ET ORGANISATION DE L'ÉGLISE VAUDOISE DANS LES ANCIENS TEMPS
(Pour les faits historiques de l'an 290 (1) à l'an 1209.)
Sources. Anciens manuscrits vaudois en langue romane, déposés aux Bibliothèques : de Lyon, no 60, de Grenoble, no 488 (anciennes tablettes 8,595); de Genève, nos 43, 206, 207, 208, 209; et de Dublin : Colleg. Trin., Class. A, Tab. IV, uo 13 ; Class. C, Tab. V, nos 18, 21 et 22, Tab. IV, (class. C.) nos 17 et 18.
Les Vaudois des Alpes sont , selon nous , des chrétiens primitifs ou des héritiers de l'Eglise primitive, conservés dans ces vallées à l'abri des altérations successivement introduites par l'Eglise Romaine dans le culte évangélique.
Ce n'est pas eux qui se sont séparés du catholicisme , mais le catholicisme qui s'est séparé d'eux , en modifiant le culte primitif (2).
(1) Voir à la page 31.
(2) Voir la note à la fin du chapitre.
De là l'impossibilité d'assigner une date précise à leurs commencements. L'Eglise de Rome qui , dans ses commencements aussi, faisait partie de l'Eglise primitive , ne se modifia pas tout à coup ; mais à mesure qu'elle devint puissante, elle prit, avec le sceptre, le faste, l'orgueil et l'esprit de domination qui accompagnent ordinairement la puissance ; tandis qu'au sein des vallées vaudoises , cette Eglise première réduite à vivre sans éclat, demeura libre dans son isolement et moins portée dès lors à abandonner la pure simplicité de son berceau. L'indépendance du diocèse de Milan, dont ces chrétiens des Alpes firent d'abord partie, et celle dont fit preuve le siège épiscopal de Turin , en s'opposant dans le IXe siècle au • culte des images (1), ont dû contribuer à les maintenir dans cette position.
On a dit que les Vaudois devaient leur origine à Valdo de Lyon; et il est incontestable que ce réformateur a eu des disciples auxquels il légua le nom de Vaudois; mais cela ne suffit pas à prouver que les Vaudois des Alpes soient descendus de lui. De nombreuses circonstances, au contraire, semblent devoir établir qu'ils lui
(1) Voir en particulier la vie de Claude de Turin, qui conserva son siège épiscopal plus de vingt ans encore, après s'être déclaré contre ces innovations. (Basnage : Histoire de l'Eglise. T. Il, p. 1308.)
étaient antérieurs (i); et peut-être, est-ce à ces derniers, qu'il a dû le nom que nous lui connaissons (2).
Les vallées vaudoises ne pouvaient conserver toujours cette indépendance ignorée, qui les garantissait. Le catholicisme, graduellement revêtu d'un nouveau culte , inconnu des apôtres , rendait de jour en jour plus saillant le contraste de ses fastueuses innovations, avec l'antique simplicité des Vaudois.
Pour les réduire alors à l'unité despotique de Rome, on envoya contre eux les agents d'un ministère , également inconnu aux temps apostoliques. C'étaient les inquisiteurs (3). Par suite de la résistance qu'ils rencontrèrent dans ces montagnes reculées , la vallée de Luzerne fut mise à l'interdit (4). Mais cette mesure ne fit qu'établir plus ostensiblement la ligne de démarcation qui s'étendait entre les deux Eglises; car,
(1) Eberhard ou Evrard de Béthune, qui vécut dans la première moitié du Xlle siècle, parle des Yaudois sans parler de Valdo. Ou pourrait en induire qu'il ne conuaissait pas encore ce dernier, probablement moins âgé que lui, et que les Vaudois dont il parle étaient par conséquent antérieurs à Valdo. — Bernard de Fontcaud , qui a écrit : Contra Valdenses et Arianos, a, dit-on, dédié son livre au pape Luce II. Or, ce pape mourut eu 1145, c'est-à-dire plus de trente ans avant l'apparition des disciples de Valdo. Il n'est du reste pas question de Valdo dans cet ouvrage. Les Vaudois y sont mis en parallèle avec les Ariens, mais non pas confondus avec eux. — Voir dans la Bibliographie, les articles indiqués en tête de l'Avertissemeut , et la note préliminaire qui précède ce chapitre.
(2) Par suite de ses relations probables avec les vallées vaudoises, car il était marchand forain, et son nom était Pierre.
(3) Repoussés de la vallée d'Angrogue en 1308, ils reparurent dans celle de Luserne en 1332. (Bref de Jean XXII, du 23 juillet 1332.)
(4) En 1453, par Nicolas V. (Voir le dernier chap. de la Bibliographie.)
bien que les Vaudois ne se fussent pas séparés schismatiquement de l'Eglise catholique, dont les formes extérieures les abritaient encore, ils avaient leur clergé particulier, leur culte et leurs paroisses.
Leurs pasteurs se nommaient Barbas (i). C'était dans la solitude presque inaccessible d'une gorge profonde , où la nature recueillie n'envoyait à leur âme que d'austères inspirations , qu'ils avaient leur école (2). On leur faisait apprendre par cœur les Evangiles de saint Mathieu et de saint Jean ; les épîtres catholiques, et une partie de celles de saint Paul. On les instruisait en outre pendant deux ou trois ans en hiver. Ils s'exerçaient à parler le latin , la langue romane et l'italien. Après cela, ils passaient quelques années dans la retraite ; puis on les consacrait au ministère par l'administration de la sainte cène et par l'imposition des mains.
Ils étaient entretenus par les subventions volontaires du peuple. La répartition en était faite chaque année dans un synode général. Une partie était donnée aux ministres , l'autre aux pauvres , et la troisième réservée aux missionnaires de l'Eglise.
Ces missionnaires allaient toujours deux par deux:
(1) Titre de déférence; et textuellement oncle, dans l'idiome vaudois
(2) Cette gorge, située dans Val-Angrogne,se nomme Pra-dit-Tour.
savoir, un jeune homme et un vieillard. Ce dernier était appelé leBégidor, et son compagnon, le Coadjuteur. Ils parcouraient l'ïtalie, où ils avaient des stations organisées sur plusieurs points , et dans presque toutes les villes des adhérents secrets. A Venise, on en comptait 6,000 (1); à Gènes, ils n'étaient pas moins nombreux. Vignaux parle d'un pasteur de la vallée de Luzerne qui s'y retira pendant sept ans (2). Le Barba Jacob, en revenait en 1492, lorsqu'il fut arrêté par les troupes de Gattanée, sur le col de Coste- Plane , pendant qu'il se rendait de la vallée de Pragela dans celle de Frayssinières (3) ; et les enquêtes juridiques dirigées contre les Vaudois de 1350 à 1 500 (A) , et si souvent citées par Bossuet (5) , mentionnent également la circonstance caractéristique de ces voyages habituels.
Ce devait être pour ces chrétiens épars une fête bien douce que la venue du pasteur missionnaire, at-
(1) Gilles, p. 20.
(2) Cité par Perrin, p. 241.
(3) Perrin, p. 241, note marginale, n. 4.
(4) Ces Enquêtes faisaient jadis partie de la bibliothèque particulière de Colbert; elles passèrent ensuite dans celle du marquis de Seignelay. Bonnet et Lelong les citent dans leurs vocabulaires. On ignore où elles sont aujourd'hui. Un manuscrit in-folio de la bibliothèque du petit séminaire de Gap en renferme de nombreux fragments, qui ont été consultés.
(5) Hist. des Var., liv. XI, § ci et suiv.
tendu pendant toute l'année avec la certitude d'un retour régulier, comme celui d'une saison déplus! Saison rapide, mais bénie, dans laquelle les fruits de l'âme et les moissons du Seigneur s'avançaient vers leur maturité.
Chaque pasteur devait être missionnaire à son tour. Les plus jeunes s'initiaient ainsi aux devoirs délicats de l'évangélisation : chacun d'eux étant sous la conduite expérimentée d'un vieillard que la discipline établissait son supérieur , et auquel il devait obéir en toute chose autant par devoir que par déférence .
Le vieillard de son côté se préparait ainsi au repos, en formant pour l'Eglise des successeurs dignes d'elle et de lui. Sa tâche étant Unie , il pouvait mourir en paix avec la consolante assurance d'avoir transmis le saint dépôt de l'Evangile à des mains prudentes et zélées.
Outre cela, les Barbas recevaient une instruction professionnelle qui les mettait à même de pourvoir à leurs besoins. Quelques-uns étaient colporteurs, d'autres artisans, la plupart médecins ou chirurgiens ; tous enfin connaissaient la culture des terres et l'entretien des troupeaux aux soins desquels ils avaient été voués dans leur enfance.
Très peu d'entre eux étaient mariés , et leurs perpétuelles missions, leur indigence, leurs voyages, leur vie toujours militante et toujours menacée, font comprendre aisément la raison de ce célibat.
Dans le synode annuel, qui se tenait aux vallées, on examinait la vie de ces pasteurs et Ton réglait leurs mutations de résidence. Les Barbas en exercice étaient échangés tous les trois ans, et toujours deux à deux, à l'exception des vieillards, qu'on ne déplaçait plus. Un directeur général d'Eglise était nommé à chaque synode, avec le titre de Président ou de Modérateur. Ce dernier titre a prévalu et se conserve encore aujourd'hui .
Les Barbas vaudois devaient se rendre auprès des malades , y qu'ils fussent ou non appelés. Ils nommaient des arbitres dans les différends ; ils admonestaient ceux qui se conduisaient mal , et si les remontrances devenaient inutiles ils allaient jusqu'à l'excommunication : ce qui était fort rare.
Leurs prédications, leurs catéchèses et les autres exercices d'enseignement on de pieté étaient généralement semblables à ceux des églises réformées , sauf que les fidèles prononçaient à voix basse la prière qui précède et celle qui suit le sermon. Les Vaudois avaient aussi des cantiques, mais ils ne les chantaient
qu'on particulier; ce qui est encore conforme à ce que nous savons des habitudes de l'Eglise primitive.
Leurs doctrines présentent également une analogie, et même une parité frappante, avec celles des temps apostoliques ou des premiers Pères de l'Eglise.
L'autorité absolue de la Bible et son inspiration (i), la trinité en Dieu (2), l'état de péché en l'homme (3), et
(1) Noscreen... tôt czo qu'es con- Nous croyons que tout ce qui est tenu al velh e al novel Testament contenu dans le Vieux et le Nouveau esser segella e auctentica d'1 sagel Testament a été scellé et homologué d'1 sant Sperit... e tota la ley d'Xt. (rendu authentique) par le sceau du istar tan ferma en verita que una Saint-Esprit..., et que toute la loi lettra o un poinct d'iey meseyma, chrétienne est si fermement établie non poissa mancar ni deffalhir. en vérité, qu'un seul point n'en peut
manquer ni faiblir.
(Msc. vaudois de Dublin , Bibl. du collège de la Trinité, class.C, tab. V, n. 22. Sous le titre : Trésor e lume de fe , fol. 176 et suiv., et dans les Msc. vaudois de Genève, n. 208 (sans pagination).
(2) Lo premier article de la nostra Le premier article de notre foi est fe es que nos creyen en undio payre que nous croyons en un Dieu , père tôt poissant... local dio es un entre- tout-puissant..., leq uel Dieu est un nita. en trinité.
(Même source. Dublin : fol. 180. Genève : de li articles d'ia fe. Voir aussi le Catéchisme : Interrogations menors, publié par Perrin, etc.)
(3) Nos sen conceopu en pecca e Nous sommes conçus en péché et en miseria. — Larma tray soczura en misère. L'ame traîne après elle de pecca. — Pecca, soczura, enequi- une souillure de péché. Péché, souilta sovent, pensen, parlen , eobren lure et iniquité nous suivons, penfellonosament. sons, parlons et agissons déloyale-
ment.
(La Barca. Msc. de Genève, n. 207, et de Dublin, n. 21.)
le salut gratuit par Jésus-Christ (1); mais surtout la foi agissante par la charité (2), les résument en peu de mots.
On sera surpris peut-être d'apprendre qu'avant la réformation, les Yaudois n'avaient pas contesté à l'Eglise romaine, le nombre des sacrements qu'elle avait admis (3). Es se contentent en effet d'observer que
(1) Ce point de doctrine fait l'objet spécial du quatrième article de foi, exposé dans le manuscrit de Dublin, n. 22, et de Genève, n. 208.
L'hereta celestial , el meseyme, Jésus-Christ, Fils de Dieu, promet Xrist , filh de dio, promes donar a lui-même de donner l'héritage celi veray cootivador de la fe. leste aux vrais continuateurs de la foi.
(Genève, Msc. 609.)
Nostra salu... e premierament en Notre salut est premièrement dans
la eslecion e donacion de gra délie l'élection et le don gratuit par pur
sua gracia, fayent agradivols... se- gré) de sa grâce, nous rendant (elle-
condament en la participaciou del même) agréables,
merit de notre Segnor Salvador En second lieu, dans la participa-
Yeshu Xrist. tion aux mérites de notre Seigneur
et Sauveur Jésus-Christ.
(Msc. de Dublin, class. C, tab. V, n. 25, première pièce. Ayczo es la causa del despartiment de la Gteysa romana.)
(2) Non possibla cosa es ali vivent, Il est impossible aux vivants d'accomplir li comaudament de dio silh complir les commandements de Dieu, non han la fe : e non puon amar s'ils n'ont pas la foi, et ils ne peuluy perfectament ni cun carita silh vent l'aimer complètement ni avec non gardan li seo comaadament. charité , s'ils ne gardent pas ses
commandements.
(Msc. vauûois.de Genève, n. 208, fol. 2.)
(3) Le manuscrit vaudois de DuMin, clas. C, tab. V, n. 22. au fol. 181,
Jésus-Christ n'en a institué que deux; et comme l'Evangile, sur lequel ils se fondent toujours, n'avait pas indiqué formellement ce nombre, ni même prononcé le nom de sacrement , il est tout naturel qu'ils s'en soient rapportés sur cela à la décision de l'Eglise , comme ils s'en sont rapportés plus tard à celle des réformateurs (1).
Ils admettaient la confession (2) , mais voici dans quelles circonstances. La confession, disent-ils, est
verso, renferme un traité de li sel sacrament. Il se retrouve en partie dans le manuscrit 208 de Genève, fol. 17-26, et dans le manuscrit 209 , fol. 18, où le mariage est appelé lo cart sagrament* de la Gleysa, avec cette observation :
enayma el fo aiosta non desparti- bien qu'il ait été ajouté non déparvolment al cal el es desser garda tivement, encore doit-il être gardé sant e non socza. saint et non souillé.
(1) Les passages des écrits vaudois en langue romane déjà publiés, qui tendraient à faire prévaloir une opinion différente, soit sur cette question, soit sur les suivantes, ont dû être modifiés dans les copies qui ont servi de base à ces publications, car ils ne correspondent pas au texte primitif des plus anciens manuscrits.
On pourrait en donner des preuves très nombreuses, mais cela n'entre point dans le cadre de ce travail. Il me suffit de pouvoir garantir l'exactitude de mes propres citations, qui ont toutes été prises sur les manuscrits originaux.
(5) Voir Msc. de Dublin, n. 22, fol. 243 et suiv. Msc. de Genève, n. 209, fol. 17, n. 207, traité final de la Penilencia, fol. antepenult. ; et sur l'absolulion qu'ils n'admettent pas : (Dublin, n. 22, fol. 383.)
* La diversité d'orthographe que l'on peut remarquer dans les mêmes mots de ces di- \ iTses citations, tient à la différence des copies ou des époques de rédaction ; quelquelois, mais rarement, à la négligence des copistes; souvent enfin à l'incertitude même de l'orthographe avant la formation de la langue.
de deux natures : la première doit être faite à Dieu du fond du cœur : sans elle aucun ne se peut sauver (l). La seconde est celle qui se fait de vive voix au prêtre, pour prendre conseil de lui; et cette confession est bonne lorsque celle du cœur l'a précédée. Mais hélas! plusieurs ne se confient qu'en celle-ci, et ils tombent en perdition (2).
Ils admettaient la pénitence, mais voici dans quelles dispositions, à C'est une grande chose, et qui convient à tout pécheur, de faire pénitence; mais c'est l'horreur du péché et la douleur d'en avoir commis qui doivent la produire. Autrement c'est une pénitence fausse : et autant la vraie pénitence rapproche de Dieu, autant la fausse en éloigne (3). »
(1) Al repentent se conven la confession, hcal os en dui modo. La promiera es interior, czo es de cor al Segnor dio E sencza aquella confession, alcun non se po sahar. {Genève, Msc. n. 207, traite final, article Quartament.)
(2) La seconda confession os vocal, czo es al preyre. per pilhar conselh de luy. e aquesta confession es bona, cun aquella premiera... sere devant anna. Ma oylas ! moti home despreczan aquesta interior... e solament se confidan a la vocal, e aquella creon que loi* sia abastant a salu... e cagie en despercion. [Suite du même morceau. Voyez de plus Msc. de Genève, n. 209, traite de la Penitencia, avec quelques modifications dans les termes. Ce même traite se retrouve dans le t. Tl des manuscrits de Dublin, article 37.)
(3) Tel est le sens gênerai de ce traité sur la Pénitence. (Dublin , n. 22. Genève, n. 207, à la fin, et 209 au commencement.)
— Al —
Telle est celle qui repose sur de vaines satisfactions (1); car que ferez- vous de bien que vous ne deviez le faire? et si vous ne le faites pas, par quoi le remplacerez-vous? Le monde tout entier ne pourrait pas nous délivrer de nos péchés ; mais celui-là seul y a satisfait qui est créateur et créature en même temps, savoir Christ (2)1
En ayma lome sapropria a dio e Autant l'homme s'approche de Dieu
al règne de li cel per la vera peni- et du royaume des cieux par la vraie
tencia ; enayroa el se delogna de dio pénitence, autant il s'éloigne de Dieu
e del règne de li cel per la falsa pe- et du royaume des cieux par la
nitencia. fausse.
La vera es habandonnar lipecca La vraie péûitence est d'abandon-
comes et plorar lor, e degitar totas ner les pèches commis, de les pleu-
las caysons de li pecca, e doler se rer, et d'éloigner toutes les occasions
seneza fin, e annar a dio de tôt lo de pécher, gémissant sans fin (d'a-
cor.... voir pèche) et allant à Dieu de tout
Dnoca lo repentent deo irar le son cœur,
pecca... e aquilh que non han en Celui qui se repent doit donc haïr
odi li pecca de li autre, e non des- le péché... et celui qui ne l'a pas en
vian lor segont lo lor poer... aitals horreur, même chez les autres, les
non son veray pentent , etc. (com- en détournant de tout son pouvoir...
rnencement et fin du traité). un tel hemme ne conuait pas la
vraie pénitence.
(1) Encara al pentent conven la II est encore une chose de grave satisiacion , e aquesta es de grev importance qui convient à celui qui condicion... per laquai alcun punis se repent ; c'est la satisfaction... par la cosa non raczonivol laquai el fey; laquelle il en est qui punissent la e aquesta satisfacion perman en tre chose nou raisonnable , laquelle ils cosas czo es en oracion, eu dejunis e ont faite; et cette satisfaction réside en almosinas, etc. (Même traité de en trois choses, savoir : la prière, le la Penitencia.) jeune et les aumônes.
(2) Eu tant sistent punicion o \e- Le pardon ou le châtiment doivent
Aussi ajoutent-ils avec raison qu'il n'y a pas d'autre cause d'idolâtrie que ces fausses opinions par lesquelles l'Antéchrist retire à Dieu la grâce, la vérité, l'autorité, l'invocation et l'intercession, pour les attribuer au ministère et aux œuvres de ses mains, savoir aux saints et au purgatoire (1).
Les Yaudois cependant ne cessent de recommander
niancza quaut es aquel contra loqual être en raison de la grandeur de ce-
l'a pecca- lui contre qui l'on a péché. Donc il
Donca la pena o loffencza es non n'y a pas plus de rapport .mesure)
niesurivol , e non mesurivol es dio entre la peine et l'otfense qu'entre
contra loqual ha pecca. Dieu et le pécheur. [L'offense est in-
Donca oylas, non deoria peccar finie contre un Dieu infini.) C'est pour-
per alcuna cosa, ni encar per tôt lo quoi, hélas! on ne devrait pécher
mont. Car tôt le mont non poeria pour aucune chose, ni même pour le
deslivrar del pecca. monde tout entier, car tout le monde
Donca lo es manifest que alcun ne pourrait nous délivrer du péché,
de si non po satisfar per lo pec- 11 est donc manifeste que persoune,
ca; ma aquel sol satisfare , local es de soi, ne peut offrir de satisfaction
creator e creatura czo es Xrist, local pour le péché ; mais que celui-là seul
a satisfait per li nostra pecca. y a satisfait qui est créateur et créature eu même temps , savoir Christ , lequel a satisfait pour nos péchés.
(Extrait du 'Sise. 209 de Genève, par les soins obligeants de M. le ministre Tron, des vallées vaudoises. — Se retrouve aussi à la fin du manuscrit 207, et dans ceux de Dublin, n. 22, fol. 358.)
(1) Non es alcuna altra causa didolatria sinon falsa opinion de gratia, de verita, de authorita, d'envocation, d'entrepellacion [intercession), laquai el meseyme Antéchrist départie de dio e en Li menestier e en las authoritas e en las obros de las soas mans , e a li sanct e al purgatori; e aquesta enequita de antechrist es dreitament contra de la fe, e contra lo premier comandameut de la ley. Livre vaudois de l'Antéchrist, cite par Perrin, p. 287, Léger, p. 81, et Monastier, p. 353.)
Y aumône (\) comme moyen de combattre le péché, par le renoncement à ces richesses qui peuvent lui servir d'instrument, et par le secours des prières du pauvre ainsi sollicitées (2) . C'est dans le même but qu'ils recommandent \e jeûne, par lequel on s'humilie (3) • mais le jeûne sans la charité est comme une lampe sans huile : elle fume et ne brille pas (4). La prière est pour eux inhérente à l'amour (5); et la patience, ajoutent-ils, le support, la douceur, la
(1) De l'almosina, Msc. de Genève, n. 209, p. 21, et dans le Vergicr de consolacion qui termine le volume. — Voir aussi dans le liber verlulum du manuscrit 206, et dans les manuscrits de Dublin pour ce dernier traité, n. 22.
(2) Genève, Msc. 209, p. -40.
(3) Id., article Remedi contra li pecca.
(U) Lo dejuni sencza lalmosina non es alcun ben ; czo es sencza lalmosina de carita et es pardonar a li seo enemis e prager per lor; lo dejuni sencza l'almosina es enayma la lucerna sencza holi, laquai fma e non luczis. (Msc. Gen. 209, fol. 20.)
(5) Aquel non laissa de aurar loqual non laissa damar ; e aquel laissa de amar local laissa de aurar.
Le jeûne sans l'aumône ne produit aucun bien : savoir sans l'aumône de charité , qui consiste à pardonner à ses ennemis et à prier pour eux.
Le jeûne sans l'aumône est comme une lampe sans huile, elle fume et ne brille pas.
Celui-là ne cesse pas de prier qui ne cesse jamais d'aimer; et celui-là cesse d'aimer qui cesse de prier.
(Msc. vaudois de Genève, n. 209, fol. 16. — Cette admirable pensée est bien plus vraie que celle de P. L. Courier si souvent citée . qui travaille, prie, et elle est plus évangélique! — On peut voir dans cette citation un exemple du peu de stabilité qu'avait alors l'orthographe : local et loqual; damar et de amar.)
résignation, la charité, sont le sceau du chrétien (1).
Quant à ceux qui se reposeraient sur les autres du soin de leur salut, recherchant les prières des prêtres et des moines, les messes, les indulgences, les neuvaines, etc., ils oublient la parole de Dieu qui a déclaré que chacun porterait son propre fardeau (2).
Ils recommandent, il est vrai, de s'adresser à des
(1) Donca , non basta a lome de junar e orar e far autras cosas; car aquestas coras son petitas ; ma sufrir patientament czo que dio permet, play plus a dio que aquellas cosas que lome eilegis de si , cun czo sia que aquellas cosas aiudon.
Donc il ne suffit pas à l'homme de jeûner, de prier et de faire d'autres choses (semblables) ; car ces choseslà soot petites. Mais souffrir patiemment ce que Dieu permet, lui plait davantage que ces choses choisies par l'homme lui-même : bien que ces choses y contribuent.
(Msc. de Genève, fin du volume, et de Dublin, vol. VI, § 11.
(2) La penitencia es vana lacal es dereczo feria e socza plus greoment.
Car li geyment non profeitan alcuna cosa se li pecca son replica. Moti scampan lacrimas non deffalhivolment e non deffalhon de peccar. Cum lome retome al pecca la cayson es aquesta . car el non es converti a dio de tôt lo cor. Es decebivol aquesta penitencia permanent en comprament de messas preypals , en communion annuals e en hinficar capellas... etc.
Vaine est la pénitence qui (laissaut rechuter) est derechef blessée et souillée plus gravement; car les gémissements ne servent à rien si l'on retombe dans le péché.
Beaucoup ne cessent de répandre des larmes et ne cessent de pécher.
Lorsque l'homme retombe dans le pèche, la raison eu est qu'il ne s'était pas converti à Dieu de tout son cœur.
Décevante est cette pénitence qui se borne à des achats de messes presbvtérales, à des communions annuel-
les, et à décorer des chapelles.
(Passages extraits des quatre premiers paragraphes du traité de ta Penitencia. Msc. de Genève, n. 207, à la fin.)
prêtres qui aient le pouvoir de lier et de délier (1) ; mais voici comment ils l'entendent : cela veut dire, qui sachent bien conseiller pour faire sortir l'homme dts liens du péché (2).
Non qu'ils attendent aucune ëbmhititm de leur part , puisqu'ils la nomment une chose trompeuse (3). mais parce que. disent-ils. de même que le malade cherche le meilleur médecin qui puisse aider en lui la nature à se débarrasser de la maladie . de même le pécheur doit chercher le meilleur conseiller pour se sortir du péché (4) ; et ce sentiment de culpabilité, dont l'énergie
(1) Âquel que se vol verament pen- Celui qui veut véritablement se retir quera lo prever local sapia ligar peutir cherche le prêtre qui sache lier e desligar. et délier.
[De la Penitencia, art. IV, § 2.)
(2) Ligar e desligar, czo es ben Lier et délier signifie, savoir bien conoisse lo pecca, e ben conselhar. connaître les pèches, et pouvoir bien
conseiller (le pécheur).
(Genève, Msc, n. 209, article de la Peniteiwia.)
(3) .... Se cre satisfar par li seo .... 11 croit avoir satisfait à (la pecca per czo que li es encharja del coulpe de) ses péchés, parce qu'il en preire.... a charge un prêtre...
Aquesta penitencia decebivel Telle est la penitenee abusive qu'en-
perman en assolucion prei- gendre l'absolution cléricale du prè-
pals.... tre).
(Même traité, de la Pénitence, n. 207, art. II et III.)
(4) Coma fay lo malate per recobrar Comme fait le malade pour recoula sanita corporal , cerca lo nieihor *rer la santé du corps, cherchant le mesre.... etc. meilleur médecin.... etc.
atteste la délicatesse dans l'âme qui l'éprouve, est si pressant chez ces rustiques et anciens Yaudois, qu'ils ne cessent d'en reproduire l'expression dans leurs divers ouvrages. — Nous avons dévié de la route de la vérité. La lumière de justice ne brille point en nous. — Le soleil d'entendement est voilé ; l'iniquité nous enlace de ses liens (4). — Je suis faible pour le bien et hardi pour le mal (2). — Au nom de
Enayma spiritualment per Io bon Ainsi spirituellement, par les con-
conselh de li bon preire.... etc. seils des boas prêtres*.... etc.
Car silh refudan desser ressemil- Car s'ils refusent d'être semblables
hadors de li apostol, ilh faren a vos aux apôtres, ils vous feront comme
corne iuda. Judas.
(Même traité : mais dans le Msc. 209, car les derniers feuillets du Msc. n. 207 ont été lacérés, et manquent au volume.)
(1) Nos baven erra de la via de verita, e lo lume de justicia non Iuczis a nos, e lo solelh dentendament non nasque a nos. Nos sen lacza en las vias deuequita e sen anna en las vias greos , e haven mesconoysu la via del Segnor. (Msc. 207, dernier traité, § VI.) Voici la traduction littérale de ces dernières phrases : u Le soleil d'entendement n'est pas né pour nous; nous sommes entrés dans les voies d'iniquité, et nous avons marché par des chemins mauvais, ayant méconnu les sentiers du Seigneur, i
(2) Temeros soy a far ben e for- Timoré je suis à faire le bien, et ment pereczos. fortement paresseux ; mais courageux
E ardi a far lo mal e mot eva- à faire le mal et fort entreprenant, nanczos. [Evananczos, qui avance vite.)
(Poëraes vaudois. Confession des pe'che's. Msc. de Dublin, class. C, tab. V, n. 21.)
* Il ne faut pas croire que ce mot de prêtres dût être exclusivement appliqué aux prêtres catholiques ; c'était probablement aussi une désignation générale que les Vaudois donnaient à leurs pasteurs, car à propos de la consécration de ces pasteurs, il est dit qu'ils sont reçus en l'office de prêtrise : en l'offiici del preverage.