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LES VAL DOIS EN CALABRE

(De 1400 à 1560.)

Sources et autorités. — Perrin, Gilles, Léger. Mac'Crie, Hist. des progrès et de l'extinction de la réforme en Italie au XYh S., trad. de l'anglais, Paris 1831, in-8o p. "290. — Meille, tes Yaudois en Calabre au XJYc S. (Dans la Revue Suisse, t. Il, p. 647-658 et 687-709. — Thomaso Costa : Seconda parte del compendio dell' istoria di Xapoli, p. 257. — A Porta, Historia reformationis Ecelesiœ Rheticœ, t. II, p. 210, 310. — Partalbo*, Rerum in ecelesiœ gestarum historia, p. 337. — Giax>o>-e. Hist. ge'n. du roy. de Xaples. — Hoxdorff. Theatrum histor. etc. Rorengo; Ciespin, etc. (A rechercher : Archives de Cosenza, de Xaples, et de l'Inquisition à Rome.)

Nous avons dit que les Vaudois eurent aussi des Eglises en Calabre. Voici comment Rorengo raconte l'origine de cette émigration.

Un jour, deux jeunes gens des vallées vaudoises se trouvaient à Turin, dans une hôtellerie où vint aussi loger un seigneur calabrais. Les jeunes gens causaient de leurs affaires , et du désir qu'ils avaient d'aller s'établir hors de leur pays, où la culture de la terre commençait d'être insuffisante pour les besoins de la population.

L'étranger leur dit : Mes amis , si vous voulez venir avec moi , je vous donnerai de belles plaines , en échange de vos rochers.

Les jeunes Vaudois acceptèrent, sous la réserve de l'assentiment qu'ils allaient demander à leurs familles, et dans l'espérance aussi qu'ils ne seraient pas seuls à accepter cette offre, mais que d'autres de leurs compatriotes les accompagneraient.

Les habitants des vallées , ne voulurent prendre aucune détermination avant de connaître les lieux dans lesquels on leur proposait de s'établir. Ils envoyèrent pour cela des commissaires en Calabre, accompagnés des deux jeunes gens auxquels le seigneur du lieu avait offert des terres.

« Dans ce pays, dit Gilles, il y avait de belles rives et collines , revêtues de toutes sortes d'arbres fruitiers, pêle-mêle venus suivant leur terroir, tels qu'oliviers et orangers. Dans les plaines : vignes et châtaigners ; en costières : noyers , chênes , fayards et autres futaies ; aux pentes des montagnes et sur leurs crêtes , ainsi que dans les Alpes : mélèzes et sapins. Partout enfin se présentaient beaucoup de terres labourables et peu de laboureurs. »

Les vallées vaudoises du Piémont, offraient en re-

vanche plus de laboureurs que de champs ; elles étaient comme une ruche devenue trop étroite par suite de l'accroissement prospère de sa population .

L'expatriation fut bientôt décidée ; et voilà qu'un nouvel essaim de ces familles bénies et florissantes , s'apprête à transporter au loin ses habitudes laborieuses et ses mœurs pures, tout empreintes de l'esprit des premiers temps évangéliques.

Les jeunes gens qui devaient partir se hâtèrent de se marier; les propriétaires vendirent leurs biens; chacun mit ordre à ses affaires. Ce devait être en l'année 1340 que cela se passait (1); jamais encore on n'avait vu un mouvement aussi général, une agitation de cœur ainsi répandue dans les familles , émouvoir ces paisibles vallées.

Les fêtes d'alliances domestiques se mêlaient aux angoisses de la séparation. Plus d'un cortège de noces dut se changer en caravane d'exil.

Mais ils pouvaient dire, comme les Hébreux, partant pour la terre promise : Le tabernacle de l'Eternel sera devant nos pas; car ils portaient avec eux la

(1) Comparer, pour cette date, Perrin , p. 196, et Gilles, p. 19, lignes 10 et 24.

Bible héréditaire , l'Evangile de consolation et de courage , cette arche sainte de la nouvelle alliance et de la paix du cœur.

Cependant les vieillards, et surtout les pauvres mères, durent verser bien des larmes, envoyant partir pour une terre inconnue cette jeunesse qui emportait avec elle toutes les espérances terrestres de leurs derniers jours.

Aussi toute la famille vaudoise accompagnait-elle , à son départ, les premiers pas de cette jeune colonie. Au pied de leurs montagnes , ils s'embrassaient en pleurant, et priaient ensemble le Dieu de leurs pères de les bénir toujours, les uns et les autres, aux deux extrémités de l'Italie.

Enfin les émigrants s'éloignèrent en silence de la terre natale, et la plupart, pour n'y plus revenir.

Ils mirent vingt-cinq jours pour se rendre en Calabre. Ce ne fut pas sans de nombreuses privations et des regrets peut-être vers cette terre natale, d'autant plus chère qu'on s'en éloigne davantage.

Mais ils amenaient une partie de leur pays avec eux, puisqu'ils n'étaient entourés que de compatriotes et d'objets connus; surtout, ils portaient dans leur

cœur , cette confiance en l'Eternel , qui vaut plus qu'une patrie.

Etant arrivés dans les lieux qu'ils devaient habiter, ils convinrent des conditions de leur établissement. Les seigneurs du lieu leur en accordèrent de très favorables.

D'après ces conventions, les Vaudois n'étaient tenus qu'à payer une certaine redevance aux propriétaires ; et du reste , on leur laissait la faculté de diriger à leur gré les travaux agricoles. On leur accordait le droit de se réunir en une ou plusieurs communautés indépendantes, de nommer leurs propres magistrats , soit civils , soit ecclésiastiques , et enfin de s'imposer des contributions et de les percevoir, sans être tenus d'en demander l'autorisation , ni d'en rendre compte à qui que ce fût. Ces conditions, de la sorte réglées , devinrent pour ainsi dire la charte des l Vaudois, dans ce nouveau pays.

Elles leur garantissaient une liberté fort étendue pour l'époque, et ce qui prouve qu'ils en connaissaient tout le prix , c'est qu'ils firent dresser de ces conditions un acte authentique, qui plus tard fut confirmé par le roi de Naples, Ferdinand d'Aragon.

La première bourgade fondée par ces nouveaux

colons, fut située près de la ville de Montalto; et comme les habitants avaient franchi , pour y venir , les montagnes qui les séparaient de la haute Italie , on nomma leur résidence Borgo doltramontani, bourg d'outremont, ou bourg des ultramontains.

Un demi-siècle après , ils bâtirent Saint-Xist , qui devint plus tard le chef-lieu de cette colonie.

Dans l'intervalle, et à la suite de ces deux fondations, s'élevèrent les hameaux de Vacarrisso, l'Argentine, Saint-Vincent, les Rousses etMontolieu ; dénominations qui n'étaient pour la plupart que celles des lieux où ils s'établirent. Ces nombreux villages attestaient la prospérité croissante de ce pays, autrefois presque inhabité.

Et c'est un fait bien remarquable que l'influence civilisatrice de l'Evangile , dont les bénédictions s'étendent sur les peuples en raison de la pureté avec laquelle il est compris. Les Eglises vaudoises , si florissantes au sein de ce pays rempli de superstitions et de misères, présentaient alors le même contraste qu'on remarque encore de nos jours entre les pays protestants et les pays catholiques.

Qu'on en tire telle conséquence que l'on voudra : il est incontestable que le Brésil, où règne l'Eglise ro-

maine, est bien inférieur en lumières, en moralité et en bien-être, aux Etats-Unis de l'Amérique du Nord, où le protestantisme a jeté tant de liberté et de vie.

Quelle différence, en Europe, entre l'Espagne des inquisiteurs et l'Allemagne de la réformation - entre l'Irlande catholique et l'Ecosse protestante ! La France elle-même ne s'est améliorée qu'à mesure que le catholicisme s'y est amoindri. Et sous le ciel de l'Italie, dans ces terres fertiles de la Calabre, les Vaudois laborieux et unis faisaient éclater alors ce saisissant contraste pour la première fois.

Jouissant en paix des privilèges qu'ils avaient obtenus, fidèles à payer leurs impôts et leurs dîmes , se suffisant du reste à eux-mêmes dans le cercle restreint de leurs croyances et de leurs affections , il semblait que les destinées les plus heureuses dussent leur être réservées.

Oui, Dieu les leur donnait, mais Rome les leur ôta.

Le marquis de Spinello , frappé des améliorations

qu'ils avaient introduites dans les domaines qui leur

étaient confiés, les attira à son tour sur ses terres.

Il les autorisa à entourer de murailles la ville qu'ils y

fonderaient. Cette ville fut pour cela appelée La Guar-

dia, comme devant présider à la garde de leur pays.

Vers la fin du quatorzième siècle , leurs frères d Provence étant persécutés ; plusieurs d'entre eux retournèrent aux vallées d'où leurs pères étaient sortis; mais les trouvant trop peuplées pour qu'elles pussent recevoir de nouveaux habitants, et un certain nombre de ces derniers désirant même s'expatrier, ils formèrent tous ensemble une nouvelle émigration , qui descendit de nouveau l'Italie, et vint s'établir sur les frontières de la Pouille , non loin de leurs compatriotes calabrais.

Les villages qui durent leur origine à l'activité de ces nouveaux colons, étaient tous environnés de murailles, et furent appelés du même nom que ceux dont leurs habitants étaient sortis. Il y eut la Cellaie, comme dans la vallée d' Angrogne ; Faët , comme dans celle de Saint-Martin ; la Motte, comme au pied du Leberon, près de Cabrières d'Aiguës, en Provence.

En 1500, il y eut encore des Vaudois qui sortirent de Freyssinières et de Pragela, pour aller s'établir en Calabre. Ils se fixèrent sur les bords de la petite rivière qu'on nomme Volturate, et qui coule des Apennins dans la mer de ïarente.

Plus tard, dit Gilles , ils s'étendirent dans plusieurs

autres parties du royaume de Naples . et jusques en Sicile.

On voit que ces colonies vaudoises étaient bénies dans leur prospérité; et non-seulement l'agriculture, mais les sciences y Hérissaient, car Barlaam de Calabre . dont Pétrarque fut le disciple . était lui-même , selon quelques écrivains, l'un des disciples des Vaudois.

Issus de toutes les parties des Alpes où ils avaient des frères, ils formaient entre eux , un résumé de la nation vaudoise tout entière.

Aussi l'on conçoit qu'ils dussent se plaire dans ce pays . qui leur offrait à chacun la réunion de toutes leurs patries. En outre , ils étaient fréquemment visités par les pasteurs des Vallées. Le synode vaudois les renouvelait tous les deux ans. Chacun d'eux était accompagné d'un coopérateur plus jeune que lui ; et après deux ans de séjour au sein de ces fraternelles Eglises, ils revenaient à l'Eglise-mère ; car le synode vaudois n'affectait pas le même champ de travail à toute la durée des services de ses pasteurs.

Mais ils ne suivaient pas, dans leur retour aux Vallées, le chemin qu'ils avaient suivi pour se rendre en Calabre. S'ils étaient descendus par la droite des A-

pennins, du côté de Gènes et deNaples, ils remontaient par la gauche, sur les rives de l'Adriatique. Ce changement de route n'était pas sans objet (1); car dans presque toutes les villes de l'Italie, à Gènes, à Venise, à Florence et à Rome même , ils avaient des frères , et une maison particulière pour se réunir.

Ce n'est qu'après avoir accompli ce pèlerinage évangélique, dont la dernière station était Milan, que les pasteurs missionnaires rentraient dans leur patrie. Ce devait être une occasion de grande joie chrétienne, pour ces pauvres âmes isolées, dont les secrètes sympathies s'attachaient avec tant d'impatience à la venue de leurs pasteurs, lorsqu'à un signe convenu l'étranger qui frappait à leur porte , se faisait reconnaître pour le missionnaire des Alpes , que l'Eglise vaudoise leur envoyait tous les deux ans.

Introduit avec empressement dans la demeure hospitalière , où le souvenir vénéré des Barbas qui l'avaient précédé, se conservait comme un trésor de famille, de génération en génération, cette demeure devenait la sienne, cette famille son troupeau : petit troupeau sans doute , mais qui avait le bon Berger.

(1) Gilles, p. 20.

Le ministre fidèle portait ses titres clans l'Evangile . (jni ne le quittait pas.

On s'empressait autour de lui ; on le questionnait avidement sur les Eglises qu'il avait traversées, sur les frères qu'il avait visités, sur le Barba qu'on avait connu deux ans auparavant (4).

Souvent les réponses étaient des nouvelles de deuil ; puis on priait ensemble; on méditait les livres saints. L'homme de Dieu , étranger et voyageur sur la terre, recevait, selon la coutume des anciens Yaudois et de la primitive Eglise, la confession évangélique de ces humbles fidèles, et les quittait ensuite pour aller chercher plus loin d'autres âmes cachées à consoler et à raffermir.

Gilles rapporte que son grand-père, lors d'une visite qu'il fit à ceux de Venise , fut assuré par les fidèles qu'ils y étaient environ six mille (2).

Mais tout progrès, quelque faible qu'il soit, en épurant le cœur, élève les pensées et développe l'intelligence.

Nous l'avons vu par la distinction avec laquelle les Yaudois firent les premiers un usage prosodique de la

(1] Meille, Rev. Suisse, t. II, p. S53, (2) Gilles, p. 20.

langue du temps : de cette belle langue romane , qui fut étouffée dans le sang des Albigeois , et avec laquelle tout un avenir littéraire, toute une civilisation peut-être, a péri sans retour.

En Calabre, il en fut de même- les lumières attirent l'attention. Les Vaudois se distinguèrent ainsi dans une époque de ténèbres : et lorsque la réformation eut éclaté, l'Eglise romaine, devenue plus attentive aux mouvements religieux, qui eux-mêmes devenaient plus hardis, ne pouvait manquer d'ouvrir les yeux sur ces Eglises protestantes qui avaient précédé le protestantisme, sur ces Eglises primitives qui avaient survécu aux temps apostoliques. Leur présence était sa condamnation. Il fallait les anéantir.

Déjà, à diverses reprises, dit Perrin (!),« la gent cléricale s'était plainte de ce que ces ultramontains ne vivaient pas en religion, comme les autres peuples ; mais les seigneurs retenaient les curés, en leur disant que ces cultivateurs étaient venus de terres lointaines et inconnues, où d'aventure les gens n'étaient point tant adonnés aux cérémonies de l'Eglise ; mais qu'au principal ils étaient pleins de prud'homie , charita-

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bles envers les pauvres, exacts dans leurs loyers . et remplis de la crainte de Dieu ; qu'ainsi il ne fallait pas qu'on les inquiétât en leur conscience, pour quelques processions, images ou luminaires qu'ils avaient de moins que les autres gens du pays. »

« Cela retint ceux qui leur portaient envie . et empêcha pour un temps les murmures de leur voisins , qui. ne les ayant pu attirer à leurs alliances . étaient jaloux de voir leurs terres, bétails et travaux, bénis plus que les leurs. »

Ainsi ils restèrent en liberté , prospérant comme le peuple de Dieu, dans la terre de servitude.

Les prêtres eux-mêmes, dit Meille. n'avaient jamais perçu d'aussi fortes dîmes que depuis que les Vaudois étaient venus fertiliser le pays. Les chasser, c'était se rendre pauvres, et ils se taisaient.

Cependant . les frères de Calabre venaient d'apprendre que leurs compatriotes des vallées du Piémont, cédant aux conseils des reformateurs, avaient érigé des temples pour remplacer les maisons particulières, dans lesquelles on s'était réuni jusqu'alors : et ils voulurent aussi manifester ouvertement leur existence d'Eglise évangélique. « Mais le Barba, qui s'y trouvait alors, homme d'âge et de circonspection, dit

l'historien Gilles, dont il était le bisaïeul, leur représenta que ce zèle se devait louer, sans toutefois être porté à l'extrême; car il fallait considérer si, dans leur position, ils pourraient agir aussi librement que leurs frères du val Luzerne, et faire cet éclat, sans s'exposer à la perte de leurs Eglises. »

« Enfin, il leur conseilla de temporiser, et même en secret, démettre ordre h leur affaires, afin qu'ils pussent se retirer à sauveté au moment du péril. »

« Quelques-uns, ajoute le chroniqueur, suivirent ce conseil , et furent conservés ; d'autres , qui l'approuvaient, se mirent tardivement à le suivre, et plusieurs j y laissèrent leur vie; mais la plupart ne firent rien , soit qu'ils fussent trop attachés à ce pays pour avoir le courage de le quitter, soit qu'ils eussent assez de confiance en Dieu pour ne rien craindre. »

Sur ces entrefaites, le Barba Etienne Négrin, de Bobi , dans la vallée de Luzerne , vint remplacer en Galabre le vieux Barba Gilles, qui s'en retourna dans sa patrie.

Mais les Calabrais voulurent avoir un pasteur à demeure, qui ne les quittât plus. Ils envoyèrent, pour cela, à Genève l'un des leurs , nommé Marc Uscegli, et familièrement Marquet, d'un de ces gracieux noms

d'enfance, dont l'habitude se poursuit plus tard.

Il était chargé de solliciter, auprès de l'Eglise italienne qui s'y trouvait alors . les moyens d'avoir en Calabre un ministre qui vint résider au sein de ses compatriotes, et qui pût leur consacrer entièrement ses soins.

Sa demande fut accueillie . et l'on désigna pour ce poste honorable, mais périlleux, un homme tout jeune encore: un Piemontais aussi, qui avait quitté la carrière des armes pour devenir soldat du Christ, et qui S'était préparé au ministère évangélique par des études récemment terminées à Lausanne.

Ce jeune homme se nommait Jean Louis Paschal : I il était né à Coni . et deux jours avant qu'on eut fait choix de lui pour l'envoyer en Calabre . il s'était fiancé" à une jeune compatriote, nommée Camilla Guarina, qui était née comme lui en Piémont, et comme lui s'était réfugiée à Genève, afin de suivre les voies de l'Evangile.

Quand il lui eut fait connaître la vocation qu'il avait reçue et lui eut demandé la permission de la quitter pour se rendre en Calabre . la pauvre jeune tille ne put lui répondre que par des larmes. — Hélas ! s ecria-

t-elle. si près de Rome, si loin de moi! Mais elle

était chrétienne : elle se resigna.

Paschal partit, accompagné d'Uscegli, d'un autre pasteur, et de deux maîtres d'école, également destinés aux Vaudois. Ce second pasteur se nommait Jacob Bovet; il était aussi du Piémont, et il souffrit le martyre à Messine, en 1560.

Ces deux amis, fils de la même patrie, frères en la foi, en dévouement et en courage, ne devaient pas même se séparer dans la mort.

A peine arrivé en Calabre, Paschal se mit à prêcher publiquement l'Evangile, comme cela avait lieu à Genève, comme le désiraient les Vaudois, comme son zèle enfin le portait à le faire.

«Là-dessus, dit Crespin, il y eut grand bruit dans ces contrées , sur ce qu'un luthérien était venu, qui gâtait tout par ses doctrines.

« Les ignorants en murmuraient ; les fanatiques criaient qu'il le fallait exterminer avec tous ses adhérents. Les Vaudois seuls se pressaient autour de lui , en joyeuse affection de frères, toujours plus affamés de la parole de vie, qu'il leur multipliait comme le pain du Seigneur.

«Là-dessus, le marquis Salvator Spinello, principal suzerain des Vaudois, qui pour lors se trouvait à Foscalda, petite ville proche de la Guardia et de Saint-

Xist, envoya quérir quelques-uns d'entre leurs habitants, pour qu'ils eussent à s'expliquer.

« Les Vaudois, ainsi mandés, prièrent le ministre Paschal de les accompagner, pour dire leurs raisons. » C'était au mois de juillet 1559.

Marc Uscegli se joignit à eux , et lorsqu'ils furent arrivés à Foscalda , ils entrèrent dans une hôtellerie , avant de se rendre auprès du marquis.

Là un ami secret de leurs doctrines, qui faisait partie de la maison même du seigneur, vint demander à les entretenir. — Ecoutez, leur dit-il, vous avez des ennemis puissants; la meilleure défense du faible est de les éviter; je vous conseille donc de repartir sans vous montrer. — Comment ! s'écria Paschal , je reculerais sans me défendre, sans combattre pour la vérité , sans plaider pour ma chère Eglise ! — On ne plaide que pour gagner sa cause , reprit le prudent conseiller; ici, elle ne peut se gagner que par le silence. — Ce ne serait pas être faible, mais lâche ! répondit le jeune ministre débordant d'une sainte ardeur; le chrétien n'a pas à mesurer ses forces , mais à faire son devoir. D'ailleurs, ajouta-t-il, le secours de Dieu ne peut manquer pour cette lutte ; où y a-t-il plus de force que dans sa parole? — Cette force est inutile

pour ceux qui ne l'écoutent pas; prenez garde! on ne vous jugera point d'après la parole de Dieu, mais sur celledes hommes. — Qu'importe? répondit le courageux pasteur, l'honneur de défendre la parole de Dieu vaut mieux que celui de triompher des hommes. — Vous la défendrez mieux , en la prêchant à vos Eglises qui la désirent, qu'en l'exposant au mépris de ceux qui veulent l'étouffer. — Mais ce sont mes Eglises elles-mêmes à qui l'on en demande compte , et leur pasteur doit être là.

D'ailleurs, Paschal se sentait si profondément convaincu, si pénétré, si fort de l'excellence de sa cause, qu'il ne désespérait pas de l'établir même dans les esprits les plus prévenus. Une seule âme amenée captive aux pieds de la croix du Sauveur, vaut mieux pour le pasteur que tous les biens terrestres.

Le secret émissaire, qui venait de lui donner cet avertissement de la sagesse humaine, se retira devant cette sainte folie de la croix.

Les Vaudois se présentèrent donc devant le marquis de Spinello , accompagnés de leur jeune et ardent défenseur.

Mais il n'eut pas à combattre, comme il s'y attendait, contre des erreurs sincères, dans un engage-

ment loyal, par des raisons et des paroles évangéliques. Ses ennemis ne cherchaient pas la vérité, mais le silence; ils ne voulaient pas détruire l'erreur, mais les protestations dont elle était l'objet.

Aussi le pauvre Paschal eut-il la douleur d'être à la t'ois privé des amis qu'il avait déjà, et des adversaires qu'il espérait trouver.

Le marquis, après l'avoir entendu quelques instants, pendant que les Vaudois gardaient le silence, renvoya ces derniers, qu'il avait seuls assignés, et retint prisonniers Louis Paschal et Marc Uscégli , qui étaient venus pour les défendre. Ils restèrent pendant huit mois dans les prisons du Foscalda. Quelle tombe anticipée pour l'activité de l'esprit et la jeunesse du corps! Mais la tombe conduit au ciel les âmes rachetées, et des consolations célestes venaient y ranijmer les deux jeunes chrétiens.

Après cette longue épreuve, ils furent conduits dans les prisons de Gosenza ; là il paraît que Marc Uscégli fut mis à la torture, comme on le voit par ces lignes d'une lettre de Paschal, écrite le 10 de mars 1500 : « Dieu m'a préservé seul de la torture. » Hélas ! c'était pour le réserver au martyre.

«Mon compagnon Marquet, dit-il ailleurs, était sûili-

cité par le comte d'Acillo de se dédire , et comme il lui mettait en avant l'autorité du pape pour pardonner tout péché: « Si le pape, dit-il, avait le pouvoir de pardonner les péchés, il eût été inutile que Jésus Christ vînt mourir pour les pécheurs. »

Un Espagnol, qui était présent, s'écria : Eh quoi! un manant qui ne sait ni lire ni écrire, veut se mêler de disputer? — 11 ne s'agit pas de disputer, reprit l'auditeur du saint office qui s'y trouvait aussi, mais de savoir si tu veux abjurer : Oui ou non. — Non, répondit Uscégli. — Eh bien , va-t-en au diable! répliqua l'auditeur, en faisant sur lui quatre signes de croix.

A partir de ce moment, il n'est plus question du pauvre Marquet • et les larmes viennent aux yeux en entendant ce diminutif enfantin désigner, au sortir des tortures, le jeune homme que sa mère avait ainsi appelé au milieu des caresses dont elle avait comblé son enfance.

Au mois d'avril, Paschal fut conduit de Cosenza à Naples, en compagnie de vingt-deux prisonniers condamnés aux galères, et de trois compagnons qu'il ne nomme pas.

«Celui qui avait la charge de nous conduire, dit-il dans une lettre adressée à sa triste fiancée, me mit des menottes si étroites que je ne pouvais reposer ni

de jour ni de nuit. Il fallut que je lui donnasse de l'argent pour les ouvrir un peu; et il ne me les ôta que lorsqu'il fut parvenu à me soutirer tout ce que je possédais. Les galériens étaient attachés par le cou à une longue chaîne 5 on ne leur donnait pour nourriture que des herbes sauvages, avec une tranche de pain, et lorsque l'un d'eux tombait d'inanition ou de fatigue , on le forçait à se relever en le rouant de coups.» — Est-il possible que des hommes pécheurs traitent ainsi leurs frères î Mais l'esprit despotique et impitoyable de Rome transformerait des frères en bourreaux.

« Pendant la nuit, continue le prisonnier, les bètes étaient mieux traitées que nous, car au moins on leur donnait de la litière , tandis que nous, nous étions laissés sur la terre nue (1). »

Ils mirent ainsi neuf jours pour arriver aNaples; et dans la barque qui l'y porta, il ne cessa de prêcher et d'exhorter, en proclamant la plénitude et la nécessité du salut par Jésus-Christ.

On voit que les menaces et les mauvais traitements ne l'intimidaient pas.

(1) Lettre de Paschal, dans Crespio, fol. 514.

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Paschal était entré à Gosenza , le 7 de février; il en était sorti le 14 d'avril. Il entra dans les prisons de Naples le 23 , et fut transféré dans celles de Rome , le 16 de mai 1500. Il y était arrivé, ayant les fers aux pieds et aux mains, lui, le fervent et onctueux disciple du Christ ! — Mais voyez combien le Christ a souffert de contradictions de la part des pécheurs, et sachez que l'on a ainsi persécuté les prophètes qui ont été avant vous. — Heureux sans doute! devait se dire le nouvel apôtre des gentils, emprisonné comme saint Paul et saint Pierre dans cette grande ville de Rome, qui n'a songé qu'à régner sur la terre : Heureux ceux qui sont persécutés pour la justice, car le royaume descieux est a eux (Matth. V, 10).

Il avait pénétré dans cette cité, par la porte d'Ostie, la même par laquelle aussi avaient dû entrer les apôtres et les premiers martyrs. Quatorze siècles s'étaient passés, et les mêmes scènes allaient s'y renouveler encore au nom des idoles du papisme, plus sanguinaires que celles des gentils.

Paschal fut enfermé dans la tour di Nona, où bien peu de personnes, dit Crespin, eurent la faculté de le voir.

Déjà mort pour le monde, on n'a rien pu savoir des

procédures qui lui furent faites, sinon qu'il fut souvent interrogé et sollicité à se dédire, mais inutilement.

Son frère, Barthélémy Paschal, qui n'avait abjuré ni le catholicisme romain, ni l'affection fraternelle du cœur charnel, voulut tenter de le sauver, ou du moins de le revoir. Résolu à faire le voyage de Rome pour cela, il partit de Coni avec une recommandation du gouverneur de cette ville et une lettre du comte de la Trinité, si tristement célèbre dans les annales des vallées vaudoises , où nous le verrons bientôt diriger une atroce persécution.

Grâce k l'influence de ces puissants introducteurs, si bien accrédités près de la cour papale, et peut-être aussi parce qu'on espérait le voir déterminer son frère à une abjuration . Barthélémy Paschal obtint d'arriver au sombre et fétide cachot de Jean Louis.

« J'étais allé la veille, dit-il à sa famille, faire ma révérence au grand inquisiteur de la foi, le cardinal Alexandrini ; mais quand je lui parlai de mon frère, il me répondit brusquement que cet homme-là avait infesté beaucoup de pays, et que même dans la barque il n'avait fait que prêcher ses folies. — N'est-ce pas le langage que les inquisiteurs païens tenaient jadis en parlant de saint Paul?

« J'allai ensuite parler aux juges qui l'examinaient : ils me dirent qu'il s'endurcissait de plus en plus, et que son affaire allait mal. Les ayant suppliés en sa faveur, ils répondirent que, pour tout autre crime, si énorme fût-il, on pourrait lui faire grâce, mais que d'avoir attaqué l'Eglise, à moins qu'il ne se rétractât, on ne pourrait lui pardonner.»

— Est-ce donc là l'Eglise de celui qui pardonnait à ses bourreaux? — « Alors, poursuit Barthélémy Paschal, je retournai trouver le cardinal, et enfin il me fut accordé de visiter mon frère.

« Grand Dieu ! s'écrie-t-il , c'était affreux de le voir dans l'obscurité de ces murailles humides , maigre, pâle, affaibli, la tête nue, les bras liés de petites cordes qui lui entraient dans la chair, ayant la fièvre et n'ayant pas même de paille pour se coucher.»

— Faites du bien , même à vos ennemis ! disaient Jésus et les apôtres. —

c< Mais, continue la lettre de Barthélémy, le voulant embrasser, je tombai par terre , et il me dit : Mon frère, pourquoi vous troublez-vous si fort? ne savezvous pas qu'il ne tombe pas une feuille d'arbre sans la volonté de Dieu ?

Le juge qui m'accompagnait lui imposa silence en

disant: Tais-toi, hérétique ! — Et j'ajoutai : — Se peutil, mon frère, que tu t'obstines à renier la foi catholique, qui est tenue par tant d'autres?

— Je tiens celle de l'Evangile, répondit-il.

— Penses-tu donc, reprit le juge , que Dieu veuille damner tous ceux qui ne suivent pas la doctrine de Luther et de Calvin ?

— Ce n'est pas à moi d'en juger; mais je sais qu'il condamnera ceux qui, ayant connu la vérité, ne l'auront pas professée.

— En parlant de vérité, tu sèmes des erreurs.

— Montrez-le moi par l'Evangile.

Mais le juge, au lieu de répondre à sa question, lui dit : Tu eusses bien mieux fait de demeurer en ta maison, de jouir de ton bien et de rester avec tes frères, que de te jeter dans l'hérésie, pour perdre tout ce que tu avais.

— Je n'ai rien à perdre sur la terre que je ne doive perdre tôt ou tard, et j'acquiers, pour le ciel, un bien que toutes les puissances de la terre ne pourront me ravir.

N'est-ce pas là encore le langage des chrétiens primitifs et celui des persécuteurs idolâtres, qui ne vî-, vaient que pour les biens du monde ?

Pendant trois jours entiers, de nouveaux membres du saint office s'entretinrent avec Paschal, plus de quatre heures chaque fois, dans l'espérance de l'amener à une rétractation, et peut-être aussi de pouvoir dès lors le rendre à son frère; mais ils ne purent rien obtenir. — Alors, reprit Barthélémy, je le priai de lléchir un peu et de ne pas faire à sa famille le déshonneur d'une condamnation.

— Dois-je moins honorer mon Sauveur , pour lui être parjure?

— Tu l'honoreras dans ton cœur, quoique tu restes dans l'Eglise.

— Si j'ai honte de lui sur la terre, il me reniera dans le ciel.

— Ah! mon cher frère, reviens au sein de ta famille; nous serions tous si heureux de te posséder.

— Plût à Dieu que nous fussions réunis dans le sein du Sauveur; car le ciel natal me serait plus doux que les voûtes de cette prison. Mais si j'y reste, c'est que Jésus s'y tient avec moi, et un Sauveur vaut bien une famille.

— Est-ce le perdre que venir avec nous? - Oui , car la porte de mou cachot ne s'ouvrira

que devant une abjuration, et ce serait la perte de mon âme.

— Tes parents ne sont donc rien pour toi ?

— Celui, dit Jésus, qui ne sait pas sacrifier son père et sa mère pour l'amour ne moi, n'est pas digne de moi.

Alors, dit Barthélémy, j'allai jusqu'à lui promettre la moitié de mon bien s'il voulait revenir avec moi à Coni; mais lui, versant des larmes, me répondit qu'il était plus grièvement peiné de me voir tenir ce langage que des liens qui l'enchaînaient ; car , dit-il. la terre passe avec toutes ses convoitises, mais la parole de Dieu demeure éternellement. Et comme je pleurais aussi, il ajouta : Pour moi, Dieu me donne une telle force, que jamais je ne me départirai de lui. — Alors le moine lui dit : Si vous voulez crever, crevez !

On voit, dans ces trois personnages, l'homme régénéré, dont l'âme parle selon l'esprit de Dieu ; l'homme charnel, adonné à la fois aux biens qu'il apprécie et aux affections du cœur ; enfin l'homme abruti par les superstitions, l'homme tel que Rome l'a fait, ignoble et cruel , interrompant cet entretien de l'âme et du cœur, du martyr et du frère , par l'invective grossière que nous venons de rapporter,

a Trois jours après , continue d'écrire le frère de Jean-Louis Paschal, je trouvai moyen de lui parler encore ; et comme le moine le voulait exhorter derechef, il lui dit : Tous vos discours sont fondés sur la prudence humaine, mais ne fermez point les yeux à la grâce de Dieu, car vous serez inexcusable auprès de lui.

« Le moine demeura fort étonné , disant : Dieu ait pitié de nous ! — Dieu le fasse ! ajouta le prisonnier. — Mais le jour suivant, il me fit signe, sans sonner mot, que je m'en allasse, ayant compris que les inquisiteurs commençaient à me soupçonner ; aussi je partis sans rien dire, et m'en revins en Piémont. »

Toujours l'homme charnel et timide , parce qu'il n'a d'autre force que la sienne , en face du chrétien invincible, parce qu'il s'en remet à la force du Christ.

Te voilà donc seul , pauvre Paschal , enseveli vivant dans les entraillesde la terre, en attendant d'être consumé vivant par le feu ! Mais le meilleur des pères, des frères et des amis n'était-il pas toujours auprès de toi?

« L'affection que je vous porte , écrit-il à sa fiancée, augmente parcelle démon Dieu; et d'autant plus j'ai profité en religion chrétienne, d'autant plus aussi je vous ai aimée. — Puis, lui laissant entrevoir sa mort

prochaine: — Consolez- vous en Jésus - Christ : que votre vie soit un portrait de sa doctrine. »

Telles sont les exhortations que Paschal adressait à Camilla Guarina, qui devait être sa veuve avant d'avoir été son épouse.

Le dimanche, 8 de septembre -1560 , il fut conduit de la tour di Nona, au couvent délia Miner va, pour y entendre sa condamnation.

Il confirma, dit Crespin, d'un cœur ferme et joyeux, toutes les réponses qu'il avait faites, rendant grâces à Dieu , de ce qu'il l'appelait à la gloire du martyre ; et le lendemain, lundi 9 de septembre, il fut conduit sur la place du château Saint-Ange , près du pont du Tibre, où le bûcher avait été élevé.

Le pape Pie IV assistait à cette exécution ; « mais , observe Perrin, il eût bien voulu être ailleurs, ou que Paschal eût été muet, ou le peuple sourd; car ce digne personnage dit beaucoup de choses qui touchèrent les assistants et lui déplurent fort. » Aussi les inquisiteurs le firent-ils étrangler aussitôt, craignant peut-être que sa voix ne s'élevât encore du milieu des flammes pour proclamer la vérité.

Le bûcher ne dévora donc qu'un cadavre, et ses cendres furent jetées dans le Tibre.

Ainsi finit ce courageux martyr, enlevé à sa compagne avant de l'avoir épousée, à son Eglise avant d'y avoir résidé , mais non pas à la profession de la foi chrétienne sans l'avoir servie; car son exemple à lui seul valait toutes les prédications qu'il eût pu faire dans le cours de sa vie.

Pendant sa captivité, le marquis de Spinello, qui jusque-là s'était montré le zélé protecteur des Vaudois , sans doute à cause du résultat productif de leur fermage, apprenant les rigueurs de la cour de Rome, et craignant avec raison qu'elles ne s'étendissent jusque sur ses fiefs, voulut du moins prévenir les conséquences de l'accusation qu'on lui faisait déjà, d'y avoir introduit et favorisé les hérétiques.

Peut-être aussi espéra-t-il, en se déclarant contre eux, se réserver les moyens de les protéger avec plus d'efficacité. Quoi qu'il en soit, il prit le parti de les accuser lui-même d'hérésie et de réclamer auprès du saint office « les moyens de les réduire. Bien qu'on sût, dit Gilles, qu'en secret il désirait leur conservation (1). Sur ce, continua-t-il, l'évêque deCosenzay mit la main; et le marquis, sous l'apparence d'y aider, apportait toujours quelque tempérament. »

(1) Gilles, p. 178.

Mais les procédures de Paschal et de ses compagnons ayant fait connaître à Rome l'importance des Eglises évangéliques de la Calabre, le saint office jugea qu'il n'était pas de trop d'y envoyer le grand inquisiteur. Le cardinal Alexandrini, qui venait d'assister au supplice du jeune et courageux pasteur de ces antiques Eglises , s'apprêta donc à les visiter. Il arriva à Saint-Xist, accompagné de deux moines dominicains qui avaient revêtu l'extérieur le plus affable, comme les loups déguisés en bergers, dont parle

I l'Evangile. , Ils firent assembler les habitants , et dirent que leur intention était de ne faire de mal à personne , (bientôt on les égorgea tous) ; qu'ils venaient seulement les engager amicalement à ne plus écouter d'autres ministres que ceux qui leur étaient envoyés par l'évêque; et que s'ils voulaient congédier les maîtres d'école et prêcheurs luthériens , qui les infestaient encore, ils n'auraient rien à craindre. Puis, sans doute, pour connaître par eux-mêmes le nombre de ceux qui respectaient les pratiques de l'Eglise romaine , ils firent sonner la messe , et convièrent le peuple à s'y rendre.

Aucun ne s'y rendit. Tous les habitants quittèrent

unanimement la ville, et se retirèrent dans un bois, ne laissant chez eux qu'un petit nombre d'enfants et de personnes âgées.

Les moines , sans affecter aucune irritation , assistent seuls à la messe , puis sortent de cette ville déserte, et se rendent à la Guardia, dont ils font préalablement fermer les portes derrière eux.

Les cloches sonnent; le peuple se rassemble. — Très chers et bien-aimés fidèles, disent-ils , vos frères de Saint-Xist ont abjuré leurs erreurs, et assisté una nimement à la très sainte messe ; nous vous engageons à suivre un exemple si sage : autrement nous serons obligés, avec douleur, de vous condamner à mort.

Ce langage hypocrite ne laissait pas d'hésitation entre ses deux alternatives : le peuple alarmé1, pour suivre l'exemple de ses coreligionnaires, qui doivent n'avoir agi qu'à bon escient, se résigne à entendre la messe. Après cette cérémonie, les portes de la ville sont ouvertes. Des habitants de Saint-Xist arrivent et apprennent la vérité. Aussitôt toute la population de la Guardia , indignée de cette tromperie et rougissant de sa faiblesse , se rassemble sur la place publique, criant de tous côtés que Rome n'a vécu que d'erreurs et de superstitions. Les moines cher-

client à calmer ce peuple irrité qui , pour ne plus les entendre, se décide à aller rejoindre dans les bois les habitants de Saint-Xist.

Mais le marquis de Spinello arrive , cherche à les retenir, et peut à peine , dit Mac'Crie, à force de représentations et de promesses, les empêcher de mettre leur projet à exécution.

Voilà déjà les Vaudois divisés ; les uns sont dans la ville, les autres dans les bois.

Alors, le grand inquisiteur, en vertu des pouvoirs dont il était nanti, requiert la force publique, pour exécuter son mandat.

Deux compagnies de soldats sont mises à sa disposition. Il les envoie dans les bois de Saint-Xist pour en ramener les fugitifs ; mais à peine ont-elles découvert leur retraite, qu'elles tombent sur eux en criant : Tue ! tue ! Les malheureux Vaudois cherchent à s'échapper; les soldats les poursuivent dans toutes les directions , comme s'il s'agissait d'une battue contre des bêtes sauvages. Enfin , quelques-uns des fugitifs se réunissent sur une montagne et demandent à parlementer. Le capitaine des soldats s'avance. — Grâce ! grâce! s'écrient-ils ; que vous avons-nous fait? Prenez pitié de nos femmes et de nos enfants ! Ne sommes-

nous pas ici depuis des siècles, saris avoir donné aucun sujet de plainte ? Ne sommes-nous pas des sujets fidèles, des travailleurs laborieux, des gens paisibles et bienfaisants?

— Vous êtes des diables, transformés en anges de lumière, pour séduire les simples ; mais le saint-office a démasqué vos erreurs.

— Eh bien , si l'on ne veut pas nous permettre de professer en paix la foi de nos aïeux , dans ces contrées que nous avons rendues fertiles, nous offrons de les abandonner, et de nous retirer dans un autre pays.

— Vous iriez y semer le poison de votre hérésie ; point de pitié pour les rebelles ! — Et donnant l'ordre à sa troupe de les attaquer, il s'avance avec elle entre les rochers sur lesquels les Vaudois étaient retranchés. Mais alors voyant l'inutilité de leurs efforts, la nécessité de combattre , le salut de leurs familles dans la victoire qui dépend de Dieu seul, les fugitifs se munissent des armes qu'ils avaient pu se faire ou emporter, ébranlent des quartiers de rochers qu'ils précipitent sur les assaillants, les écrasent, s'élancent, les dispersent, en tuent plus de la moitié, et se retranchent de nouveau sur ces hauteurs qu'ils avaient si vaillamment défendues.

Mais que peut le courage contre le nombre, à moins d'un secours miraculeux, comme celui qui fut accordé aux Israélites contre Sennachérib? Le cardinal Alexandrini s'adressa au vice-roi de Naples , en traitant de rébellion ouverte contre l'autorité, la légitime défense des Vaudois. Le vice-roi se mit lui-même en marche à la tête de ses troupes, et arrivé à Saint-Xist, il proclama que tout serait mis à feu et à sang si les ultramontains n'abjuraient pas leur hérésie.

Ce n'était pas le moyen de les soumettre; car, résolus à ne pas abjurer , ils résolurent aussi de se défendre. Leur parti acquit à l'instant une force et une unité qui lui avaient manqué jusque-là. Les Vaudois se fortifièrent avec enthousiasme sur les montagnes; et leur position devint bientôt si formidable, que le viceroi n'osa pas les attaquer avec les troupes qu'il avait amenées. Alors, il fit paraître une nouvelle proclamation, par laquelle il offrait à tous les repris de justice, bannis et condamnés qui vivaient en vagabonds dans le royaume de Naples , le pardon de leurs fautes , à condition qu'ils vinssent se ranger sous ses drapeaux pour exterminer les hérétiques.

C'est ainsi déjà qu'avait agi Cattanée ; ce sont là les soutiens de la cause de Rome , dont le sang et l'op-

probre découlent de toutes parts, comme une éponge imprégnée de fange qui se dégorge dès qu'on y met la main.

Une multitude de proscrits sans honneur, de misérables de tout âge, de maraudeurs et de brigands, qui connaissaient tous les sentiers des Apennins, s'offrirent à le servir. Les Vaudois furent cernés, poursuivis, attendus au passage, égorgés dans ses guet-apens; on mit le feu aux forêts, dans lesquelles on ne put les atteindre : la plupart d'entre eux périrent , et plusieurs d'entre ceux qui s'échappèrent, moururent de faim dans les cavernes où ils s'étaient retirés.

Que faisaient cependant les moines et les inquisiteurs? — Nous ne pouvons supporter la vue du sang répandu! s'écriaient-ils; ces exterminations nous révoltent; oh! venez, venez avec nous dans le bercail; ce n'est point auprès de nous que vous trouverez cet appareil militaire que réprouvent des hommes de paix.

Et pour mieux témoigner leur aversion , ils s'éloignèrent^ de la ville , en invitant les habitants de La Guardia, qui survivaient encore , à se réunir sans armes auprès d'eux.

Pauvre peuple , toujours trompé par la grande dé-

eeptnec rit, monde, qui fait la douce voix et précipite ensuite te corps et l'âme dans la Géhenne!

Cette voix perfide fut encore écoutée: le peuple se réunit . mais des soldats étaient cachés : soixante et di\ Vaudois furent saisis 'et chargés de chaînes.

C'était le nombre des premiers disciples du Sauveur. Ces nouveaux confesseurs de l'Evangile, en face d'un nouveau paganisme, plus cruel et plus traître que l'ancien, furent conduits prisonniers à Montalto.

Là on les mit à la torture: l'inquisiteur Panza les fit tous passer par le chevalet, les cordes, la roue, les coins de fer ou l'eau bouillante . pour les obliger , non-seulement à renier leur foi , mais encore à dénoncer leurs frères et leurs pasteurs !

0 Rome 1 hypocrite î verse des larmes comme le crocodile, de ne pouvoir, dans ta décrépitude, te rassasier de chair humaine comme par le passé ; qu'avons-nous besoin, pour te combattre, d'entrer dans la lice des discussions ! Tes propres actes te condamnent bien plus que nos paroles, et ton histoire deviendra ton cercueil. La vérité le creuse chaque jour, et lorsque l'Evangile aura vaincu tes principes de haine et d'orgueil par ses maximes d'humilité et d'amour, il inscrira triomphant sur ta tombe : Ne haïssez que le

mal, mais aimez les méchants. — Une des choses que les tortionnaires avaient surtout à cœur d'obtenir des patients, était l'aveu des prétendues abominationsdont on accusait les Vaudois, et dont on voulait charger leurs mœurs par les témoignages mômes de leurs frères.

Etait-ce bien un tribunal ou un repaire que ce saint office de la foi catholique, qui voulait non-seulement égorger ses victimes, mais les déshonorer?

Stéphano Carlino, auquel on voulait arracher cet aveu, fut, dit Mac'Crie, torturé d'une manière si horrible, que ses entrailles s'échappèrent de son ventre.

Un autre prisonnier , nommé Yerminello , avait promis, dans les angoisses de la douleur, d'assister à la messe. Cette concession fit espérer à l'inquisiteur qu'en augmentant la violence des tortures, il lui arracherait enfin l'aveu des crimes qu'il avait tant à cœur de faire peser sur les Vaudois, et que nul témoignage n'avait encore établis. Dans ce but, le malheureux captif fut tenu, pendant huit heures entières, sur un instrument de souffrances appelé Y enfer; mais Verminello nia constamment l'objet de ces atroces calomnies. Bernardino Conto fut enduit de poix à Cosenza et brûlé vif devant tout le peuple. Un autre

martyr, nommé Mazzone. fut dépouillé de ses vêtements et flagellé avec des chaînettes de fer, puis traîné en lambeaux dans les rues, et assommé enfin à coups de bûches embrasées. De ses deux fils, l'un fut écorché vif, comme un mouton dans la boucherie, et l'autre fut précipité du haut d'une tour.

Sur cette même tour fut conduit un jeune homme d'une force prodigieuse, et que, pour cela, on avait surnommé Samson.

Mais la force d'âme du chrétien fut plus remarquable encore que la vigueur de l'israélite. Comme il avait résisté à toutes les tentatives qu'on avait faites pour obtenir son abjuration, on lui demanda du moins de se confesser. — Je ne me confesse qu'à Dieu, répondit-il. — Viens à la messe, ou tu es mort. — Quand même vous seriez morts, vous vivrez, dit Jésus, si vous croyez en moi. — Eh bien, baise ce crucifix. — Mon Jésus n'est pas sur ce bois, mais au ciel, d'où il reviendra pour juger les vivants et les morts. — Tu ne veux pas le baiser? — Je ne veux pas être idolâtre. — Et les soldats le précipitèrent sur le pavé. Tout brisé, mais vivant encore, il implorait la miséricorde de Dieu.

Le vice-roi vint à passer. — Qu'est-ce que cette

charogne, dit-il en le voyant? — Un hérétique qui ne peut mourir. — Le monarque lui donna un coup de pied à la tête en disant : Faites-le manger aux pourceaux. — Et le pauvre enfant vécut encore pendant vingt-deux heures avant de rendre le dernier soupir. — Qui; du roi ou du prêtre, était le plus méprisable? — Peuples, prosternez-vous devant eux!...

— Quand donc le Christ vous affranchira-t-il?

Soixante femmes de Saint-Xist, à ce que rapporte Gilles , furent tellement torturées , que les cordes étant entrées en leur chair sans qu'on leur eût fait aucun remède, il s'engendra dans leurs plaies une vermine dévorante, qu'on ne put faire tomber qu'avec de la chaux vive. Quelques-unes d'entre elles moururent ensuite au fond des cachots; d'autres furent brûlées vivantes, et les plus belles vendues, comme en Turquie, aux plus offrants qui n'étaient que les plus corrompus.

Mais toutes ces atrocités furent encore surpassées par les barbaries commises à Montai to, sous le gouvernement du marquis Buccianici. « Les malheureux ! s'écrie un témoin oculaire (1), ils étaient quatre-

(1) Ascanio Caraccioli, Mac'Crie, p. 295.

vingt-huit prisonniers renfermés dans une chambre basse. L'exécuteur est venu ; il est entré, en a pris un. et après lui avoir enveloppé la tète d*un linge, il l'a conduit sur le terrain qui touche au bâtiment ; l'a fait mettre à genoux, et lui a coupé la gorge avec un couteau. Le sang a jailli sur ses bras et sur ses vêtements ; mais, détachant le linge ensanglanté de cette tête coupée, il est entré de nouveau , a pris un autre prisonnier et l'a égorgé de la même manière.

« Tous mes membres frissonnent encore quand je me figure le bourreau, avec son couteau ensanglanté entre les dents et le linge dégouttant à la main , les bras rougis par le sang des victimes, entrant et ressortant près de cent fois de suite pour cette œuvre de mort.

« On ne se représentera jamais la douceur et la patience de ces pauvres gens, qu'on allait prendre comme des agneaux à la bergerie. Tous les vieillards sont morts avec un calme imperturbable. En ce moment même j'ai peine à retenir mes larmes; il est près de huit heures, et l'on vient de rendre un décret qui condamne à la question une centaine de femmes qui, ensuite, seront mises à mort. On fait monter à seize I cents le nombre des hérétiques qui ont été arrêtés

dans la Calabre, et ils sont tous condamnés à périr. On dit qu'ils sont originaires des vallées du Piémont.»

« Quelques-uns d'entre eux, ajoute un historien napolitain (1), ont eu la gorge coupée; d'autres ont été sciés par le milieu du corps ou précipités du haut des rochers. Le père voyait périr son fils, et le fils son père, sans donner le moindre signe de douleur, mais s'applaudissant au contraire d'être délivrés de leurs maux, et d'aller se réunir au sein de Jésus qui était mort pour eux. »

Et l'historien que je cite insulte à cette résignation céleste, en disant que c'était un esprit de démon qui animait ces victimes si résignées.

On l'a dit aussi de Jésus-Christ.

Heureux ceux qui ont suivi avec la même foi la voie douloureuse qu'il a suivie ! Un autre témoin oculaire, qui était de la suite du cardinal Alexandrini, complète ainsi cette lugubre narration. « Avant l'arrivée de Monseigneur, quatre-vingt-six relaps avaient été écorchés vifs, puis fendus en deux parts, et leurs tronçons furent placés sur des piquets tout le long du chemin, dans une étendue de trente-six milles; cela

(l) Thomaso Costo, seconda parie del Compendio dell'Isloria di Napolî, p. 257.

raffermit beaucoup le catholicisme et ébranla considérablement l'hérésie.

« Il y a déjà dans les prisons, quatorze cents de ces ultramontains ; quelques-uns errent encore par les montagnes, mais dix écus sont promis pour chaque tête qu'on en rapportera. Des soldats ont été mis à leur poursuite , et chaque jour on ramène quelques prisonniers. Leur nombre a fini par être si considérable, que Monseigneur, d'accord avec le commissaire et le grand vicaire de Cosenza, ont résolu de ne soumettre la plupart d'entre eux qu'à la pénitence , sauf les plus obstinés, qui seront mis à mort. Quant aux ministres prêcheurs , et chefs de cette secte , ils seront brûlés vifs.

o On en a déjà envoyé cinq à Cosenza, pour qu'ils subissent ce supplice, oints de résine et de soufre: de la sorte, étant consumés peu à peu,, ils endureront davantage pour correction de leur impiété: plusieurs femmes sont demeurées prisonnières, et toutes seront brûlées vivantes. On doit en brûler cinq demain. » Cette lettre est datée du 27 de juin 1561 (1), et elle se termine

(1) Elle est écrite par Luiggi d'Appiano et conservée par Gilles, p. 132- 1M. N'ous n'en donnons ici que des extraits,

par une plaisanterie grossière sur l'état de grossesse de quelques-unes de ces infortunées.

Oh ! quand l'indignation éclate sur les auteurs de pareilles atrocités , on conçoit que l'Eglise romaine ait pu être nommée l'Eglise des démons. Des païens, des barbares, des sauvages n'agiraient pas aussi cruellement; il fallait le papisme pour dégrader l'homme au-dessous de la brute.

Un homme est brûlé vif : laconisme terrible ! mais combien de douleurs et d'angoisses ! et quand un peuple tout entier est livré à de pareils supplices!... Ah ! ne reconnaît-on pas. dans Rome persécutrice, cette grande réprouvée de l'Apocalypse qui s'enivre du sang des saints et des martyrs? cette ville abominable, dans laquelle le sang de tous ceux qui ont été mis à mort sur la terre, a été retrouvé? (Apocalypse XVII, 5, 6, XVIII, 24.)

Le pasteur Jean Guérin , qui était venu de Bobi en Calabre pour y remplacer le Barba Gilles , dont nous avons parlé, mourut de faim dans les prisons de Cosenza, pour n'avoir pas voulu renoncer à l'Evangile : nourriture immortelle de son âme si cruellement éprouvée. Les quatre principaux notables de La Guar-

dia tarent pendus à des arbres, sur un coteau nommé Moran.

La ville de Sainte- Agathe, située près de Naples. paya aussi à la soif sanguinaire de Rome son tribut de victimes. Et combien d'autres encore dont les noms ne nous sont pas parvenus! Pendant deux ans. la rage du monstre que les Vaudois avaient nommé l'Antéchrist, dévora ce malheureux pays. Pendant deux années entières . les bûchers restèrent allumés . les prisons obstruées . les bourreaux dans le sang.

Quelques-uns d'entre les malheureux Vaudois parvinrent à retourner dans les vallées du Piémont. Mais à travers quelle série de difficultés et de périls ! On «Tait ordonné, sur la traversée des ponts, des barques et des voitures, de ne laisser passer aucun voyageur sans qu'il eut un billet de son curé. Une peine sévère menaçait les aubergistes qui auraient reçu des étrangers dépourvus de ce sauf-conduit: de sorte que ces pauvres persécutes étaient contraints de voyager de nuit . passant les rivières à gué . se cachant dans les bois, vivant de racines, de timides glanures, de fruits trouvés sur quelques arbres : et c'est ainsi cependant que plusieurs familles, dont les femmes s'étaient habillées eu hommes, parvinrent, après des dangers mul-

tipliés et des fatigues inouies, à regagner l'asile de leurs aïeux.

Oh ! combien le refuge paisible des vallées vaudoises, qui devaient aussi tant souffrir, dut leur être en bénédictions après d'aussi longs tourments !

Mais il paraît que tous les Vaudois de cette malheureuse Galabre n'étaient pas encore anéantis ; car Pie TV y envoya plus tard le marquis de Butiana pour achever d'y détruire l'hérésie ; et atin de l'encourager dans cette œuvre, il promit d'en récompenser le succès en accordant à Joseph Butiana, son fils, le chapeau de cardinal.

Il n'eut pas de peine à y réussir. L'inquisition, cet appui du papisme , en déclin depuis qu'elle a été abolie ; l'inquisition , cette puissance de l'enfer , qui n'a pas prévalu cependant contre l'Eglise de Dieu , l'inquisition avait déchiré assez longtemps ces contrées évangéliques.

Les Romains, irrités des sanglantes iniquités qu'elle avait commises, brûlèrent eux-mêmes son palais à la mort de Paul III.

Sans doute qu'ils n'étaient pas encore d'assez bons catholiques. Aussi Pie IV, dont le pontificat fut signalé par les événements que nous venons de raconter .

transporta le siège du saint-onMce sur la rive opposée du Tibre, à l'endroit même où l'on prétend qu'était placé l'ancien cirque de Néron : dans lequel tant de chrétiens primitifs avaient été livrés aux dents des bêtes féroces.

C étaient des chrétiens primitifs aussi qui venaient de périr à Cosenza, à La Guardia, à Saint-Xist : seulement aux bêtes féroces s'étaient substitués les prêtres, les moines et les inquisiteurs de l'Eglise romaine.

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