DE PAESANE , DE PRAVIGLELM ET DE SALUCES
(Dp 1550 h 1580.)
Sources et altoiutks. — Perrin , Gilles, Léger, Rorengo. — Brief discour* des persécutions advenues nue Eglises du marquisat de Saluées. Gevève, chez Paul Marceau, 1620. (Cet ouvrage a été composé par ordre, et imprimé aux frais du Synode tenu à Briançou en juin 1620. ) — Memorahilis historia persec. bellorumaue, in pop. vulgo Yaldensem appellatum etc. Genevœ. Exrudebat Eustathius Vignon M.D.LXXXI. (Petit in-8c>del50 pages en italiques.) — Relatione ail' eminentissima congregatione de propaganda fide, dei luoghi di alcune valli di Piemonte, ail' A. R. di Savoja sogelli... Torino. Sans date, petit in-18 de 323 pages. — Massi, Sloria de Pinerolo.. . 3 vol. — Semeria, Storia délia chiesa metropolitana di Torino, in-8° 1840. — Le bannissement des gens de la religion prétendue réformée, hors d»s estals de Savoye, le tout , selon l'ordonnance et arresl de l'Inquisition et Sénat de Piedmont. Paris, M. U.C. XIX (se rapporte exclusivement aux Yaudois de Saluées). — Lettres des fidèles du Marquisat de Saluées, souveraineté du duc de Savoye , envoyée à MM. les Pasteurs de l'Eglise de Genève, contenantes l'histoire de leurs persécutions etc.... Jouxte la copie écrite à Genève, 1619. — Soleri, Diario dei fatti successi in Torino etc.. — Muletti; Mém. hist. sur le marquisat de Saluées (t. VI.) — Costa de Beauiegard, Mém. hist.
sur la maison roy. de Savoie, Turiu, 1816. 3 vol. in-8o. — Litterœ quœdani nondum edilœ.... ex authographis.., edidit Bretsneider, Leipsiœ 1835, in-8<> (s'y trouve une lettre du pasteur de Pravig-lelm, datée du 23 juillet 1563.)
— Les hist. gén. ou partie, dn Piémont et du marquisat de Saluées; — l'Art de vérifier les dates; — les hist. de France (pour l'époque où la donoin. franc, s'étendait sur le Piémont). — Documents divers tirés des Archives de Saluées, de Luzerne, de Pignerol et de Turin. — Manuscrit de la Bîbl. du roi, à Turin : Chronique de la famille des Sollaro (en italien).
— Communie, partie, de MM. Cibrario, Duboin, César de Saluées etc. — Quelques-unes de ces indications sont relatives aux chapitres suivants.
C'est au fond du bassin et sur les plateaux élevés de Paësane, ainsi que dans les profondes vallées de Gruzzol et d'Onzino . où les sources du Pô découlent du mont Vizol , que les Vaudois paraissent avoir été le plus anciennement établis dans la province de Saluées.
On a prétendu que leur origine dans ces montagnes était contemporaine de celle des autres Vaudois qui habitent sur la rive gauche du Pô. Mais Gilles nous apprend que les habitants de Praviglelm, Biolet et Biétonnet étaient sortis de la vallée de Luezrne.
Cette émigration devait remonter à une époque bien reculée , puisque sa descendance a peuplé le marquisat de Saluées, et que nous y trouvons déjà des Vaudois dès le treizième siècle.
On sait , en effet , que les Vaudois de Provence en étaient venus ; et dans la confession de foi qu'ils pré-
sentèrent à François I« (le 6 d'avril 1 541 )- il font remonter leur établissement en Provence, à plus de deux cents ans avant cette époque.
Les Yaudois de Saluées eux-mêmes, en y comprenent ceux des vallées du Pô, prétendaient que de père en fils ils s'étaient perpétués dans ce pays depuis un temps immémorial (1). C'est peut-être ce qui a donné naissance à l'opinion, récemment émise, que les Vaudois de toutes les autres parties du Piémont étaient sortis de ces contrées (2) ; mais Gilles affirme positivement que c'est de la vallée de Luzerne que ceux de Saluées étaient surtout issus (3).
L'origine du marquisat de Saluées date du douzième siècle. Ce pays fut donné en dot à Béatrix, petite-fille d'Adélaïde de Suze, qui avait agrandi l'abbaye de Pignerol(4), et qui obtint de l'empereur Henri le Vieux , dont elle était la belle-mère , que les fiefs du pays de Saluées, fussent érigés en marquisat. Ils restèrent donc dépendants de la Marche de Suze, comme arrière-fiefs, I et lorsque la Seuzie fut passée aux comtes de Savoie, r ceux-ci se trouvèrent suzerains des marquis de Saluées.
(1) Perrin, p. 185, Léger p. CXI.
(2) De Rougeraout , Précis d'ethnographie , de statist. et de géographie hist. t. I, p. 210.
I (3) Gilles, p. 18. ^
(4) Par donation du 8 septembre 1064.
En 1308, les inquisiteurs furent envoyés dans ce pays pour y détruire l'hérésie. Mais après avoir été repoussés et battus dans la discussion , ils le furent encore dans les tentatives de violence par lesquelles ils croyaient triompher. Cernés dans un château , et retenus prisonniers par la population qu'ils venaient convertir, et qui paraît avoir été unanime à les repousser, ils durent subir des conditions au lieu d'en imposer , et se retirèrent de ces contrées sans même avoir entrepris l'œuvre qui les y avait amenés (1).
Le pape Jean XXII, dans son bref à Jean de Badis, s'adressa, quelques années après, aux marquis de Saluces, ainsi qu'aux comtes de Luzerne et au duc de Savoie , pour qu'ils prêtassent main forte à l'inquisition contre ces désorganisateurs de l'Eglise romaine.
Mais la puissance désorganisatrice la plus redoutable pour cette Eglise, c'est la Parole de Dieu et non la rébellion des hommes. 11 suffit que la Bible règne quelque part, pour que le papisme y soit vaincu. Cet appel du pontife n'eut d'autre résultat que l'arrestation d'un Barba de la vallée de Luzerne, nommé Martin Pastre. Il se rendait auprès des Eglises de Saluces, et
(1) Prœnominati hœrelici ipsum Inquisitorem in quodam castello patenter et publiée obsederunt, sic eum oporluit quod inde recedere, inquisitionis hujusmodi ofpcio relicto, lotaliter impe'rfecto. Bref de Jean XXII à Jean de Badis, 23 juillet 1332.
justifia par un courageux martyre la mission évangélique dont il était chargé.
L edit de la duchesse Iolande qui , en 1476, enjoignit aux châtelains de Pignerol , de Cavour et de Luzerne, de faire rentrer tous les Vaudois des Alpes italiennes dans le giron de l'Eglise catholique . ne dut pas être sans influence sur ceux de la rive droite du Pô; mais ce fut en 1499 que des violences plus directes vinrent les assaillir.
Marguerite de Foix, veuve du marquis de Saluées, se trouvant libre de son pouvoir, mais esclave de son confesseur, devint entre les mains du fanatisme un facile instrument de persécution.
Elleétait en relations de famille avec le pape Jules II, 3t obtint de lui la création d'un évèché dans le marquisat. En retour de cette faveur , elle fit élever à ses rais le palais épiscopal dans lequel Antoine de la Ro- ;éra, premier évêque de Saluées, et neveu de Jules ET, ut reçu comme un prince plutôt que comme un pasteur.
C'est elle qui bâtit aussi l'église de Sainte-Claire , lans laquelle se trouve aujourd'hui son tombeau : mais n bâtissant des églises de pierre, elle voulut détruire "Eglise vivante qui gardait dans son sein l'Evangile les premiers temps , et sur les suggestions du clergé dont Ue était environnée, elle rendit un décret par lequel
les Vaudois devaient, sous peine de mort, se convertir au catholicisme ou quitter le pays (1).
Ces malheureux se retirèrent sur les rives du Pô. La marquise voulut les y poursuivre ; mais les seigneurs de Paësane, auprès de qui les fugitifs avaient trouvé un asile, représentèrent qu'à eux seuls, de concert avec Tévêque et les inquisiteurs, appartenait le droit d'exercer de pareilles poursuites sur leurs terres ; leurs propres vassaux, d'ailleurs, partageaient presque tous la croyance des Vaudois.
La marquise acheta alors, de l'évêque et des inquisiteurs, le droit de poursuite qui leur appartenait ; et nantie des deux tiers de cette juridiction barbare, elle envoya des missionnaires , dont le premier acte fut d'ordonner à tous les habitants de Saint-Frons, Praviglelm, Paësane, Biolet , Biétonet, Serre di Momian et Borgo d'Oncino, de venir faire pénitence à Paësane, devant le frère Angiolo Ricciardino de Saviglian.
Aucun ne paraît ; les poursuites commencent. Deux hommes sont arrêtés à Saint-Frons. — D'où êtes-vous? — De ces montagnes. — Etes-vous Vaudois? — Nous le sommes tous. — Abjurez l'hérésie. — Quand on l'aura prouvée.
(1) Muletti, t. VI, p. 29, 331.
On ne la prouvait pas et on incarcérait les chrétiens.
Deux autres sont arrêtés ailleurs , et se déclarent aussi Vaudois. L'un était de Praviglelm , et l'autre d'Oncino. — Nul des nôtres n'abjurera, disent-ils aux inquisiteurs.
La marquise de Foix arme alors deux cents hommes et les fait marcher vers les montagnes. La plupart des habitants s'enfuient à Barges avec leurs bestiaux ; d'autres sont pris et jetés dans les prisons.
Leur procès ayant été. instruit sans y épargner les tortures (1), cinq d'entre eux sont condamnés à mort le 24 mars 1510.
On réserva l'exécution de leur supplice pour le dimanche des rameaux. Des victimes humaines! voilâtes offrandes que l'Eglise romaine offrait à ses faux dieux.
Les prisonniers vaudois devaient être brûlés vifs , dans un pré situé en face de la maison paternelle de l'un d'eux nommé Maynard. Ce nom , qui se trouve parmi les persécutés de Provence, atteste l'affiliation des Eglises vaudoises des deux côtés des Alpes.
Le bûcher fut élevé , mais au jour dit il tomba une si grande quantité de pluie et de neige que le bois ne
(1) Vditi testimonii, non risparmiati itormenli, Mcletti, T. VI, p. 385.
pouvait brûler. On remit l'exécution au lendemain. Pendant la nuit, un ami secret fit passer une lime aux malheureux captifs; ils brisèrent leur fers, et glorifiant Dieu de cette délivrance , ils allèrent se réfugier à Barges auprès de leurs coreligionnaires.
Les bourreaux se vengèrent sur d'autres prisonniers de la fuite de ces victimes. Marie et Jnlia Gienet, avec un de leurs frères , nommé Lanfré Balangier, furent brûlés vifs sur les bords du Pô, le 2 du mois de mai suivant.
Mais les prisons ne s'étaient pas vidées. Plusieurs détenus subirent la bastonnade : ignoble et cruelle peine , dont plusieurs moururent en des douleurs atroces.
Quelques-uns de leurs compagnons de captivité périrent lentement dans les souterrains du château de Paësane. D'autres vinrent à résipiscence; un petit nombre fut gracié; tous ceux qui purent se sauver se retirèrent à Barges, et de là dans la vallée de Luzerne.
Les biens de ces pauvres gens furent confisqués , la marquise de Foix en eut les deux tiers. C'était une bonne affaire, car elle en retira davantage que le droit de poursuites ne lui avait coûté.
Aussi fit-elle part aux moines de Riffredo des dé-
pouilles des hérétiques. Les trafiquants du sang humain sont en, progrès sur les brutes qui ne se cèdent rien de leur proie. Le dernier tiers de ces confiscations fut partagé entre les seigneurs d'Oncino et de Paësane , sur les terres de qui on les avait faites. Ils s'étaient opposés au meurtre, mais ils participèrent à la spoliation.
Enfin le 18 juillet 1510 (avant la réformation comme on le voit) , l'inquisition fit démolir le temple des Yaudois , qu'un manuscrit du temps nommait la synagogue des hérétiques, disant qu'elle était blanche et de belle apparence au dehors , mais pleine de détours au dedans , et construite à peu près comme un labyrinthe.
L'année d'après encore cinq Vaudois furent brûlés vifs à Saint-Frons. Malheureuses et admirables tribus! la confiscation les privait de leurs biens , les armes décimaient leurs familles , les bûchers augmentaient leurs martyrs ; mais leur foi ne périssait pas.
Tous ceux qui avaient échappé au glaive des soldats ou aux flammes du saint office, et qui s'étaient cachés dans les montagnes, ou réfugiés à Barges et à Bagnols , se retirèrent dans la vallée de Luzerne , où
les seigneurs plus puissants et plus justes protégeaient leurs vassaux contre de telles agressions.
Et ce qui montre mieux qu'aucune autre considération la fraternité primitive qui régnait réellement entre les Vaudois , la profonde pratique de charité qui remplissait leur vie, c'est que tout ce peuple de réfugiés vécut pendant cinq ans entiers chez les pauvres montagnards de ces vallées vaudoises qui avaient été son berceau (J).
Participant à la fois à leur pain et à leur culte, priant et travaillant avec eux, les proscrits attendaient chaque jour une fin à cet état précaire.
Ils étaient répartis principalement entre les communes d'Angrogne , de Rora , de Bobi , et avaient nommé un syndicat chargé de veiller à leurs intérêts communs.
De nombreuses démarches furent tentées aussitôt auprès de la marquise de Saluées, pour qu'ils pussent rentrer dans leurs anciens domaines. Toutes ces requêtes restèrent sans réponse. Cependant le séjour prolongé de tant de familles nouvelles au sein d'une
(1) Us n'y étaient pas tous venus à la même époque, mais successivement de 1505 à 1510, et ils en sortirent en 1512; quelques-uns n'y ont donc demeuré que deux ans, mais d'autres y en ont passé sept.
aussi petite population que celle de la vallée de Luzerne devait avoir un terme. La clémence le conseillait, la justice en faisait un devoir, ce fut au courage de reconquérir la patrie»
Un homme intrépide et fort se leva au milieu d'eux. — Amis, s'écria-t-il, rentrons dans nos biens! ce sera le meilleur moyen de les avoir. — Ceux qui les occupent nous en empêcheront? — 'Nous reprendrons malgré eux ce qu'ils ont pris malgré nous. Ayons confiance en Dieu! il bénit la justice et non l'iniquité. Si nous avons été persécutés pour notre foi , nous serons aussi protégés par elle ; car elle est de Dieu , et Dieu est plus puissant que nos ennemis.
Ils se réunissent en armes dans la vallée de Rora, partent de nuit, traversent les montagnes de Crussol, descendent dans la vallée du Pô, regagnent leurs demeures, tombent comme la foudre sur leurs spoliateurs désarmés, combattent, renversent, poursuivent ceux qui font quelque résistance, en purgent le pays, y commandent par la terreur qu'inspirent l'audace et le succès, se rétablissent dans leurs biens et y ramènent la foi de leurs aïeux.
Cinq Vaudois seulement périrent dans cette expédition. Que n'ont-ils écouté plus souvent la voix de
ce courage qui leur rendit une patrie! La valeur impose plus que la faiblesse, et la modération des Vaudois a bien des fois doublé l'arrogance de leurs ennemis.
Les Eglises de la vallée du Pô furent alors tranquilles pendant quelques années. Le souffle de la réformation commençait d'agiter les esprits. On a vu quel effet il produisit dans les autres vallées vaudoises. Des lumières nouvelles se répandaient partout. Les doctrines évangéliques se propagèrent autour de ces montagnes, sur lesquelles avaient brillé longtemps d'avance l'aurore de ce beau jour.
Comme en France , les classes les plus élevées de la société avaient été les premières à leur donner des défenseurs, les plus nobles familles du Piémont s'honorèrent bientôt de leur appartenir.
Dans la province de Saluées, les seigneurs de Montroux ouvrirent leur château aux réunions religieuses des nouveaux réformés. La famille de Villanova-Sollaro vit plusieurs de ses membres se ranger à leur culte. Le duc de Savoie leur écrivit lui-même à diverses reprises pour les engager à en revenir. Ces instances parties de si haut rendaient plus éminentes encore la profession de la foi évangélique, qu'elles cherchaient
à ébranler. Le nombre des réformés s'accrut au lieu de diminuer; ils demandèrent des pasteurs, et en attendant leur venue, ils se rendaient avec empressement aux prédications régulières qui avaient lieu dans la vallée de Luzerne.
Cette affluence d'auditeurs éloignés qui accouraient ainsi aux sources vives de la grâce, comme à un autre Siloé, devint bientôt si considérable que le duc de Savoie défendit à tous ses sujets, étrangers aux vallées vaudoises, d'assister à ces prédications (1).
En même temps il envoya lui-même des missionnaires catholiques pour combattre le progrès de ces doctrines: c'était celui de l'Evangile; c'était combattre Dieu ! Aussi échouèrent-ils. Et cependant quelle activité personnelle le duc Philibert n'avait-il pas déployée pour favoriser le succès de ses prédicateurs î Il n'écrivit pas moins de quatre lettres, dans le mois d'avril 1565, au châtelain, au podestat, à l'official et aux habitants de Carail , afin de leur recommander le missionaire qu'il leur adressait.
Mais comme la domination française s'étendait alors sur tout le marquisat de Saluées, ces sollicitations
(1) Edit du 15 février 1560.
n'y produisirent que peu d'effet. Le nombre des réformés s'accroissait au contraire de jour en jour, et à la suite de Yédit de pacification que le roi de Navarre venait d'obtenir en faveur de ses coreligionnaires , l'Eglise de Dronèro, une des plus florissantes du marquisat, obtint du conseil royal des lettres patentes (1) qui l'autorisaient à ouvrir un temple protestant aux portes de la ville.
Louis de Birague, qui remplaçait alors le comte de Nevers, comme lieutenant du roi dans la province de Saluées, écrivit à la cour pour faire retirer cette autorisation. Charles IX répondit lui-même (2) en ces termes : Par Fadvis de notre très honorée darne et mère (3), déclarons par ces présentes, que dans ïèdit de pacification nous ri avons point entendu comprendre en r exercice de la religion les villes du Piedmont (4).
Ainsi, Catherine de Médicis exerçait son influence de mort jusque sur ces Eglises de frères !
Mais leur courage n'en fut pas abattu; et, l'année d'après, elles s'organisèrent spontanément sur le pied
(1) Datées du 6 de juin 1563.
(2) De Dieppe, le 7 d'août 1563.
(3) Catherine de Médicis.
(4) Cette lettre est conservée aux archives de Pignerol , catégorie 25, liasse Ire. nO 3.
des Eglises réformées. Elles eurent des pasteurs, des diacres et des consistoires, et établirent un culte régulier qui seulement ne pouvait pas toujours avoir lieu en public.
La France était alors désolée par les guerres de religion ; les huguenots avaient été massacrés à Vassy et en Champagne ; les Guises excitaient le parti catholique, les Bourbons soutenaient le parti protestant.
€es agitations intestines écartaient l'attention du pouvoir de dessus les provinces du dehors. Les Eglises de Saluées, protégées par leur isolement, purent s'accroître en paix à l'abri de ces lointains orages. Aussi devinrent-elles en peu d'années nombreuses et llorissantes. Les temps de calme sont ceux qui offrent le moins de matériaux à l'histoire. Heureux le peuple dont toutes les vicissitudes tiendraient dans une page ! Mais l'histoire des âmes s'augmente de toutes les conversions qui s'accomplissent lorsque celle des hommes se tait. Cette époque fut une des plus fécondes pour l'Evangile dans la province de Saluées.
Dix pasteurs, desservant vingt et une églises, indépendamment de celles de Coni, de Carail etd'Ozasc,
y exerçaient déjà leur ministère évangélique en 1567 (I).
On voit par là de quelle vie elles étaient animées , et quelle splendeur leur eût été promise dans l'avenir si la liberté de conscience avait pu triompher. Mais ces grandes conquêtes de l'humanité ne s'accomplissent pas en un jour. En cédant la liberté, Rome eût été perdue. C'est par sa propre tyrannie qu'elle devait périr.
Laissons les Eglises de Saluées jouir de leur prospérité éphémère, et voyons ce qui se passait alors autour d'elles dans les autres parties du Piémont.
(1) Voici les noms de ces pasteurs et des paroisses qui leur sont assignées d'après les synodes du 2 de juin et du 14 d'octobre 1567, teous, l'un à Praviglelra, et l'autre à Dronèro , ou Dronier. Le pasteur Galatée (qui fut envoyé auprès de Charles IX pour y plaider la cause de ces Eglises) eut pour champs de travail, Saluées, Savillan, Carmagnole, Lavodis (Lévadiggi) et Ville falet. (Les noms en italiques, indiquent les lieux où se trouvait un temple.)
Le ministre Sbgont de Masseran (Mattervo) avait dans sa circonscription Verzol, Alpease et Costilloles.
François Trucchi desservait l'Eglise de Dronier ; André Lacianois, celles de saint Damian, Paillers et Cartignano; — Pierre Gelido, celle à'Aceil (Asceglio) ; — Jacques Isoard, celles de saint Michel, Pras et Chianois.
François Soulf était le pasteur de Praviglelm; et Bertrand Jordan celui de Biolet et de Biolonet.
Deux autres pasteurs qui n'étaient pas présents au synode, desservaient en outre les Eglises de Demont et de Testeone. Enfin à Carail (Caraglo) il y avait aussi un pasteur, dont le nom ne nous est pas connu.
CHATIPRE X.
HISTOIRE