AVERTISSEMENT
L'examen des divers arguments par lesquels l'antériorité des Vaudois à Yaldo a été récemment contestée . a trouvé place dans la bibliographie qui termine cet ouvrage (1).
Les moyens de vérifier, pour cette bibliographie, les titres d'un certain nombre d'ouvrages qui m'étaient inconnus, m'ont quelquefois manqué; je n'ai pas cru pour cela devoir m'abstenir de les citer, d'après les indications qui m'en étaient données. ♦
Plusieurs questions importantes sur les origines de l'histoire des Vaudois , eussent gagné sans doute à être refondues ici dans le creuset d'une analyse plus riche et plus approfondie. Combien de choses en effet n'y aurait-il pas à dire encore , sur l'origine des Vaudois et sur leurs rapports avec les autres sectes du moyen-âge! — Mais cet ouvrage devait être moins de dissertations que de faits, et son cadre n'eût pas comporté de tels développements. Le désir de présenter une narration historique , aussi condensée que possible , et l'ambition de combler les lacunes immenses , qui subsistaient encore, dans l'histoire moderne des Vaudois, ont surtout présidé à la rédaction de ce tra-
(1) Sur l'opinion qui tend à faire descendre les Vaudois de Valdo : Bibliogr. î« partie, Ile section, § III, article XXIV. Sur l'antiquité des Msc. vaudois, en langue romane : lie partie, Ire section, § 1. Sur la Nobla- Leyczon: même section, § III, JIsc. 207. art. V, etc.
vail. Il a dû s'accomplir dans un petit village, dénué de toute bibliothèque savante , et à une grande distance du lieu de l'impression; de là bien des errata , dont il me suffira sans doute de constater l'existence (1), pour trouver des lecteurs indulgents dont l'intelligence rectifiera aisément ces légères imperfections.
Avant de terminer cet avertissement , je crois devoir faire connaître l'opinion de quelque savants, qui ne pensent pas comme moi , sur l'antériorité des Vaudois à Valdo. Les passages que je vais citer sont extraits d'une correspondance particulière ; que l'on veuille bien ne pas y voir une indiscrétion, mais plutôt un hommage rendu aux lumières de ces écrivains, et une preuve de ma propre impartialité.
« Je crois , dit M. Schmidt , que l'Eglise vaudoise n'a pas besoin , pour se rendre glorieuse , de faire précéder sa période historique d'une espèce de période fabuleuse, remontant jusqu'aux apôtres ; elle me paraît assez digne de respect ; lors même qu'elle ne
(1) Ainsi, un ouvrage qui n'a que cinq volumes a été cité : T. VI, au lieu de T. IV. — Un manuscrit, coté no 60, n'a reçu que le no 6.— Les deux notes citées à la p. xxvii, lignes 8 et 10 de ce volume, doivent recevoir pour signes de renvoi : « première note de p. xxxm, et de p. xxxiv. » — Même page , ligne 17 : mettre « p. 31 » au lieu de p. 33. — A la p. xxxi, aux lignes 3 et 4, lire : « première note, page 3, chap. I. — Même page, note deuxième : les mots « ou Evrard » places après le nom de Bernard, doivent être phcés dans la note suivante, après le nom d'Eberhard. — Au T. H, chap. IV, le titre qui porte : « Etat des Vaudois selon le règne de Charles-Emmanuel , » doit être corrigé en mettant : « sous le règne... etc. » — Une rectification plus importante doit être apportée au vol. IV, en modifiant la ligne H, de la p. 146, de la manière suivante: «Le mémoire était prêt; dès le mois précèdent Peyran s'était empresse de « convoquer... etc.» Je ne signalerai pas des substitutions de mots plus faciles à réparer, telles que les cris de ses victoires n pour « les cris de ses victimes » (T. Il, p. 18); mais j'espère qu'on fera disparaître ces négligences dans une nouvelle édition, si l'ouvrage doit être reimprimé.
descend que d'un simple laïque de Lyon , dont la piété , la modération et le courage peuvent à jamais nous servir d'exemple. Avoir remis en lumière la doctrine de l'Evangile trois siècles avant la Réformation , et l'avoir conservée depuis lors avec une fidélité héroïque , au milieu des persécutions et des supplices : c'est, à mes yeux, assez beau, pour que je m'abstienne de vouloir embellir ce fait certain en y ajoutant une
longue période qui n'est pas certaine du tout Or,
j'ai-le fait positif de Yaldo; pourquoi ne serait-il pas suffisant , aussi longtemps du moins qu'on ne peut pas prouver qu'il y a eu des Vaudois avant lui ? » (Lettre de M. Schmidt auteur de X Histoire des Cathares ; Strasbourg, 28 avril 1850). «Pour le point , « qui nous occupe , les historiens ecclésiastiques les « plus éminents de l'Allemagne , MM. Gieseler et « Néander, ont depuis longtemps renoncé à l'opi- « mon de la descendance apostolique des Yaudois.
« Ils ne les font venir que de Yaldo Yous alléguez
« l'ordonnance rendue en 1209 , par Othon IV, et « vous en concluez que les Yaudois ont dû être nomce breux et anciens dans les vallées des Alpes. Nomce breux, passe ; quoiqu'à la rigueur on pût le contes-
« ter Mais anciens , c'est-à-dire plus anciens que
« Yaldo, je ne le pense pas. Voyez, Yaldo commence « à Lyon, vers 1170; neuf années après il sollicite du « pape Alexandre III l'autorisation de prêcher ; cinq « années après, en 11 84 , Lucius III prononce l'ana- « thème contré ses disciples. De 1184 à 1209, il y a
« 25 ans; ou plutôt, de 1170 à 1209 , il y a 39 ans; « dans cet intervalle de près de 40 ans , les Vaudois « ont pu se répandre assez loin, ce qu'en effet ils ont « fait : songez seulement à la facilité avec laquelle les « adversaires de Rome propageaient alors leurs doc- « trines ; songez surtout à la disposition des esprits
« dans la haute Italie Je ne dirai rien des argu-
« ments que vous tirez du rit milanais et de l'épître « aux Laodicéens.... Vous avez là-dessus ma manière « de voir dans ma dernière lettre. » (Ces arguments sont jugés insuffisants. ) « Tous les faits positifs, censce tatés par des documents historiques , sont sans exce ception postérieurs à 1170, c'est-à-dire à Yaldo. a Avant cette époque, il n'y en a pas un seul. Citez- « moi le moindre petit fait antérieur à cette époque, « et je mets bas les armes. » (Du même, 26 mai 1850.)
— « Vous me citez une bulle d'Urbain il, signalant « la vatlis Gyrontana, comme étant en 1090 un foyer « d'hérésie. D'abord , je vous dirai que je n'ai jamais « prétendu qu'il n'y eût pas eu avant Valdo de mâ- « nifestations anti-catholiques. Mais pour établir une « connexion historique positive, une identité parfaite « entre les doctrines , il faudrait connaître cette hé-
« résie, dont ladite vallée a dû être le foyer En
« admettant même qu'il s'agisse d'une hérésie ana- « logue à la doctrine vaudoise, cela prouverait seule- « ment qu'avant Valdo déjà, il y a eu des hommes, « croyant quelque chose de semblable à ce qu'il a «cru lui-même; mais conclure de là qu'il a été \o
« descendant de ces hommes . c'est faire un grand « saltus in proàando. » (Bu même. 10 juillet 1850.)
Je crois aussi devoir citer , sur cette question . les paroles de M. Giesler. dans la langue même dont il s'est servi pour me faire connaître sa pensée. — « Primum . mones Petrum de Bruis , testibus re- « centioribus . a valle quadam oriundum fuisse . ,< quam Urbanus II, anno 1096, tanquam ha^resi in- « festam notet : inde , juve tuo . colligere tibi vi- «t deris . doctrinam qu* Petro cura Valdo communis « tuent, in valle ista. jam ante Valdum viguisse. Dubiv( tari certe nequit. Petrum de Bruys et Henricum jam a ante Valdum . Ecclesia? catholicœ errores . <eque ac <t, catharorum portenta improbasse , atqae ad puram « scriptune sacra? doctrinam redire studuisse. Impro- « babile non est. Petrum, in valle patria. etiam doctri- « nam suam seminasse . atque asseclas reliquisse : « itaque explicari potest . quod Urbanus vallem istam a rueretieis pienam vocaverit. Neque minus simile « vero est, ex Pétri et Henrici asseciis qui superfue- « rint multos ad Valdenses. in quibus simile studium « deprehenderent . transiisse , itaque factum esse vice detur, ut Petrobrusianorum et Henricianorum pos- « tea ne vestigium quidem inveniatur. Sed ipsos Yal- « denses jam ante Petrum fuisse . Petrumque ex iis u prodiisse. concedere nequeo. Nam : 1° Petrus multa « docuit a Valdensium doctrina prorsus aliéna. Infan- « tes baptizandos e ;se . sacramentum corporis et san- « guinis Christi . post Christum celebrandum fuisse , « negavit. Monaehos ad ducendas uxores coëgit. E
« contrario , notum est, Valdenses initio doctrinam « et instituta Ecclesiœ catholicse non impugnasse , « sed nihil voluisse nisi simplicitem Evangelii doctri- « nam libère prsedicare. Praeterea cselibatum magni « fuerunt ; eorumque doctores , ipsi caelibes vixe- « runt. » (Gottingen, 20 juin 1850.) Tel est le principal argument de M. Gieseler, dans cette lettre, qui est plus étendue encore. — C'est aussi, sur le même sujet, l'opiniou de MM. Néander, Herzog et Schmidt. — Je ne puis la discuter ici ; mais je ferai observer : d° que les doctrines de Bruys sont plus exagérées que celles des Vaudois; 2° que des doctrines, de protestation contre l'Eglise romaine, existaient avant la naissance de Bruys , dans la vallée même où l'on prétend qu'il a vu le jour (voir les notes 1 et 2, de la page 32; 3° que Bruys peut avoir pris dans cette vallée où il était né, et qui était une des vallées vaudoises du Dauphiné , les germes d'opposition à l'Eglise romaine, qu'il fit prévaloir ensuite dans ses opinions particulières, devenues indépendantes de celles qui avaient abrité son berceau ; 4° que ce qu'il y eut d'exagéré dans les opinions de Bruys, ne concordant pas avec le caractère modéré des Vaudois, a pu l'engager à s'éloigner d'eux pour aller faire ailleurs des prosélytes ; 5° que cet esprit de modération, dont il est bien reconnu que les Vaudois ont fait preuve, est le fruit ordinaire de l'expérience et du temps ; et que s'il se manifestait déjà chez eux du temps de Bruys , il attesterait, à cette époque même, l'ancienne durée
de ceux qu'il caractérisait. 6° L'ancienneté des Vaudois expliquerait ainsi la calme maturité de leurs doctrines ; et le caractère emporté de Bruys expliquerait la violence des siennes. Toutes les analogies me paraissent donc militer en faveur de mon opinion.
Dans ces diverses lettres . on m'oppose encore la difficulté de faire dériver le nom de Vaudois, de Vaux-, ou Valdenses. de Yallis (voir la note 10, du 1er chap. de cet ouvr.) ; le vague des expressions d'Othon IV, dans son édit de 1209 (voir id. note 1 , de la p. 5) , et l'absence de documents antérieurs au XIIe siècle. — J'ai examiné la plupart de ces objections en d'autres parties de cet ouvrage.
Nos lecteurs pèseront eux-mêmes la valeur des objections et des réponses.
Avant de terminer, je dois dire un mot encore de l' E 'pitre aux Laodicéens , dont je parle à la page 33. Saint Jérôme étant le premier qui l'ait déclarée inauthentique, j'avais cruqu'ondevait la considérer comme ayant été reconnue authentique avant lui. M Schmidt m'apprend que c'est là une erreur : « Loin de dire « que cette pièce n'a eu cours que jusqu'au IVe siècle, « affirme le savant historien , on devrait dire qu'elle « n'a eu cours que depuis lors. Philastrius et Jérôme, « tous deux de la fin du IVe siècle, sont les premiers « qui en fassent mention... Elle est probablement « d'origine occidentale... Sa présence dans un msc. « du moyen âge ne peut être envisagée ni comme une a preuve du grand âge du msc. , ni de l'antiquité
« d'une Eglise à laquelle ce msc. aurait appartenu. « Cette pièce apocryphe se trouve dans un grand « nombre de msc. latins de la Vulgate, à partir du « VIe jusqu'au XVe siècle. Je vous en citerai quelques- « uns; msc. de 546 , conservé à Fulde ; autre de la « fin du IXe siècle, à Darmstadt: autre du même temps, « à Berne ; un du Xe siècle, à Tolède ; du XIe, à Paris ; « du même temps, à Vienne ; plusieurs du XIIe et du « XIIIe siècle, à Oxford et à Londres; un de 1264, à « Dresde, et deux du XVe siècle, à Leipsick. »
M. le professeur Reuss, l'un des exégètes les plus distingués de notre époque, a bien voulu ajouter quelques indications , à ces renseignements.
« Marcion , me marque-t-il, donne le nom d'E- « pitre aux Laodicêens , à celle que nous nommons «Ep. aux Ephésiens. Ce n'est pas de celle-là que «vous voulez parler, mais d'une pièce apocryphe im- « primée dans Fabricius ( Codex Apocr. N. T. I. 855 ). «Le plus ancien auteur qui en parle est Jérôme. « (Catal. Script. Eccl. S. Tit. Paulus. ) Je ne compte «pas Philatrius au quatrième siècle (Hœres. 88), «parce que ses expressions sont douteuses: (A/ii aautem Lucœ evangelistœ aiunt epistolam etiam ad « Laodic. scriptam. ) Il parait qu'il voulait parler de «l'Ep. aux Hébr., que plusieurs ont confondue avec « celle dont parle saint Paul : Coloss.IV, 16 ; opinion « récemment encore défendue. Jérôme dit : Legunt qui- « dam, et ad Laodiceos, sed ab omnibus exploditur. L'é- « pitre apocr. est mentionnée comme telle par Théo-
«doret (ad Coloss. IV, 16). Le second concile de « Nicée (787) la proscrit formellement : Labbe Con- « cil. VII, 475. Elle n'existe qu'en latin , et doit son « origine à l'interprétation de Coloss. IV, 16. La traduc- « tion grecque actuelle a été faite au seizième siècle; « cependant il est probable qu'il y avait autrefois un « original grec. Elle n'a jamais été reçue au canon; « mais le moyen âge latin l'adoptait assez fréquem- « ment , sans y être officiellement autorisé. Tous les « modernes , depuis Erasme , à peu près, l'ont rejetée ; « on la trouve cependant dans divers manuscrits et « même dans plusieurs Bibles imprimées : (d'abord « catholiques et anabaptistes : Worms, 1529 ; Mayence, «' 1534; Bible bohémiène du seizième siècle, etc. — Le « premier protestant qui l'ait insérée, fut Elie Hut- « ter : 1599; etc.).
« Vous voyez, par tout cela , qu'elle n'a jamais été « rejetée du canon , parce qu'elle n'y a jamais été a reçue. Haymo Halbert. (Sect. IX.) la cite comme a utile (ad Coloss. IV. 16). Pseudo Anselmus (ad aeumdem locum) , croit également que Paul y men- « tionne cette pièce , et explique son absence du canon « comme Grégoire. (Greg. magn. in Job , 1. 35. 15. « dit que Paul a écrit 15 épîtres, mais que l'Eglise « s'en tient à 14, à cause des 10 commandements et des « 4 Evangiles ! ) Thomas d'Aquin (ad Coloss. IV, 16 ) « dit qu'elle n'est pas au canon , non plus que celle citée : lerCor. V: quia non comtabat de earum auctoritate , quia forte erant depravatœ 3 et perierant in eccle-
sia; vel quia non continebant aliud quant ista , etc. (Lettre de M. E. Reuss. Strasb. 9 juillet 1850).
Nos lecteurs seront en mesure, sur ces indications , d'admettre ou de rejeter l'argument de détail , que j'avais cru pouvoir tirer de la présence de l'épître en question , dans la Bible Vaudoise , de la bibliothèque du palais des Arts , à Lyon ; n° 60.
Depuis que les premiers volumes de cet ouvrage ont été imprimés, une discussion de dates s'est établie sur les éléments de la troisième note qui se trouve à la page 5 , du chapitre Ier (1). Voici pour la remplacer.
(. Des deux écrivains cités dans cette note , l'un était le contemporain de Valdo (2), et l'autre, son successeur peu éloigné (3). Or, ils parlent des Vaudois, comme si ces derniers étaient originaires de leurs vallées (4).
0. C'est dans ces Vallées que. d'après les écrivains du pays, opposés aux Vaudois, Pierre de Bruys, pré-
(1) D'après cette note, le pape Lucius dont il est parlé dans Bernard de Fontcaud, serait Lcce II ; d'après M.Schmidt ce ne peut-être que LrcE III ; et l'expression qui a fait croire à une dédicace dévrait être autrement entendue. — N'ayant pas maintenant le texte sous les yeux, je ne puis que mentionner ces observations, avec toute la déférence qu'elles méritent, et présenter de nouveaux arguments à l'appui de la même thèse.
(2) Bernard ou Evrard db Foxtcacd (de fonte calido) , mort en 1193. (Herzog : De orig. et pristino statu Wald. etc.. p. 2.
(3) Ebbrhard de Bbthcte (biblioth. max. PP. T. XXIV). On ignore la date de sa mort: mais elle fut peu éloignée de celle de l'auteur précèdent.
(4) Dicti sunt... a valle densa. (Bernard : Contra Yaldenses et Arianos , dans Gretzeri opéra T. XII; préliminaires de l'œuvre.) — Yaldenses... eo quod in tatle... Eberhard : liber anti-hœresis ; cap. XXV.) — Cet écrivain appelle ailleurs les Vaudois du simple nom de Montagnards, ce qui fortifie encore l'idée que. selon lui. ils étaient originaires de leurs montagnes. (Voir max. bibl. Patrum, vol. XX, toi. 1039.)
curseur de Yaldo, a pris naissance (1). D'où il résulterait que les doctrines communes à ces deux réformateurs, devaient être connues dans ces vallées, avant l'apparition de Yaldo.
ÏII. Ces doctrines, en effet, sont déjà signalées avant cette époque, même par des documents officiels (2).
IV. Le nom de Valdo semble n'avoir dû être ni un nom de baptême (3), ni un nom de famille (4). S'il n'est qu'une épithbte , on pourrait croire qu'elle lui fut donnée, par suite des relations qu'il avait eues
(1) Le P. Albert [Hist. du diocèse d'Embrun... T. I, p. 56), et le jésuite Fourmer [Hist. des Alpes maritimes ou coltiennes et particulièrement d'Embrun leur métropolitaine : MSC. in-fol. dont l'original, en latin, est à Lyon et la traduction, que je cite, à la bibliothèque du petit séminaire de Gap) , ainsi que Raymond Juvenis (auteur de Mémoires historiques inédits et procureur du roi, à Gap, sur la fin du XVIIc siècle) , disent que Pierre de Bruys , était originaire de Val-Louise , l'une des vallées vaudoises du Dauphiné.
(2) La Val-Louise est signalée comme infestée d'hérésie, dès l'année 1096' dans une bulle d'Urbain II, citée par Brunet , seigneur de l'Argentière : Recueil des actes, pièces et procédures, concernant l'Emphytéose perpétuelle des dîmes du Briançonnais , p. 55. — Dans cette bulle la Val-Louise est nommée Vallis Gyrontana, du nom du Gyron ou Gyr, torrent qui la traverse. — Voir sur les différents noms de cette vallée, au commencement du chapitre III, de la première partie de cet ouvrage.
(3) Car il se nommait Pierre. [Prœdiclo Petro, quidam se adjunxit qty dictus eral Johaimes, et erat de Lugduno. (Philiciidokfils, de haeresi Valdensium, chap. 1er. — Bibliotheca max. P. P. T. XXV, p. 278.)
[U) Les noms de famille n'existaient pas à cette époque. Ou désignait les individus par une épithète empruntée à leur profession, aux caractères de leur personne ou à leur genre de vie. Exemples : Jacques le tisserand, Thomas Le Roux, Richard Cœur-de-Lion, etc.
avec les Vaudois des Alpes (1). et de la propagation qu'il fit de leurs doctrines. — Mais lors même que ces doctrines eussent été partagées à Lyon, par un chrétien nommé Yaldo (2), et que ce dernier eut laissé des disciples nommés Vaudois, ils n'en résulterait pas que les Vaudois des Alpes, fussent les disciples de Yaldo.
Y. On trouve en effet ce nom et ces doctrines dans un poème en langue romane , antérieur d'un demisiècle à Yaldo. La date de ce poëme a été contestée; nous l'examinerons plus tard (3).
(i) Par suite de son état de marchand forain. — Oq oppose à cette idée la difficulté de faire dériver les mots Valdo et Valde>ses de ■afftl , vallée. Mais combien u'avons-nous pas de mots qui n*ont pas suivi, dans leur formation, les règles d'une exacte etymologie? Ces dérivations arbitraires étaient surtout nombreuses au moyen âge. L'objection n'aurait de valeur que si cette dérivation contestée était le fait d'une hypothèse qui nous fût propre : mais elle existait déjà du temps de Valdo. Yaldenses... dicti sunt... a calle densa. Voir la note cinquième de ce chapitre.^ Eberbard de Béthune nomme du reste les Vaudois. Yallenses, en donnant à ce mot h même etymologie. (Xote précitée.) Db Thoc les appelle indifféremment Yallenses, Yaldenses ou Concallenses. Histor. lib. XXVII, etc.)
(à) « Le nom de Yaldo n'était pas rare au moyen âge. — En 739 , on a t Yaldo, abbe de Saint-ilaximin , à Trêves; en 769 et en 830. le même » nom se retrouve parmi les hommes libres, signataires de donations faites « à l'abbaye de Wissembourg; en 786 vivait Yaldo, abbe de Richenau , c près de Saint-Deays ; en 881. Yaldo. signataire d'une charte de Charles- * le-Gros; en 895, Yaldo, evèque de Freissingen; en 907, Yaldo membre « du Synode de Vienne; en 960, Yaldo, evéque de Corne, etc. » (Lettre de M. Schmidt . du 26 mai 1850.)
(3) La Xobla Leyczon , datée de l'an MC. — Voir pour la discussion de cette date, daus la Bibliographie de l'Israël des Alpes. Partie I, Section II, § 3, art. XXIV; et Partie II, Section I, § 3; MSC. 207, art. V.
VI. L edit d'Othon IV, daté de l'an 1209, attribue aux Yaudois du Piémont . une notoriété et une influence assez grandes pour faire présumer qu'à cette époque ils étaient déjà anciens dans le pays (1).
VIL A supposer que les disciples de Valdo se soient réfugiés dans les Alpes, sur la fin du douzième siècle , il serait bien difficile d'admettre qu'ils eussent peuplé à la fois les vallées vaudoises du Dauphiné et celles du Piémont, en moins d'une génération, au point d'y acquérir l'influence que leur attribuent simultanément cet édit d'un côté et celui d'Alphonse d'Arragon, marquis de Provence, de l'autre (2).
VIII. On ne pourrait se rendre compte d'une pareille extension que dans le cas où les nouveaux réfugiés auraient déjà eu des coreligionnaires dans ce pays (3) : comme aussi, on ne peut guère expliquer
(1) Voy. Monumenta Patrice, T. III, col. 488. — Le grief porté contre les Vaudois dans ce décret, est ainsi conçu : Zizaniam seminant : ce qui dit-on, semblerait indiquer que leur présence était récente dans le pays; à mon axis, cela impliquerait plutôt que leur activité s'était accrue.
(2) Eu 1192, selon d'ÀRGEXTRÉ [Collectio judic. de novis errorib. T. I , fol. 83) ; en 1194, selon Evmeric (Directorium Inquisit. p. 282.) — Alphonse II était marquis de Provence. — Les Yaudois, sont nommés dans cet édit. Il est donc permis de les considérer comme existant en Provence, à cette époque.
(3) On ne peut guère s'expliquer, sans cela, comment ils auraient su d'avance qu'ils y trouveraient un asile.
leur arrivée dans ce pays que par l'existence de ces coreligionnaires antérieurs (l). Dans les deux cas, les Vaudois des Alpes eussent précédé les disciples d^ Valdo.
TX. L'idiome de la Nobla Letjczon, étant le langage des Alpes et non celui du Lyonnais (2), c'est par des habitants de ces montagnes et non par des étrangers que ce poëme a dû être écrit. Mais, comme il ne peut avoir été composé que de l'an 1100 à l'an 1 J 90 (3) : comme, en 1 100, les disciples de Valdo de Lyon n'existaient pas encore : comme en 1190, il y avait à peine six ans qu'ils étaient bannis de Lyon (4) , et qu'en si peu de temps, il n'est pas probable qu'ils eussent pu apprendre une langue nouvelle, au point de la doter soudain des œuvres les plus parfaites qu'elle eût encore produites; comme, en outre, dans la position précaire où ils se trouvaient, ils devaient avoir bien autre
(1) A supposer que les disciples de Valdo se soient réellement réfugiés dans les Alpes.
(2) Voir dans la Bibliographie de l'Israël des Alpes, Partie II, Section I, § 1, article VIÏ; et § 2 ; MSC. VII.
(3) Même Bibliographie : Partie I, Sect. II, § 3, art. XXIV.
(4) Valdo fut déclaré hérétique au concile de Latrau (1179) et anathématisé à celui de Vérone (par Luce III , en 1184) : où l'empereur s'eugagea à travailler à l'extirpation des hérétiques. C'est à la suite de cette dernière condamnation (de 1685 à 1688), que Valdo fut expuké de Lyon, avec ses disciples.
chose à faire qu'à écrire des poëmes; comme enfin, dans la Nobla Leyczon , il n'est parlé ni de Valdo , ni de ses disciples, et qu'il n'est pas même fait allusion à leur existence : je suis porté à croire que ce n'est point parmi les disciples de Valdo, qu'il faut chercher l'auteur de ce poëme.
X. En effet, si les Vaudois de Lyon avaient dû écrire un pareil ouvrage, il est évident qu'ils l'auraient écrit dans la langue qui leur était familière : c'est-àdire, dans l'idiome du Lyonnais, et non dans celui des Alpes. Et, à supposer qu'ils eussent connu ce dernier idiome , je dis qu'ils ne s'en seraient pas servis : à moins qu'il n'y eût eu déjà , dans les Alpes . des indigènes partageant leurs doctrines; car, sans cela, ces indigènes eussent été leurs adversaires , et les disciples de Valdo, qui avaient pour but de se cacher, auraient évité la langue de leurs adversaires au lieu de la rechercher. D'où je conclus : 1° que ces poëmes ne sont pas leur ouvrage ; 2° qu'ils sont dûs aux indigènes des Alpes, qui parlaient cette langue : 3° que ces indigènes sont des Vaudois antérieurs à Valdo.