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doute la même joie que Josette si elle avait su quola guerre lui évitait cet ordre paternol.
Les ministres sortirent du conseil et descendirent dans la cour : tous les gens de la maison, excepté Clotilde et Josette, étaient rassemblés en attendant avec impatience le résultat de ce conseil ; les ministres furent tous flattés de l’importance que leurs dignités acquéraient dans un asile où ils ne croyaient pas avoir à gouverner. Kéfalein, en qualité de connétable, fit la harangue suivante, en agitant ses deux bras en forme de télégraphe.
— Fidèles serviteurs du roi, notre maître, la guerre vient d’ètre décidée... À ces mots une espèce de frayeur s’empara de l’assemblée. En décidant la guerre, reprit Kéfalein, qui prit ce mouvement soudain pour un effet de son éloquence, nous avons décidé la victoire, et c’est en voyant votre dévouement que nous en pourrons répondre; que chacun songe donc à défendre son prince, à se défendre lui-même : dès à présent nous allons prendre les mesures les plus sévères pour composer une armée qui sera redoutable, si vous avez du courage; et c’est vous faire injure que dé le mettre en doute, car tout homme en a, lorsqu’il combat pro aris et focis , pour son sac et ses quilles, sa patrie et son prince. Cette seule idée en donne.
Un morne silence succéda à cette harangue, la seule que le connétable ait faite dans sa vie; le seul Castriot avait joyeusement tiré son sabre et il le frottait, le nettoyait, l’aiguisait sur le fer du perron, en tâchant de faire disparaître la brèche qu’il reçut en tombant sur le gorgerin du Mécréant, les trois ministres descendirent le perron après avoir décidé à voix basse de faire une revue générale des forces militaires du château.
— Nous aurons bien de la peine à arriver à trente mille hommes, dit tristement l’évêque en jetant un regard sur les deux cents serviteurs qui composaient la tremblante assemblée.
Le corps d’élito fut formé de Castriot, que l’on promut sur-le-champ au grade de commandant; on lui donna pour soldats les trois Cypriotes et les trois musiciens du prince,
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l’israélite
ses huit valets de pied, les trois valets de chambre et cinq aides de cuisine ; le concierge, le boulanger et deux de ses garçons, le sommeelier et son fils, le sacristain de la chapelle, le gardeur de troupeaux, et huit hommes de peine.
Ce premier corps, composé de trente-huit hommes, se sépara du reste et se groupa mélancoliquement autour de Castriot, qui ne put s’empêeher d’éprôuver un mouvement d’orgueil. Ses gros sourcils noirs remuèrent si bien, que nul des incorporés n’osa se plaindre ; il les rangea tout le long d’un mur et se promena devant eux on caressant la poignée de son sabre.
L’évèque, le connétable et Moncstan virent avec chagrin que dans ce qui restait d’effectif il n’y avait plus que quatre-vingts hommes. Iis se regardèrent d’un air consultatif, et l’évêque rompit le silence en s’écriant : — On fera un corps de réserve avec les femmes, nous l’emploierons en temps et lieu. — En amazones, observa le connétable.
L’on procéda à la formation du second corps, dont le commandement fut décerné au docteu r Trousse. — Mais, monseigneur, s’écria le docteur en émoi, songez donc que moi, comme médecin, chirurgien et apothicaire, j’aurai les blessés, et qu’il conviendrait, loin de m’exposer, de me placer avec une vingtaine de femmes dans un lieu bien sûr et hors de tout danger.
— Il n’y aura pas de blessés, répondit l’évêque. — Qu’yaura-t-il donc? s’écria le docteur consterné. — Que des morts! observa Kéfalein; on s’arrangera pour cela, et obéissez sans murmurer.
Trousse fronça la peau tendue de sa grosse figure bien nourrie et il se retourna tristement vers l’intendant, qui lui dit : — J’avais bien prévu qu’il arriverait mal... — Et moi aussi !... interrompit Trousse au désespoir. Commander un corps quand je ne suffis pas à gouverner le mien et celui du prince 1... Ah ! celte pensée m’emportera si elle se convertit en peur!...
Dans ce corps entrèrent les deux valets de Kéfalein, deux de l’évêque, les quatre de Moncstan, le secrétaire des ministres et ses deux scribes ; on y joignit huit palefreniers,
les trois hommes du chenil, les deux sous-cuisiniers, six jardiniers et quatre ouvriers, le fauconnier avec ses quatre oiseleurs, et l’officier de bouche qui sonnait les repas ; en tout quarante hommes.
Le docteur Trousse se mit en rechignant à leur tête, et fut se placer à l’opposite de Castriot, en cherchant à ranger ses soldats sur une seule ligne; mais il feignit de ne pas le pouvoir afin qu’on le destituât.
Il est impossible de rendre la joie de l’évêque en assemblant ces bataillons et en les voyant en ordre de bataille.
— Le troisième corps, s’écria-t-il en regardant Monestan, sera composé de... — De quoi? dit Monestan en lui montrant les quarante vieillards qui restaient, maître Taillevant ne peut pas combattre, M. l’abbé Simon non plus. — Vous avez raison, reprit l’évêque, mais alors, nous prendrons tous ceux qui sont au-dessous de soixante ans, et j’en vois à peu près quinze; nous y incorporerons les gens de la ferme de Casin-Grandes, au nombre de douze, et le gardechasse avec ses gardes particuliers formeront un effectif de trente hommes, dont maître Bombans prendra le commandement, et l’on donnera le nom de corps des vieillards â ce bataillon.
— La cavalerie maintenant, s'écria Kéfalein, c’est le plus essentiel.
Les ministres se dirigèrent vers les écuries, et l’on y compta r
1° Les seize chevaux de Kéfalein, y compris Yol-au-Vent, ci. 16
2» Les trois cheyaux du prince, ci 3
3» Sept, employésaux charrois des grains, fumiers,etc., ci. T
4° La haquenée de la princesse Clotilde, ci 1
5° Les neuf chevaux appartenant aux piqueurs, à Vé-
rynel, grand écuyer, ci 9
6U La jument de Monestan, le cheval entier de l’évéque, le vieux cheval volé par l’intendant et la mule de Trousse, en tout quatre, ci 4
Toute récapitulation faite, la masse équestre se trouva être de quarante chevaux à pourvoir.
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Kéfalein avait ses dix néophytes que l’on avait compris dans le dénombrement des fantassins, ainsi restaient trente chevaux; mais le connétable recruta l’évêque en qualité de lieutenant, huit piqueurs, le commandant des chasses, le ' grand écuyer Vérynel, deux écuyers et les six demi-seigneurs cypriotes qui formaient au besoin la cour du prince, ce qui ne laissa plus que onze chevaux vacants; et Kéfalein frémit à l’idée de voir sa cavalerie incomplète, lorsque les deux vieux serviteurs que l’on décorait du nom de pages du roi vinrent s’offrir à ses regards et sur-le-champ furent enrôlés bon gré, mal gré.
— Encore neuf chevaux, monsieur l’évêque ! s’écria Kéfalein avec l’accent de la plainte.
— Et vous oubliez nus deux courriers, répondit Hilarion,
— Il en resterait toujours sept, observa le triste connétable en poussant un long soupir.
— Hél ne faut-il pas songer aux chevaux de remonte en cas de chevaux tués ?
— Ainsi, continua l’évêque, en récapitulant nos forces, nous avons cent huit hommes d’infanterie et trente-trois de cavalerie. Eh bien, dit-if en se frottant les mains et regardant Monestan avec un air martial, l’on peut encore se defendre avec cela contre cinq cents hommes d’armes.
— Ce n’est rien, monsieur, observa Monestan, il...
— Comment, ce n’est rienl interrompit brusquement l’évôque. C’est le commencement de trente mille, de cent mille hommes, et c’est beaucoup si l’on fait attention que nous avons des murailles de douze pieds d’épaisseur derrière lesquelles nous combattrons.
— Monsieur, je voulais dire, reprit Monestan avec douceur, qu’il faut les armer.
— C’est juste, reprit l’évêque, qui dans son extase oubliait le plus essentiel.
— Maître Hercule Bombans, dit Monestan, vous ne nous avez jamais découvert l’endroit où étaient les armes que le comte Hugues de Lusignan a déposées dans ce château. — Monseigneur, dit ^intendant en balbutiant (car il les avait
■vendues), je les chercherai, et vous des trouverez pour demain.
— N’y manquez pas, vous en répondez sur votre tête ! s’écria l’évêque, il doit s’y trouver les Armures des centchcvaliers de Hugues, sans compter celles de ses autres soldats.
— C’est vrai, monseigneur, mais je ne sais plus dans quel souterrain elles sont amassées; je le répète, demain vous aurez des armes.
— Demain donc!... dit Castriot d’un air qui convertit le jaune de la figure d’Hercule Bombans en un blanc mat.
— Que l’on ait soin, observa le premier ministre, de publier dans tout le marquisat que les vassaux peuvent so réfugier ici avec leurs troupeaux, leurs meubles et leur argent.
— Ne serait-il pas prudent, dit l’évêque, de ne pas recevoir les femmes /leurs maris les conduiront à Aix, il ne faut pas se charger de bouches inutile, en cas de blocus.
— Vous ferez observer cela dans les villages, dit Monestan au c.rieur, qui partit sur-le-champ.
Les ministres se retirèrent sur le perron et contemplèrent l’agitation qui régnait dans les cours ; ils y mirent le comble en déclarant Casin-Grandes en état de siège, défendant à chacun do sortir sans permission, et ordonnant de hausser le pont-levis et de mettre un Cypriote dans la petite tourelle d’observation, afin de savoir ce qui so passerait dans la campagne; ils appelèrent avec eux Bombans, afin dt se concerter avec lui sur les moyens d’approvisionnements et la quantité d’argent nécessaire pour y subvenir. Vérynel fut nommé commandant de la place, et le prince approuva tout et se renferma avec ses ministres pour discuter le plan de campagne.
Aussitôt que Bombans eut terminé ses opérations avec les ministres, il enfourcha son cheval hors d’âge et le fit trotter vers la ville d’Aix. Trois motifs dirigeaient l’avare de ce côté : le premier était d’éviter la corde ; le second, de sauver son trésor, qu’il allait confier aux mains du trésorier du comte de Provence; et le troisième, d’acheter à prix d’or des armes pour le lendemain. Il s’arrangea de
l’israéute
manière à gagner la somme nécessaire à cet achat sur les approvisionnements qu’il avait à faire pour le siège. Laissons-le calculer, combiner en trottinant sur la route, et revonons à la princesse.