‹ L'Israélite H. de BalzacChapitre 11 sur 28 · LE ROI ET LE CHEVALIER NOIR — SYMPATHIE LA CHAINE D’OR — LES FLEURS · texte numérisé non relu

LE ROI ET LE CHEVALIER NOIR — SYMPATHIE LA CHAINE D’OR — LES FLEURS

Lecteur, le prince était bien en faute; car, selon l’usage admirable de ce temps antique, on pouvait bien se venger de son ennemi, mais l’on attendait, pour le faire avec décence, qu’il fût dehors; et les jésuites ne vivaient pas à cette époque!... Je le dis, car la race future sera si méchante qu’elle leur attribuera cette subtile distinction. Dans sa joie, le monarque se tourna vers le Mécréant, sans cependant quitter la main du chevalier noir qu’il pressait sur son cœur, et il dit au comte Enguerry, d'une manière touchante, quoique pleine de majesté :

— Nous ne voulons pas que les voyageurs secouent la poussière de leurs pieds à la porte de notre château sans y entrer. Sire Chevalier, notre intention est que nos hôtes soient reçus avec toute la dignité que leur donne momentanément leur caractère sacré; le malheur est susceptible, et si vous songez à ce que nous fûmes et ce que nous sommes, vous verrez que l’on peut passer beaucoup à qui souffrit beaucoup. Les rois ne sont pas plus exempts que les autres hommes du joug des passions et de l’erreur, et plus grand est leur mérite quand ils le recpnnaissent...

Ce fut tout ce que la dignité royale et la politique per-

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mirent au bon Jean II de dire, pour ne pas ensanglanter la fçle causée par le retour de son libérateur.

— Vous fûtes toujours moult bon, vaillant et généreux 1 s’écria le chevalier- noir. — Sire, répondit Enguerry, vous pouvez encore mieux réparer le mal; je vous réitéra la demande de la main de votre fille. C’est à vous de m'entendre. Demain malin, j’attendrai votre réponse, sinon je partirai. — Seriez-vous fatigué? dit le prince à son libérateur en le sentant tressaillir aux paroles d’Engucrry. — Oui, sire.

Alors Trousse conduisit le Mécréant à l'appartement qu’on lui destinait : le monarque voulut guider lui-même le chevalier noir vers le sien; ta princesse monta à son appartement et les ministres au salon rouge pour discuter sur les événements importants qui venaient d’avoir lieu. L’on en causa même dans les cuisines, flans les écuries, dans les cours, partout, et le calme, un instant troublé, se rétablit.

Suivons d’abord le prince et son libérateur.

Arrivés à l’appartement des hôtes de distinction, Jean 11 toutèmu l’introduisit en lui disant : — Que j’ai de joie à vous posséder ici ! J’espére que vous resterez longtemps avec nous ?

— Impossible, sire.

— Eh quoi!...

— Monseigneur, aujourd’hui même je me suis convaincu qu’il est urgent que demain je parte dès l’aurore. Il s’agit de choses importantes pour le salut de mes... de ma patrie et peut-être pour votre tranquillité même...

— Je no vous reverrai donc plus! s’écria le prince avec douleur.

— Ah ! sire, il est un aimant qui me fera sans cesse revenir vers vous!

— Je le devine, répondit le monarque en soupirant; Clotilde...

— D’où le savez-vous? dit le chevalier noir en déposant son casque.

— L’amour est-il un sentiment que l’on puisse cacher ?

Entre tous les hommes on voit un amant, de mémo qu’en-' tre les femmes on distinguo une mère.

— Eh bienl oui, sire, j’aime votre fiUe; quo dis-je? j’aime,., j’adore, j’idolâtre, et cette passion n’est point guérie. Je pensais que l’absence la ferait mourir, faute d’aliment. Ah ! le souvenir est dans les amours plus puissant que la présence. Celui de Clotikle m’assiège sans cesse, et depuis le jour où je réussis à vous embarquer sur un do mes vaisseaux j’éprouvai des malheurs.

— Des malheurs! répéta péniblement le prince avec un air de bonté touchante; ont-ils cessé? , ,

— Oui, sire. Des tempêtes assaillirent notre flotte. Les chevaliers qui me firent l’honneur de me choisie pour chef et mes soldats furent séparés de moi; je n’en ai point encore de nouvelles, et j’en suis d’autant plus inquiet que j’ai pensé périr dans un naufrage. Un navire anglais nous sauva, mon écuyer et moi, lorsque nous allions être victimes des flots. Eh bien! au milieu de ces maux, j’y fus insensible, tant je pensais à votre Allé; et, presque enseveli dans l’onde, mon amour brillait au fond do mon cœur comme un feu que rien ne pouvait éteindre, pas même le danger...

La voix du chevalier n’avait plus l’accent rude et guerrier ; elle était douce et pénétrante, et Jean II se sentit ému.

— Mon ami, dit-il, je sais que la reconnaissance m'oblige à vous donner ma fille; c’est tout ce que j’ai pour m’acquitter.

— Donner!... interrompit le chevalier. Sire, vous m’estimez bien peu en croyant qu’un homme digne de ce nom vous sauva par intérêt. Donner !... Je n’exige rien, sire; je ne veux devoir Clotilde qu’à elle-même, qu’à mon amour. Il faut que je lui plaise, qu’elle m’aime ; dès aujourd’hui je commence à me déclarer son servaut d’amour.

— Mais, sire chevalier, Clotilde ne doit épouser que des princes.

A la manièredont Jean II se débarrassa de ces paroles, on pouvait s’apercevoir quelles lui coûtaient beaucoup à dire;

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aussi le chevalier répondit en souriant et d’une voix sonore et presque ironique :

— Monseigneur, croyez que je puis aspirer à elle ; et quand je me découvrirai vous serez satisfait du sang qui coule dans mes veines; c’est le plus noble de toute la chrétienté. U ne peut qu’honorer les Lusignan , tout rois qu’ils sont. Ils furent vassaux de mes ancêtres.

- — Ils ne furent vassaux que des rois de France I dit fièrement Jean II, et ils les firent trembler. Mais, seigneur, cette question ne peut vous déplaire. Vous vous couvrez d’un voile mystérieux qu’un père doit lever

— Il est vrai, sire, mais on ne le peut encore; il faut attendre.

— Serait-ce un bâtard? pensa le monarque en frissonnant à cette idée.

— En me découvrant à vous, continua l’étranger, je ne me perdrais pas seul, car mes desseins enferment le bonheur de bien du monde et votre propre salut.

— Comment ? s’écria le roi.

— Je ne m’explique point, mais soyez persuadé que je vous prouverai mon dire.

— Ghevalier, dit le prince avec l’accent de la plainte, votre courte apparition est en quelque sorte douloureuse. C’est me montrer le plaisir pour me le faire regretter. Si du moins vous vous étiez découvert plus tôt, bien que mon cœur vous devinât , j’aurais pu vous recevoir avec plus d’éclat.

— A quoi sert-il?

— C’est vrai, la véritable fête est dans mon cœur... Vous ne voulez donc pas la prolonger ?

— O mon vénérable ami, mon père, croyez qu’il faut de grands motifs pour me faire quitter ces lieux avec tant de précipitation. Ne contiennent-ils pas tont ce que j’aime?..

Le roi lui serra la main avec attendrissement.

Cette muette réponse, empreinte de l’éloquence du cœur, toucha le chevalier. Que de choses disait cette douce pression 1 Ne pouvant voir son libérateur, le prince remplaçait l’expression de ses yeux par le tact amical de sa

main généreuse. Après un moment de ce silence compris des grandes âmes :

— Prince, s’écria l’étranger, je suis venu réclamer un serment! — Demandez, chevalier, vous êtes sûr d’obtenir. — Jurez-moi donc que votre fille ne sera l’épouse d’aucun autre tant que j’aurai l’espoir de lui plaire... et de l’épousër. — Je le jure, dit le prince avec calme. — Me voilà tranquille. Adieu, sire. — Pourquoi cet adieu? Je pars demain dès l’aurore. Vous ne passerez donc qu’une nuit sous le toit de votre père ? — Les princes doivent savoir faire des sacrifices.

— Adieu donc.

Et ils s’embrassèrent. Une larme du vieillard coula sur la joue de l’étranger. — Adieu... mais revenez, dit encore le monarque en fermant la porte.

Et il entendit le chevalier pousser un soupir.

— Je no lui ai pas offert mes trésors, pensa le bon Jean II. 11 rentra donc.

— Sire chevalier, si vos entreprises exigeaient des secours d’argent, je puis vous être utile; car, pour des soldats, je suis détrôné...

Le prince soupira. — Dans ce moment je regrette mon trône doublement. — Sire, vous êtes trop bon, et je vous remercie.

Alors le monarque s’achemina vers son salon rouge. A son approche , les ministres se levèrent et ôtèrent leurs toques.

Le roi les trouvant occupés à discuter, il se hâta de dire en arrivant, de crainte qu’on ne lui enlevât la parole :

— Messieurs, nous nous trouvons dans de graves circonstances : Enguerry nous demande notre fille, et, d’un autre côté, le chevalier noir vient de réclamer sa main. Il est nécessaire de réfléchir à la conduite que nous devons tenir et la rendre conforme à notre dignité...

Tous tombèrent d’accord qu’il était impossible do donner Clotilde au Mécréant.

— Messieurs, nous avons engagé notre royale parole de

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ne point marier notre bien-aimée fille avant que le chevalier noir ait renoncé à elle...

— Sire, observa l'évêque, l’on ignore ce qu’est le chevalier noir, et le comte Enguerry n’est pas tant à dédaigner : il a huit cents hommes d’armes et des trésors, du courage; il est noble...

— Oubliez-vous qu’il nous insulta? Oubliez-vous aussi que vous nous avez souverainement déplu ? Messieurs, dit sévèrement Jean II, nous ne savons pas à quoi tient que nous ne vous bannissions de notre présenee; nous honorons votre repas en y venant prendre part, et vous avez l’audace de nous contredire, die nous rendre ridicule aux yeux de deux étrangers en nous donnant des armées que nous n’avons pas ; il ne nous manquait plus pour dernier outrage que d’être insulté par nos propres sujets.

— Sire, dit Moneslan en tortillant sa toque entre ses doigts et retenant l’évêque qui frappait du pied, j’avoue que nous sommes coupables : mais ces assertions étaient une ruse innocente pour inspirer au Mécréant une idée imposante de votre puissance et vous mettre à l’abri de ses desseins.

Le roi ne répondit rien. Son silence à la réponse de ses ministres équivalait toujours à l’aveu d’un tort, ce qui n’arrivait pas souvent ; cette fois il y ajouta un mouvement circulaire de la main gauche qui semblait dire : — Vous aviez raison... Mais il s’écria sur-le-champ Pourquoi ne nous avez-vous pas prévenu de cette circonstance? — Sire, vous ne pouviez pas voir nos signes, répondit Kéfalein. Le roi se tut de nouveau.

Rien n’était plus facile aux ministres de profiter de ce moment de triomphe, mais ils eurent la générosité de laisser le champ libre au roi.

— Messieurs, reprit-il, encore faut-il que nous donnions une réponse au comte Enguerry. — Et qui ne le choque pas, dit l’évêque. — Qui la lui portera ? demanda Mones^ tan. — Moi, si cela plaît à monseigneur, répondit le connétable. — On pourrait s’en dispenser, observa le comte Ludovic. — Nous préférons ce parti pour l’honneur des Lusignan; ud Enguerry ne doit pas.. — Sire, continua

Monestan, le Mécréant nous a dit que, faute de réponse, il partirait demain matin après l’avoir attendue; il faut le laisser partir. — Admirable! s’écria Kéfalein; je n’aurais jamais trouvé cet expédient. — Nous y accédons, dit le monarque, et c’est notre bon plaisir, messieurs, que Dieti vous ait en sa garde 1

Les ministres s’inclinèrent, et sur ce mot Jean II se retira dans son appartement, car les émotions de cette journée l’avaient un peu fatigué.

— Votre ambassade à Naples est finie, dit l’évêque à Monestan d’un air de triomphe. — Dieu veuille que le Mécréant ne se trouve pas offensé !... répondit le premier ministre. — Quel mal y aurait-il à le combattre? répliqua le guerroyant v Hilarion.

Kéfalein les regardait gravement.

Si l’on avait voulu les peindre, on aurait très-bien représenté le groupe de la douceur, de l’orgueil et de la naïveté... L’évêque en soutane affectait une supériorité sur ses deux collègnues ; Monestan avait les yeux baissés avec humilité; Kéfalein était dans une pose unique, il jouai avec la plume de sa toque en contemplant l’évêque d’un œil effaré, et son immobilité seule suffisait pour dévoiler le peu de complication qui régnait dans ses pensées...

— Pourvu qu’il n'arrive pas de malheurs , messeigneurs, s’écria l’intendant qui venait de recoûvrir les choses précieuses, et notamment la balustrade; ce Mécréant regardait le dressoir avec un œil de convoitise! oh! je m’y connais!...

Les ministres laissèrent Bombans et ses valets s’acquitter de leur devoir

Revenons à la princesse. Aussitôt que Clotilde eut regagné son appartement, elle s’assit pour réfléchir à ses malheurs: — Quelle journée!... se dit-elle. J’oubliais trop promptement que les filles des rois ne doivent point avoir de cœur! l’obéissance est le seul sentiment qu’elles connaissent; pourquoi suis-je fille d’un roi?... Pauvre Juif!... ce soir ton amour a reçu le coup de la mort!...

Elle n’eut pas le courage d’aller à sa fenêtre. — Pour-

quoi l’entretenir dans son espérance? se dit-elle, quand le chevalier noir me demande peut-être à mon père... et peutil me refuser? moi-même, puis-je résister?... je suis la rançon de mon père!... il s’acquitteà mes dépens!... Hélas! épouser l’étranger, ou je ne sais quel prince que j’ignore, n’est-ce pas toujo u rs 1 à mo n desti n 1 . . . pa u v r e J u if l . . . E 1 1 e eutendit du bruit sur la Coquette: — Il y est, le malheureux!... dit-elle. Et la jeune fille reçut un coup terrible... Ace moment Josette entra : — Madame doit se trouver bien fatiguée?... — Ah! beaucoup, Josette!... -^Madame auraitelle du chagrin?... — A quoi voyez-vous cela?... — Vous avez pleuré, madame,... — Je ne m’en apercevais pas, Josette, dit Clotilde pour changer de conversation pendant que la jeune Provençale la déshabillait. N’avez-vous rien à me dire sur vos secrets! vous voilà revenue !... — Hélas! madame! .. j’ai peur de vous déplaire... — Non, ma fille... Laissez mes cheveux, reprit Clotilde, ils n’ont plus besoin d’être si bien arrangés maintenant Ces mots furent dits avec l’accent de la plainte. — Mais, madame, ils sont gâtés et remplis de sable et de mousse; il faut les nettoyer. — Ne jetez rien à terre, s’écria Clotilde, mettez sur ma table ces faibles débris; ils me rappelleront le danger que j’ai couru... comment je me suis sauvée... et... continuez votre récit... — Vous me renverrez de votre service si je parle... — Pouvez-vous le craindre, à moins d’une grosse faute?

La Provençale se tut, une larme brilla sur sa joue.

— Mon enfant, reprit Clotilde,' vous, vous trouvez donc bien coupable?... allez, dites toujours, je suis indulgente... que trop !... même pour moi... — Madame, je ne suis point coupable; mais je sais que j’aurais plutôt dû vous parler ce matin: car ce soir, dit-elle en pleurant, je n’en ai pas le courage!... — Suis-je donc si redoutable?... Donnezmoi mon missel, reprit Clotilde en montrant de son doigt un livre de prières; je veux y mettre cette fleur afin de la sécher pour la conserver toujours!...

Clotilde tira de son sein la fleur du beau Juif, et ce ne fut pas sans chagrin qu’elle la fana en la pressant dans le

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vélin monastique; alors elle pensa que la religion réprouverait son amour; mais aussi qu’elle lui offrait des consolations. C’est comme si je consacrais mon amour à Dieu! se dit-elle. lit elle ferma le missel en soupirant. — Vous pleurez aussi, Josette? — Madame, cet Enguerry doit vous être en horreur? — Pourquoi?... je suis sûr que mon père n’accueillera pas sa demande ; ainsi... — Eh bien! je vais vous ouvrir mon pauvre cœur!...

— Bon, mon enfant, je vous écoute !...

Onze heures sonnèrent à l’horloge du château.

— Madamo, nous devons toutes... — Auparavant, dit la princesse en se levant, je veux voir à ma fenêtre si le ciel est calme.

Clotilde, ne pouvant résister à l’envie de contempler son bel Israélite avant de se mettre au lit, courut entr’ouvrir son rideau; le temps était chargé de gros nuages noirs, et l’obscurité la plus profonde régnait; mais les yeux de l’amour sont perçants, et Clotilde crut entrevoir sur la rocaille une masse brune qui tranchait avec le flanc blanchâtre de la Coquette.

— Il y est sans doute ! se dit-elle, et la lune ne nous éclaire pas ce soirl... Pauvre Juif! la nature elle-même nous dénie son assistance; adieu pour toujours 1...

A ce moment la chouette cria de ce cri lent, clair, plaintif et funèbre qui jette dans l’âme le froid de la mort qu’il annonce!... A ce son lugubre, à l’aspect du voile noir des cieux, au silence imposant de la nuit, au pressentiment de son cœur glacé, Clotilde laissa tomber le rideau, revint toute tremblante, comme si la mort l’eut désignée par un mouvement de sa faux.

— Voilà deux fois que j’entends la chouette!... il mourra de douleur, ajouta-t-elle à voix basse, et moi... peut-être aussi!...

Josette soutint sa maîtresse qui se mit au lit presque évanouie; ses joues n’étaient plus que faiblement rosées, et le vague qui régnait dans son âme apparut sur son visage.

— Madame, qu’avez-vous?... s’écria la jeune Provençale

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effrayée. — Rien, c’est le cri de la chouette... continuez... — Madame, vous ne vous fâcherez pas?... — Non... — Hélas! reprit la jeune fille, notre destin est d’aimer !... — Malheureusement pour nous, Josette!... — Mais, madame, le comble du malheur, c’est que nous ne sommes pas maîtresse de notre cœur, un je ne sais quoi l’emporte en un instant : M. Trousse nomme cela sympathie. — Sympathie, Josette!... — Oui, c’est ce qui fait que l’on aime des gens malgré soi, des gens que quelquefois nous ne pouvons pas...

La fille de Bombans se mit à pleurer.

— Josette, je t’entends!... Et des larmes inondèrent le visage de Clolilde. Il régna un moment de silence, pendant lequel les deux jeunes filles se regardèrent; et la princesse, entendant un léger bruit sur la Coquette, tressaillit et pleura plus fort.

— Madame, je serais bien malheureuse, reprit Josette, si j’aimais un prince ; car je ne pourrais pas l’épouser 1 je serais bien malheureuse aussi si j’aimais un Juif... — Josette... n’achevez pas...

Et la princesse se couvrit la figure de ses deux mains.

— Ahl madame, ce n’est pas un juif que j’aime, s’empressa-t-elle d’ajouter avec un accent de triomphe qui fit trembler Clotilde; et cependant je n’ose vous dire qui je chéris!... Ne craignez rien, ma fille, rien n’est impossible à l’amour, et vous, vous pouvez aimer en liberté. — Si c’était un soldat d’Enguerry?... Et la Provençalo épia le visage de sa maîtresse. — Enguerry!... répéta Clotilde. — Mais ce n’est pas un soldat, madame, c’est son premier lieutenant !... Le grand mot était lâché. — Il vous aime donc bien, Josette?... — Ahl madame, j’en ai la plus grande preuve...

En disant cela, la Provençale, rassurée, badinait avec une croix d’or qu’elle avait au cou.

— Laquelle!... demanda Clotilde. — Vous saurez donc, madame, que ce vilain Mécréant défend à ses soldats de se marier sous peine de mort; il dilque cela les rend lâches!...

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— Eh bien? — Eh bien, madame, ce matin... je me suis mariée avec le lieutenant, à Montyrat...

Elle frémit dans l’incertitude où elle était de la réponse deClotilde, qu’elle regardait avec anxiété.

— Heureuse fille!... s’écria la princesse, je voudrais être toi !...

Et elle contempla la Provençale étonnée avec des yeux remplis de larmes et d’envie.

— Ah! madame, dit-elle d’un air fin, j’ai bien vu que ce chevalier noir vous aimait!... — Que trop, Josette!...

— Est-ce que vous croyez ne pas pouvoir l’épouser?...

La princesse, à cette idée, laissa tomber les larmes qu’elle rentrait, sans chercher à tirer Josette d’erreur; seulement elle lui dit :

-r- Josette, l'amour est toute notre histoire, il fait notre malheur ou notre bonheur. — Ne craignez donc rien, madame, continua Josette en parlant à voix basse et prenant un air mystérieux ; lorsque le roi s’enferma dans la chambre de l’étranger, je passais dans la galerie; j’ai tout entendu : votre père a promis votre main au chevalier noir...

La jeune fille fut surprise de voir la terreur se peindre sur le visage do Clotilde.

— Dites-vous vrai?... Grand dieu!... plus d’espoir!... Allez-vous-en, Josette, votre bonheur me fait mal!... — Adieu, madame!... — Allez dormir pour nous deux!... mais donnez-moi sur ma table le vase de cristal où sont les fleurs de ce matin...

La jeune fille les apporta en silence. Elles se fanent... dit Clotilde; et elle les respira avec une jouissance indicible.

Josette s’éloigna, no sachant que penser de l’état de sa maîtresse; cependant le bonheur qu’elle ressentait d’avoir instruit Clotilde chassa bien vite ses tristes réflexions. En sortant elle trouva Castriot avec un renfort do deux gardes, qui veillait à la porte

Aussitôt que l’aurore lança le char du soleil dans les campagnes du ciel, le chevalier noir sella lui-mômc son

cheval et sortit du château; ce fut Marie qui lui baissa le pont-levis en souriant.

— N’ôtes-vous pas la nourrice de la princesse?.., lui dit-il. — Oui. — Tenez... et l’étrangerlui donna une magnifique chaîne d’or; rappelez-vous du chevalier noir et présentez-le quelquefois au souvenir de CIc tilde.

A ces mots, il s’éloigna si rapidement, que son cheval semblait voler. L’Innocente resta muette et retourna cette chaîne, la regardant avec insouciance... Elle eut la constance de la remuer ainsi pendant deux heures entières... L’arrivée du Mécréant la tira de son absorbement; elle regarda Enguerry tracer une grarttle croix roirge à l’une des colonnes gothiques qui supportaient l'ogive du portail, et précisément au-dessous des armes des Lusignan, que l’architecte avait sculptées dans la pierre.

— Ma mie, dit-il à l’Innocente, vous pouvez annoncer qu’avant trois jours on aura de mes nouvelles... et je serai vengé du mépris que I on a pour moi! Puis il disparut.

— C’est un vilain!... il ne me donne rien, s’écria Marie.

A ce mot, Bombans parut, et sa figure jaunâtre s’épanouit à la vue de l’or qui brillait dans les mains de la nourrice.

— Marie, ma mignonne, dit-il en se froi liant les doigts qui lui démangeaient, où donc as-tu priskcela?... — Mon bon ami de là bas me l’a donné! répondit-elle avec un léger sourire. — Donne-la moi, reprit l’intendant en caressant l’épaule nue de Marie, je te la serrerai, tu pourrais perdre ce bijou. — Non, je la mettrai sur mon cœur!,.. Mon cœur, reprit-elle en jetant un regard sur elle-même... mon cœur, il est mort !... Je n’ai plus de (ils! — Que ferastu de cette chaîne?...

Et l’intendant la suivait de l’œil dans tous les mouvements que la folle lui imprimait en la touchant.

— Je la garde pour mon fils!... Bombans, à force de manœuvres, saisit la chaîne, en disant : — Elle est d’un beau travail et bien lourde! Et il la prit tout à fait des mains de Marie. Il a toujours prétendu qu’elle la lui donna librement, et que ce mouvement valait donation, mais

on prétend qu’il S’arracha violemment, ce que les paroles suivantes de l’Innocente confirment : Au voleur L-. au voleur!... — Dieu, quel malheur! s’écria l’intendant, je l'avais bien dit\... Et il cria si fort que la voix de Marie fut couverte par la sienne. — Qu’avez-vous, monsieur l’intendant, dit Vérynel survenant. — Regardez cette croix!... Et Bombans lui montra la fatale croix rouge.

Alors, pensant à son trésor et au pillage qu’en ferait le Mécréant, l'intendant courut le mettre en sûreté criant que tout était perdu; dans sa douleur, il ne rendit pas la chaîne d’or; la pauvre Marie n’en cria pas davantage; tous les gens accoururent, et quand on apprit le dessein du Mécréant, la plus grande consternation régna dans les cours du château... Tout le monde se rassembla et se précipita vers le pavillon de Hugues.

— Tous ces gens-là seront bientôt malades, dit l’impassible Trousse en les voyant entourer le perron; et qu’estce qui les agite?... c’est une pensée; et quel est l’intermédiaire entre le corps et la pensée?... ce sont les nerfs. Or... — Or, va avertir les ministres, lui répliqua Castriot.

Alors l’huissier fit prévenir le connétable et le comte de Monestan du grand événement qui jetait le trouble dans le château.

En ce moment la princesse se levait. Elle court à sa fenêtre, elle l’ouvre... Le bel Israélite, assis sur son rocher, la regardait avec amour... Elle rougit en le voyant et rougit encore plus fort lorsque le céleste parfum des fleurs nouvelles embauma l’air. Ne sachant comment se tirer d© ce pas difficile, elle prit, d’un air embarrassé et sans oser lever les yeux, chacune des fleurs l'une après l’autre; elle les assembla et quitta la croisée pour les mettre dans le second des vases de cristal... Elle tremblait en les posant... Son esprit était agité de mille idées diverses, enfin elle revint à la fenêtre... Imprudente! elle dit : — Nephtaly... ma main est promise 1... retirez-vous!... et ne venez plus!... — Pourquoi me ravir votre vue!... domandai-je autre chose! s’écria l’Israélite au comble de la joie en entendant Clotilde lui parler.

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Elle soupira, et le juif, prenant ce soupir pour une réponse favorable, dévora des yeux sa tendre bienfaitrice et la remercia, par un geste, de cette espèce d’assentiment qu’elle donnait à leurs amours. Son geste semblait dire :

— Enfin vous m’ordonnez quelque chose, vous prenez possession de moi, je vous appartiens...

Clotilde fut interdite, et un regard fugitif répondait : — Ne croyez pas que je vous avoue que je vous aime,., n’estce pas impossible?...

Ce muet langage plein de charme et d’une mélaucolie réelle, puisque c’était presque un adieu, fit voir à Clotilde toute l’étendue de sa passion. Enfin le juif rassembla tout son amour dans un dernier regard et se retira sur sa crevasse. Clotilde le vit se mettre à genoux et envoyer un tendre baiser à cette fenêtre... — Quelle est donc sa joie? se dit-elle... Naïve, elle ignore que l’amour est aveugle, et que, tout entier au bonheur présent, jamais il n’a regardé l’avenir : la folie ne le guide-t-elle pas en l’étourdissant de ses grelots ?... Aussi Clotilde s’étourdit-elle et partagea la joie du beau juif, sans comprendre que le langage qu’elle avait tenu, les gestes qu’elle avait faits, trahirent un sentiment trop tendre pour n’ôtre que de l’intérêt ou de la pitié...

A ce moment Josette entra sans être appelée : — Madame, dit-elle, Enguerry va venir assiéger le château! Et le visage de la Provençale amoureuse respirait le plaisir. — Eh bien, Josette? — Eh bien, madame, je verrai mon mari!...

— Malheureuse, vous oubliez donc les maux qui vont nous accabler?... — Ah! madame, pardonnez-moi... et elle se mit à genoux avec les marques du repentir le plus grand, je suis bien coupable !... — Sa joie n’est-elle pas naturelle?., se dit Clotilde en regardant les fleurs nouvelles... Moi-même ne suis-je pas coupable!... Je n’ai plus le droit d’être sévère!... Relevez-vous, Josette...

La jeune fille raconta à sa maîtresse le désordre qui régnait dans le château. Laissons-les pour assister au grand conseil qui doit se tenir en ce moment.

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CONSEIL Dü ROI — AMBASSADE —DÉNOMBREMENT DE L’ARMÉE

Depuis cinq minutes les trois ministres étaient entrés dans le cabinet du roi de Chypre. Jean II, instruit du malheur qui le inieiîaçait, avait oublié la formule qui servait de prélude à tous les conseils ; et les ministres, étonnés de Se trouver debout, attendaient l’ordre du prince. Monestan, les yeux baissés, tenait son chaperon à la main sans le remuer aucunement; tandis que Kéfalein faisait mouvoir le sien avec l’insouciance qui résultait des désinences de son caractère. Quant à l’évéque, il avait sa main droite appuyée sur sa bouche, et par sa pose et son œil fier il semblait s’indigner du silence du prince. Jean II, assis sur son fauteuil, frappa son genou de sa main gauche avec un air embarrassé ; sa noble figure ressemblait assez à ces bustes antiques dont les yeux sans expression offrent l’image d’une impassible résignation. Enfin il rompit le silence par cos mots : — Messieurs, jamais nous ne nous sommes trouvés dans des circonstances si graves et si pénibles... En effet, nous avons pu perdre notre royaume, ce fut un malheur bien grand; néanmoins il nous restait la perspective de pouvoir le reconquérir!... Mais la menace d’Enguerry, le dénûmentoùnous nous trouvons, dénùment que malheureusement il connaît ainsi que nos trésors, nous plongeront, si le Mécréant est vainqueur, dans un abîme d’où nous ne pourrons plus sortir; car nos espérances de rétablissement s’évanouiront...

Un grand homme, et je ne sais lequel, a dit, et je le répète: Un rien allège les souff rances... Tel homme seconsolede la perte d’un fils en discourant ; tel autre sera soulagé de la mort de sa maîtresse par la sublime inscription qu’il a trouvée pour mettre sur sa tombe... Le bon roi Jean II, au milieu de sa nouvelle infortune, éprouvait en prononçant les paroles que l’on vient de dire , une espèce de joie eu

voyant les affaires de l’État prendre une importance, une gravité, qu’elles n’avaient point eues depuis qu’il habitait Casm-Grandes. Cette satisfaction de tenir un conseil véritable perça dans les mots suivants :

— Aussi, messieurs, nous nous sommes empressé de vous mander pour profiter des lumières que vous avez acquises par votre expérience et votre savoir, employez-les à trouver une résolution digne des rois de Jérusalem et de Chypre. Nous sommes dans le dernier asile des Lusignan; il ne fut jamais violé... c’est assez vous en dire.

— Sire, dit l'évêque, Enguerry le Mécréant, en plaçant cette croix vengeresse que nous aurions évitée si l’on avait Suivi mon conseil d’hier, a déclaré qu’avant trois jours il investirait votre château ; l’on ne saurait donc prendre des mesures trop promptes.

A cette observation, le roi leva brusquement la main qu’il avait appuyée sur sa cuisse gauche, et cette main tendue semblait demander: — Est-il vrai?... Le silence des trois ministres affirma que l’évêque disait la vérité. Le prince laissa retomber sa main sar sa cuisse. Or il y a bien des manières de laisser tomber sa main, et ce geste peut exprimer la douleur comme le plaisir ; mais le prince mit tant de mélancolie dans ce mouvement, cette main tomba si bien d’aplomb, que Kéfalein fut ému de ce simple geste; son corps fluet se pencha, sa petite tête oblongue suivit le mouvement de la main du prince, et son bonnet ne tourna plus entre ses doigts. Quant à Monestan, il lève les yeux au ciel, croise ses bras, insère son pouce droit entre ses deux lèvres et se met à réfléchir. Le silence régna dans toute sa pureté.

II devenait clair qu’il fallait prendre une décision importante dans ses résultats : la guerre ou la paix, la vie ou la mort, dépendaient de ce conseil. Aussi je n’en omets aucune circonstance.

Parmi les historiens du cœur humain, La Rochefoucault est un de ceux qui surprirent le plus do ses secrets, et je pense avec lui que l’amour-propre est le motif de toutes les actions des hommes ; mais j’y joins l’intérêt : et, cela

posé, je prétends quo tous les conseils des rois finissent comme celui du roi de Chypre, c’est-à-dire selon l’intérêt et les passions qui les composcut.

L’aumônier pensa que la guerre lui fournirait l’occasion de se distinguer et de faire briller ses talents militaires.

Kéfalein, de son côté, se disait intérieurement que sa cavalerie pourrait faire des prodiges, des charges, des évolutions, etc.

Monestan gémissait, et lui seul avait raison : car, le prince étant résolu à ne pas donner sa fille, seul moyen d’apaiser le Mécréant, ce sage ministre voyait bien que la guerre allait fondre sur l’asile de son roi.

— Non ! s’écria Jean II en frappant sur la table, nous ne sacrifierons pas notre fille!...

A cet élan généreux, l’évêque jugea que le prince penchait pour la guerre, et il répondit : — Sire, qu’a donc d’effrayant la guerre avec Enguerryl Ne peut-on pas armer vos vassaux, votre maison ? et, conduits par un chef habile, la cavalerie commandée par le connétable, j’ose croire à des succès ; et, dans l’hypothèse la plus désespérante, c’est-à-dire le siège de Casin-Grandes, ne pouvonsnous pas le défendre pendant cent ans contre Enguerry?... même contre trente mille hommes ? Ah I si nous les avions ! . .

— Hilarion, dit le prince entraîné par l’accent du prélat, il faudra bien faire ce que vous proposez : ce n’est pas un expédient, c’est ce que la nécessité nous force d’entreprendre. Certes, nous savons que nous devons espérer des succès; les Lusignan vainquirent souvent quand ils commandèrent... — Sire, répondit le prélat se chagrinant à l’idée de voir le prince commander en personne; votre grand âge?... — Notre âge 1... A cent ans les Lusignan sont jeunes quand il s’agit de défendre leurs sujets!... — Sire, dit Kéfalein, nous n’avons pas à choisir, il faut combattre!..

— C’est ce que nous pensions, répliqua le roi.

A ce moment Monestan détacha son pouce d’entre ses dents, et dit avec une douceur toute monastique : — Sire, je crois que l’on peut eneore éloigner le fléau de la guerre... Le moindre détour déshonorerait les Lusignan! s’écria l’é*

vôquc en interrompant. — Ce n’est point une défaite que je propose, reprit Monestan sans s’émouvoir; tout le prer mier je défendrai mon prince lorsque tout espoir sera perdu ; mais, sire, laissez-moi suivre un dessein qui m’est inspiré par un bon ange. Envoyez une ambassade au sire Engucrry; qu’on lui fasse amitié; qu’on lui dise qu'il partit trop matin; que vous ne pouvez prononcer sur le sort de votre fille; qu’elle a demandé huit jours pour rendre réponse. Au moins, messieurs, pendant ce temps nous pourrons rassembler nos forces pour résister; nous enverrons à Aix ou en Dauphiné demander du secours ou soudoyer des troupes : qui sait même si le ciel pendant ce temps ne nous secourra pas si nous l’implorons!...

A ces paroles, dictées par la prudence, chacun fut comme illuminé d’une lueur subite, et l’évêque lui-même ne trouva point d’objection.

— Monestan, dit le roi flatté d’avoir une ambassade à nommer, à envoyer, à attendre, nous vous remercions do cette opinion sage et qui peut s’accorder avec notre dignité : nous vous nommons ambassadeur avec notre aumônier; M. Trousse vous accompagnera comme secrétaire, et Vérynel avec deux Cypriotes vous serviront d’escorte ; acquittez-vous avec noblesse de vos fonctions; que votre vertu en impose, et si l’on vous refuse, déclarez la guerre; que dès aujourd’hui l’on s’y prépare.

Ces mots éveillèrent dans l’esprit du prélat l’idée des combats, car il se promit bien qu’il s’acquitterait de l’ambassade de manière à ne pas apaiser le Mécréant, et Kéfalein songea sur-le-champ à sa cavalerie. Monestan calcula que de toute manière on prierait Dieu pour vaincre et que l’on chaulerait des Te Deum en cas de victoire, et de son côté il espéra calmer le Mécréant. Le prince se retira moitié content, moitié chagrin; et, ne sachant quelle issue aurait cette guerre future, il résolut do cacher à sa fille l’amour du chevalier noir pour elle, car le matin il avait décidé do l’en instruire, en lui déclarant qu’il désirait ce mariage. Clotilde eut donc encore du répit, et elle aurait eu sans

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