‹ L'Israélite H. de BalzacChapitre 25 sur 28 · GS · texte numérisé non relu

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loi a’aller à Aix chez le Juif Nathaniel avec cette reconnaissance. Alors il lira de la doublure de son haut-decliausso un papier plié en Quatre et soigneusement enveloppé dans un petit morceaü de cuir, et il le remit à sa fille sans que personne s’en aperçût. — Tiens, ma Josette, continua-t-il en suivant des yeux la précieuse reconnaissance, ménage mon bien ! ne le prodigue pas, amasse, amasse!... adieu! Et il l’embrassa.

L’intendant fut ramené devant les trois commandants, et un soldat, dont le cœur était sans doute pétrifie, lui arracha tous ses ongles, non pas brusquement et avec une cruelle pitié, mais en variant à chaque fois cette douloureuse extraction. Je dois dire que si le courageux Bombans versa des larmes, ce fut plutôt la plainte du corps accablé que celle d’une âme pusillanime.

— Courage 1 lui cria le prélat, vous irez au paradis. — V aurai-je mon argent? demanda Bombans. — Oui, répondit Kéfalein. Getle idée parut jeter du baume sur les plaies du patient. — Déclare où est ton maître? lui dit l’Italien. — Je n’ai de maître que dans le ciel ; répliqua l’intendant. — Ah ! tu railles! s’écria Enguerry, qu'on lui serre les pouces!.. .

Alors les deux bourreaux joignirent ensemble les deux pouces do l’intendant, et, les insérant dans les nœuds d’une grosse corde, ils en tirèrent les deux bouts de toutes leurs forces ; le sang teignait la corde, et Bombans sua à grosses gouttes en faisant des contorsions qui excitèrent le riro des brigands et de l’Innocente.

— Voilà ce que c’est que de voler le bien d’autrui ! disait Marie : rends-moi ma chaîne d’or, vieux cancre. Au mot de rendre, Bombans indiqua par une grimace que sa vie et ses souffrances n’étaient rien auprès de ses trésors. — Avoueras-tu? redemanda Michel, car si tu souffres? c’est que tu le veux bien!... — Je ne pourrai plus compter d’argent, s’écria l’intendant, en voyant ses deux pouces totalement écrasés ; mais à brebis tondue Dieu mesure le vent.

Sur un signe de Michel l’Ange, on serra les deux index

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'sanglants do l’héroïque Bon:! ans, et les •soldats, les réduisirent à la stricte épaisseur d’une feuille de papier

Lorsqu’on eut ainsi pressé successivement tous les doigts du patient. sans qu’il eût dit un mot, il s'écria : — Je ne pourrai plus écrire, tenir mes registres, rendre mes comptes; adieu ma probité!;.. Scélérat 1 reprit Enguerry, dis-nous*1 ^où est ton prince? — Je n’en sais l ien.

Sur cette réponse, le terrible Mécréant ordonna à ses soldats de faire boire le pauvre intendant. Les deux bourreaux le couchèrent par terre, lui mirent un entonnoir dans la bouche, et on lui pa-sa neuf pintes d’eau sans tenir compte de scs horribles souffrances : seulement, avant de verser chaque pinte, le Mécréant demandait à Bombans par un signe s’il voulait avouer ce qu’il ne savait réellement pas, et l’intendant indiquait par un geste qu’il no pouvait rien dire. Bientôt la pâleur de Bombans annonça cju’il allait périr.

— Arrêtez, arrêtez, cria Michel l’Ange! c’est un de mes amis, faites-le souffrir, mais ne le tuez pas. — Et pourquoi demanda le Mécréant. — Par saint Janvier!... c’est un intendant, partant il est riche, il nous payera rançon, et corbleu 1 il en sera quitte pour cent mille frangs, puisqu’il est de mes amis.

A ces sages paroles, on releva Bombans à moitié mort et on le transporta au milieu du groupe des captifs effrayés : là, sa première parole fut : — On a parlé de cent mille francs, je crois !... — Le prince et PÉternel, lui dit Mouestan, vous récompenseront de ce martyre. — Pourvu quo ce soit en argent comptant! répondit Bombans.

Josette prit sur son sein la lète de son père, elle essuya la sueur de son visage, le couvrit de baisers et déchira sa robe pour panser ses blessures. —Ma fille, dit l’avare à voix basse, rends-moi la reconnaissance de Nathaniel!... voistu, il pourrait t’arriver malheur...

Le Vénitien, désespéré, cherchait quelque autre victime plus faible qui put trahir le secret de la retraite du prince, que ces pauvres prisonniers ignoraient tous, excepté Troussa et Gastriot. A l’aspect des regards scrutateurs que lançaient

les petits veux verts de l’Italien, le tremblant médecin s;était caché dessous la soutane du guerroyant Hilarion.

— Eh! qu’est devenu le génie de la médecine, l’illustre Trousse? demanda Michel !*Ange; l’a-t-on pris?...

— Certes, dit Enguerry, et ce fut au moment où il franchissait le pont-levis avec ce damné Albanais qui manqua de m’abattre la tête pour la seconde fois.

— Mais je ne le vois pas, répondit le Vénitien, et par la carcasse du diable, notre digne patron, je crois que c’est le seul homme qui puisse nous découvrir ce que nous cherchons, car tous ces gens-là sont assez imbéciles pour mourir sans rien dire, ils sont frottés d’honneur !... Monesian leva les yeux au ciel.

En entendant ces funestes paroles, le pauvre docteur. . .

Trouvez bon, lecteurs, que cette lacune vous tienne lieu de ce que rapporte l’histoire. En effet, bien que l’action do Trousse soit très-naturelle, et môme périodique chez les hommes et chez les femmes, la politesse française de nos jours veut que l’on supprime ces menus détails, dont nos bons aïeux tiraient leurs plaisanteries... Quoi qu’il en soit, l’évêque fut forcé de se reculer, le beau Juif porta la main vers ses narines, autant en firent la femme du concierge,' Kéfalein et Monestan; alors le tremblant docteur, accroupi et la tète dans ses mains, fut le point central d’un cercle curieux.

— Ah! le voilà! s’écria Michel l’Ange, et tous les yeux se tournèrent sur Trousse, qui répondit en balbutiant : — Moi!... non, moi!...

Alors, prévoyant le danger où se trouvaient le prince et sa fille si le docteur avait la question à subir, Castnot rampa du mieux qu’il put; tout garrotté qu’il était, et, saisissant Trousse par la nuque, il essaya de l’étrangler.

— A moi! au secours!... moi, je meurs!... je...

Heureusement les soldats, sur un mot de Michel l’Ange qui perdait tout à la mort de Trousse, arrivèrent dégager le docteur, et l’amenèrent avec Castriot devant Enguerry et Michel l’Ange. Alors la plus grande terreur régna parmi

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