rien, et peine de la vie pour quiconque détournerait un protestant de se catholiser.
Toutes ces dispositions montrent assez dans quel esprit et sous quelle influence cet ordre était conçu.
Gastaldo néanmoins , qui était autorisé par ses instructions à bannir toutes les fomilles vaudoises domicilées dans les communes interdites , s'était borné à exiger Téloignement préalable de leurs chefs.
Les Vaudois obéirent.
Tous les chefs de famille atteints par ces dispositions se retirent dans les hautes parties de la vallée.
Une requête est adressée au souverain. U paraissait disposé à la clémence.
Le comte Christophe, de Luserne, Intercéda pour eux. « Je les laisserai volontiers habiter à Saint-Jean el k La Tour, dit le duc, pourvu que de leur côté ils consentent à se retirer des autres localités plus rap-»
prochées de la plaine; car leurs adversûres ne me laisseront en paix qu'après avoir obtenu quelque satisfaction. »
Pendant ce temps la Propagande s'agita.
Au lieu de dire au duc que les Vaudois se sont empressés d'obéir, on dit qu'ils se révoltent et qu'ils ont déjà fait assassiner le curé de Fenil.
Leurs députés arrivent à Turin et ne sont pas reçus.
La cour les renvoie au conseil de la propagande en disant qu'ils aient à s'entendre avec lui. Ce conseil refuse également de les recevoir à cause de leur qualité de protestants, et leur ordonne de faire présenter leur requête par un procureur papiste. Ds choisirent le nommé Gibelino , qui est introduit dans la salle des délibérations. Le conseil était en séance , l'archevêque le présidait; Vhumble procureur des Vaudois est obligé de présenter leur requête à genoux.
On répond qu'ils doivent envoyer d'autres députés autorisés à prendre des engagements convenables au nom de tout le peuple.
Ctàs nouveaux représentants arrivant à Turin le 12 février; mais leur mandat portait qu'ils ne de-
valent rien souscrire de contraire aux concessions ni aux privilèges de leurs commeitants.
Gela ne suffit pas, leur dit*on , il faut que vous soyez munis de pouvoirs illimités.
Us retournent aux Vallées , et le mois suivant se passe en échanges de protocoles , envois de mémoires et de suppliques, soit à la cour, soit au marquis de Pianesse , qui répondit du moins avec beaucoup de mesure à celles qu'on lui adressa.
La modération du langage est quelquefois en raison de la dureté du cœur. Les sentiments pervers laissent l'homme plus maître de lui-même que les sentiments généreux. On reconnaîtra bientôt que ces observations ne sont pas injustes à l'égard du marquis de Pianesse, qur nous les a suggérées. Il avait, du reste, été à l'école du jésuitisme, et il le sanctionne par ses atrocités; perfide, mais poli^ cruel, mais dévot: il ne recule devant aucun moyeu pour arriver au but. Les fruits de cette doctrine sont semblables à ceux dont parle un vieux poème vaudois :
lÀcal ton vernit t Itnienat e potlh ahimnol (1).
Enfin, au commencement d'avril 1655, une troi-
(1) Qui sont brillants («u dehon ; vtmit) et doot rinlérieur e»t poosiière abominabic. La Barea, strophe XYII.
sièaie députation vaiidoîse , composée de deux députés seulement (I), reparaît à Tnrîa , munie d'une procuration générale par laquelle ils étaient atitorisés à accepter toutes les conditions qu'il plairait à Soo Altesse Royale de leur imposer , pourvu que leur liberté de conscience n'en fût pas atteinte, et dans le cas où elle serait menacée, ils devaient demander au nom de tous leurs compatriotes l'autorisation de se retirer des Etats de. Son Altesse Royale.
C'était poser la question courageusement et sans ambiguïté. Il n'y avait pas à reculer. Toute réponse devait être décirive.
Le marquis de Pianesse fut chargé de la faire. Après quelques délais, il leur fixa un jour d'audience. Ce fut le 17 d'avriH655.
Lea députés se rendent à son palais; on leur dit de revenir plus tard. Ils reviennent : son Excellence n'est pas visible encore. Ils reparaissent une troisième fois, et on les renvoie aux jours suivants.
Qu'est-ce que cela signifie? se disaient les députés, pleins d'impatience et d'anxiété •
Ils n'en furent que trop tôt instruits.
(1) David BUoelii ds S«int-Jeaa, pour l» vallée d« Lnatrac, el François MaDchon, pour celle de Saiat-lfortip.
Dès la veille du jour qu'il leur avait assigné, c'està-dire le 16 d'avril, à la tombée de la nuit, le marquis de Pianesse avait quitté Turin pour rejoindre le corps d'armée qui l'attendait sur la route des vallées ▼audoises; et le lendemain, pendant que ces mandataires , pleins de franchise et de loyauté, se rendaient avec confiance à son hôtel, Pianesse, en qui le jésuitisme avait tué à la fois la noblesse du sang et l'honneur du soldat, se trouvait déjà au seuil de leur patrie à la léte des troupes qui devaient la frapper d'extermination.
Ces troupes étaient nombreuses. Outre celles qui étaient déjà cantonnées sur les lieux, se trouvait encore le régiment de Grancey^ commandé par le premier capitaine, du Petitbaurgy qui était logé à Pignerol.
Puis, le régiment (fe viïfe, commandé par Galeazzo; celui de Chablais, par le prince de Montafon, et enfin celui de Saint-Damian, par lofficier de ce nom.
Le marquis de Pianesse avait le commandement général de toutes ces forces réunies.
Le 17 avril, il envoya un messager à La Tour pour ordonner aux Vaudois de pourvoir au logement et à l'entretien de 800 fantassins et de 300 chevaux, dont
le cantonnement était fixé dans leur commune par ordre de Son Altesse Royale.
— Comment Son Altesse Royale peut-elle nous commander de loger ses soldats, dans un lieu oii, par son dernier édît, il nous est défendu à nous-mêmes d*liabiterî répondirent les Vaudois.
Alors pourquoi vous y trouvez-vous? répartit le messager.
Nous y sommes pour nos affaires; mais nous avons transporté notre demeure, dans les limites qui ont été fixées.
Le messager s'en retourna donc sans avoir rien obtenu. Vers le soir , le maitpiisde Pianesse, après avoir franchi, sans résistance, la ligne de Briquàras^ Fenil, Gampillon, Bubiane etSaint-Jean, d'où les Vaudois s'étaient retirés , arriva sous les murs de La Tour, avec les régiments de ville et de Saint-Damian (I).
(t) U oottt arriYtfft qutlquefoii de nou» écarter , dani la récit de eea éTéDementa, de la narration de Léger, à laquelle du reate, noua nooa rapporterona toujoura pour lea faite dont U a été tcnoia ooaUira, ou deat il donne dea preuvea auffiaentea. Lea détaila qui aaiveot aont dua aaui à un témoin oculaire (un officier du régiment de Saint-Damian) , qui paraît avoir écrit, jour par jour, le» ehoaea qu*il a voea dana cette eipéditioB. Se« notée aont inéditea, et font partie dea archivée d'Etat à Turin. Cea mémea anUvea noua ont fourm Miaai un gnUMl usabn de rapporla «flUala «1 4a
— ar7 -.
On cooçoil saos peine que celte concentration de troupes sur les Vallées, les desseins avoués de la pro* pagande, la haute position de ses promoteurs, Texcitation générale du fanaUsme populaire, les avertissemaots de leurs amis, les menaces de leurs adversaires, avaient dft révéler, asses clairement aux Vaudois, les inteations ho^es que Ton avait contre eux.
Ils ne savaient pas, cq[>endant , jusqu'à quel point ils devaient se tenir sur leurs gaides, ou s'abandonner à la foi de leur 8ouverain>
narratioiit, éeritei «près eonp pour aUénuer rhorreor des mameres qui te oomairesit dtni les YaUécs. L'une de ces dernièree pièce» dit, par eseB* pie, que dans toates les Yalléei, il o'a pat péri plu de cinquante Taudois ; ne «ntee dit qu'en en a tué to«t au plus dii ou dease. Par les rapports officiels nous apprenons au contraire que, dans la seule commune de Bobi, il y eut (d'après une statistique, dressée le 11 mai) r 160 Vaudois taés» 160 caOïolisés, 3*2 réfugiés en France, 10 prisonniers et éO dmperses en Piémont. Dans celle du Yillar le 10 mai : 150 morts (dont trentesix Msevelis sous une antlanohe) , 189 oathollsés (ils sont tous inditiduellement nommés) , 80 qui se trouvent dispersés dans les montagnes ; S5 en Piémont et quatre retenus comme otages. Ce qui donne déjà un total de 310 personnes, mises à mort, dans ces deui seules communes, et porte à pins de 3,000, le nombre de celles qui ont dû périr dans toutes les Vallées. BoSn on peut juger des horreurs qui iTy sont commises, parcelles que l'on avoue; l'offider do marquis de Saint-Damian , dans le journal dont nous avons parlé, dit à la date du 9 juillet : Allé onlXi,fwrono weiti e ieùiati ém mHiei; « mi imo doppo §9vaio U e¥ùf fu Uffoio tm galto, per mmgiarti lintemo.
Cet officier cet loin cependant d'être favorable aux Vaudois, car à propos de rarrangement qu'ils proposèrent au marquis de Pianesse, le SI d'avril, il dit : • Leurs prétentions étaient si impertinentes qu'il semblait qu'ils euss«pi nm$, et le pn«ce tort. ■
N'étant l'objet d'aucune poursuite officidle , ayant obéi à redit du 25 janvier, tout en réclamant contre lui, ils avaient envoyé des députés chargés d'en obtenir la révocation; ces mandataires étaient enocnre à Turin. D'un côté , les Vaudois ne pouvaient ignorer les projets violents de la Propagande, mais de l'autre, ils pouvaient douter que le duc de Savoie s'en fût rendu l'instrument ou le complice.
Que faire ? Ils prient Dieu ; ils consultent leurs pas* teurs, ils écrivent à Genève : la voix générale leur dit de se défendre , mais l'incertitude de l'avenir les empêche de concerter un plan. Us sentaient venir l'orage , mais pouvaient-ils prévoir l'étendue des calamités qui allaient fondre sur eux? S'ils les avaient prévues , toute hésitation eût disparu , et la vigueur d'une résistance unanime se fût élevée , à la hauteur de leurs droits méconnus ! Dans l'indécision et l'ignorance ; désireux d'obéir aux ordres de leur souverain qui leur enjoignait de loger ses troupes; inquiets, avec raison, de voir à la tête de ces troupes, l'un des chefs de la Propagande, qui avait juré leur perte; n'osant ni se livrer avec confiance, ni résister avec vigueur, ils ne prirent que des demi-mesures, insuffisantes dans les deux cas. D n*y eut que Janavel qui y dès le mois
de février, avait mis sur pied une peUte compagnie de résolus défenseurs, dans la prévision trop justifiée que les mesures antérieures n'étaient que le prélude d'une terrible persécution. Mais il était alors regardé par ses compatriotes comme trop exclusif et trop violent.
Nous avons dit que le marquis de Pianesse avait paru, le 47 d'avril au soir, sous les murs de La Tour (1). C'était un samedi; il faisait clair de lune; toute l'armée du duc de Savoie faisait halte dans la plaine, qui s'étend des Appiots à Pra-la-Fèra et aux Eyrals. Le général en chef fit sommer les Vaudois de la loger. Ceux-ci n'étant dans la ville qu'au nombre de trois ou quatre cents, répondirent qu'il leur était impossible de fournir ce logement; que rien n'avait été préparé, qu'ils demandaient un délai pour y réfléchir et y pourvoir.
Tout délai est refusé ; c'est imnfédiatement qu'il faut recevoir les troupes; et en cas de refus, elles s'empareront de vive force des postes démandés.
Alors les Vaudois se retranchent derrière des bastions, élevés à la hftte. L'entrée de La Tour, en face
(i) Cin«i U SS hçrt, dit la namtloD préettée.
du {MfH d'Angragne, est fermée par des bameides. Cette barrière arrête les ennemis et se hérâse de défenseurs.
n était près de dix heures da soir.
Le marquis de Pianesse la fait attaquer : les Vaudois résistent vaillamment. Après trois heures de combat, les assaillants n'avajent encore pu obtenir aucun avantage. Mais vers une heure du matin , le comte Amédée de Luseme, qui connaissait les lieux, se met à la tête du régiment de villa commandé par Galleazzo , et, pendant que le reste des troupes continue d'occuper les assiégés, ce régiment tourne la ville, du côté du Pélts , remonte par les prairies et les jardins qui s'étendent de ce côté, puis, sur les pas de son guide, pénètre au centre de La Tour, dans la rue des Bruns, et vient prendre, par derrière, les défenseurs de la barricade. Alors les Vaudois l'abandonnent, font volte-face , percent les rangs de ces nouveaux venus , qui les poursuivent inutilement et se retirent sur les hauteurs.
Vers les deux heures du matin , les catholiques vainqueurs et mattres de la place, se rendent eu masse à l'église de la Mission, chantent le Te Deum lauda--
flMtf (4), et criam de tous o6tés : Viva la sania cUesa ronuma (2) ! E Viva la santa fe4e (3) e guai agli Bar^ betti (4)/ Les Yaudois n'eurent dans cette affiiire que trois RUMTts et peu de blessés. Vers les cinq heures du matin arriva le marquis de Pianesse c&n tutta la sua vobilta (5) et il alla se loger dans les b&timents de la Misriott.
On était donc alors au dimanche matin; c'était le diBaanche des Rameaux , on allait entrer dans la semaine sainte. L'esprit de l'antechrist brûlait de signaler ces fêtes chrétiennes par un grand massacre de chrétieiis.
Dès ce même dimanche, en effet , immédiatement ^nrès la messe, les soldats catholiques partirent, sous la conduite du commandant Mario de Bagnolo, et allèrent , par forme de divertissement mondain , ou de préparation aux pftques prochaines, donner la chasse aux hérétiques, c'est-à-dire tuer, à coups de fusils, tous les Vaudois qu'ils rencontraient , se mettant à
(t) Noui te louons Seigneur.
(S) Vive la sainte Eglise romaine!
(3) Bt vive la sainte foi !
(4) Et malheur aux Barbets. Ce nom de Barbett, donné par dérision aux Vaudois, tenait probablement de celui de leurs pasteurs, anciennemeot nommés Barl>as.
(5) Avêc totffe ta wMtttt, Expression des écrits contemporains.
l'affUt pour les surprendre , et brûlant les maisons dont ils avaient chassé ou tué les propriétaires (i).
Dans la soirée , de nouveaux corps de troupes arrivèrent encore. Le lundi, 19, l'armée, au dire de Léger, était déjà composée de près de quinze mille hommes (2). H n'était plus possible d'en douter; cet antique projet de l'extermination des Yaudois, si longtemps fomenté, mûri et hautement avoué par les représentants les plus zélés de l'Eglise romaine , allait enfin être mis en exécution. C'est ainsi que le papisme entendait célébrer les Pâques de 1655.
Les Yaudois, voyant depuis les hauteurs d'Angrogne et du Taillai'et, le ravage et l'incendie qui s'étendaient déjà dans la plaine, se mirent alors sur la défensive. Ils placèrent des sentinelles sur les points avancés, et quelques postes de défense, aux passages les plus importants. Mais ils étaient mal armés et mal
(i) Andarono Beamuimeiaindo par queUi montagnuoU , mUrwumi/o gli tntici amamazand<m$ molli «d tthmcùundo gui sm eaw o eauinê dt» potêono prtndtn. L'écrit dont nous tirons ces détails ne pent être saspect de partialité en fateur des Taudois ; il est intitulé : Jfeeiom delU imUionê $ barbarit faite dagli «reliei Yalieti eontro % eatholiei deUa Torr* , Lmêerna San Segondo etc. (Archives de cour à Turin.) Pour justifier son titre. Tautear s'étend beaœoup sur les irruptions de Janavel dont nous parlerons plus tard.
(9) Deuxième partie, diap. IX, p. 106.
orgamséfi; ib ne pouvaient croire, d'ailleurs, aux perfidies dont ils seraient .victimes.
Dès le lendemain du dimanche des hameaux (lundi 19 d'avril 1655), les troupes du marquis de Pianesse attaquèrent à la fois , te^ pauvres moiilagaards , par les hauteurs de La Toor , Saint^Jean , Augrogne et Briqueras. Les VauAois se eontentèretif de défendre leurs postes. Ib étaient un eontre ceiit^ mais une aide puissante! les soutenait : la confiance en Dieu ! Toutes ces attffqties fctt^t repoossées ; les ennemis ne piK mit les débusquer d^un seul de leurs retrttichements. La campl^ne s'oimait donc , pour eux , par une vie tmre. Bùt-on ptém qtf elle devait finir par de si grand malheuis?
Le mardi (20 d'avril), deux attaques seulement furent dirigées , l'une contre les Vaudois de Saint-Jean, retranchés à Castellus , l'autre , contre ceux de Taillaret* Toutes les deux laissèrent, une seconde fois, l'avantage du côté des Vaudois. La première fut repoussée, avec un grand succès, par le capitaine Jayer. La seconde ne tut pas moins fatale aux assaillants ; car les Vaudois ne perdirent que deux hommes, dans une action où ils tuèrent cinquante de leurs ennemis.
Léger , qui rapporte ces détails, a lui-même pris part à cet engagement.
Le marquis de Pianesse, voyant les forces considérables, dont il disposait, fléchir sous une force supérieure, devant des postes avantageux et bien gardés, crut devoir recourir à des moyens qui n'ont que trop souvent réussi contre les Yaudois , parce qu'ils en ignoraient l'usage , mais qui nulle part n'ont été mis en œuvre , avec plus d'habileté que dans l'Eglise romaine parce qu'elle y puisait une partie de sa puissance* n recourut à la perfidie. Dès le matin du jour suivant (mercredi 2i avril), deux heures avant le lever du soleil, il envoya, sous tous les retranchements des Yaudois , des clairons et des hérauts, pour y donner avis qu'il était prêt à recevoir des députés , afin de traiter d'un accommodement au nom de son Altesse Royale le duc de Savoie.
Les députés de toutes les communes de la vallée se rendirent auprès de lui; il leur fait un accueil bienveillant, les entretient jusqu'à midi, leur donne un excellent dtner , — témoigne les meilleures dispositions à l'égard des Yaudois , et leur aflSrme qu'il n'a jamais été dans sa pensée de les inquiéter, en aucune façon. L'ordre de Gastaldo, ajouta-t-il (celui du 25 jan-
vier)> n'est relatif qu'aux habitants du bas pays , qui devront en effet se résigner à rentrer dans les montagnes; mais quant aux communes de la haute vallée elles n'ont absolument rien à craindre.
n se montra fort peiné des excès qu'avaient déjà commis ses soldats ; en accusa la difficulté de faire observer la discipline à un si grand nombre de troupes; témoigna la crainte de ne pouvoir les contenir, le désir de les renvoyer, l'embarras que lui causait leur nombre et l'avantage qu'il y aurait à les disséminer.
Vous pourriez, ajouta-t-il enfin , rendre service à votre patrie et à moi-même , en engageant vos communes respectives à recevoir chacune, al à loger seulement l'un des régiments que l'on a fait venir.
En les accueillant ainsi sans résistance , non-seulement les localités qui les auront reçues seront à l'abri de toute violence , mais encore il se peut que le prince, touché de cette preuve de confiance, se montre ensuite moins rigoureux dans l'exclusion prononcée contre les villes de la plaine.
Les députés promirent de s'employer , selon leurs forces, à un si bon dessein. Léger et Janavel y apportèrent en vain une inflexible résistance. Les commu-
nés consentirent à rece?oir les soldats dM ro«fquis de Pianesso, et, dès le soir môme, ils prirent possession de tous les passages, s'installèrent dans tous les ha^ meaux, envahirent toutes les propriétési et malgré Tordre formel de se conduire avec prudence , n'attendirent pas même au lendemain pour massacrer quelques hérétiques.
C'est ce qui les trahit. Dans leur anpressement , à vouloir s'emparer des positions les plus fortes de nos monta^^s, pendaot que deux régiments suivaient la route ordinaire de Villar et de Bobi, et un troisième celle d'Angrogne^ il y eut un détachement spécial qui se mit à gravir k^ collines de Oiamp-la-Bama et de Coste-Iioussine ^ pour arriver plus t6t au Pra-du- Tour.
Ce détadiemenl , sur son passage , mit le feu aux maisons éparses du Tailiaret; on en vit la fumée, on entendit les cris des fuyards et les acclamations des persécuteurs , depuis la Colette de Rora où fut allumé aussitôt un ugnal de détresse, (1 fut aperçu à l'instant de toutes les hauteurs d'Angrogne où s'étaient retirés la plupart des réfugiés de la plaine , qui avaient été obligés de quitter Bubiane, CampiUop, etc., par suite de l'édit de Gastaldo <35 février)*
Les habitants d'Angrogiie, à leur tour, virent bientôt eux-mêmes la marche rapide du détachement envahisseur qui, dirigée vers le Pra-^urTourj descendait triomphalement par la pente du col.
En outre apparaissait vers les portes ctAngrogne et la Pausa-^-morts, le régiment de Grancey qui était seul attendu. Alors, entrevoyant la trahison, ils allumèrent à leur tour des signaux de détresse; et ces cris : En Pérvuse! en Péromelàla Vachère I sauve qui peuti les traîtres sont là/ Dieu nous aide! fuyons I montèrent, coururent, se répandirent comme une flamme électrique îm le vaste flanc de ces montagnes, d'où les hommes, en état de porter les armes, se retirèrent, à la hâte, vers les hauteurs de la Vachère, et de là, par la vallée de Pramol^ dans celles de Pérouse et de Pragela , qui appartenaient alors à la France.
Du côté de Bobi l'alarme fut moins prompte , car les régiments de Bagnols et du Petit-Bourg (dont le premier devait se casemer à Bobi et le second au Villar), arrivèrent paisiblement par la route ordinaire.
n y eut bien des appréhensions éveillées lorsqu'on vit les soldats, au lieu de se tenir à Bobi, monter jusques à la Sarcena et à Vilk-Neuve; il y eut déjà des
victimes imoiolées sur leur passage, mais la connaissance de ces meurtres isolés ne pouvait se répandre, et les oflSciers manifestaient partout l'intention de maintenir une sévère discipline dans leurs troupes,
A Angrogne même , où elles n'avaient trouvé que quelques femmes, des vieillards et des enfants, faibles gardiens de leurs maisons abandonnées , elles s'abstinrent d'abord de tout excès. De Pianesse se con* tenta d'y prendre position , et de s'y rafraîchir , sans paraître vouloir y demeurer plus de deux ou trois jours, selon que le portaient les conventions. Tout en cherchant ainsi à gagner la cotffiance des fen^mes et des enfants Vaudois, ces nouveaux venus les engagé* rent à rappeler leurs maris et leurs frères, qui avaient pris la fuite, en protestant qu'il ne leur serait fait au* cun mal. Quelques-uns revinrent; mal leur en prit! Non servanda fides hœrettcis, a dit le concile de Gon* slance ; ad extirpandos hœretkos I criait la Propagande.
Du haut en bas de la vallée, dans les villages et les hameaux, sur les routes et les rochers, la Propagande, grâce à la mauvaise foi autorisée par son Eglise, avait alors introduit des soldats ou posté des sicaires.
Alors aussi le voile fut levé. Le samedi » veille du jour de Pâques (94 d'avril 1653), à quatre heures du
nrnCn, le signal d'un massacre général des Vaudois est donné à ces troupes perfides, du haut du chiUeaM de La Tour.
Les soldais prévenus s'étaient levés de bonne beure; ils se trouvaient frais et dispos, ils avaient dormi sous le toit de ceux qu'ils allaient égorger. Eux que les Vaudois avaient reçus , logés , nourris avec tant de confiance, eux qui devaient les protéger, les voilà au même moment dans foute la vallée , avec le môme fanatisme, transformés eo Iftcbes assassins* Rome a la palme ponr ces conversions-là !
Et maintenant comment pourron^-nous donner une idée des horreurs qni suivirent? Il faudrait pouvoir, d'un seid coup d'ceil, embrasser à la fois tout le pays, pénétrer dans toutes les chaumières , assister à tous les supplices , distinguer, dans cette inunense voix d'angoisse et de désolation , chaque cri particulier d'un cœur ou d'un être vivant que l'on déchire.
Les petits enfants, dit Léger (i), étaient arrachés des bras de leurs mères, écrasés contre des rochers et jetés à la voirie.
Les malades ou les vieillards , tant hommes que femmes, étaient ou brûlés dans leurs maisons, ou halo Partk U, ekap. IX.
chés en pièces , ou mutilés , massacrés à demi , écorchés vifs, exposés moribonds à Tardeur du soleil, des flammes ou des bétes féroces; d'autres étaient liés, tout nus, en forme de peloton, la tête entre les jambes, et roulés ainsi dans les précipices. On en vit qui, déchirés et brisés par les rochers sur lesquels ils avaient rebondi , étaient restés suspendus à quelque arête de roc , ou à quelque branche d'arbre , et gémissaient encore quarante-huit heures après.
Les femmes, les jeunes filles outragées , empalées, plantées nues sur des piques, aux angles des chemins, enterrées vivantes , rôties sur des lances et découpées par ces soldats de la foi, comme par des cannibales; puis, après le massacre, l'enlèvement des enfants qui avaient survécu, qu'on trouvmt égarés dans les bois, ou qu'on enlevait de vive force aux tristes restes de leur famille , pour les jeter , comme des agneaux aux boucheries, dans les demeures de leurs bourreaux et dans les monastères; puis enfin, l'incendie succédant au massacre et à l'enlèvement ; les moines, les propagandistes, les zélés catholiques, courant de maison en maison avec des torches résineuses, ou des projectiles incendiaires, et ravageant au milieu des flanmies ces villages remplis de cadavres.
« Deux des plus enragés de ces boute-feu , dit un ouvrage de Tépoque (1 ) , étaient un prêtre et un moine , de Tordre de Saintr-Françoîs, qui marchaient escortés de troupes ; et s'il y avait quelque recoin de ctmverU^)^ qui ne fût pas tombé, dès la première fois, sous leurs mains, on les y voyait repasser le lendemain, et pour Tachever, le prôtre n'avait qu'à Iftcher un coup de sa carabine, chargée d'un feu artificiel, qui s'altadiait jusqu'aux nuirailles. »
Qu'on se représente ces tùca&ûés courant au milieu des maisons incendiées, activant le carnage et la destruction ; et ces montagnes retentissantes sous l'écrouleaient des ruines , des avalandies , des rodiers, des corps vivants, jetés au fond des précipices!
Tel est le tableau épouvantable, inouï, sans exemple, que présentèrent alors ces lieux de désespoir.
« Et qu'cm ne dise pas, ajoute l'historien Léger, que j'exagère les choses à cause des persécutions personnelles que j'ai souffertes : je me suis porté moi-même de communauté en communauté, pour recueillir les
(1) Bécit virilMô de iê qmêtt arrivé, iêpvitpêu, aux mUéii âê Piéntanl , in-So de 47 pages , p. 33.
(3) Caban», toit, encore mainleau sur le» murailles. — Haogard ; petite BUiMoiicUe. ^ IrOM câbtrt : c'est no mot t mpmiaté an patois du pays.
témoignages authentiques des survivants, qui déposaient des choses qu'ils avaient vues devant deux notaires qui m'accompagnaient.
a Ici le père avait vu ses enfants déchirés par le milieu du corps, à force de bras, ou à coups d'épée; là, la mère avait vu sa fille forcée ou massacrée en sa présence. La fille avait vu mutiler le corps vivant de son père; le frère avait vu remplir de poudre la bouche de son frère, et les persécuteurs, y mettant le feu, la faire voler en éclats; des fenames enceintes ont été éventrées et l'on a vu leur fruit sortir vivant de leurs entrailles.
« Que dinû-je? mon Dieu! la plume me tombe des mains. Les cadavres épars ou plantés sur des pieux ; les quartiers d'enfants écartelés, jetés au milieu de la route ; les cervelles plâtrées contre les rochers ; les tronçons de corps humains, qu'on trouvait sans bras ou sans jambes, à moitié écorchés, ou les yeux arra* chés de la tête, et les ongles des pieds; d'autres attachés aux arbres , avec la poitrine ouverte, sans cœur ou sans poumons; ici des corps de femmes plus horriblement mutilés encore ; là des tombes à peine fermées, où la terre semblait gémir encore des malheureuses victimes qui avaient été ensevelies vivantes :
partout le deuil , VeSroi y la désolation et la mort !
a Voilà ce que je puis vous dire. »
L'embrasement universel de toutes les maisons vaudoises succéda au massacre de leurs habitants. En plusieurs communautés, poursuit le témoin des martyrs, il n'est pas resté une seule cabane debout; tellement que cette belle vallée de Luseme n'offrait plus alors que l'aspect d'une fournaise ardente , où des cris de plus en plus rares attestaient qu'un peuple avait vécu !
Léger ajoute, après cela, une longue série de dépositions notariées, mentionnant les détails des supplices dont il y a eu des témoins oculaires ; les horreurs qui se sont commises en face du soleil, et le nom des victimes, et les jactances des bourreaux.
Nous ne reproduirons pas le tableau de ces scènes affreuses. Pourquoi s'arrêter sur des martyres individuels, quand c'est un peuple entier qui est martyr?
Tous ces nobles et courageux suppliciés eussent pu sauver leur vie en abjurant leur foi; et les tourments, infligés à plusieurs d'entre eux , se poursuivirent encore dans la prison sans les faire fléchir.
Dix ans, vingt ans après, il y avait encore, dans les galères du souverain, des forçats qui étaient des mar^ tyrs. Dans les cachots de ViUefranche et de Turin , il
y eut deg victimes oubliées dont le ciel a pu seul connaître les tortures, la fermeté et la joyeuse mort.
Cependant il y eut aussi dans les vallées vaudoises de nombreuses abjurations. Edoses sous Timpression de l'épouvante et du désespoir, chacun peut en apprécier la valeur*
Un acte obtenuparlaviolenceestconsidéré conmie nul par 1» magistrature ; devant le tribunal suprême en sera*tril ainsi î
CSe n*est pas à nous de résoudre cette question, mais bien de rendre hommage à ceux qui ont persévéré dans la manifestation loyale de leur foi.
Le pauvre Michelin de B<^ (dont le fils était alors pasteur à Angregae)^ aprè» un sui^ice des plusignobleift et des plus douloureux qu'on puisse imaginer , ayant survécu à ces soufifinmees, fut jeté dans les prisons de Turin. On multiplia toutes les tentatives possibles pour le faire abjurer^ il avait résisté à toutes.
Un jeiir il vit descendre, dans son cachot, deux ministres de son Eglise, nommés, Vun Pierre Gros , l'autre François Aghit. — Yiennent-iis l'encourager, ou ^partager s^ souffrances) — Mais comment les auraiton laissés parvenir jusqu'à lui ! — Des jésuites les accompagnent.— Ahl peut-^tre qu'ils vont ëtreense-
velis daHs oe oaebot avec leur paroissiâii fidèle, — • Dieii soit béni! ils pourrorM du moins se consoler ^ se raffenpîr et prier enseBobie. — Non , ces pasteurs soitt du nombre des âmes faibles qui ont cédé leurs convictiofis en échange d'une misérable vie ; iisviaaneut, poussés par la main la plus hideuse du papisme, pour engager le prisonnier à suivre leur exemple, à abjurer sa foi.
La surprise que le pauvre Michelm en éprouva fut si cruelle, la secousse fut si forte, l'atteinte si profende, qu'il en reçut la mort (1).
Ces deux pasteurs revinrent plus tard à l'Eglise protestante; mais le vieillard de Bobi n'avait pas fait de sa religion un vêtement dont il pût changer selon les circonstances ; il en avait fait sa vie , et voyimt ceux qui la lui avaient enseignée renier tous leurs enseignements, on peut dbe qu'il en mounit pour eux.
D'autres prisonniens aussi moururent, plutôt que d'abjurer. Jacques et David Prins du Yillar, hameau de la Baudèna , furent conduits dans les prisons de Littseme; et là, dit Léger , ayant résisté à toutes les
(l) Léger, p. 185, Ile partie.
sollicitations d'apostasie, qui leur furent faites par les moines, a on leur écorcha les bras depuis les épaules jusqu'au coude, en déchiquetant la peau en forme d'aiguillettes, qu'on laissait attachées par le haut , et qui restaient ainsi flottantes sur la chair vive; on leur écorcha, de la môme manière , le reste des bras depuis le coude jusqu'aux mains, et les cuisses jusqu'au genou , et enfin les jambes, depuis la jarretière jusques à la cheville du pied; ensuite on les laissa mourir en cet état (1). »
Ces languettes de peau, pour demeurer pendantes, devaient être déchirées et soulevées de bas en haut. Atroce raflSuement de barbarie î
a Je ne puis m'empécher de remarquer ici , ajoute l'historien, que ces Prim étaient six frères, et avaient épousé ûx sœurs, ayant tous plusieurs enfants, et qu'ils vivaient tous ensemble sans avoir fait jamais aucun partage de leurs biens, et sans que jamais on ait remarqué la moindre discorde dans cette famille. Elle était composée de plus de quarante personnes , chacun se tenait à sa tâche, les uns au travail des vignes et au labourage des champs , les autres au soin des
(1) Léger, p. 193. DépotitioDS DoUriées.
prairies et à celui des troupeaux. L'alné des frères et sa femme y qui était aussi Talnée des sœurs, étaient comme le père et la mère de toute la famille (1). d
Et ces scènes patriarcales , si respectables , si touchantes, si chrétiennement simples, sont jetées en proie au démon du papisme, que la superstition instruit à la cruauté, et qui descend alors plus bas que les sauvages ! Quelquefois, dans ces mutilations barbares, il arrivait des hémorragies qu'on arrêtait avec le feu, pour prolonger l'agonie et multiplier les tourments de la victime.
Un homme de Freyssinières , garçon de ferme à Bobi, après avoir eu la plante des pieds et la paume des mains percées de coups de poignard, fut dépouillé des caractères de son sexe , et suspendu sur un flambeau ardent, afin que la flamme arrêtât l'effusion du sang. Après cela , on lui arracha les ongles avec des tenailles, pour l'obliger à abandonner sa religion; mais comme il tenait bon, on l'attacha parles pieds aux harnais d'un mulet, et on le flt ainsi traîner dans les rues de Luscme. Le voyant presque mort , ses bourreaux lui cerclèrent la tète avec une corde ,
(1) Léger, Ile partie, p. 199.
et la serrèrent tellement que les yeux et la cervelle en sortirent; après quoi on jeta le cadavre dans la rivière (i).»
Ah ! si ces horreurs accumulées avaient été le produit d'un transport de vengeance, d'un accès de folie, d'un de ces mouvements de rage, de ces emportements fébriles, de ces frénésies inattendues, de ces égarements irrésistibles, de cette colère aveugle, impérieuse et brutale, auxquels l'bomme est quelquefois en proie ! Mais non, c'était l'issue froidement préparée, patiemment attendue , accomplie avec préméditation , de la grande œuvre du papisme. Tous les crimes et tous les vices semblaient alors s'être réunis pour le servir; lui seul, comme le roi des enfers, a pu avoir l'idée de les discipliner, pour faire plus de mal.
C'est du haut d'un clocher catholique qu'est parti le signal de la Saint-Barthékmy (2) ; ce sont les basiliques de Palerme qui ont sonné les Vêpres siciliennes: c'est du haut d'un édifice qui portait le^nom de la vierge Marie (3) qu'est parti le signal des Pâques pii^ moniaises, dont l'afireuse célébration a rempli les vallées vaudoiscs de larmes et de sang.
(1) Léger, p. 118. Dépoiitions noUriéet.
(i) Le clocher de Saiot-GernitiD-rAttierroii.
(3) Le fort de La Tour te nommait le fort de Saiote^llarie.
Ah! sainte mère du Christ , Marie reçue en grâce, si une épée dut percer ton cœur , n'est-ce pas dans l'Eglise qui prétend le mieux l'honorer? Elle t'appelle reine des anges, et t'a faite reine des démons.
Dans un cantique, imprimé à cette époque, on lit les vers suivants :
Seigneur , ici le sang d*Abel
Crie encore sur les supplices; Vois Zacharie encor parmi ces sacrifices.
Mort entre le temple et Tautel.
Gloire de rEtemel, justice des justices As-tu les yena fermés et ta poissante main
Endormie en ton sein?
Ib ne valent pas le sonnet de Mtltoo, mais ils sont un écho de rémotion ressentie par TEurope tout entière en faveur des Vamdois.
Piusîeors personnes , même d'entre cefles que l'on avdt choisies pour servir d'instrument à cette œuvre â*extermination , la réprouvèrent avec horreur et refusèrent d'y concourir.
De ce nombre fut le premier capitaine du régiment de Grancey, M. du Petitbourg, dont nous avons déjà parié. Lorsqu'il connut à quel usage on destinait ses troupes , il refusa de les conduire à ce déshonorant massacre et se démit de son commandement.
La cour de Savoie ayant fait écrire, plus tard, une sorte d'apologie , dans laquelle tout Todieux de ces événements était reporté sur les chefs de Tarmée française, le commandant du Petitboui^ publia une déclaration par laquelle il repousse toute participation aux barbaries commises et en atteste en même temps la réalité d'une manière qui les met hors de doute (1), c'est par des citations textuelles de cette pièce que nous terminerons ce chapitre.
a Je, seigneur du Petitbourg, premier capitaine du régiment de Grancey, le commandant, ayant eu ordre de M. le prince Thomas d'aller joindre le marquis de
Pianesse et prendre ordres de luy à La Tour J*ay
esté témoin de plusieurs grandes violences et extrêmes cruautés , exercées par les bannis du Piémont (2) et par les soldats sur toute sorte d'&ge , de sexe et de condition, quefay vu massacrer, démembrer, pendre, brûler et violer; et de plusieurs efiroyables incendies J*ay vu l'ordre qu'il fallait tout tuer.
(i) Daoi cette apologie, oa relation fidèle de la guerre de 1655, lont articulées , pour excuier les violeoeei qu'on avoue , beaucoup de calomnies contre les Yaudois. Je D*ai pas cru devoir les relever. Déshonorer, tuer et calomnier, telle fut la maxime suivie par le marquis de Pianesse.
(9) On avait fait appel aux repris de justice et aux Yolootaires de toole condition. Des assassins irlandais, chassés par Cromwell, et reçus en Piémont , se distinguèrent par leur férocité sauvage , dans ces cruels massacres.
a Quant à ce qu'il proteste (le marquis de Pianesse), qu'on n'a jamais touché à aucun, sinon dans le com« haXy ni fait le moindre outrage aux personnes inba-* biles aux armes, je soutiens que cela n'est point, et quefay vu de mes yeux meurtrir les hommes de sangfroid, et tuer misérablement les femmes, les vieillards et les petits enfants.
a ... Tellement que je nie formellement, et proteste devant Dieu , que rien des cruautés que dessus , n'a été exécuté par mon ordre; au contraire, voyant que je n'y pouvais apporter aucun remède, je fus contraint de me retirer, et d'abandonner la conduite du régiment, pour n'assister à de si mauvaises actions.
« Fait à Pignerol, ce 27 novembre 1655,
Signé : Du Petitbourg. »
Cette déclaration a été faite et signée devant témoins; les témoins sont MM. Saint-Hilaire, capitaine du régiment d'infanterie d'Auvergne, et du Favre capitaine du régiment d'infanterie de Sault. Léger donne cette pièce en entier, dans sa seconde partie, à la fin du chapitre IX.
Racontons maintenant comment les Vaudois ont pu se relever d'une aussi vaste extermination.
Ezéchiel vit des ossements desséchés se ninimer sous le souffle de l'Eternel, et former un peuple; et un peufrfe animé de Tesprit de Dieu, le verrions-nous mourir? Ce ne serait que pour conquérir une vie plus com[dète et plus heureuse qu'ici-ba6. Mais les Vaodois surent recoDquérir leur patrie. Il est temps de passer à ces glorieux événements.