‹ L'Israël des Alpes (volume 5)Chapitre 4 sur 45 · RÉVOLUTION FRANÇAISE · texte numérisé non relu

RÉVOLUTION FRANÇAISE

. (De 1789 ^ 1801.)

SomcMg wt AUTomrrif . — En général, les anteun modernei, mentionnés a la fin de la BiMiographie. — En particnller les Mémoiret inédilt de Paul Appia, renfermant le récit des événement! qui ont en lien dani les vallées -randoises , de 1799 à 1816. — Enfin, les sources de détail indiquées afi bas des pages.

Les scènes révolutionnaires dont la France était le théâtre , n'excitèrent d'abord , dans les vallées vaudoises, qu'un sentiment de prudente réserve.

Dans un sermon prononcé en public (i), un pasteur

(1) A TouTcrture du synode de 1789, dit M. Monastier, T. II, p. 193. Mais aucun synode n'a été tenu, que je sache, dans les tallées raudoises, de 1788 à 1791.

vaudois s'étant permis, en 1789, de faire allusion aux événements qui s'accomplissaient de l'autre côté des Alpes, fut suspendu de ses fonctions .pour six mois, a Cette décision, dit M. Monastier, était aussi sage que juste , car le prédicateur avait manqué à son* devoir, soit comme sujet du roi de Sardaigne, en attirant l'attention sur des questions antipathiques à son gouvernement , soit comme pasteur, en introduisant la politique dans la chaire chrétienne. — Il était difficile que des hommes aussi peu favorisés du pouvoir que les Vaudois l'avaient été, pussent montrer, en de pareilles circonstances, plus de prudence et de modération (1).»

Mais il était difficile aussi que d'ardentes sympathies pour la cause de la liberté ne fissent pas en se-^ cret palpiter bien des cœurs , dans ces pauvres vallées si longtemps asservies.

Le fait même que nous venons de citer prouve l'existence de ces sympathies secrètes , dont l'expression publique était seule blâmée.

Et comme si le génie du passé avait pressenti sa défaite , comme s'il avait voulu livrer une dernière lutte au génie des temps modernes, l'esprit haineux

(1) Monastier, T. II, p. 183.

et fanatique du vieux papisme se redressa au seuil de cette nouvelle ère, pour conspirer le massacre des Vaudois; il voulut répondre par de nouveaux martyres à cette acclamation républicaine : a liberté , fraternité, égalité, » dont les échos de nos montagnes, commençaient à vibrer.

En 1792, la guerre s'était déclarée entre la France et rAutriche. Le Piémont soutenait cette dernière puissance. Vers la fin de Tannée, la Savoie, conquise par Montesquieu, et la province de Nice, par Anselme, furent unies à la France, qui venait de s'ériger en république (i).

Le roi de Sardaigne (Victor-Amédée III), ayant fait prendre les armes aux Vaudois, leur confia la défense de leurs frontières , sous les ordres du général Gandin (2).

Toutes les milices vaudoises étaient campées sur la crête des Alpes, pour s'opposer à l'ennemi. Il ne restait dans le bas des Vallées que les femmes , les enfants , les vieillards , les infirmes : faibles défenseurs! dit M. Monastier (3).

(1) 31 Mptembre 1793.

(3) Originaire Suisse ; né à Nyou ; soq nom est écrit daas quelques au* leurs Guàin, et dans d'autres Godin.

(3) T. Il , p. 185.

Le fanatisme catholique conçut l'idée d'une nouvelle Saint-Barthélémy contre ces &milles protêttantes, ainsi privées de leurs protecteurs naturete^ occupés à la défense de la patrie.

L'exécution de ce complot devait avoir lieu dans la nuit du 44 au 15 mai i793. La liste des conjurés pétait plus de sept cents noms. Une colonne d'assassins, réunie à Luserne, devait, à un signal donné, se répandre dans les communes de Saint-Jean et de La Tour, pour y mettre tout à feu et à sang (i). La maison du curé de La Tour, son église , le couvent des Récollets et quelques maisons des catholiques du lieu, étaient remplies de sicaires, prêts à courir également au pillage et au massacre (2).

Mais il se trouvait aussi des catholiques généreux, qui avaient refusé de s'associer à cet odieux attentat. Ces hommes probes valaient mieux que le catholicisme; et pour la quatrième fois dans le cours de cette histoire, nous avons la douceur de voir sortir des rangs

(1) Monastier, II, 185.

(2) Ces détails et les suivants sont tirés d'un mémoire contemporain, qui donne même, en partie, les noms des conjurés. — L'auteur fut plus tard membre du conseil général du département du Pô, comme représentant du canton de Luserne.

de l'Efgiise romaine les libértleun du peuple qu'elle voolait «léaniir.

Don Brianza, curé de Luseme, avait non-seulement refusé de s'associer aux conspirateurs, mais il se hâta encore de faire connaître cette conjuration à ceux dont l'existence était menacée.

Le caiNtaine Odetti, de Cavour, accourut aussi pour en prévenir les Yaudois , et défendre les amis qu'il avîût parmi eux.

Aussitôt un message pressant est envoyé au général Gandin (i), pour obtenir qu'il fasse descendre ses troupes des montagnes , ou du moins qu'il permette à la légion vaudoise de venir préserver ses foyers de l'invasion des assassins.

Le brave général, ne pouvant croire à d'aussi perfides cruautés, n'attacha aucune importance à cette révâation.

Un nouveau meissager lui est dépéché sans qu'il poroduise plus d'effet.

Un troisième arrive et lui présente la liste des conspirateurs. Le général ne peut y croire. D'ailleurs , il a des ordres; il ne saurait abandonner son poste , ni

(1) Dont le quartier général était à Malpretne, au-deffos de Bobi.

consentir à la retraite d'une partie de ses troupes; et ce troisième émissaire revient encore sans avoir rien obtenu.

Dix-sept personnes se rendent successivement auprès de lui. Le temps pressait; Talarme était donnée; les milices vaudoises, frémissantes d'indignation, brûlaient de courir au secours de leurs familles. Enfin les magistrats de La Tour et du Villar viennent euxmêmes confirmer, au général Gaudin, la réalité de cette atroce conspiration, et le supplier de les en garantir.

Il se décide alors.

C'était la veille du jour fatal ; ou répandit le bruit d*une prochaine attaque des. Français; les troupes se replièrent ; les compagnies vaudoises prirent position dans leurs communes respectives. Mais les milices de Saint-Jean et de La Tour, plus éloignées de leurs demeures et plus impatientes d'y rentrer, descendirent alors avec tant de rapidité, que plusieurs soldats perdirent en route une partie de leurs bagages. Le retard d'un instant, qu'ils eussent mis à relever de terre un objet échappé de leurs mains, leur eût semblé pouvoir compromettre l'existence de ce qu'ils avaient de plus cher et constituer la perte la plus irréparable.

Voyant arriver ces troupes irritées et aguerries , les conjurés se sauvèrent par la porte du couvent des RecoJIetS; qui donnait sur le torrent d'Angrogne (4).

On remit la liste de leurs noms, dressée par euxmêmes y- au duc d'Aoste (2) / qui avait témoigné de l'intérêt aux Yaudois; mais aucun de ces traîtres ne fut poursuivi. Le roi (3) fit même des reproches au général Oaudin d'avoir permis à ses troupes d'abandonner leur poste : — Sire, répondit -il, c'est le plus beau jour de ma vie; car j'ai empêché l'effusion du sang et n'ai point eu à en verser.

U n'en fut pas moins éloigné du service. Mais s'il encourait la disgrâce des cours, il devint l'objet de la plus vive' gratitude de la part des Yaudois qui lui devaûent leur conservation.

« Les Français, dit M. Monastier, qui n'ignoraient pas combien la position de ce pauvre peuple avait été précaire et exceptionnelle , crurent qu'ils n'auraient

(1) Cet détails sont tirés du mémoire précité. — Il existe sur cet évéwaeai no poème manuscrit de 325 vers, commençant ainsi : Dieu toul-puissant, Dieu de nos pères, Ton bras s'est encor déployé...

(Arch. partie, de M. Àppia.)

(3) Qui monta sur le trône en 1706 , et prit le nom de Ctiarles-Emma- Md nr.

(3) Tictor-Aniédée III.

pas de pdne à le porter àla révoUe^ à lear livrer le passages des Alpes , et à foire cause c<Hm2)iuie avei eux. Ils se trompaient. Les Yaudois estimèrent la fi délité au serment ^ même 4ans une condition infé rieure, préléraU.e aux splendides espâ^ances de li berté religieuse , civile et politique , obtenue par ui parjure. Cette belle conduite pe put cependant fair< taire la calomnie, ni étouffer le soupçon (i). »

Le fort de Mirabouc s'était rendu. Cette {dace étai très faible; elle n'avait que deux canons; Tune de ce pièces sauta quand on y mit Je feu. La garnison S( composait d'une seule compagnie de Vaudois et d'in valides piémontais. Un officier suisse , nommé Mes mer, y commandait. Les Français vinrent surprend» le fort, du côté du col La Croix. On accusa les Vaudois de les avoir favorisés. Mesmer était malade ; il s< rendit : et à vrai dire, il n'eût pu résister; mais il étai protestant, et il fut fusillé dans la citadelle de Turin

La tyrannie du gouvernement piémontais devenai plus soupçonneuse , à mesure qu'elle se voyait plu menacée. Le colonel Frésia avait succédé dans les Val lées au général Gaudin. Un de ses officiers d'ordon

(1) Monistier, T. II, p. 184.

était Yaudois; il se nommait Davit^ on Taccusa

trahison et il fut mis à nort. Les deux militaires

plus élevés en grade , dans les milices vaudoises,

colonel Marauda et le major Goante, furent jetés en

Toutes les puissances de l'Europe s'étaient coalicontre la France (2). Elle s'agrandissait en les ttant. Le souffle orageux de la terreur avait é sur elle (3); Napoléon faisait ses premières armes (4); le Piémont pressentait des dangers. Le généjT. ni Zimmerman, ancien colonel des gardes suisses à Paris, ayant échappé au massacre du 10 août (5), venait d'entrer au service du roi de Sardaigne. 11 sut J bientôt se concilier l'affection générale.

Quoique catholique romain, il réclama pour les Yaudois les droits civils et politiques; que la France leur avait offerts, et que leurs princes, fidèles à la politique de Rome , persistaient à leur refuser. Le duc d'Aoste, second fils de Yictor-Âmédée, se chargea de A transmettre au souverain les réclamations du noble

(1) Cet détail! sont extraits de Honaitier. T. II, p. 186.

(2) Moioi la Turquie, la Suisse, le Danemark et la Russie. (7 mars 1793.)

(3) Da S8 mars 1793 au 27 juillet 1794.

(^) A Toulon ; en décembre 1793.

général. Le roi répondit à son fils : « Nous avons lu a le mémoire que le général Zimmerman nous a rea mis de votre part, touchant les désirs que nos cbers « fidèles sujets, les Yaudois, vous ont fiait témoigner a relativement à leur existence politique actuelle. D'àff près les preuves constantes et distinguées, qu'ils ont a données de tout temps à nos royaux prédécesseurs, ff de leur attachement et de leur fidélité, et le dé- « vouement qu'ils ont montré dans la guerre actuelle, ff nous ont d'abord disposé à accueillir favorable- « ment le contenu dans ledit, mémoire, et à leur foire < ressentir dès à présent les effets de notre biena veillance spéciale : nous réservant, quant à quela ques-uns des articles qui exigent maintenant de plus « amples renseignements, de leur accorder, après la « guerre , telles concessions qui , étant compatibles a avec la constitution de TEtat , pourront les assiwer a toujours plus du cas que nous faisons de leurs ser- « vices. »

A la suite de ces paroles embrouillées, et pour prix de tant de fidélité , de bravoure et de vertus qu'il se plaisait à reconnaître aux Yaudois, Victor-Amédée III leur accordait : 1° l'autorisation d'exercer la médecine , mais uniquement parmi leurs coreligionnaires.

2* La promesse qu'on ferait cesser les abus dont ils étaient victimes, surtout en matières fiscales. (Mais les abus ne doivent exister pour personne. Sous quelle législation avait donc été tenu le peuple des Vallées, pour qu'on en fût venu à oser présenter la cessation des abus comme une grande faveur?) 3* Nous défendons, ajoutait-il, qu'on enlève aux Vaudois leurs enfants, avant Page établi. (Mais la loi le défendait déjà; et cet âge ^to^/t, n'était-il pas le comble de l'arbitraire?) l"* S'il arrive qu'on fasse peser sur les Vaudois des charges dont les catholiques seraient exempts, nous y ferons pourvoir selon que la justice exige.

Voilà quelles étaient ces faveurs signalées annoncées avec tant d'apparat; voilà jusqu'où s'étendait la Inenveillance spéciale du roi de Sardaigne à l'égard de ces Vaudois, qui avaient donné de tout temps des preuves constantes et distinguées de leur fidélité à ses royaux prédécesseurs.

U continue ainsi :

c Vous voudrez bien annoncer à nos chers et fidèles a sujets vaudois, nos déterminations et nos sentiments f d-dessus exprimés ; en leur faisant sentir qu'autant ç que nous sommes persuadés , qu'ils en seront plus « animés à déployer, dans cette occasion , tout leur

a zèle, leur courage et leur bravoure contre nos enne- « mis; ils doivent aussi compter toujours plus, avec. « confiance, sur notre empressement à leur donner, à a la fin de la gxierre (1) , des marques les plus partia Uères de notre protection spéciale ^ et sur ce nous a prions Dieu qu'il vous ait dans sa sainte et digne a garde (2). »

Est-ce bien là le langage d'un père qui écrit à son fils, d'un prince qui traite en père ses sujets? Les promesses enveloppées âous cet ajournement à la fin de la guerre n'ont point été- réalisées \ mais les témoignages de bienveillance à l'égard des Vaudois croissaient en raison des dangers extérieurs , et ces dangers passés, les rigueurs reprenaient, leur cours.

Quelques insignifiantes concessions suivirent d'abord ces promesses pompeuses. Les communes de Maneille et de Chiabrans obtinrent d'avoir un cimetière (3).

On accorda aux Vaudois une nouvelle ratification

(1) Une armistice fut conclu à Cherasco, le 28 avril 1796, et la paix lignée bientôt après.

(2) Donné à Turin, le k juin 1794. Signé : Votre très affectionné Père Y. Amé. Conire^signé : Granéri.

(3) Par autorisation du 6 décembre 1694. (Turin , archlTes de cour, n* de S. 617.)

de leurs privilèges^ (i) déjà ratifiés plus de cinquante fois, sans qu'aucune extension, en harmonie avec les besoins et les lumières du temps, y eût été apportée depuis trois siècles. Et à mesure que la grande voix du siècle actuel semblait se faire moins entendre; cette faveur précaire s'éloignait des enfants des martyrs , pour se reporter du côté de leurs persécuteurs (2).

a n n'est personne, cependant , que la cour de Savoie devrait avoir plus à cœur de s'attacher que les habitants des Vallées , d dit encore le général Zimmerman, dans un de ses mémoires (3); a car leurs c montagnes sont presque partout des remparts inex-

< pugnables. . . et une armée, quelque nombreuse qu'elle « fUt, pourrait échouer dans l'entreprise de les sou-

< mettre ; s'il était possible que jamais des démar- « ches hostiles détruisissent cet amour pour leurs sou-

(1) Le 1er féyrier 1795; unetionnant ceux do 14 septembre 1448. — (TnriD : Arch. de la cour des comptes. Un petit roi. in-fol. sur papier timbré; no S76.)

(2) Par an rescrit royal du 3 décembre 1796 , enrégiitré le 17 janvier 1797, le roi accordait une somme de 2114 francs aux catholiques et cathoiiaés des Vallées. (Turin, Àrch. d'Etat, no 507. — Le no 506 est intitulé : htlazione sopra Vorigine deV annual grazia, sowa % tribuli, che S. M. fa, tile eommunita dette vall, etc.. — C'est en suite de ce rapport que le rcs-* erita été rendu.)

(3) Accompagnant une lettre du même, datée du 15 juin 1797. (Turin, Aieh. d'Etat.)

a verainsy dont ils ont donné en tant d'occasions les a preuves les moins suspectes. »

Dans la lettre d'envoi, jointe au mémoire, il est dit que plusieurs propositions de soulèvement démocratique avaient été faites aux Vaudois par les habitanis de la plaine , mais que ces montagnards les avaient toujours repoussées; et le mémoire ajoute : aies feux a de la plaine seront toujours des feux de paille, si a nous savons nous conserver imperturbablement les a montagnes. »

a Le général a parcouru lui-môme les Vallées, »• est-il dit dans la lettre (1); a il s'y est entretenu avec a les moindres habitants; et quelle a été sa peine... a de les entendre se plaindre amèrement. •• surtout de a l'enlèvement des enfants, dont un, âgé de neuf ans, « vient d'être récemment ravi pour l'hospice de Pia gnerol ! La nature de ces plaintes , ajoute-t-il , a mérite la plus prompte et la plus grande considéa ration. »

n propose, dans son mémoire, « de traiter les Yan- « dois sur pied d'égaUté avec les catholiques , » et recommande en particulier à l'attention du souvenùn

(1) À la troisième page.

le colonel Maraude, le major Musset , les deux frères Arnaud y de La Tour, et le modérateur Geymet qui, dit-il, a est un homme d'esprit, instruit, doux et gé- (oâralement estimé, ne voulant que Tordre et la ( paiX) etc. »

Ce devait être aux administrations françaises de rendre justice à son mérite ^ car dans l'article premier du synode de iSOl , on lit : a Le citoyen Geymet, mo-

< dérateur des Eglises vaudoises , ayant été nommé c sous-préfet de Tarrondissement de Pignerol , Tas- « semblée le remercie de ses soins, et nomme pour

< le remplacer J. R. Peyran. o

Mais avant que ces événements se fussent accomplis, un nouveau roi était monté sur le trône ébranlé de Victor-Amédée UI. C'était le frère du jeune duc d'Aoste , à qui Zimmerman s'était adressé une preoûère fois, en faveur des Yaudois (1).

Les Yaudois eux-mêmes lui adressèrent une requête, dont voici, pour abréger, les points principaux, suivis des réponses correspondantes faites par le ministre d'Etat (2).

(1) n ttionta for le trftne le 10 octobre 1796 , soas le nom de Cbarles* KiBBaiiurt IV.

(S) Signée G^ymtt modérateur, et MiUle leerétaire (de la Table rau-

Demandes :io Qu'on ne fesse pas contribuer les protestants aux dépenses du culte catholique. — Ré^ ponse : Il feut se <Tonformcr à Tusage (4).

2"* Que les élections municipales se fessent sans acception de culte. — La loi s'y oppose, et veut expressément que • le nombre des conseillers catholiques soit supérieur à celui des protestants : quelle que soit du reste la portion de la population appartenant à Tun ou à l'autre culte.

3^ Que lorsqu'on diminuera les impôts poiu* lescatholiques, ils soient aussi diminués pour les protestants. — Gela peut dépendre de la volonté de Sa Majesté , mais ne ferait que restreindre les revenus de l'Etat.

4° Que , sans augmenter le nombre de leurs temples , les Vaudois puissent réparer ceux qui existent. — Ceci mérite quelque égard, quoique les anciens édits n'admettent ni réparation , ni agrandissement des temples (2).

doise). La requête n'est pas datée ; mais le parère du ministre porte la date du 19 juillet 1797.

(1) On se souvient que dans sa réponse au mémoire remis par le due de Bedforlf au chevalier Ossorio , et par celui-ci envoyé à Turin le 31 mat 1748, le gouvernement piémontais affirme (§ Y), qu'on n'a jamais fait eon' tribuer les protestants pour le culte catholique.

(3) M. le ministre aurait bien dû nous faire connaître les édits qui interdisent les réparations aux édifices religieux.

— Wf —

Sk* Que les habitants de 8aint-Jean puissent avoir une école dam eette commune. — Refusé.

S* Que les protestants soient admis aux emplois elvils comme les catholiques. (C'était ce que demandait Sounerman; c'était ce que le duc d'Aoste avait fait esp^ar 9 n'étant que Théritier du trône : aujourd'hui qa'U régnait il ne s'en souvenait plus.) «- D n'y a |N^nt de réponse à cette dernière demande.

On voit combien l'esprit de réacticm était prompt à repousser les Yaudois, dès que l'appui de leurs armes n'était plus nécessaire.

C'est qu'alors req[)rit national de l'Italie s'était uni a»x haines aristocratiques des divers pouvoirs de ce pays, dans un élan commun contre la domination étrangère. Bonaparte, vainqueur, avait forcé le roi de Saidaigne à condure une alliance offensive et défenttve avec la république française (i) ; mais la cour de SavoijB n'eut pas été plus fidèle à la république qu'dte ne l'avait été à Louis XIV. CSiarles-Ëmnanuel lY esipérait être bientôt affiranchi de ees embarrassants alliés. Les Français étaient massacrés à Vérone (2) ; Venise s'insurgeait contre eux (3) ; la iîbl^rté seniblait

(1) Traité ngné à Tarin le 5 arril 1797.

(3) Da 4 aa 6 avril 1797.

(3) Du 17 avril aa 16 mai.

pâlir. Voilà pourquoi la tyrannie tMnwsait le Ion d les yaUées. vandoises. Biais avaitf qo'eUe ail pa i taurer le passé, une rérololion éclate à Gènes (I) la répMique liguriemie est proclan^ (2). Mîlan répcHid à l'antre boot de l'horizon et prodame la pnUiqae cisalpine (3). Ces cris de liberté coorren Yoix du despotisme. Le danger revenait pour les n leur langage change à l'instant; et par ses ùuirueii du 18 juillet 1797, adressées au sénat de Pigneroi Cbarles-Emmanuel IV annonce inopinément : i® < les Vaudois ne seront plus tenus de fournir aux penses du culte catholique; ^ qu'on ne fera aoci acception de personnes dans les chai^;es publiq (ceci ue se rapportait sans doute qu'aux électi(»isi nicipales) ; 3® que lorsque Sa Majesté accorderait qi ques exemptions aux papistes , eUes seraient égi ment accordées aux protestants; A'^ que les Vauc pourront, non-seulement réparer leurs temples, n les agrandir et tenir leurs réunions religieuses part où ils le juegront convenable; S^" qu'à l'exemple

(1) Du S3 ta 9S mai.

(3) Le 14 juin.

(8) Le 6 juillet.

(4) Dépotées aux Archiva de cour ; no de S. 594.

la Divinité qui fait du bien à tous , Sa Majesté veut rendre tous ses sujets heureux.

Et comme si ces concessions inattendues n'étaient pas suflSsantes, Charles-Emmanuel écrit encore au préfet qu'il doit engager les Vaudois à s'adresser en toute confiance à leur souverain , les assurer de son affection toute particulière, etc. (i). On voit bien que les temps avaient changé. A une sourde agitation succédèrent rapidement des mouvements tumultueux ; et cela jusques à Montcalier, aux portes de Turin. La vérité exige de nous l'aveu que les Vallées n'y restèrent pas étrangères. Une troupe de révolutionnaires, coniposée de catholiques aussi bien que de Vaudois , se'rendit àCampillou, au château du marquis de Rora, et lui demanda ses titres féodaux pour les anéantir, a Mes amis, leur répondit-il, avec une présence d'es-

(I) Cette lettre est datée du 25 août 1797. (Même sobrce : no 595.) Cet pèees forent publiées sous forme de Biglielto regio, le 36 août ; mais arec (pdqoes modifications. L'autorisation accordée aux Yaudois d'exercer la ■Medne enrers Jeurs coreligionnaires y est rappelée. L'obligation d'aroir ^s les conseils communaux une majorité catholique y est maintenue. Qunt aux temples, il est permis de les réparer et de les agrandir, pounru (pi'on n'en augmente pas le nombre. — Une autre pièce datée également ^ 25 août 1797 , et qui semble n'avoir été que l'étude préparatoire de ^e>-ei, est intitulée : Parère inlomo ad una rappreeentanza de religio- "wit ieUe valli, in qtta espangono varii aggraviû — Ce mémoire a S3 pa- V* in-fol. (Même source. No« 511 et 618.)

a prit et une aménité admirables^ li ce ne sont qoi a mes titres que vous voulez, je vous les abandcmn a volontiers, à Texception d'un seul , que vous n a m'arracherez pas : je veux parler de mon titre d'an a des Yaudoîs , de ma vieille afTection pour eux. » C mot, dit à propos, suffit pour les désarmer; ils se re tirèrent sans commettre le plus petit désordre (i] Les Yaudois cependant, en vertu des instructions d 18 juillet (1797), qui les autorisaient à former leui réunions religieuses partout où ils le jugeraient cou venable , demandèrent à pouvoir ériger un temple Saint-Jean. Mais Napoléon avait quitté l'Italie (3) ; l'e fervescence des premiers jours s'était calmée; le tr^n semblait se raffermir et la bienveillance que Charles Emmanuel avait promise aux Yaudois, s'éloigna d'eu dans la même mesure* Il leur fut répondu que la pi

(1) Monastier, T. H, p. 180, 190. — L'auteur ne donne pas la date ce fait. Dans son récit il semble se rapporter à Tannée 1797 ; mais quoiq je m'abstienne de le déplacer, je crois qu'il se rapporterait arec plus d'exs titude à l'année 1799, où d'autres faits analogues se sont produits : notai ment à La Tour, où l'on força le comte Borengo à jeter lui-même i parchemins dans un feu de joie, allumé au centre de la place publique, à se joindre à une ronde révolutionnaire dansant autour de l'arbre de liberté. — G>tst à cette époque aussi que le vaste jardin, situé en face la demeure dn comte, fat détruit et qu'on nivela la place publique qui trouve maintenant.

(S) Pour se rendre à Rastadt. U partit le 17 novembre 1797.

roisse de Saint-Jean, ayant été privée de temple dans le passé, n'avait droit d'en élever aucun (1). Mais des armements nouveaux s'opérèrent bientôt en France pour une destination mystérieuse (2) ; Je danger semblait revenir en Piémont , et l'intérêt se réveilla soudain pour les Vallées. La commune du Pomaret en profita, pour demander l'autorisation d'agrandir et de clore son cimetière protestant. Elle lui fut accordée (3) . C'était à ce qu'il semble une bien légère faveur. Cependant elle fut retirée , dès que le pouvoir crut se sentir plus fort (A).

Cette versatilité contribua à le déconsidérer. Charles-Emmanuel IV abdiqua, sans dignité, la couronne de ses pères, et se retira à Cagliari (5).

Je renvoie au chapitre suivant l'exposition des me-

(1) Extrait d'une de lettre M. P. Appia au comte de Niepei^ , datée de U Tour, 2 décembre 1799. (Commuoiquée.)

(S) Pour l'expédition d'Egypte ; de septembre t797 à février 1798.

(3) Par décret du sénat de Turin « en date du 16 féTrier 1798.

(4) Par un nouveau décret du sénat de Turin, en date du U avril 1798.

(5) L'abdication est datée du 20 frimaire, an YII. (10 décembre 1798.) ^ Dans le i^r article, le roi de Sardaigne déclare renoncer à tout pouvoir, et ordonne à ses sujets d'obéir au gouvernement provisoire qui sera établi par le général français : (Suchet.) — L'héritier présomptif du troue ajouta au bas de l'acte d'abdication : lo garanlieco che non porlero impeiimenlo aleuno <Ul* etecuzione del présente atto. VUlorio EmanueU. ( il monta sur le trône en 1814, sous le nom de Victor-Emmanuel lY.)

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