LA PROPAGANDE
(De 1637 à 1655.)
Sovacss Mt ÂtTOiittis. — Le% deux (teruieK chapitres de Gillu, et lei diap. y. TX, VU et X de la demième parti* de Uoia. — RêUli^m aW eminenliênma dmgregeUione de PrupagamU fide de i luoghi de alcune valli di PitÊÊffikêé, ail' A,R,di Savo^ sog^tlé,.. dni V. F. Teodoro SéliMdere» Torino (mos date). Un petit yo\, de 323 p. (Le véritable nom de ce moine était Antoine Lazzari. Giltei réfute a^i ouvrage» dans ton chap. LXl.) On lui répondit par l'opuscule intitulé : Riêpotta al Mro del Sig. GiUio, Htoiato Torre Bvangelica. — Cet opuscule était aussi dédié à ta Propagande.) '-^ Journal d9t convortionê pd ont été faitêt et de$ gfâôii dont Diom a fà* vcriêé la compagnie de la Propagation... etc. sans date, in>4o de 20 p. — Sommaire dei rdttont et fondementê avec leiqueti S. A. R. t^êtt miêê à aifendre au» hérétiqtêeê de la ^allèé de Lueemet l'hàkitation hore dee limitée tolérée. Sans date ; mais imprimé à Turin sur la fin de 1655, et publié éga- Icneal co îuliao et en lâtia. — TÀi«-laaiTf , Méwmté apologétiqne tur lie Yaadoûf avec un appendice depuit 1642 à 1655, imprimé en hoii indais à Amsterdam, 1663. — Toirenfib les préltmlnairei delà plupart des oïlvrsges indiqués en tite du chapitre suivant.
Victor-Amédée I", monté sur le trône en ^630, était mort le 7 octobre 1637. Son fils aîné, François- Hyacinthe, âgé à peine de cinq ans, ne lui survécut
que d'une année ; et son second fils devenant , le 4
d'octobre 1638, le successeur à la couronne ducale, n'était âgé que de quatre ans et quelques mois. On lui donna le titte de Charles-Emmanuel Uy et c'est sous son règne qu'eut lieu une des plus terribles p^sécutions qui aient ensanglanté les vallées vaudoises.
Mais on aurait tort de l'en rendre seul coupable, puisque , jusqu'à sa majorité, ce fut sa mère qui tint les rênes du gouvernement, en qualité de régente. C'était Christine de France , fille d'Henri IV et de Marie de Médicis. Elle avait hérité des dispositions hautaines et dures de sa grand'mère; de sorte que l'esprit des Médicis, plus que celui des princes de Savoie, a présidé au carnage de 1655.
De 1637 à 1642 , Thomas et Maurice de Savoie, frères de Charles-Emmanuel, disputèrent à sa veuve la régence de ses Etats. Cette lutte de huit années fut la cause des troubles et des divisions les plus funestes en Piémont; puis, de 1642 à 1659 (époque où se 'conclut la paix des Pyrénées); la guerre continua contre les Espagnols : précédemment amenés par le cardinal Maurice et le prince Thomas, lorsqu'ils étaient prétendants à la régence. Ces étrangers, s'étant emparés des meilleures places du Piémont, refusaient de les rendre; de sorte que Christine, pour les reconqué-
rir, fut obligée, à son tour, d'appeler dans ses Etats les troupes de la France.
Du côté des Vallées , où nous avons vu les moines Franciscains réformés , ou Minimes , introduits par Rorengo, et soutenus, avec tant d'insistance, {lar les gouverneurs du pays, le clergé régulier continuait son œuvre souterraine, qui devait éclater plus tard en désastres retentissants.
Une aide puissante lui fut aloi*s adjointe par la cour de Rome : ce fut la Propagande. On donnait ce nom à une société composée de clercs et de laïques, fondée à Rome , en 1622 , par Grégoire XV , sous ce titre : Congregatio de propagandâ fide.
Son institution n'avait pour but d'abord que de répandre les doctrines catholiques. Elle ne tarda pas à dominer, par son influence, le clergé séculier, qui l'avait imprudemment admise pour alliée; et plus tard elle en vint à poursuivre, avec la torche incendiaire d'une main, l'épée dans l'autre et les pieds dans le sang, l'extermination sauvage de toutes les doctrines qui n'étaient pas les siennes. Rien ne fut oublié dans son œuvre, excepté l'Evangile. — Qu'y a-t-elle gagné? — Ce que l'on gagne toujours à la persécution : le far-
dean des crimes commis, la responsabilité du sang répandu et l'exécration de l'humanité.
Ce fut le prieur de Luserne, Marc Aurélio Rorengo, qui introduisit, dans les vallées vaudoises, la première semence de cet arbre puissant y dont les rameaux devaie&t bientôt s'étendre sur tout le Piémont, et le couvrir des fruits sanglants du plus odieux fitnatisme.
Un membre de la propagande romaine^ déjà célèbre pai son talent de discussion , avait été envoyé tout exp es de Rome aux Vallées, pour travailler à la conversion des Vaudois. C'était un moine prêcheur, nommé Placido Corso. Rorengo qui avait eu déjà plusieurs conférences infructueuses avec les pasteurs, se hâta d'aller à la rencontre de ce tutélaire champion, que la renommée lui aimonçait comme un foudre de polémique.
Ce fut le ^0 de novembre 1637 que Placido Corso arriva à La Tour. Son premier soin fut de provoquer le pasleur du lieu, Gilles l'historien, à une conférence, a Je suis venu de fort loin, lui écrivit-il , pour défendre la sainte Eglise catholique , apostolique et romaine, et m'étant enquis, auprès de diverses personnes de votre paroisse, des motifs i>our lescpiels les
Vaudois s'en sont détachés, elles m'ont adressé à leur pasteur, comme à celui qui pourrait le mieux m'en instruire, n
a Quel zèle admirable, lui répondit le pasteur, que celui qui vient de si loin s'attaquer à ce qu'il ne connaît pas! Mais nous non plus, nous ne reconnaissons pas l'Eglise romaine pour être telle que vous le dites ; c'est donc à vous de nous prouver d'abord qu'elle est apostolique et sainte; et le résultat de cet examen nous rendra bien plus facile de vous dire après pourquoi nous nous en sommes séparés, n
Le moine ne recula pas devant la thèse qu'on l'invitait à soutenir , et il écrivit au ministre toutes 1er raisons invoquées vulgairement en faveur de l'Eglise romaine. Gilles le réfuta. D'assez nombreuses lettres furent ainsi échangées, puis enfin Placido Corso laissa les dernières sans réponse.
Espérant être plus heureux dans une conférence de vive voix, où son adversaire n'aurait pas le temps de choisir et de peser ses arguments, il chercha à gagner par un tel moyen le terrain qu'il venait de perdre.
Antoine Léger, récomment arrivé de Consf antinople où il avait rempli les fonctions de chapelain d'ambassade, avait repris les modestes fonctions de pasteur
de village, dans son ancienne paroisse de Saint-Jean C'est il lui que le propagandiste s'adressa , et après divers pourparlers, il fut convenu qu'une conférence publique aurait lieu à La Tour, le A de décembre 1637, dauK la cour d'un ancien de l'Eglise, nommé Thomas Marghet. Rorengo réclama la présidence de cette réunion , et l'on déféra à ses désirs. Le jeune Scipion Bastie, du cAlé des protestants, et le capucin nommé frère Laurent, du côté des catholiques, furent choisis pour secrétaires.
Une (les questions les plus difficiles de la théolc^e canonique, celle des livres apocryphes, occupa toute celte séance.
La seconde fut fixée au 1 " janvier 1838, et eut lieu à Sainl-JeaD, dans la cour de Daniel Blancj car aucun appartement n'était assez vaste pour recevoir la foule des auditeurs, et le ciel d'Italie permet quelquefois, même en hiver, de se réunir en plein air, sur le sol à peine durci, au pied des Alpes couvertes de neige.
Les iiiiiiiies se rendirent fort tard au lieu de la réunion. Us s'excusèrent sur ce qu'ils avaient été retenus par leurs dévotions particulières ; mais quelques assïstunts sourirent en se disant tout bas que c'était se (noiiirrr plus empressé de mettre Tm h la conférence
que de la prolonger. La discussion toutefois n'était pas terminée à l'entrée de la nuit ; mais ce fut la dernière : car le propagandiste ne voulut plus entrer en lice avec ces ergoteurs qui, disait-il , se faisaient un pape de la Bible.
Ah ! la Bible était pour les Vaudois bien plus encore qu'un pape ! Mais le servile esclave du saintsiège ne pouvait pas aller au-delà dans sa comparaison.
L'émule qui le suivit dans l'arène de la discussion fut un minime de La Tour, nommé frère Hilarion. Il entreprit une polémique épistolaire avec le pasteur de Bobi^ François Guérin, dont il laissa également les dernières lettres sans réponse (1).
Dans la vallée de Saint-Martin, les moines du Perrier tentèrent de pareilles luttes et subirent de semblables échecs.
L'esprit de haine, ou du moins d'intolérance, si naturel aux religieux, devint de l'irritation chez ceux-ci. Ce ne fut plus par les armes de la dialectique qu'ils
(1) Guérin fut assigné pour comparaître & Turin en 1650; poursuivi en I65i, pour n'avoir pas comparu; condamné par cuntumace, et obtigé de l'expatrier.
chrrchèreni à combattre les Vaudois; il y eut des assassinats et des enlèvements. Un jeune homme , le domestique d'un Anglais, nommé Maureton, fut assassiné à La Tour. Une jeune fille de Bubiane fut enlevée par les moines qui y résidaient, et mise sous la garde d'une femme papiste. Le frère de cette jeune Hile vint pour réclamer sa sœur ; cette dernière se bÀta de le suivre. La garde les voit et pousse des cris ; les catholiques accourent et accablent de coups le jeune homme. Alors arrive, à cheval, un prêtre qui (vrend la fille en croupe, et l'emmène à Turin.
Toute» leâ démarches faites, depuis lors, pour obtenir sa restitution, restèrent sans résultat*
Mais ce ne furent pas les seules tracasseries que le clergé suscita aux pauvres protestants. Sur ses instigations , on voulut obliger les Vaudois établis sur la rive droite du Pélis, du cùté de Luserne, à ne plus demeurer que sur la rive gauche; on voulut enfin leur défendre à tous de résider plus de trois jours de suite dans les autres villes du Piémont , où leurs affaires pouvaient les appeler. Mais ces mesures vexa* toires n'eurent point de suite, grâce à de hautes inerventions. A la même époque survinrent aussi de^ mouvements de troupes , que les ennemis des Vau-
dois cherchaient toujours à tourner au désavantage de ces derniers.
Le 32 mars 1639, on vit arriver à Luserne, à Saint- Jean et à La Tour, un grand nombre de personnes de Bubiane et des alentours, tout en désordre et effrayées ; des chariots étaient chargés de leurs meubles, des chevaux de leur linge et de leurs enfants ; elles-mêmes conduisaient leurs troupeaux, comme pour un exil. Puis se succédèrent avec rapidité messages sur messages, annonçant tous qu'un régiment de cavalerie italienne, cherchant à se loger, avançait à grands pas. Il arriva le soir à Luseme, d'où on le renvoya à Bubiane; le lendemain, il voulut entrer sur le territoire de SaintJean; mais lesVaudois avaient placé de fortes gardes sur tous les passages et le repoussèrent dans la plaine. Les excès qui accompagnent rindîscipline militaire, le trouble et la confusion qui naissent autour des camps régnèrent alors, pendant quelques jours, en Piémont, sans pénétrer dans les vallées vaudoises. Ces agitations désastreuses vendent expirer aux confins du bercail évangélique, où le courage maintenait la paix.
n avait bien le droit de se défendre lui-même, ce
peiit penpld dont les souverains se disputaient alors le trône d'un enfant.
Mais de» incendies terribles infligèrent pourtant à ces contrées leur tribut de malheur.
Le 6 de mars, et le 91 de novembre 1634) le fea prit aux bois de Briqueras et dépouilla les collines avoîainantes de toutes leurs futaies. Ces collines sont aujourd'hui couvertes de vignobles*
Le il de déeembre 1639, deux incendies simultanés éclatèrent encore aux portes des Vallées : l'un entre Briqueras et Saint-Segont, l'autre entre Luserat et Lusernette* Le vent du nord-est soufQait aVeo im* pétuosité : le [Mremier foyer s'étendit jusque sur les hauteurs de Prarustingy dévorant tout sur son passage» Celui de Lusernette entama rapidement les bois de Bubiane d'un côté, ceux de Famolasc et de Bagnola de l'autre I et poussa son océan de feu jusque sur les collines de Barges, occupant ainsi un espace de plusieurs lieues carrées.
Les habitants, épouvantés , ne pouvant lutter dbntre cette invasion dévorante, prenaient la fuite , ou cherchaient à isoler leurs demeures en abattant d'avance les arbres dont elles étaient entourées. Plusieurs furent obligés de se défendre contre les atteiii-
tes du sinistfe en étetguAnt le tèw avec le vin de leura caves, faute d'avoîf asse2 d*eau souâ la main.
Cet épouvantable embrasement dura plusieurs jours. On voyait le front de l'incendie monter de la plaine sur les montagnes, comme une mer de feu , en lais^ sant derrière ses vagues étincdantes, la terre dépouil^ lée et noire y offrant par intervalle sur de larges éten« dues , comme d'immenses cautérisations , ou d'effrayantes plaques de gangrène.
La guerre civile désolait en outre le Piémont. Trois partis politiques s'étaient formés dans ce pays. Le brigandage s*y propageait, comme un autre incendie.
Les bannis, encore épars dans les montagnes, don-^ naient carrière à leurs funestes prétentions ; des meurtres fréquents signalaient leurs vengeances. 11$ otttaieTïiy sur une plus petite échelle, la même conduite que tenaient alors les princes de Savoie à la tète de leurs armées. Un homme en lue un autre, et c'est un assassin ; un prince en tue mille, et c'est un héros.
Quand donc les meurtriers seront-ils mis dans la même balance ! Quand les peuples seront'-ils las de prodiguer leut* sang pour des prétentions dynastiques étrangères à leur bonheur? Ah ! i'imion des rois est
un complot permanent contre la liberté ; qu'est-ce donc que leurs divisions doivent être pour les peuples?
Les marquis de Luserne et d'Angrogne, ayant embrassé le parti des prétendants à la régence, maltraitaient les Vaudois, qui avaient refusé de prendre part à ces divisions intestines dont souffrait le royaume.
Un autre membre de cette famille , le comte Christophe, tenait au contraire pour la duchesse et son fils.
On craignit que les usurpateurs, soutenus par Tarmée espagnole, ne vinssent mettre à feu et à sang les vallées vaudoises.
Une assemblée générale eut lieu à Saint-Jean pour aviser à ce qu'il fallait faire. Le comte s'y trouvait. Le pasteur, Antoine Léger, insista pour que les Yaudois maintinssent leur indépendance au profit du prince légitime (Charles-Emmanuel III, alors mineur, et dont ses oncles disputaient la tutelle à sa mère).
Les Yaudois mirent sur pied leurs propres milices, pourvurent au maintien de l'autorité désorganisée et à la défense de leur territoire , ouvrirent le passage des Alpes à l'armée française , que Turenne et d'Harcourt amenaient au secours de Christine, et enfin re-
— «Garnirent à cette princesse victorieuse l'une des provinces les mieux tenues de ses Etats.
Le souvenir qu'elle leur en témoigna plus tard fut loin d'être de la reconnaissance, et, comme le serpent
réchaufië, celte princesse devenue puissante Mais
alors elle était malheureuse; peut-être aussi fut-elle ensuite plus faible que cruelle.
Quoi qu'il en soit, les ennemis des Vaudois se prévalurent de leur position auprès d'elle pour l'irriter * contre eux; et comme Léger avait exercé une grande influence dans le conseil de ses compatriotes, on le fit condamnera mort par contumace, sous prétexte qu'il avait été au service des puissances étrangères sans l'autorisation de son souverain légitime. Ce service s'était borné aux fonctions pastorales, accomplies auprès de l'ambassadeur des Provinces-Unies. Mais tous les prétextes sont bons à la haine, et la haine fut satisfaite. Léger dut se retirer à Genève, où l'Académie de cette ville s'honora longtemps encore de le possé. derau nombre de ses professeurs. C'était un homme d'un caractère extrêmement doux et d'un talent remarquable.
Animés par ce premier succès , les ennemis des Vaudois se montrèrent plus exigeants encore. Des
4genU de la propagande romain^ s'étaient établis à Turin, et leur influence s'étendit, comme un réseau invisiUe, sur ta cour de Savoie. I^e père de la duchesse, Henri IV, avait été protestant; le fanatisme présentait cette circonstance aux yeux égarés, ou plutfiX à la conscience servile de Christine, comme jetant sur son origine une tache déplorable que le zèle le plus fervent pouvait seul effacer, et Ton sait déjà en quoi consistait le zèle pour le catholicisme. Tout ce qui était nuisible aux protestants était ferveur pour Hû; la Propagande fortifia ces pensées ^ et des vues politiques achevèrent de les faire triompher.
Voici e^Miinient. Dès la vaoanee du trôoe dwofd, at du moment que la régeooe eut éfté disputée à Chriftine, le elergé se jeta du edié de son co<npélitwr> Maitfioe de Savoie, qui était cardinal. Christine alors, pour ramener à elle le clergé, dut rivaliser de zèle avec son beaurfrère, c'est-à-dire , de coQcessions, d'honneurs et de puissance accordée au clergé , de Mstrictions, de rigueurs et d'intolérance à l'égard des Vaudois.
Un des premiers actes de son pouvoir fui d'eojoîndre aux Vaudois, établis en dehors de leurs limites,
d'y reuUer dans Teapaoe de troU jours (1). Un «ois auparavant, elle avak donné des instructions aux magistrats en faveur des capucins missionnaîreSy ordonnant que y sur leur dénonciation, les podestats agidsent d'oflSce contre les dénoncés (S).
L'année suivante , elle renouvela ses ordres contre les extensions territoriales des Vaudois (.^).
Alors arriva un aocident au château de Cavoup, qui fut en partie détruit par la foudre, mais restauré par les Français, Un an après eut lieu, au synode de Saint-Germain (4), la consécration au ministère du jeune Léger, qui devait être plus tard, par son couragt', aussi bien que par ses écrits, l'un des plus puissants défenseurs des Vallées. L'Eglise qu'on lui donna alors à desservir fut celle de Pral et de {lodoret. Quelques mois après, la duches$e, sollicitée toujours par les propagandistes, donna plusieurs ordres au préfet de la provmce, nommé llQBsano, pour qu'il fit interdire le culte prolestant à Saint-Jean, et
(1) Dalé du 3 novembre 1S37.
(S) Du 19 oetobre 1637.
(3) 9 Dovembre 1638.
(4) Le S7 teptembre 1639.
fermer le temple que les Vaudois y possédaient (1). Puis elle leur renouvela la défense d'excéder leurs limites , non-seulement pour acquérir des terres au delà, mais même pour eu affermer, et cela, sous peine de la vie et de la confiscation des biens.
Un délégué spécial fut envoyé de Turin pour veiller à l'observation de cet édit. C'était un docteur en droit, de Montcallier, maître des requêtes au conseil d'Etat, et fort zélé au point de vue de sa souveraine. Il se nommait Gastaldo et vint s'établir à Luserne.
Son premier soin fut de citer à comparaître devant lui tons les Vaudois qui possédaient des terres ou des établissements quelconques, en dehors des limites de plus en plus restreintes qu'on voulait leur imposer ; car, d'après un ordre ultérieur, la rive droite du Pélis elle-même leur était interdite (2).
Les personnes citées ayant refusé de comparaître, leurs biens et leurs établissements furent déclarés confisqués et dévolus au fisc (3).
(1) Ces ordrei sont du A et du 17 avril iMO. Le temple des Taudois était al<Mrs situé au quartier des Halanots.
[i) Cet ordre est du S3 décembre 1640. La citation de Gastaldo est du 14 janvier 1641.
(3) Par décret de Gastaldo du S9 janvier 1641.
Mais ce n'était pas assez d'opprimer les Vaudois, il fallait encore favoriser leurs adversaires , et, dans un édit (1) fort long de la duchesse de Savoie, où il est que^tion, à la fois, des duels, de la chasse et des impôts , il est ordonné à tous les châtelains des vallées vaudoises d'accéder gratuitement aux requêtes des capucins missionnaires , d'assister aux assemblées tenues par les Vaudois , de les surveiller et de les leur interdire en cas de besoin.
Il était en même temps défendu aux Vaudois de se rénoir sans la présence des chapelaios, sous peine de cinquante écus d'or pour chaque contrevenant^ et ce singulier édit, qui renferme déjà tant de choses^ assure en outre une immunité des charges publiques, |)endant cinq années consécutives, à tous les protestants qui consentiraient à se catholiser.
Cette promesse n'ayant séduit personne, on la renouvela par un édit spécial, plus pressant encore que le premier (2).
Quelques-uns abjurèrent ; mais le mépris public et
(f) Du 15 et IS janirîer 16*8.
[t] Ce deuxième édit eit du 6 d'avril 1642. — JUodlque cet dates avec préeisioa , parce que ces événements o'ont enc»re été raconiés par aucuo
histoneo. ^^
les avanies qu'ils reçurent de la part de leurs compatriotes les obligèrent bientôt à quitter les Vallées pour aller vivre ailleurs (4).
Peu de temps après se succèdent , coup sur coup , des mesures de plus en plus rigoureuses contre les Vaudois. On leur interdit de sortir de leurs limites^ même pour quelques heures, sauf auxjours de foire (i). On ordonne aux magistrats des villes environnantes de les arrêter alors sans forme de procès (3). En même temps ou poursuit leurs pasteurs (4) ; on veut faire célébrer officiellement le culte catholique dans toutes les paroisses protestantes (5) ; on encourage les capucins (6), et Ton promet de nouvelles récompenses à l'apostasie (7).
En 1645, un établissement particulier est fondé, à Luserne, pour recevoir et doter les jeunes filles vaudoises, qui voudront abjurer ; mais cet établissement
(1) Telle fut la famille Duraod de Rora, qui alla t'établir à Bagool. (i) 17 février 16U.
(3) 19 leptembre 1645.
(4) Lee citaiiont judiciaires relatives à Antoine Léger sont du M décembre 1649 et du 10 avril 1643. Une requête det Taudois. à son sujet, est du 11 juio. L'ordre relatif aux ministres Guérin et Lépreux est du 3 avril 16^.
(5) Ctft ordre est du 13 décembre 1646.
(6) Ordres du 10 janvier, 98 avril, 8 octobre 1646, 99 juillet 1648 etc.
(7) 8 mai 164S, 8 mars 1648 etc.
ne put se soutenir. La même année, un conseil souverain, établi en Piémont par le roi de France, prend des mesures encore plus vexatoires contre les Vaudois de Pérouse et de Pragela (i). Les catholiques et les catbolisés sont comblés des faveurs de la cour (2). Un jeune ministre, nommé Louis Gaston d'Albret, qui était né à Paris et avait fait ses études à Genève, venait d'arriver aux Vallées, où il était pasteur depuis deux mois, lorsqu'il ne put résister aux sollicitations pressantes d'apostasie, dont les Vaudois étaient l'objet. Il abjura le 26 juillet 1647, reçut de grands honneurs à Turin, habita chez le nonce, et disparut ensuite du pays, emportant une gratification de 800 livres que lui avait remise la duchesse de Savoie, empressée probablement de l'éloigner de ses Etats, aussi bien que de le retirer du protestantisme ; car elle aussi était une d'Albret : ce nom étant patronymique aux aïeux d'Henri IV.
Les anciens privilèges des Vaudois furent cependant ratifiés, à cette époque, plus fréquemment que
(t) Kdit du 17 juillet 164S.
(3) Pour les faveura généralei : «xcnptioo de charges, d'impôts etc., lOteptembre 1645, 9 et li uelobre 1647, 4 novembre 164S.
— ÎSO —
jamais (1 ) ; car les Vaudois croyaient leur donner plus de force par ces confirmations. Pour la cour ce n'était rien accorder, et pour eux rien obtenir ; au contraire c'était se dépouiller; car les droits de sceau, d'expédition et d'enregistrement leur imposaient de coûteux sacrifices à chaque nouvelle confirmation. Mais Rome leur enviait encore cette impuissante sauvegarde, et Innocent X annula, par un décret pontificiil, daté du i9 août 1649, les dernières foveurs que ces pauvres gens avaient obtenues de leurs souverains.
L'influence des propagandistes n'en prit que plus de force, et bientôt tous ces privilèges, si dérisoirement garantis, furent arbitrairement suspendus par redit du 20 février 1650 (2).
Cette suspension devait durer jusqu'à ce que les Vaudois eussent démoli les onze temples qu'ils possédaient en dehors des limites, renvoyé leurs pasteurs
(1) Un édit du 36 février 1835, entériné le It septembre, eonfirme les privilège* de 1585 ; il coûta {aux Vaudoia 15,1M livres. Autres confirmations du 8 mai 164», du 17 juillet 1648. 30 juin 1649 etc.
(S) Cet édit fut rendu aur un rapport ou parer9 du ministre de la jusliee (rambaranOt dunt l«-» considéranta sont asses euriaux. Perché, y est-il dît, dtUi heretiri... tomt dnohtdientiitimi , « eoiilt*fiiMiiieii(# ii^travengomo «Ht nrdini di V A. fl,, eatlê hro prùprie ronce$ti&ni... etc., etc.
d'origine étrangère (1)^ fermé les nombreuses écoles tenues par eux ailleurs que dans leur territoire, te consenti à la célébration universelle du culte catholi* que dans toutes les Vallées.
Ces rigueurs étaient dues aux intrigues croissantes des capucins et de la Propagande.
Les Vaudois dressèrent requête sur requête, et par ces moyens dilatoires ne firent que maintenir pendantes toutes les difficultés.
Les moines, toutefois, érigeaient des chapelles dans
les Vallées, malgré le déplaisir visible et quelquefois Topposition formelle des habitants ; il fallut un édit du souverain ponr obliger ceux de Macel à laisser construire réglise de la Salsa (2).
Mais les prétentions et les instances du clergé devenaient de plus en plus exigeantes , et les requêtes des Vaudois ayant été rejetées, des instructions furent données à Gastaldo, le 15 mai 1650, pour qu'il restreignit les limites des Vaudois en dessus de Saint^ean et de La Tour ; ordonnant à tous ceux qui étaient éta-
(1) Le ptstcur Daniel Roche avait déjà été rtppelé des Vallées à Genève, où il entra dans l'académie de cette ville en qualité de professeur. La lettre de rappel est du 23 nars 1648.
(S) Édii du SS janvier 1649.
blis dans ces communes, ainsi que daoB celles de Lu* sernette, Bubiane, Fenil et Saint^Segont, de s'en retirer dans l'espace de trois jours, sous peine de la vie; avec obligation pour eux de vendre leurs biens dans l'espace de quinze jours, sous peine de les voir confisquer. Les communes toutes protestantes de Bobi, Villar, Angrogne et Rora, furent chargées d'entretenir, à leurs frais, une station de capneins missionnaires au sein de chacune d'elles ; et en même temps qu'on cherchait à augmenter ainsi , par tous les moyens possibles, le nombre des catholiques, on défendait à tout protestant étranger devenir s'établir aux Vallées, sous peine de la vie et d'une amende de mille écus d'or pour la commune qui l'aurait reçu.
Chargé de faire exécuter des dispositions si draconienne?.... ou plutôt ( ce qui caractérise bien mieux leur cruelle injustice et leur sauvage brutalité) des dispositions si profondément catholiques , Gas* taido, malgré le peu de sympathies qu'il avait jusque-là témoigné aux Vaudois, mit, il faut ledire^ les plu$ grands ménagements dans l'application de cette ordonnance, qui fut entre ses mains plutôt ccnniimiaoin; que répressive.
D(;puis longtemps les délais fixés étaient écoulés
sans qae les malheureux frappés par elle s'y fussent conformés, et Gastaldo fermait les yeux. Il appuya luimême, auprès du souverain, les requêtes qui ftirent dressées par les intéressés, qu'en attendant il ne poursuivait pas; etbient6tde nouvelles confirmations des anciens privilèges leur furent accordées, le il janvier et le 4 juin ifô3. Ainsi la barbare ordonnance du 15 mai 4650 demeura sans exécution.
jyais dans l'intervalle la Propagande avait pris un développement inattendu par suite du jubilé, qui amena à Rome, en 1550, le riche tribut des superstitions (\p toute l'Europe; une sorte d'enthousiasme populaire s'éleva pour cette œuvre dont l'accès était ouvert à tous les catholiques de quelque ordre qu'ils fussent ; il suffisait d'y entrer pour obtenir indulgence plénière: de grands personnages y figuraient; les princes et les artisans pouvaient s'y rencontrer; les indulgences n'étaient inutiles à personne, ou du moins il n'y avai^ personne qui n'eût besoin de quelque pardon : cette institution de la Propagande se répandit donc avec rapidité, non-seulement en Italie, mais encore en France.
Elle eut des conseils spéciaux dans presque toutes les villes de ces contrées; et c'est alors qu'à son titre
de congrégation pour la propagation de h foi, elle ajouta, en Piémont du moinsi ces mots complémen<taires: et pour f extirpation de l* hérésie (i).
Ces conseils étaient, comme nous l'avons dit, corn* posés indifféremment, ou plutôt avec une perfide habileté, de personnes appartenant à la vie civile et à la vie religieuse : si toutefois on peut donner le nom de vie religieuse au fanatisme grossier qui se débat entre la corruption et la cruauté. C'est pourtant là ce que Rome appelait du zèle ! Si tel n'est pas le langage de TAntechrit, où donc faut-il s'attendre à le trouver?
Comme il y avait indulgence plénière pour les propagandistes, les femmes aussi en voulurent leur part.
Elles formèrent un conseil spécial ; et dès lors la Propagande fut composée de deux conseils, l'un d'hommes et l'autre de femmes. Cette institution s*établit, à Turin, sous la haute faveur d'ime ordonnance royale (2). L'archevêque de cette ville et le marquis de Saint-Thomas, ministre de la couronne, étaient les présidents du premier d'entre les deux conseils. La marquise de Pianesse présidait le second.
(1) Congregatio de propagandà fide et extirpandit hereticîs.
(2) Cette ordoonanee est citée dam Tédil du 31 mai 1650.
Elle arak eu ane jeunesse dissipée et dierchait à eipier ses foutes passées paf la recrudescence de son zèle actuel. Ame passionnée et fadle à se laisser entraîner, peut-être noble et généreuse... il fut aisé à ses directeurs spirituels de l'égarer au nom de ses devoirs.
On impose davantage au vulgaire, en lui commandant au nom de la vérité , qu'en lui prouvant la vérité. C'est le secret de la puissance du papisme.
Tous leacftoyens étaient miaén œuvre, parles propagandistes y pour arriver au but de leur société ; et puis^ que nous entrons maintenant dans le cèapitre hislo-' rîque de Léger, empruntons à cet historien quelques délaîk sur les opérations de ce conseil , présidé par la marquise de Pianesse (i).
« Ces dames se partagent les villes par quartiers, et chacune, dit-il, fait la visite de son quartier deux fois par semaine : subornant les simples filles, ser^ vantes et enfants, par leurs amadouements et belles promesses , et procurant de nuiuvaises affaires à ceux qui ne leur veulent pas prêter Toreille. « Elles ont leurs espions partout , qui les informent
(1) liégw, YêK^ H, tiMp. Vi.
de toutes les maisons de la religion où il y a quelque mauvais ménage ; et c'est alors qu'elles profitent de Toccasion pour souffler, tant qu'elles peuvent , le feu de la division , pour séparer le mari d'avec sa femme, la femme d'avec son mari , l'enfant d'avec ses père et mère, etc.; leur promettant, et donnant, en efiét, de grands avantages s'ils s'engagent d'aller à la messe.
a Souvent elles les poussent à plaider les uns contre les autres, et une fois qu'elles les tiennent par cette anse , ils n'en sont jamais quittes qu'ils ne soient révoltés ou ruinés.
« Elles savent le marchand qui a mal fait ses affaires , le gentilhomme qui a joué ou gaspillé son bien , et , en général , toutes les familles qui tombent dans la disette... Et pour les séduire avec leur dabo tibi, Jamais ces dames ne manquent d'aller proposer la révolte (apostasie) à ces personnes presque déses-^ parées.
« U n'est pas jusqu'aux prisons où elles ne se fourrent pour retirer les criminels qui se donnent à elles. Et comme elles emploient de grandes sommes d'argent à faire jouer toutes ces machines et à payer le;!; âmes qui se vendent pour un pain , elles font des col-
lectes régulières , et ne manquent pas de voir toutes les bonnes familles , boutiques et cabarets , académies de jeux, etc., demandant Taumône pour l'extirpation de rhérésie.
« Et si quelque personne de condition arrive dans une hôtellerie , elles se hâtent d'aller lui faire civilité avec la bourse vide à la main.
« Enfin, elles s'assemblent en la plupart des villes, deux fois par semaine , pour rendre compte de ce qu'elles ont fait, et prendre leurs mesures sur ce qu'elles veulent faire. S'il arrive qu'elles aient besoin du bras séculier ou de quelque ordre du parlement , il est rare qu'elles ne parviennent pas à l'obtenir.
a Le conseil des moindres villes se rapporte à celui destnétropolitaines ; ces derniers à celui de la capitale,
et ceux des capitales à celui de Rome, où est la grande araignée qui tient les fils de toute cette toile (4). 0
Tel est le secret de la force qu'avait si rapidement acquise cette immense organisation, par l'activité multipliée et partout répandue des agents innombrables qui lui servaient d'instruments dévoués.
\jaL marquise de Pianesse elle-même, ajoute Léger,
(1) I^er, P. H, p. 74.
si grande dame qu'elle était, et sans contredît la pteinière de la cour, a pris la peine , tant qu'elle a vécu^ d'aller elle-même plusieurs fois la semaine fiiire les collectes susmentionnées, par la ville , même dans es auberges (i).
Pourrait-on désirer plus de dévouement et d'abnégation pour une œuvre de charité chrétienne? Ab! rendons justice à nos persécuteurs ! c'était la diarité qu'ils croyaient servir; mais exécrons le détestable papisme qui altérait ainsi l'idée de la charité y qui changeait en poisons infernaux les plus célestes parfums des nobles âmes !
Et ce n'était pas les seules œuvres de ce genre auxquelles ces âmes généreuses étaient conviées par leur Eglise de perdition , et auxquelles on les voyait concourir parfois avec un désintéressement bien digne d'une meilleure cause.
Tous les enfants vaudois que l'on pouvait arracher à la maison paternelle et enlever à leurs parents, étaient considérés comme d'innocentes victimes sauvées de l'hérésie ^ c'est-à-dire arrachées aux griffifs de Satan, soustraites à la perdition étemelle. On no
(I) Léger, p. II. p. 74.
craignait pas de faire les plus grands sacriâces , de braver même la vindicte des lois et la vengeance des hommes, pour s'en emparer. Ces enfants étaient ensuite placés dans de riches maisons catholiques , qui se chargeaient de leur entretien ^ ou dans les couvents, qui se chargeaient de les faire mourir lentement au monde , à la patrie , aux pures affections du cœur et à la foi biblique.
Mais combien d'angoisses et de désordres jetés dans les familles! Ainsi l'abominable puissance de corruption , déposée dans le sein du catholicisme , transfonnait la générosité naturelle du cœur de ses adhérents en odieuses déloyautés et en barbares tromperies, comme il avait transformé la doctrine dvétienne en misérables superstitions.
La loi naturelle n'était pas plus respectée par lui que la loi révélée; c'estqu'elles ontune mémesource, une source divine, et qu'il est dans la nature de l'antechrist de s'opposer à tout ce qui vient de Dieu.
C'était cependant sous les apparences les plus bienfaisantes et peut-être les plus sincères qu'il foisait agir quelquefois les instruments d'apostasie , dont la servilité inflexible et cruelle n'était peut-être aussi
que la transformation catholique d'un véritable dé-
vouement. Ainsi, ptr le concours dé ptnsieiirs personnes riches et de diverses fondations , on ouTrit dans toutes les vallées (à Lnseme , à Pignerol et an Perrier), des établissements de prêts sur gages, que Ton nommait ators des Lombcards^ et que l'on nomme aujourd'hui des Monts-de^Piéêé.
Les YaUées étaient épuisées pardescanlomiemeBts successifs de divers corps de troupes depuis f653 (1).
La fitmine augmentait le prix des denrées , et la misère leor rareté. lies établissements dont nous pai^ Ions eurent des approvistoanemenfs de blé, de Kkige, d'étoffE» diverses et é» miméraîre, ik mirent ees ressources à la disposilion des malheureux ^udoi». Lorsque l'un d'esx avait engagé ses derniers meubles, poiu* prolonger sa vie, on lut ofirati de les loi renéfe sans nulle restitution de sa part, à conditioD qu'il engagerait son ftme dansie pa(Msme ; ou bien on le menaçait de la prison, s'il ne renibonrBait pas k» avances i«çues^ et on hii offrait ensuite de l'en délivrer, d'anéantir sa créance et même de hri fournir de nouveaux secours, s'il voulait abjurer.
(1) Le riémoDt était alors allié de la France, et ouTrait, aux troupes de Lmïs XIV» le patsa^ ée aon territoire, pour aller aenarir le ém 4ê H*» dène , où ellei forent ooodoitei par le prince Thomas, oncle d« doc de Savoie.
Ces moyras entretnèrent plusieurs personnes, mais on ne les trouva pas encore assez actifs.
La marquise de Pianesse venait de mourir. N'espérant plus rien de ce monde, elle se souvint de son mari , qu'elle n'avait pas vu depuis longtemps; elle le fit venir et lui dit : o Je crois avoir beaucoup à expier, et poiit^tre envers vous. Mon Ame est en danger; «ideE-moi et travaillez à la conversion des Vaudois. Le mari promit ; c'était nn brave militairei et il travailla en effet ^ par des moyens militaires^ mettant tout à feu et à sang (I)»»
n avait on motif de plus d'obéir, c'est que sa femme ne lui laissait les sommes considérables dont elle pouvait disposer qu'à cette condition.
Les jésuites présidèrent à ce pacte de l'agonie et de l'extermination^ inspiré par la Propagande.
Alors ils ne se préoccupèrent plus que de faire naître une occasion, un prétexte, un motif de violences. Les moines devinrent plus arrogants que ja^ mais, et les jésuites semèrent parmi les Vandois des agents provocateurs qui devaient les exciter à quelque coup de main.
<^ btMk du eMH d'hittoire de M. Miehcltt, WÊlfrmè daot le Mp^ ne»* 4»>oMiMl h^SiMêp mmain dti S béI t84S.
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Léger rapporte que la femme du pasteur Monget, au Villar, prit une part active à Fincendie qui consuma, dans ce lieu, la demeure des moines; mais ce fait n'est pas prouvé. L'habitation des moines fut en effet détruite par le feu, ou par la main des Vaudois, non-seulement au ViUar, mais à Bobi, à Angrogne et à Rora, sans que ces attentats eussent pu être invoqués contre ceux qui s'en étaient rendus coupables, pour motiver , a ce n'est pour justifier, les violences de 1655; car le dernier de ces &its (l'incendie du couvent du Villar) eut lieu en 1653; et l'année suivante, ainsi qu'en 1653, les Vaudois obtinrent encore la confirmation de tous leurs privilèges, après avoir restitué aux moines la maison incendiée (i).
(1) Cet eonfinnationi lont du 19 janvier 1668 («Tant rineeDdie da Villac), et dn 4 join 1688 (aprèt eet éténemeat), ainei que du Sdéeenbre 1651. (Cette dernière pièce n*ett relative qu'à det priTÎléges eÎTilt.) — Dans le tffc grand nombre de ptèeea relatÎTet aui éTénementa de 16S5, qoi eont paaiéet toui mea yeoi, je n'ai trouvé nulle part, au nombre dea griefa reprochés aui Vaudois, le fait de cet incendie, qui était alors une affaire Tidëe tt réparée. Honget luinnème ftit banni dn paya. Dans les rapports adicases au gou'vemenieni , sur la fin de 16M, au sujet des Vaudois, on artienle ces déni grieft :
lo Que des jeunes gens de Pramaling, en roTenant «Tiom nom, tnraieni abattu, en se jouant, nn piloim déjà ruiné. (On nomme ainsi des espèces de piliers isolés qui ne supportent rien, mais dana lesquels est pratiquée une petite niAe od l'on place, soit une statue, soil une peinture de la Vierge, tenant dans ses bras TenlSuit Jésus.— Cette figure se nomme In JTffdoiie.)
Ce fait, auquel Léger donne trop d'importance par suite du rôle de modérateur qu'il y a joué , était donc tout à fait hors de cause en 165.5.
Des prétextes plus graves, mais aussi moins fondés, furent alors mis en avant. Le curé de Fenil avait été assassiné. L'assassin fut saisi après un autre crime.
On lui promit sa grftce à condition qu'il confesserait hautement n'avoir tué le prêtre qu'à l'instigation des Vaudois, et en particulier de Léger, alors pasteur à Saint -Jean. Berru (c'est le nom de l'assassin) n'ayant pas reculé devant un crime qui entraînait la peine ciqpitale, ne devait pas reculer devant un mensonge qui lui sauvait la vie.
Et c'est sur la dénonciation de cet homme, coupable de trois meurtres avoués, que le pasteur de Saint- Jean, à son insu, sans interrogatoire ni confrontation, sans instruction judiciaire, sans même avoir été cité, est condamné à mort , comme instigateur de l'un de ces assassinats, tandis que l'assassin est mis en liberté.
So Les Tandon de La Toor Mat aocoiét d'avoir excité un âne, pour It Ucher ensuite, à trarert les rangs d'nne procession catholique. •— Leur justification porte que cet âne qui était attaché devant une boutique , fut effrayé par les chants, le bruit, l'aspect et les bannières de la procession elle-même, qn'il rompit son licou et s'échappa tout seul.
Ah ! Ton doit comprendre les sentiments d'indignation qui ont passé dans les écrits de Léger, et ne pas s'étonner si le cœur du persécuté fait parfois tremUer la plume de Thistorien.
Pour que la haine en ail été réduite à des accusations pareilles, pour que la magistrature les ait accueillies, il fallait assurément bien des préventions d'un côté et une vie bien irrépréhensible de l'autre. Mais l'inanité du prétexte montre Taveu^ment de la haine ; d'autres machinations montrèrent son habileté.
Louis XIV avait envoyé des troupes au secours du duc de Modène en 4654, et l'on résolut de profiter de leur retour et de leur passageen Piémont, vers la fin de l'année, pour les cantonner dans les vallées vaudoises et s'en servir au besoin. Un épouvantaUe succès couronna cette fois les intrigues cléricales , et un stigmate ineffaçable en serait resté sur la face du catholicisme, comme la marque de Gain sur le firont du premier fratricide, si les pages sanglantes abondaient moins dans l'histoire de cette religion.