‹ L'Israël des Alpes (volume 3)Chapitre 19 sur 23 · EN DIVERSES VILLES · texte numérisé non relu

EN DIVERSES VILLES

(1686. De mai à septembre.)

SooBCM iT AUTOBi-Hb ! — Lm mèiDM qu'au chapitre XV. T joindre lei j^immttirti et la préfacé de la ghriêuêt rtntrét d$i VauéMt, par BjniBi ÀaiiAo».

II ne restait plus, dans les vallées vaudoises, de tant de courageux, mais trop crédules défenseurs, qu'une petite troupe de combattants, qui luttait encore sur la montagne deVandalin.

Le dernier espoir de la patrie abattue, le dernier rayon de la liberté mourante^ reposait sur leurs nobles efforts.

Mais un esprit de perdition semblait avoir soufflé sur toutes ces contrées.

Un vertige fatal jetait les plus mftles courages dans

le piège grossier de ces promesses illusoires dont on avait déjà tant abasé.

Le gouverneur de la province , (c'était M. de La Roche) f après avoir dirigé plusieurs attaques inutiles contre ce groupe de héros , recourut à la trahison y afln d'enlever à leur vaillance ce glorieux drapeau de liberté qu'ils faisaient encore flotter sur les Vallées.

Il leur écrivit pour leur promettre comme magistrat, comme citoyen et comme homme d'honneur , la grftce de leurs familles et leur propre liberté , si , conformément aux dispositions de l'édit du 28 mal, ils consentaient à se retirer dans leurs demeures respectives. Les Vaudois avaient trop oublié qu'à la la simplicité de la colombe , ils devaient joindre la prudence du serpent. Ils crurent à ces paroles perfi* des, se retirèrent; et immédiatement après, le loyal gouverneur fit occuper le poste retranché qu'ils venaient d'abandonner , arracha à leurs mains le billet qu'il leu* avait écrit , et les fit jeter dans les prisons déjà remplies de leurs frères.

« Dans la vallée de Saint-Martin , dit Brez (i) ,

(1) La partie imprimée de VHiêioire des Vaudaii par Ban (quoiqu'elle ne porte pat sou oom) ne Ta que juiqu'aux évéDfcmeoti de iflU. La «nité 4e €• irataîl eit inédite. Mon Ténérable ami,. feu V. Appi»! onsÎMire

« quelques hoœiuee^ s'élant encore ralliés , avaient « pris la résolution de défendre le sol natal jusqu'à « la dernière extrémité.

« Les persécuteurs ne pouvaient être indifférents à « ces fiiibles lestes, qu'il était moins facile de dompc ter {par la force que par la ruse; et comme il y m avait parmi ks prisonniers beaucoup de Vaudins « qui jouissaient de la confiance de leurs concîtoyens, « le marquis de Parelles les fit marcher à la tête de « son armée pour s'avancer contre leurs firères^ puis « il lies força, le pistolet sur la gOTgd, d'écrire plu- « sieurs billets par lesquels ils exhortaient leurs corn- « paUriotes à poser les armes pour s'en remeture à la « clémence du souverain, dont la grâce , disaient-ils , m était offerte à tous ceux qui voudraient en profiter.

0 A la vue de ces caractères bien connus, les Van- « dois, exténués de fatigue, de faim et de misère, se « rendirent presque tous, et, loin d'obtenir leur grûce, a augmentèrent soudain le nombre des captifs, b

det vallées vaadoises et pasteur k FraDcfort-iur-Ie-Mein , a eu la bouté de nf eo. proenrer uae copie. C'est de eJkptIrt YIU de cette Mcoode partie de l'ouvrage de Bres que août extraites les ligues que je cite ici, noa comme autorité, mais coume narratioo ; car, sous le rapport scieotifique, ee travail ne contient aucun fait nouveau , aucune recherche approfondie. Quelques expressions, enflées ou inexactes, ont mèioM été mcdifiées dans

Ainsi , après avoir massacré plus de miiie persoanesj fiiit par surprise plus de six mille prisomiiers el dispersé deux mille enfants protestants dans toutes les directions; après avoir déclaré coupables de lèse-majeslé tous les Vaudois qui restaient encore dans les Vallées, et prononcé la confiscation universelle de leurs bienSy il semblait qu'on n'eût plus rien k faire dans ce malheureux pays que d'abandonner k son propre silence la tombe des Eglises vaudoisesel de laisser pour jamais s'étendre sur elles les solitudes de la désolation.

Mais, qui l'eût dit? c'est alors au contraire que les Vaudois reprirent courage, et puisèrent une nouvelle énergie dans l'excès de leur désespoir. L'esprit de force souffle où il veut ; ils n'avaient plus ni temples, ni foyers, ni patrie ; aucune perspective de clémence ne pouvait désormais les tromper ; ils ne devaient attendre leur salut que d'eux-mêmes et de Dieu :et c'est alors qu'ils reparurent animés d'une confiance plus invincible qu'auparavant.

Les troupes françaises s'étaient retirées. La milioe de Mondovi venait de rentrer dans ses foyers. Ainsi avaient disparu les principaux adversaires des Vaudois; les premiers par leur nombre, les seconds par leur férocité : car, en 1681 , le^ révoltés de Moodovi

avaient été vaincus par la milice vaudoise^ et l'esprit de vengeance s'était joint chez eux aux excitations du fanatisme et des camps, pour augmenter, en 1686, la cruauté des représailles qu'ils nous firent subir.

L'armée piémontaise commençait aussi d'abandon* ner cette terre appauvrie , sanglante et dépeuplée. Déjà de riches Savoyards venaient examiner les biens qu'ils se proposaient d'acquérir dans ces lieux dévas-. tés. Le duc de Savoie voulait les repeupler, comme pour défendre, même an désert, d'y conserver le souvenir d'un peuple disparu.

Alors , du fond des bois , du creux des ravins, des fentes des rochers, du haut des cimes escarpées, sortirent des hommes amaigris , des patriotes à moitié nus, des proscrits battus par l'orage, aguerris au danger , familiers aux fatigues et à la faim : qui , pour échapper à la persécution , s'étaient nourris, pendant des mois entiers, de l'herbe des montagnes , de 1^ chair des chamois, ou même de la sauvage géniture des loups, vaguant pour dévorer les corps laissés sans sépulture.

Peu à peu ces rudes montagnards se rapprochèrent, se réunirent, s'organisèrent, et s'étant comptés dans la vallée de Luseme, sur les hauteurs ombragées du

Beoèa, ib se trouvèrent en tout quarante-deux bomme$f quelques fenunes et quelques enfonts.

Un nombre à peu près égal surgit de la vallée de Saint-Martin.

Quels étaient leurs noms? (|ui fut leur chef? quek actes d'béroisme et de valeur extraordinaire aocooiplirent-ils depuis lors pour aflfranchir , à eux seuls, leur patrie oppriméoi tirer de prisou leurs compatriotes trahisi regagner tous leurs biens confisqués et obtenir, avec armes et bagages , pour eux et pour leur peuple, une glorieuse retraite en pays étranger?

C'est ce que l'on ignore. Nul n'a écrit les annales de ces eniants perdus, mais victorieux, des montagnes vaudoises* Leurs expéditions se jugent par les résultats.

Âh ! si toutes les forces d'un tel peuple s'étaient trouvées dès l'abord bien unies et bien dirigées ! si Janavel avait été écouté ! s'il s'était trouvé là I...

Mais son esprit, du moins , parait avoir animé ces derniers défenseurs des Vallées. Poussés par la main de Dieu, ils tombèrent comme la foudre sur les persécuteurs qui les croyaient anéantis, défirent successivement les garnisons du Yiilar, de La Tour , de Luserne et de Saint-Segont , enlevèrent des convois de ravitaillement qui se rendaient à Pignerol , refirent

ainsi leur équipement , leurs munitions et leurs vivres. Puis, rentrant dans ces montagnes invaincues dont eux seuls conne'^saient les détours , ils multiplièrent leur nombre par leur activité, leurs J[orcespar leur valeur, leur pouvoir par la crainte qu'ils inspiraient, et leurs chances de salut par les pertes réitérées qu'ils faisaient subir à leurs ennemis.

Imprévus dans l'attaque, insaisissables dans la fuite, ils tombaient à Timproviste sur un poste négligé, sur un cantonnement endormi, mettaient tout à feu et k sang et s'étaient retirés avant qu'on eut eu le temps de se reconnaître autour d'eux..

D'autres fois, au milieu de la nuit, ils venaient surprendre un des villages de la plaine, mettaient le feu aux deux bouts, et menaçaient de l'incendier tout entier s'il refusait de payer une forte contribution.

Le marquis de Parelles se remit en mouvement du côté de Rocheplate et de la Vachère^ Gabriel de Savoie remonta vers Luseme et Rora : car ce n'était jamais par le bas des Vallées, mais par les caps avancés des montagnes intermédiaires, que ces hardis flibustiers faisaient leurs incursions. Comme des corsaires des Alpes , traités en ennemis par tous leurs alentours , ces montagnards désespérés causé-

nent une terreur qui croissait avec leurs victoires.

Les troupes qui marchaient contre eux furent deun fois repoussées. Le marquis de Parelles occupa les hauteurs de Saint-Germain et d'Angrogne , qui séparent la vallée de Luserne de celle de Saint-Martin, afin d'empêcher la jonction des deux petits corps de troupes volantes qui occupaient ces vallées.

Mais quoique divisés de terrain, ils ne le furent pas de sentiments. On leur fit ofi&rir isolément de traiter avec chacun d'eux , aux conditions les plus avantageuses; mais chacun d'eux refusa.

On leur fit oflrir, aux uns et aux autres, des saufconduits pour qu'Us pussent se retirer librement en pays étranger; mais ils exigèrent que la même liberté fût accordée à tous leurs compatriotes prisonniers.

On parut disposé à entrer en négociations sur cette base ; mais ils ne voulurent capituler qu'en ayant des otages.

La négociation leur était favorable, mûson faisaitdes réserves pour les prisonniers. Ils la rompirent brusquement, en disant qu'ilsmpurraienttousdansles Vallées, ou n'en sortiraient qu'accompagnés de leurs compatriotes.

Enfin, la retraite de tous les Vaudois survivants fut

accordée. Les montagnards stipulèrent qu'un officier de la garde royale accompagnerait chaque division d'exilés pour lui servir d'otage; ils demandèrent, en outre, et obtinrent que leur voyage, jusqu'aux frontières des Etats de Savoie, s'effectuerait aux frais de Yictor-Amédée.

Us devaient partir en deux brigades, après quoi on ferait partir successivement, de la même manière, tous les autres prisonniers. Chacun d'eux serait libre de frtire l'usage qu'il voudrait de ses biens«

Mais, hélas I tout avait été la proie du pillage ou de Tincendie; et de ces afieuses prisons, où leurs frères avaient été entassés, combien ne ressortirent pas!

Il en périt alors un plus grand nombre en peu de jours, dans les longues souffrances de la captivité, qu'il n'en avait péri dans les combats depuis trois siècles, à travers toutes les persécutions (1).

Le courage a toujours eu moins de danger que la faiblesse.

(1) Il en mourut , dit Aen avd , juiques à onze mUlê, (Rentrée : Ira édit. fol. 25.) Oa lit ausii dans une lettre éerite de Genève au ministre dee affairet étrangères à Turin (marquis de Saint-Thomas) : Let Vauiois iont mrrivé» tn Suint, au ntmkn de S,600, miiirabU reêU de 19,000 qui •xiê' teûnl il y a une atmA, Datée du 19 mars 1687. Arehiv99 de Berne , onglet G. (Communiqué par M. Monasticr.)

Page 1