V1GI8SITUBS8 DE LÉGER
(De 1656 & 1660.)
Sovsen ir àvnmtràt : » L« mêiMt qa*ta chipitM TUl. ment Lésu tt Momuoib.
Le traité de Pignerol ne pouvait faire succéder instantanément le calme régulier 9' un régime de paix aux troubles extraordinaires qui avaient si profondément bouleversé le pays.
Les conditions de ce traité étaient loin d'ailleurs de satisfoire les partis ; hâtivement conclues par lès plénipotentiaires de la France et du Piémont , pour échapper à Tinfluence des ambassadeurs de Hollande et d'Angleterre (i)^ dont on n'attendit pas Tarri-
(i) Lettre de H. d'Ommereo anx eantoot tiiitMi, 19 octobre 1669. Léger, p. %99.
vée (I), elles laissaient à désirer des modifications , que toutes les démarches ultérieures (2) ne purent obtenir
D'un côté, cependant, la PftipagaMde trouvait les concessions trop fortes; de Vautre, les Vaudois les jugeaient insuffisantes ; et bietitôt ils en furent réduits à se plaindre de leur inexécution.
Le fort de I^ Tour, que Charles-Emmanuel l^ avait fait démolir en 1603, et dont on avait commencé de relever les murs dans la dernière guerre, devint im des premiers sujets du méeontentenaeni»
\j&8 tristes souvenirs qu*y avait laissés Castrocaro, GaUina et d'autres persécuteurs des VsfudoiSt motivaient sufiiAimmenV la défiance des persécutée* Dans les conférences préparatoires du traité de Pignerol, il avait été convenu que cette citadelle sérail démo* lie. Les négociateurs suisses voulaient nïétne que cette démolition fût garantie par on article spécial.
Les délégués sardes répondirent que le duc de Sa* voie ne pouvait consentir à paraître ainsi désarmer
(1) Attettation du Secrétaire d'arobatttdt à Turio. 17 tepteoibr* iSSS. Id.. page 9S3.
(i) ictei d*ufie aisemlilée tenue à PMyeroe tè td octobre' I65S. Id.,
devant ses sujets , mais qu'il ne demandait d'autre forteresse que leurs cœurs reconnaissants, et que les fortifications de La Tour seraient rasées immédiatement après la signature du traité (i). a A quoi bon, ajoutaient-ilsy introduire dans ce traité une clause qui serait humiliante pour le souverain et sans objet au bout de quelques jours? »
Les Patentes de Pignerol gardèrent donc le silence à cet égard: les ennemis des Vaudois s'en félicitèrent; mais le jésuitisme ambitionnait plus encore et entreprit d'introduire dans cette pièce des dispositions tout à fait opposées à ces promeses si positives.
La pièce était signée; mais, dans l'espace qui séparait le texte des signatures, on inséra un nouveau paragraphe disant que «Son jVItesse Royale accordait aux Vaudois le droit de lui adresser des supplications pour que la citadelle de La Tour fût démolie ou reconstruite ailleurs (2). »
(1) Lettre det ambamdeon luÎMee à eeox de France et de Piémont 30 noTembre tS87.
Léger p. S83, al. 8.
(3) Quelques éditions dei Patênli H grazia ne renferment pat cet article : (GuichenoD, HUt. p. 1<M7). Dane d'antre!, il est précédé d'une déclaratioo particulière de Servient, ambaitadenr de Franee : (Raocolta degU EdHU, p. 103). » Léger le diiente longuement, P. U, p. S63, Ml, SOS.
C'était se faire reconnaître le droit de réfaser, c'étâil remettre en question tout ce qui avait été convenu , o/était coitinnettre un faux ; et, lorsqu'on s'co plaignit, il fut répondu que cette interpolation était due à une négligence du copiste \^).
LesVaudois, néanmoins, firent les supplications dont on leur avait si dérisoirement reconnu l'inutile droit. Le duc répondit iavec beaucoup d'aménité apparente, qu'il était heureux de pouvoir leur donner un nouveau témoiguage de sa bienveillance, et qu'on détruirait toute la partie du fort de La Tour qui n'était pas nécessaire à la défense de ses Etats.
Il fit en effet démolir un petit fortin inutile situé dans la plaine de La Tour ^ mais on même temps i redoubla d'aictivité dans la construction de la citadelle, située sur la hauteur. Les travaux furent si vigoureusement poussés , que les bâtiments étaient terminés dans le courant de la même année et qu'on y mit garnison dès l'année d'après.
Ainsi la duplicité mielleuse d'une politique oruelle se jouait de la bonne foi des citoyens et travaillait à
{i) Voyet Léger, p. 890, 99S eie.
leur oppression, en afiectant d'avoir des droits à leur reconnoissaoce.
Cependant les autorités françaises vireoi avec dé- Qance s* élever et se munir une place forte aussi rapprochée de leurs frontières. Le gouverneur du Dauphiné (1) et le comcnandant de Pignerol (2) en témoignèrent leur mécontentement (3); c'est alors que Louis Xrv offrit auxVaudois d'être le garant de la pleine exécution du traité de Pignerol, conclu sous ses auspices (4). Un synode fut tenu à La Tour pour (5) en délibérer. Les Yaudoiis remercièrent le monarque de sa protectH>n, le prièrent de la leur continuer (6), et remirent à son envoyé un mémoire (7) exposant tous les grieis dont ils croyaient avoir à se plaindre depuis la signature des patentes de grâce* Ces patentes, disent-ils, ne sont pas exécutées (8); on re-
(1) Lcsdicttièm.
{%) La Bretooiûèra,
(3) GnicbaiioOf p. 1077.
(4) Lettre de Louis XIV à Leedigoièree , H février 1650, Léger, p. S4ê. Leidiguièret écrÎTit lui-mèoie aux Yaudoit, le 4 de m»n 1656, eo leur eo- Toyaot la lettre de Louii XIV par uo lieuteoent-colooel Dominé M. du Bmt, Id., p, U7.
(5) Les 18 et 99 de mart 1656.
(6) Voir les lettres des Ysudois dsns Léger, p. 948 et 949.
(7) Ce mémoire est ibid., p. 980 et suivantes. 11 reafiermequiDxe articles.
(8) Y07. art. V, YII. VUI et IX, XI et XII, du mémoire.
fiose de nous rendre nos prisonniers (1); on oooUnue d'enlever nos enfants (2), et enfin les soldats en garnison dans le fort de La Tour commettent impunément les attentats les plus graves contre nos personnes et nos propriétés (3).
Ainsi le pillage et l'assassinat, le rapt et la violence continuaient Yceuvre de la fin catholique. La Propagande n'avait pas renoncé à son but : l'extirpation de Tbérésie. Ne professsût-elle pas la légitimité de toutes les trahisons contre les hérétiques? N'appeiait-elle pas hérétiques tous ceux qui s'i4)puyaient sur la Bible? Ne devait-elle pas dès lors détruire à tout prix les Vaudois (4) ? Aussi le bruit courut-il au loin que de nouveaux conflits allaient avoir lieu dans ces
(1) Art. X. L., p. S5I.
(S) Art. XIII. Lu pal9nt«9 iê grÔM tutoriuicDt encore cet eolèroBeals •o eertaioet limites, tout ea peraiiunt les interdire :I fi^moli non. p»» Iranno mm tolti a hro par9nti, wtetUn eh$ mm «n «là «merv etee H aM#- 9ki di dodtei^ • 1$ fmins d/i dieei amm. Art. XV dei patenltt.
(a) Ceui de cet soldati aMauini qui étaient arrêtés par let payaans, et remis aux mains de la justice obtenaient promptement leur liberté , par rintermédiaire des Cordéliers castillans , dont les Yalléet étaient alors infestées. » Leur présence donnait lieu aussi à des prieU criants. — Léger rapporte de nombreux exemples de violences; p. SSO-966. Les ambassadeurs saisies en parlent comme témoins oculaires. (Lettre du 30 novembre 1657- Lég., p. 883).
(4) Son titre lui en faisait on devoir : Congrtgatio de ixtirpanéU km- 9tifit.
tristes vallées (1). On cherchait en même temps à en diviser les habitants au moyen des plus viles insinuations.
Des jésuites qui s'y étaient introduits en se donnant pour des protestants réfugiés du Languedoc , excitaient le pauvre peuple à la défiance contre ses pas* teurs, en propageant avec une perfide habileté des bruits de malversation contre ceux d'entre eux qui avaient été chargés de distribuer les sommes considérables recueillies dans les collectes étrangères (2).
Les calomnies qu'on accueille le plus aisément sont ceUes qui touchent aux plus bas intérêts; l'infortune est d'ailleurs accessible aux soupçons, l'ignorance les fiivorisey et c'est ainsi que les Vaudois en vinrent à donner le triste spectacle des divisions intestines et des récriminations intéressées, à peine sortis de leurs plus grands malheurs (3).
(l) Léger, p. SI».
(9) Guîchenon évalue à deui niUiODt de lÎTret iet eoliectei de 1* Angleterre (p. 1014). Celles de le Hollande le montaient, le 5 leptembre 1655, à 640, 687 florbi. Toutes ces sommes ne furent pas remises aux pasteurs vaudois; mais une grande partie resta entre les mains de divers comités ehargés de leur gestion soit à Lomb^, soit à Genève.
(3) Les plaintes de ce genre qui, en 1656 seulement , fureot adresaétt par des Vaudois aux pasienrt de Genève, sont plus nombreuses qu'on se
De nouvelles épreuves devaient bientôt les réunir contre un danger commun.
L'auditeur Gastaldo^ qui était devenu le gouverneur des Vallées, sans cesser d'être membre de la Propagande, si ennemie des Vaudois, rendit, le 15 juin 1657 , un arrêté par lequel il leur défend d'ouvrir aucune espèce de culte à Saint--Jean, sous peine d'une amende de mille écus d'or pour le ministre qui le présiderait, et de deux cents pour chacun de ses auditeurs. En même temps, de nouvelles missions papistes étaient fondées dans les Vallées ; les jésuites y prenaient pied partout; on accordait des exemptions de taxe et d'autres dispositions favorables aux catholiques et aux catholisés, tandis que l'on se montrait d'une rigueur extrême dans l'exécution de toutes les mesures qui étaient onéreuses pour les protestants. Ces derniers ne furent pas cependant sans recevoir de vives preuves d'intérêt. Le synode du Dauphiné donna aux Eglises vaudoises des marques de ses sympathies fraternelles , en leur envoyant plusieurs pas-
pourrait le croire. (Toy. les regittrci de ia ▼en. oompaf^e, vol. K, p. 40, W, 100, 19i, 104. 190, 108, etc....) La probité de Léger ftit lonteiit nmc «I doute; oiaii elle ressortit iotacte d'une enquête qni eut lien plot ïêgà à ce sujet.
teurs } mais le gouvernement piémontais se prévalut de leur origine étrangère pour les expulser du pays (i )•
Les Vaudois se plaignirent des vexations croissantes dont ils avaient à souffinr, par une lettre adressée aux ambassadeurs suisses qui avaient négocié le traité de Pignerol; et ceux-ci écrivirent à leur tour en Piémont pour se plaindre des infractions apportées à ce traité (S).
Après avoir rappelé les promesses relatives à la démolition du fort de La Tour, et les excès dont les soldata de ce fort se rendaient alors journellement coupablesy ite disent, en parlant des Vaudois : « Quelle liberté de conscience ont-ils donc obtenue j si les pasteurs de leurs églises, par cela seul qu'ils sont d'origine étrangère, sont obligés de les abandonner? si tout service religieux est interdit là où Ton ne demande que le culte privé? si Ton défend aux protestants de faire des prosélytes , et qu'on les expose en
(i) Qaelqow-uof eepenlant furent autoriséf à j résider, à eoodition qa'iU prieraient lerment de fidélité à Charlet-Emmannel II. Ce furent Michel Bounet, dUiean en val Cluion; Paator également du Pragela (qui appartenait à la Franee), et Armand de Vag^nea dani le Gapençoii. Leur preetation de serment eut lien le 9 noTembre 1657 , dans le palais des eomtes de Luseme.
(9) La lettre est datée de Zurich, 30 novembre 1097; elle est signée des qoatre ambassadeurs, et se trouve dans Léger, p. MS*M6.
même temps à toutes les obsessions de leurs adversaires ÎËnfin, ajoatentrils , pendant qu'on empêche les Vaudois d'acquérir ou même d'afiiormer aucune propriété hors des limites qui leur sont imposées, on empêche les catholiques de leur en vendre dans ces limites mêmes. Or toutes ces choses, ajoutent-ils en rappelant le traité de Pignerol, touchent d'autant plus sensiblement nos cœurs, qu'au nom de nos seigneurs et supérieurs nous avons assisté audit traité et que nous y sonmies intéressés. »
I^ président Truchis répondit avec talent, pour montrer que les stipulatious accordées aux Vaudois n'avaient point été violées, mais que ces derniers au contraire étaient coupables de ne pas les observer.
Le synode des vallées vaudoises dressa alors l'ex^ posé des violations dont on avait à se plaindre en y joignant des preuves à l'appui. Ce mémoire fut impri* mé à Harlem en 1662, et réimprimé dans la même ville, avec de nouveaux détaUs, en 1663. Mais on fut sourd à toutes ces plaintes, et l'on semblait, au contraire, ne vouloir donner chaque jour que de nouveaux motifis à de plus forts grieb.
En vertu de l'article VI des patentes du 1 8 août 1655, les habitants des Vallées devaient être exemptés
de payer les contributions arriérées de cette déplorable année, dans laquelle toute récolte, toute fortune, toute famille avait été si déplorablement atteinte dans ce malheureux pays , et malgré leur profonde misère, qui n'était encore que bien incomplètement soulagée par le produit des collectes étrangères, ces contributions furent rigoureus^nent exigées des Vaudois. Enfin, comme pour rendre cette exaction plus criante, on accordait en même temps aux catholiques de la vallée de Saint-Martin Texemption de ces mêmes charges : c afin, dit le décret , qu'ils pussent se remettre des domnuiges que leur avaient causés les protestants (I). »
Ce n'était pas néanmoins pour s'affranchir de ces perceptions onéreuses , que les Vaudois réclamaient alors avec le plus d'instance auprès du gouvernement.
Plaie d'argent n'est pas mortelle, dit le bon sens populaire; il n'y a que la mort dont on ne guérisse pas; et l'interdiction des exercices religieux dans la paroisse de Saint-Jean était pour eux cette atteinte mortelle dont ils voulaient se garantir. Par cette in-
(t) Aeeid ri pomno rimUên âaUi danni paliti ià BêligùmaHi. Bdit du 16 décembre 1657.
terdiction arbitraire, toutes leurs Eglises étaient à la fois menacées. L'édit de CaTOur (1564) garantissait le libre exercice de leur culte dans tous les lieux où il se trouvait établi; Saint-Jean était du nombre; les patentes de Pignerol n'avaient ni restreint ni étendu ces limites. (Article Vil.) Si l'une de leurs paroisses pouvait être atteinte, quelle garantie resterait-il aux autres? D est vrai que les prédications publiques avaient été défendues à Saint-Jean dès l'année 4620, dans laquelle on fit fermer le temple des Malanots ; mais les réunions particulières, l'instruction des catéchumènes et les autres fonctions pastorales s'y étaient toujours maintenues.
Un synode général eut lieu au mois de mars 1658 pour s'occuper de cette grave question.
Il décida que l'on recourrait au souverain, et qu'en attendant, le pasteur de Saint-Jean (Léger Thistorien) continuerait d'y exercer ses fonctions jusqu'à ce que la question , soumise au jugement du duc , eût été résolue.
Cette décision du synode causa une grande irritation à la cour de Turin, a Le premier devoir des sujets, disait-on, est d'obéir à leur prince; en résistant à ses ordres, les Vaudois se rendent coupables de ré-
volte; il faat les traiter comme des rebelles, comme
des criminels de lèse-majesté. » Les puissances protêt
tantes, auxquelles le synode avait écrit pour obtenir
leur intercession dans cette affaire, s'étant adressées
dans ce but à la cour de Turin (i), n'obtinrent qu'une
réponse plus inflexible encore, a Les gens auxquels
vous vous intéressez, dit-on, ne vous sont pas connus;
oe sont des révoltés indignes d'aucun intérêt. >
On conçoit aisément que la Propagande et le clergé catholique cherchassent à irriter les esprits plutôt
qu'à les calmer.
L'objet de cette irritation était surtout Léger , ce
puissant soutien des Vallées, ce courageux pasteur,
qui restait à son poste malgré les menaces et les
périls.
Déjà deux fois condamné à mort (2), il la bravait
(1) Ce ftirent réleetear Palatin, rélectenr de Brandebourg , le landgrate de Hesie, lea étata généraux des Protinees-Unies (Hollande), et les cantons éTangéliqoes de la Suisse. Leurs lettres furent portées par le colonel Holzbalb, en juillet iM9. Uger, L. II, p. 995, 395 à 357, et 978 à 981.
(9) La première condamnation est du 93 mai 1655. Elle fut portée contre ▼ÎDgt-nenf habitants des Vallées, au nombre desquels Léger était compris. L*édit les accusait de s'être réunis illégalement, et d*aToir conspiré dans eette réunion. (Ils n'araient fait que chercher ensemble les moyens de défendre leur patrie.) Cette condamnation fut annulée par Tartide 1er des patentes de Pignerol.
La deuxième est celle qui eut lien contre Léger personnellement, sur la dénonciation d*uo assassin dont nous avons déjà parlé et qui, pour obtenir
encore, et ses ennemis espéraient sans doute que ce serait pour la dernière fois. Ils lui firent adresser une citation pour comparaître à Turin ; la citation n'était pas motivée; Léger ne s'y rendit pas. Une seconde assignation n'obtint pas plus d'effet. Le comte de Saluces,quiparaissait porter aux Yaudoisun intérôtréel(l)y vint alors trouver le ministre et lui dit : a Vous vous engagez dans une fausse voie ; pourquoi ne pas vous rendre à cette assignation? C'est faire croire que vous êtes coupable. Un ordre légal a défendu le culte pu-
u grâce, déclara que Léger l'avait engagé à accomplir le meurtre qii*i| avait commit. L'atsatsin fut mis en liberté, et Léger cité à comparaître devant le podestat de Luseroe, en juillet 1655. On était alors au plut fort de la guerre; cette citation ne lui parvint pas, et il fut condamné à mort par contumace. Un mois après étant venu à Pignerol lors des négoclatioM qa^ mirent fin à la guerre, Léger eat connaissance de cette condamnation. Aussitôt il demanda à être confronté avec son accusateur; mais on lai répondit que ce dernier avait été relAché , et qu'on ne savait où le trouver. On se h&ta néanmoins de décharger le pasteur vandois de la coodamnatioii qui pesait sur lui, et cela sans plus de formes qu'on n'en avait mis à la prononcer.
Sur ces entrefaites, les Vandois eux-mêmes s'emparèrent du'meurtrior accusateur et le conduisirent à Pignerol ; mais ou refusa encore de le confronter avec Léger, disant à celui-ci qu'il devait lui suffire d'être relevé do sa condamnation. Qu'on juge d'après cela de la protection ou seulement de l'équité que les Vaudois pouvaient trouver devant la prétendue justice de leurs adversaires.
(I) Les sentiments généreux semblent être héréditaires dans cette oo- Itle famille , dont les représentants actuels ont récemment témoigné 4 un écrivain des vallées vaudoisea le plus vif intérêt pour ses compatriotes.
blic dans votre paroisse ; pourquoi ne pas vous y conformer jusqu'à 6e qu'il soit révoqué? — Je ne puis interrompre mes fonctions pastorales pour attendre cette révocation, répondit le pasteur. — Le moyen de l'obtenir plus tôt serait d'aller vous faire entendre à Turin. »
Hais Léger refusa de s'y rendre. — Suspendez au moins les services publics de votre culte jusqu'à nouvel ordre.
Il refusa encore. — Voulez-vous, ajouta le comte, lutter de violence avec votre souverain, et pensezvous qu'il consente à en avoir le démenti?
— Je ne lutte qu'au nom du droit et du devoir. C'est mon devoir de servir nos Eglises; et c'est un droit qu'elles exercent en maintenant leur culte.
Ainsi la guerre était déclarée ; Léger devait avoir le dessous.
Ije 3 de mai i658 il reçut une troisième citation avec ordre de comparaître sous peine de bannissement et de la confiscation des biens.
Le pasteur de Saint-Jean voulut consulter ses collègues pour savoir ce qu'il avait à faire. Une assemblée se tint à cet effet dans une ville alors française, à Pi-
nache, où l'on décida qu'une requête serait présentée
à Charles-Emmanuel pour maintenir Léger dans son Eglise.
C'est par là qu'il eût fallu commencer ; mais il était trop tard pour qu'on pût espérer de voir cette requête accueillie. Elle ne le fut pas. Trois ans se passèrent en stériles négociations, et le iS à& janvier 166i un arrêt du sénat de Turin condamna Léger à mort et ses coaccusés à dix ans de galères (1).
Ne pouvant demeurer dans sa patrie, Léger s'éloigna d'elle pour la servir encore; mais de nouvelles épreuves lui étaient réservées à l'étranger.
En 1659 il avait été envoyé en Angleterre pour y recueillir les collectes faites en faveur des Vaudois. Pendant son absence, les jésuites, qui s'étaient introduits dans les Vallées en se donnant pour réfugiés protestants, répandirent le bruit que les pasteurs vaudois en général, et Léger en particulier, s'étaient approprié la plus grande partie de cet argent. Le synode des Vallées confondit ces impostures; mais les calomniateurs, ne se tenant pas pour battus, apportèrent leurs accusations devant le synode du Dau-
(1) C'éUiCDt l€B dUeret et letancieu de l' Eglise de Saint-Je«a, nomvéi Bîaaquie, Bulie, Danaa, Magaoi, Fervout et Ci rtt.
phiné (I), qui nomma une commission afin de les examiner. Cette commission se rendit aux Vallées, au nom des Eglises de France, qui, ayant contribué aux collectes, avaient le droit d'être informées de leur emploi. Un rapport motivé fut présenté, l'année d'après, au synode de Veynes, et par ce rapport la gestion des pasteurs vaudois se trouvait pleinement justifiée.
Les plaintes se portèrent alors à Genève, où elles ne furent pas mieux accueillies. Mais les mécontentements auxquels elles donnaient lieu dans les Vallées, parmi des personnes moins bien informées, ayant été fomentés avec soin par les ennemis des Vaudois, on décida quelques-ims de ces derniers à en faire l'objet d'une requête à leur souverain. Trente-sept personnes, recrutées dans les rangs les moins éclairés de la population (car plus du tiers ne savaient pas écrire), furent les signataires (2) d'une dénonciation de péculat portée par les Vaudois contre leurs propres pasteurs.
(1) Teoa à Dit ea 1600. Il eiitUit alors daoi cette tille une faculté de théolope protettaute, qui fut Mipprimée en 1073.
(S) Les penoonet illettrées signèrent en traçant un simple tignê^ dont le |>los simple est ordinairement une croii ; et le nom du signataire fut inscrit par les rédaoteurs de la pièce en regard du signe que chacun avait S«eé.
Ils demandaient qu'un officier de justice fût nommé pour vérifier la sincérité des collectes et présider à leur répartition.
On affecta de considérer cette pièce cooune l'expression du sentiment général des Vallées, et Charles- Emmanuel nomma immédiatement le comte de Luserne pour faire droit à la réclamation*
Le sénateur Perrachino, intendant général de la justice, somma les pasteurs vaudois de venir rendre leurs comptes devant lui. On ne peut disconvenir que les distributions n'eussent laissé quelque chose à désirer (1) y mais les persécutés devaient-ils accepter ainsi le contrôle de leurs persécuteurs?
Non: les pasteurs s'étant réunis en synode, répondirent avec dignité que l'emploi de tout l'argent qui avait passé par leurs mains trouvait sa justification dans des comptes exacts, reconnus tels par les personnes qui le leur avaient remis, et qu'ils étaient prêts à en produire des quittances régulières où et quand ils en seraient requis.
Pendant ce temps Léger, accompagné de deux
(1) Léger nuwrut uni atoir complété le compte reada dei lODimes qu'il aTâil reçuct.
antres délégués des Vallées, poursuivait ses démarches en Angleterre.
C'était alors une époque d'agitation pour la Grande- Bretagne, dont le sceptre venait de passer entre les mains faibles et inexpérimentées du fils de Gromwell.
Les députés vaudois furent témoins de sa chute et du retour d^ Gharles II , rappelé après douze ans d'exil, par la voix d'un nouveau parlement, dont la convocation était due aux soins dévoués du célèbre général Monck.
G'est à ce jeune souverain que les Vaudois durent s'adresser pour obtenir la première annuité des sommes considérables que Gromwell avait réunies en leur faveur et converties en rente sur l'Etat (1). Ces sommes s'élevaient à plus de six millions; mais le nouveau prince refusa d'en tenir compte , déclarant qu'il ne voulait point payer les dettes d'un usurpateur. Ce n'était pas cependant une dette, mais un dépôt; cet argent n'avait pas été fourni par Gromwell, mais par l'Eglise d'Angleterre, et Charles H, en s'emparant de
(t) Par on tête figné à Witebatl, le 18 mai 1658, Gromwell atait aasigné aax Igliies Taodoiaea noe rente perpétuelle de douie mille livrea aterliog (303,990 franea), ee qn^rappoae uo capital de plu de tix milliona (6,090,400).
— noces oflhindes, oommit une usurpation aussi réelle et moins glorieuse que celle qu'il reprochait à son prédécesseur (I).
Les mandataires des Vallées ne purent donc recueillir que de faibles sommes encore déposées entre les mains de quelques particuliers. Le mauvais succès de cette négociation devait bientôt être suivi , pour Léger, d'un coup plus rigoureux encore.
On publia des libelles contre lui (2). Il fut cité à comparaître à Turin (3), et sous prétexte qu'il avait voyagé à l'étranger pour fomenter des haines contre le duc de Savoie, il fut derechef condamné à mort pour crime de lèse-majesté.
Alors il se retira à Genève et de là à Leyde, où 0 écrivit son Histoire générak des Eglises vaudoises, qui n'est qu'une collection de pièces sur les événements de Tannée 1655.
L'Eglise de Leyde l'avait admis au nombre de ses
(I) La voix géoéraute d'un illustre protecteur dee Vaudoii , qui nt doit •a puittaoee qu'à ion génie, a fait entendre récemment un appel ao parlement britannique pour réclamer la restitution de ces fonds.
{%) Us se trouvent rappeléo et réfutés dana une Àpolofit opéeialc. — > Voir, dans la Blbliograpkm placée à la ftndecet ouvrage, ao^. I, § U, ao 3.
(8) Le 7 décembre 1601 , quoique déjà coodsmoé à mort.
pasteurs; il y vécut encore plusieurs années, s'y remaria en 1665 et y finit ses jours (i).
(I) J*igiiore la date précité de sa mort; maii il n'existait plus eo 1684 ; car OD trouve, à la date du S7 d'août de cette dernière année , une ordonnance royale dans liquelle il est question des biens eouôsqués de feu Jean Léger. {Arekw99 de la «ovr des eowtpUi à Turin. Htffto ewtrvroh, FituMZê : 1684. No 179, fol. 55.)