‹ L'Israélite H. de BalzacChapitre 4 sur 28 · LA GRACE — ÜN INTENDANT — PREMIÈRE RÊVERIE · texte numérisé non relu

LA GRACE — ÜN INTENDANT — PREMIÈRE RÊVERIE

Nous sommes forcés de laisser le beau juif à la colline des Amants, pour suivre les sept personnages qui s’en retournent au château.

La belle princesse était pensive, et la route se serait achevée en silence si le guerroyant évêque n’eût dit à Monestan :

— Je prétendais donc que rien n’est plus facile que de reprendre l’ile de Chypre, et voici comment cela est possible. v .

Alors il s’engagea une conversation très-animée, dontle lecteur doit savoir le résultat, c'est-à-dire que Nicosie ne fut pas reprise, malgré la cavalerie de Kéfalein, les trente mille hommes de l’évêque et les étendards que Monestan faisait bénir par le saint-père.

La princesse toujours préoccupée, ne disait mot, et tant qu’elle fut sur la route elle marcha très-lentement, sans toutefois se retourner.

Arrivée près de l’avenue, elle s’arrangea pour pouvoir, en y entrant, donner un coup d’œil sur l’endroit où était Nephtaly. Josette se trouva par malheur à ses côtés. Jamais la pauvre soubrette ne sut comment Clotilde avait pu faire un faux pas sur un sable uni comme une glace; et surtout pourquoi la princesse, en s’appuyant sur elle, la poussa avec tant de violence

Quoiqu’alors la fille de Jean II n’ait laneé sur le juif qu’une fugitive œillade, elle n’en vit pas moins co dernier

embrasser un gland détaché do 9a tuniquo et le mettre dans son sein.

Ce que la vérités historique force à dire, c’est que du moment qu’il fut impossible à la princesse d’apercevoir Nephtaly, elle s’a\ança vers le château avec trop de rapidité pour que Monestan, l'évêque et le connétable pussent la suivre.

Sa course s’interrompit par un obstacle. Cet obstacle était la renconlre d’un petit bomme gros et court, dont lecentre, c’est-à-dire le ventre, se présentait avant l’homme même, tant cette partio semblait, par son volume, faire un être à part. Il sortit do cette machine vêtue de noir, une petite voix clairette comme celle d’un flageolet.

— Madame, la colonne d’air atmosphérique aurait-elle attaqué votre système nerveux ? je vous trouve la figure altérée. Ah ! vous aurez trop pensé. Je le répète pourtant assez, les émotions du cœur et de l’esprit sont les plus grands fléaux de la s&nté; moi , par exemple, si je me porte bien, c’est que je ne pense jamais... La vio est tout, et chacun la gaspille.

— Mais, je vous assure, maître Trousse, quo mon système nerveux, répondit-elle en souriant, n’a pas souffert do ma promenade.

— Alors, madame, mes fonctions de médecin cessent, et jo vais m’acquitter do celles d’huissier du roi, on vous prévenant qu’il m’envoie savoir quel accident vous retarde si longtemps dans votro promenade; je m’étais ■* chargé de mesinstrumen ts de chirurgie en cas do malheur; car, moi, je prévois tout et j’opère fort bien, et c’est bien naturel, j’ai étudié à Grenade...

Cette observation fit marcher Clotildo encore plus vite; elle laissa son cortégo en chemin. Josette, Castriot et la nouriice seuls la suivirent. — Au moment où elle entra l’ Albanais voulut s’esquiver. Ayant fourré dans sa cervelle,’ pendant la route, qu’il commettait un crime de lèse-majesto en laissant vivro un juif vénitien, coupable d’avoir regardé la princesse avec concupiscence, il courait le tuer. Castriot, semblable à celte béto féroce apprivoisée par

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Androcîès, ne connaissait que Clotilde et son père; il eût assassiné Monestan tout le premier s’il se fût imaginé que le prince en était mécontent. La princesse le rappela, il vint à pas lents et la tête baissée. ‘

— Castriot, dit-elle, jurez, par ma vie, que vous respecterez celle de Nephtaly Jaffa.

L’Albanais, comme un renard pris au piège, prononça le serment d’un air mécontent. Le serment était solennel pour lui, il le tenait avec la même fidélité que les dieux d’Homère celui du Styx.

Ainsi rassurée, la belle Clotilde traversa les cours aux sons du cor, et au milieu de la haie respectueuse formée par la foule des domestiques et des Cypriotes de la maison. Son passage peu fréquent donnait lieu à des acclamations età des cris de joie. Plusieurs lui parlèrent ; contre son ordinaire, elle neleur répondit rien, et ces pauvres gens furent étonnés de ne pas entendre sa douce voix et les mots pleins de bienveillance qu’elle ne manquait jamaisde leur adresser.

Parvenue à la dernière cour et au corps de logis dont la façade donnait sur le bord de la mer, elle monta avec empressement aux appartements du roi.

Jean de Lusignan ayant choisi pour demeure le premier de cette somptueuse façade, s’y trouvait entouré d’une magnificence vraiment royale. Une vaste salle des gardes, bâtie par Guy pour contenir ses chevaliers, en impose par son air guerrier. Elle est ornée de trophées, d’armures et de tous les portraits des rois de Chypre sauvés du pillage de Nicosie par Kéfalein. ; le salon d’audience vient après, il est décoré par les étoffes précieuses du Levant, et un dais rouge et le trône y brillent malgré les autres meubles précieux qui les garnissent; la balustrade du trône est en or pur. Le cabinet royal est ensuite, puis la chambre du monarque se trouve la dernière, elle est ornée d’un tapis de Perse et d’un mobilier gothique mais éclatant par un rare travail. La chaise grossièro de la fameuse Mélusine forme par sa présence un contraste assez singulier.

Le prince, vêtu d'une dalmatique garnie de menu-vair, mais encore mieux décoré par ses vénérables cheveux

l’israélite

blancs, qui rendaient plus louchant l’air répandu sur son visage, était alors dans cette chambre. Rassemblant les forces de sa vue éteinte, il fatiguait ses yeux paralysés en cherchant à découvrir sa fille dans le groupe qu’il entrevoyait, comme une masse, dans les cours.

Tout à coup lo vieillard quitte sa fenêtre, prête l’oreille, et comptant sur son reste de vue, se dirige vers la porte en heurtant tous les meubles qu’il rencontre. Clotilde n’est encore que dans le salon rouge, et déjà ce bon père entend les pas légers de sa fille. Sa figure presque morte s’anime de tout l’incarnat qui peut nuancer la pâleur de la vieillesse, et lorsque Clotilde entre, elle trouve son père qui lui tend les bras.

— C’est vous, ma fille, je ne vous ai pas encore vue aujourd’hui.

Et le vieillard l’embrassa sur le front sans se tromper.

— Vous êtes émue, car j’entends battre votre cœur; qu’avez-vous? Est-ce le bonheur ou l’infortune qui causent votre trouble? Y a t-il de mauvaises nouvelles?... Enguerry aurait-il connaissance de nos trésors?

Ces derniers mots furent prononcés à voix basse.

— Non, mon bien-aimé père ; si je suis émue, c’est que je viens implorer la bonté du roi sans être sûre de réussir.

— - Vous êtes donc du complot, ma fille ? L’on veut me faire croire que je règne toujours!...

— Hélas 1 mon père, je vous présente la requête d’un pauvrejuif...

— Un juif! s’écria le monarque ; ma fille, un juif vous aurait-il approchée?... il s’en trouverait dans mon royaume?., que dis-je?... dans mon domaine!... Oubliez-vous que Henri 1er a péri de la main d’un de ces ennemis du Sauveur ?

Clotilde fut presque heureuse de ce que son père ne put voir la rougeur de son front.

— O mon père! reprit-elle en caressant le vieillard et en prenant les plus douces inflexions de sa voix, si vous con-

as l’israblite

naissiez ses malheurs, vous en seriez touché. Enguorry le Mécréant a brûlé ce matin sa demeure; il est sans asile et ne demande que d’habiter votre domaine. Voici la première fois que je vous implore !... me refuserez-vous ?

— Petite sirène, un rocher s’attendrirait à votro voix. Où est-il ce protégé?

— A la colline des Amants. Il y est peut-être encore!... ajouta-t-elle lentement.

— Gomment savez-vous qu’il y est resté ? reprit Jean II, dont t’ouïe, par sa finesse, compensait la cécité.

Clotilde, embarrassée, garda le silence.

— De que! pays est-il?

— Do Venise, répondit-elle en tremblant.

— O ma fille ! c’est admettre un serpent! s’écria le méfiant vieillard ; Venise, continua-t-il avec cette chaleur guerrière, apanage des Lusignan, Veniso ne l’a-t-elle pas chargé de détruire une dynastie qui, tant qu’elle existera, no la laissera pas tranquille dans sa possession?... Je no tremble que pour vous, ma fille. Un Lusignan, trop vieux pour reconquérir le trône qu’il a perdu, peut se considérer comme dans la tombe!...

— Il mourra donc, l’infortuné 1...

Le vieillard s’émut.

— Le Mécréant le fera périr! ajouta la jeune fille.

Alors le monarque chercha sur sa table d’ébèno son

sifflet d’or; l’empressée Clotilde l’eut bientôt poussé sous sa main, et Jean remua la tète en signe de mécontentement et siffla deux coups. Bientôt l’on entendit les pas pesants de maître Trousse.

— Faites venir Hercule Bombans.

L’intendant ne tarda pas à montrer sa figure soucieuse. Si l’avarice n’y avait pas éclaté par les protubérances -si savamment décrites par Gatl, sos habits hors d’ôgo l’eussent certainement indiquée. Toutes les fois qu’il paraissait devant le prince, sa visiblo anxiété n’annonçait pas une conscience très-nette. Il se rassura donc en entendant ces paroles :

— Allez à la colline des Amants, vous y trouverez un

juif ; dites-lui que Jean de Lusignan lui accorde un asile, à la condition qu’il n’approchera jamais du château ; si on le trouve à dix pieds de distance, il sera pendu...

L’intendant frémit involontairement à ce mot.

— Avertissez, continua le prince, Castriot et les gens do cette circonstance.

Bombans sortit.

— Etes-vous contente? dit le vieillard à sa fille.

Pour toute réponse, elle embrassa ses yeux privés de lumière : elle tint compagnie au bon vieillard, joua du luth toute la soirée, chanta des romances du temps, en choisissant de préférence celles qui parlaient d’amour; enfin elle donna mille petits signes d’une joie intérieure dont Lusignan ne comprit pas le motif. Je le crois, la jeuno fille' l’ignorait encore, mais elle était contente.

L’intendant, monté sur un vieux cheval qui lui avait été donné par un fermier arriéré dans le payement de ses loyers, s’empressa d’exécuter les ordres du roi en essayant de faire trotter le pauvre animal vers la colline des Amants, et par habitude il regardait autour de lui comme s’il eût craint les voleurs... “

Au milieu de l’avenue, il se mit à réfléchir combien il devenait de plus en plus difficile de faire les comptes ; qu’il serait prudent de mettre en sûreté son petit trésor en quittant le service du prince. N’avait- il pas, lui Bombans, gagné loyalement son argent?... Il est vrai que sa conscience, un peu large, lui permettait d’interpréter toujours les choses en sa faveur.

— L’argent que j’ai en ma possession tant qu’on no me prouve pas qu’il n’est pas à moi...

Il le comptait et recomptait déjà dans sa pensée, lorsqu’une voix retentissante, des cris de guerre et le pas d’une cavalerie se firent entendre.

— Chargez!... ki, ki, mes amis, courage, voilà l’ennemi 1 -,

A ces mots terribles, l’intendant ne doute pas qu’Enguerry ne soit en embuscade. Il s’écrie :

98 ' v L’tSR AÉfcITE

— Monseigneur, ayez pitié de moi! J'avais bien dit qu'il m'arriverait malheur!... Grâce!

— Ferme !... Ki! kil ki 1

— Eh bien ! continua Bombans, je vous donnerai mille besants de rançon. Hélas! ils ne sont pas à moi... je n’ai rien à moi ; mais je les emprunterai.

— Ki! ki! allez, mes amis, ferme en selle!

L’intendant, abattu par la peur, se coule à bas de son

cheval et se met à genoux : . . , ■ - .

— Grâce! reprit-il.

Sa frayeur fut vive mais courte, car il vit passer Kéfalein, qui monté sur Vol-au-Vent, faisait manoeuvrer sept à huit chevaux, afin de créer au prince une cavalerie provençale.

— Eh bien! Bombans, ce n’est pas l’heure de matines...

— Monseigneur, je suis tombé de cheval.

-- Mauvais écuyer !

A ces mots, prononcés avec le ton du plus souverain mépris, le connétable s’éloigna au grand galop.

L’intendant remonta sur sa pauvre bôte et continua son chemin. Une idée vint l’illuminer d’un trait de feu, et s’applaudissant de son génie, il pressa son cheval et fut bientôt près du juif. On va voir si Hercule Bombans s’entendait en finances..

— Êtes-vous juif? demanda-t-il brusquement à un

homme, dont les yeux étaient attachés sur les tours de Casin-Grandes. - - ' .

— Hélas 1 oui, répondit Nephtaly de sa douce voix.

— Eh bien 1 misérable ennemi du Sauveur, le prince t’accorde un asile à deux conditions : la première, que tu n’approcheras jamais à plus de dix pieds du château; si l’on te trouve à neuf, tu seras immédiatement pendu.

Ici la voix de Bombans s’altéra, car jamais il ne prononçait ce mot bien distinctement.

— La seconde condition, reprit-il, est que tu vas lui payer par les mains de son intendant, et ce, sans quittance aucune, mille livres tournoi^ pour son secours et sa protec-

l’israèlite â»

lion, qui ne te manqueront jamais... Paye et entre sur nos terres. . •

— Comment les donnerais-je? répondit le juif d’un ton lamentable, j’ai été pillé ce matin et je n’ai plus rien.

— Sangsue I, veux-tu vite les compter. Ce ne sera qu’une restitution de tes usures... Ce n’est pas que je condamne l’usure; mais, vous autres, juifs, vous en prenez trop et gâtez le métier... Ainsi, paye..».,

— Il faut donc quitter ces lieux!

Èt Nephtaly fit un pas.

L’intendant, embarrassé par les ordres du prince et craignant qu’il ne s’en allât, s’efforça de le retenir par ces terribles paroles :

— Tu veux donc mourir en prison? Monseigneur m’a ordonné de t’y mettre en cas de refus, et tu auras toujours un asile préférable à celui d’Enguerry; car il te tuera sans rémission au lieu de t’écouter.

— O Salomon !

Le juif s’arracha les cheveux.

— Israël !... Dieu de Jacob!... on me tue !... l’on m’as- - sassine !..„

— Jure mais paye..,.- , *

Et la figure de Bombans s’épanouit en entendant l’Israélite continuer ses imprécations, ce qui annonçait que sa bourse allait se délier. En effet, Nephtaly, comme saisi d’un trait de lumière, défit lestement (ce qui est un miracle pour un juif) la doublure de son manteau, et il présenta un billet à Bombans.

— Tenez, je n’ai que cinq cents livres, dit -il d’un ton piteux, c’est un billet sur le trésor du roi René le Bon, comte de Provence.

— Scélérat, paye mille francs.^

— Je ne les ai pas 1 ' • - , , - * •

— Payeras-tu?

— Je ne les ai pas!

— Je m’en vais prendre ton manteau! s’écria Bombans d’une voix terrible.

— Tenez, le voici ! dit l’Israélite,

so l’israélite

Cette manœuvre hardie en imposa à l’intendant ; il ne crut pas un homme capable de céder son trésor avec un tel sang-froid. Nephtaly lui paraissait comme impatienté, et la soumission juive l’abandonnait déjà.

Alors Hercule Bombans se contenta de cinq cents livres, en ajoutant, motié souriant de ce qu’il touchait et moitié chagrin de ce qu’il croyait perdre :

— Tu solderas le reste plus tard!

Ici, le juif, fixant ses beaux yeux noirs sur l’intendant, lui dit:

— C’est mon tour!... Maître intendant, je puis faire savoir au prince que vous, qui ôtes parti deChvpre nu comme un ver, possédez maintenant pour cent mille livres de biens dans le Dauphiné, sur les terres du comte Gaston, le fils du roi René... Vous avez bombé vos comptes, monsieur Bombans.

L’intendant, consterné, ne souffla mot; sa triste figure indiqua le plus violent combat qui se soit livré dans le corps d’un avare. Ces paroles tendaient sans doute à lui faire opérer une restitution.

— J’avais bien dit qu’il m’arriverait malheur!...

Nephtaly devina la pensée de l’intendant.

— Rassurez-vous, Bombans, lui dit-il avec des yeux brillants de désirs, je vous abandonne les cinq cents livres si vous voulez m’indiquer en quel endroit donnent les croisées de la chambre où repose la princesse Clotilde.

Une femme entre son devoir et son plaisir; un auteur entre l’argent sans gloire et la gloire sans argent; un gastronome entre deux plats; un ministre forcé de chanter la palinodie, n’éprouvent pas un choc aussi violent que Bombans. Malgré la pensée que ce juif pouvait avoir de mauvais desseins d’après le ton impérieux qu’il prenait en ce moment, le démon de l’avarice l’emporta, et il répondit avec une espèce de rage :

— Oui!...

Et il piqua des deux.

Mais Nephtaly, arrêtant par la bride la pauvre béte, s’écria d’une voix menaçante ;

l’israkute

— Hé bien?.i. v

L’intendant, faisant la grimace, répondit :

— La chambre de la princesse fait l’angle de la façade du côté de la mer, une de ses fenêtres donne sur la Coquette et l'autre sur le bord de l’eau.

Ayant dit ces mots avec une rapidité qui permet de croire qu’il craignait d’user sa langue, Bombans serra fort attentivement le billet, tout en s’enfuyant comme s’il eut commis un crime.

— Au surplus, se dit-il, du diable s'il peut m'en arriver malheur, la Coquette est dans cet endroit comme une muraille de cinquante pieds de haut. C’est inabordable!... Et puis, s’il en approche, on le pend!...

Ayant ainsi rassuré sa conscience, l’intendant poursuivit sa route

Le soir venu, Clotilde se retira chez elle ; Josette fit son service accoutumé, et lorsqu’après avoir allumé une lampe d’huile parfumée, la jolie fille de Bombans se fut éloignée, la princesse, au lieu de se coucher, se mit à la fenêtre du bord de la mer pour contempler la beauté do la nuit. A l’aspect de l’immensité de cette mer, alors silencieuse, et de la muette éloquence du ciel étoilé, où la lumière vive et scintillante contrastait avec le terne delà mer et ses pâles reflets, la princesse resta longtemps plongée dans une tendre mélancolie dont, jusqu’alors, elle avait ignoré le charme. Des pensers inconnus vinrent agiter son cœur. Un léger bruit la tira de cette douce rêverie ; ce bruit partait de la Coquette. Le cœur de la jeune fille battit avec force, non qu’elle eût peur, mais ce bruit avait quelque chose de soyeux et de délicat... enfin il coïncidait tellement avec sa pensée, qu’elle courut à l’autre fenêtre, et tirant brusquement deux rideaux verts fabriqués en Perse, et que le commerce des Vénitiens répandait en Europe, elle aperçut... le juif, suspendu sur l'abîme par une pointe de rocher de trois pieds de large qui se trouvait au milieu de la muraille formée par la Coquette. Il lui parut incompréhensible qu’un homme eût assez de courage pour aller se placer sur cette faible inégalité d’un roc droit comme

le mur d’un bastion. — Et dans quel motif? se dit -elle.

Au milieu de l’ effroi dont elle était saisie, je ne sais quel sentiment involontaire lui fit admirer ce beau juif, couché dans une position si gracieuse qu’on l’aurait cru un effet médité par Phidias.., La douce clarté de la lune l’entourait d’unjéger nuage de lumière qui donnait un charme à ses traits. Glotilde vit briller un bijou sur son sein, et elle reconnut le gland de sa tunique. Nephtaly, presque à deux doigts du bord de l’inégalité du rocher, contemplait la croisée de la princesse avec des yeux pleins d’ivresso et de bonheur, et le calme de sa belle figure annonçait la douce harmonie de ses pensées... Une heure s’écoula, rapide comme un songe, et sans son horloge d’eau, Clotilde aurait cru n’avoir passé qu’un instant. S’arrachant alors à cette fatale contemplation, la princesse sortit de sa rêverie, et songeant aux paroles de son père, elle s’écria tout bas : — Il est trop beau pour être criminel !

La jeune fille, agitée d’une douce émotion, s’endormit au murmure gracieux des flots; au moment où lesommiel s’empara de ses sens, elle voyait encor l’ovale délicat, la blancheur et la finesse des traits de cette figure juive.

PILLAGE DE MONTYRAT — CRUAUTÉ S D’ENGUERRY

Pendant que tout le monde dort au château de Casin- Grandes, je prie mon aimable lectrice de prendre le chemin delà colline des Deux-Amants... Ah ! madame, puissiezvous ne jamais éprouver le malheur qui la fit nommer ainsi ! Je vous le raconterai quelque jour, mais gravissez cette jolie colline, et veuillez continuer la route pendant huit milles, alors vous vous trouverez au milieu -du malheur et de la désolation, c’est-à-dire au milieu du pauvre bourg de Montyrat.

Depuis le matin, il était en proie à toutes les horreurs d’un pillage. Et quel pillage, grand Dieu! Sur la grande

place et devant l’église, un homme à cheval commande avec un féroce sang-froid les plus affreuses cruautés. Il est assez bien fait, sa figure môme est douce, mais son œil a quelque chose de faux comme celui du tigre. Ses cheveux, qui ne frisèrent jamais, ont cette couleur rouge que l'on prête à ceux de Caïn. Il voit tranquillement et de l’air le plus innocent du monde, toutes les portes des maisons enfoncées et ses soldats en tirer de force les malheureux habitants qui n’ont pas eu le temps do fuir dans les bois. On les amène devant lui, et ils s’y tiennent dans la contenance la plus humble. Les cris des jeunes filles et leur silence, le bruit des portes secrètes que l’on brise et les jurements des soldats, la défense imprudente des jeunes gens et des vieillards, les cadavres et le sang répandu forment un tableau dont le spectacle arracherait des larmes de compassion à tout autre qu’au sireEnguorry le Mécréant.

Sur une table grossière, dont les supports chancellent sous le poids, les soldats apportent scrupuleusement l’ar gent et l’or ravis aux malheureux qui, pour comble do barbarie, sont spectateurs de ce monceau de leurs dépouilles. Le curé du lieu gémit sur les vases sacrés en levant au ciel ses yeux pleins de larmes ; mainte jeune fille, encore toute rouge, regrette, en réparant le désordre de sa toilette, ses croix d’or et tous ses petits bijoux... Le visage des vieillards porte l’empreinte de cette douleur concentrée qui leur est propre... Enfin les soudards ne cessent de charger cette table jusqu’à ce que la somme exigée par Enguerry soit complète. Le reste du butin doit leur appartenir.

Les soldats cherchent avec une avidité sans égale; cependant, unecertaine inquiétude règne dans leurs recherches; tout à coup ils jettent des cris de triomphe, et le Mécréant daigne porter ses yeux sur la maison la plus apparente de Montyrat, d’où part le bruit. — C’était la demeure du plus riche du village, en un mot, de l’intendant calomnié, que Janus destitua et que le comte de Provence nomma bailli. *

l’israémtb

A ces clameurs soudaines, les habitants se retournent aussi, et ils frémirent en vôvant leur bienfaiteur indignement traîné par les soldats, qui l’ont découvert au fond d’un puits où il s’était caché. Son fils se trouvait par malheur à côté d’Enguerry, et celui-ci remarque la défaillance du jeune homme en apercevant son vieux père couvert de boue, maltraité, menacé par les soldats qui l’amènent devant le Mécréant. Le vieillard, au milieu de ce péril, a l’air calme quo le poète lyrique signale comme l’enseigne de l’homme vertueux.

— Ah I te voilà, dit Enguerry, séditieux personnage, qui persuades à tes subordonnés de résister à l’autorité. Avoue où sont tes trésors, et tu auras la vie...

< Le vieillard, immobile, reste muet. — Réponds au chef! s’écria un soldat en le frappant avec un bâton. — Tu dois être riche, reprit Enguerry, tu as volé dans ton intendance, concussionnaire irffàme 1

A ce reproche, le vieillard s’anime et s’écrie : — Dieu m’est témoin! — Témoin? Tu vas le savoir si tu ne déclares où sont tes trésors. — Cherche-les, lui répondit le -bailli, ils ne sont pas loin.

Un brutal soldat lui applique un violent coup de plat d’épée sur la figure en lui disant — Parle avec plus de respect au chef.

Le vieillard ne manifeste aucune émotion. — Tes trésors, hérétique? répète Enguerry avec un ton qui ne souffre pas de réplique. — Les voici! dit le bailli de Montyrat en montrant leshabitants; tous leurs cœurs sont à moi; prends-les si tu peux. — Certes, je le puis.... Ce mot fit trembler les paysans. — Ah! tu plaisantes, vieux pécheur! Songe à toi, je ne t’interroge plus qu’une fois. Pense bien à ta réponse. Où sont les trésors et ceux de la commune? En disant cela, le Mécréant tire son sabre et jette un coup d’œil malicieux sur le fils du bailli. • •'

Le courageux vieillard reste toujours muet en montrant un visage tranquille au milieu de la forêt d’épées dont les pointes se retournent vers lui. -

— Vieillard, songe que tu l’as votllu... Et sur-le-champ

te Mééfréant tranche d’un coup do sabre la télé du fils ; il la prend, et la posant sur la table, à trois pas du vieux bailli, il lui dit froidement: — Répondras-tu?

Le bonhomme, stupéfait et blême, murmure faiblement : — Mon fils!... Et il tombe roide mort. A ce spectacle horrible, les habitants se serrent les uns contre les autres.

— L’imbécile! s’écrie Enguerrÿ, il meurt sans dire où est son argent. Que le diable l’emporte! Le Barbu, cherche sa femme. — Le Barbu n’y est pas, répondit un soldat. — Où est-il? — Nous n’en savons rien. — Il aura affaire à moi. Nicol, dit Enguerrÿ à un autre dé ses lieutenants, cherchez la femme de ce bailli de malheur.

Le corps de l’infortuné jeune homme était tombé sur sa fiancée; elle le retint entre ses bras, en laissant couler le sang sur elle; car elle contemplait d’un œil sec et égaré cette tête chérie, posée sur la table, où elle souillait les besants d’or, les croix et les vases sacrés ; elle semble chercher un regard dans ses yeux, que l’absence de la vie rend effrayants... Les plus courageux tremblèrent à l’idée de ce qui pouvait leur arriver si le Mécréant venait à se mettre en colère ; alors un horrible silence régna dans le village, et dans ce moment, l’on aperçut sur les montagnes d’alentour les têtes de quelques fugitifs se hasardant à regarder leur patrie.

Les soudards ne tardèrent pas à revenir en traînant avec peine une vieille femme, dont les cheveux gris échevelés, les vêtements déchirés et les bras nus auraient annoncé la résistance, si le visage en sang des ravisseurs ne l’avait pas énergiquement attesté. On l’amène au milieu du cercle formé par les soldats, autour de la table devant laquelle est Enguerrÿ.

A l’aspect du corps de son mari, le parchemin ridé de ses joues maigres se contracta, et une-voix criarde sortit de sa bouche démeublée.

— Brigand ! tu recevras le salaire do tes crimes... Infâme ! si notre bon roi René n’était pas à Naples, tu serais déjà pendu. N’imporle, son fils Gaston ne peut tarder, et ta

dernière cravate se file... Que j’en payerais volontiers le chanvre, assassin ! hérétiquo! qui renies Dieu'...

— Il ne s’agit pas de moi, dit froidement Enguerry en remuant avec la pointe de son épée sanglante les richesses accumulées sur la table... Ce mouvement fit apercevoir à la vieille la tète de son fils. Elle resta comme une statue : un cri plaintif sortit de son gosier.

— Tais-toi, vieux registre, dit un soldat, le chef te parle.

Il s’agit, continua le Mécréant, de nous dire où sont

tes trésors et ceux de la commune... La vieille ne répondit rien. M’entends-tu ? reprit Enguerry. Les yeux toujours fixés sur la tête de son cher fils, la vieille ne souffla mot.

— Le Barbu? Le scélérat n’y est pas. Nicol donc, fais chauffer de l’huile.

Les soldats, à la voix d’Enguerry, s’empressent d’apporter des meubles, ils les allument, dressent une immense chaudière et l’emplissent d’huile. Pendant que 4’huile s’é- chauffa, ils continuèrent à fouiller les maisons, à rudoyer et tuer ceux qu’ils trouvaient cachés, et le terrible Mécréant, séparant chaque chose du bout de son épée, s’amusa à compter de l’œil ce que pouvait valoir son butin. Les habitants avaient la fièvre en voyant apprêter l’affreux supplice de la vieille, qui, veuve de tout ce qu’elle chérissait, restait immobile en se repaissant de la vue de cette .tête.

Nicol eut bientôt planté un poteau au-dessus duquel il mit un morceau de bois en travers,- qu’il fixa par une corde. L’huile bouillait.

— Allons, vite, dit Enguerry, dépêchons !

Alors Nicol saisit la vieille, l’attache par les aisselles au bout de la poutre, qui s’avance au-dessus de la chaudière, et prenant la place du soldat, qui la haussait à trois pieds de l’huile enflée par des bouillons jaunâtres, il attendit l’ordre du chef insensible.

— Parleras-tu maintenant, vieille sorcière ? s'écria Enguerry.

La pauvre femme, quoique suspendue dans les airs audessus de la mort, regardait la tête chérie de son enfant avec l’égarement d’une mère au désespoir. Elle ne voyait qu’une chose, cette tête !.. .

— Où sont tes trésors 1 répéta Enguerry les yeux étincelants de colère.

La vieille ne lui répondit qu’en croisant son index droit sur l’index gauche, et en faisant des gestes ironiques ; le visage de la vieille se plissa, et elle poussa un rire fana tique.

Cette plaisanterie féminine mit Enguerry en fureur. — Plonge, Nicol. Et la vieille fut plongée à moitié dans la chaudière, et relevée presque aussitôt.

Un cri d’horreur s’éleva parmi les paysans ; mais Enguerry les regardant d’un air farouche, ils se turent et restèrent immobiles.

— Vieille infernale ! où sont tes écus?... La pauvre femme, à moitié folle, recommença ses gestes ironiques.

— Plonge, Nicol, et laisse-la brûler.

La vieille obstinée resta dans la chaudière, et tout en poussant un hurlement terrible, l’œil sec et regardant son fils, elle nargua le Mécréant jusqu’à son dernier soupir.

A ce spectacle, un des habitants mourut de douleur.

— Deprofundis ! dit un soldat qui le vit tomber.

Enguerry, furieux, massacra une dizaine de paysans et

donna l’ordre de brûlerie village. Le feu fut mis par Nicol. Lorsque la flamme fut générale, et qu’au milieu des tourbillons de cendre, de brandons et de fumée, les toits tombèrent, un faible cri plaintif et unanime s’échappa du groupe consterné ; quelques-uns s’écrièrent : — Au feu ! au secours!... de l’eau 1... par instinct et sans savoir ce qu'il* disaient...

Heureusement pour eux, leurs voix se perdirent d^ns l’épouvable craquement de l’incendie.

— Ça n’a pas rendu ! dit Enguerry en chargeant un cheval de tout son butin; mais, ajouta-t-il en se retournant vers les paysans, la somme est complète : je vous donne la vie.

— Direz- vous merci? cria Nicol aux paysans, muels à

cette largesse. .

— Vive monseigneur! s’écrièrent-ils en chœur.

Au moment où le Mécréant montait à cheval, la jeune fille qui devait épouser le fils du bailli s’étant saisie de l’épée de Nicol, voulut percer le Mécréant au défaut de sa cotte de mailles. Malheureusement l'arme glissa, et Enguerry, se retournant, la prit parla taille et la plongea luimême dans la fatale chaudière. Elle y mourut en tenant entre ses bras la main de son bien-aimé.

Les soldats n’en continuèrent pas moins à chercher avec ardeur dans les ruines des chaumières, où ils firent encore un ample butin, et les cendres des meubles où les paysans avaient resserré leur or, le chaume des toits, les bois de lits creusés, découvrirent des cachettes antiques et des monnaies enfouies depuis longtemps.

Un des soldats, enfonçant une huche oubliée dans une basse-cour, y vit une pauvre femme à qui il demanda :

— Que fais-tu là? — Je me promène, dit-elle. Que ne peut l’épouvante 1

Tant que les soldats restèrent, les habitants n’osaient ni pleurer ni remuer. — Enfin, aux sons du cor d’Enguerry, v les soudards revinrent un à un. Des charrettes emportaient les moissons, les fourrages et les huiles. Le bourg n’offrant plus, rien à prendre, ces brigands n’y laissèrent que le désespoir, la rage et les habitants dénués de tout.

— Mes amis,, leur dit en partant Enguerry d’une voix doucereuse, vous êtes miens et je vous l’ai prouvé ; or, désormais ma protection vous est acquise et vous accompagnera toujours; je vous défendrai envers et contre tous, pourvu que le tribut s’acquitte fidèlement; une autre fois, arrangeons-nous à l’amiable.

— Vive monseigneur! s’écrièrent les paysans.

Enguerry s’approcha du poteau qui était à l’entrée du

bourg, effaça sa croix rouge et en mit une blanche. Sa troupe se rangea en bataille et prit le chemin du château. Le Mécréant suivit l’escadron. Aussitôt qu’il fut parti, les

l’israélite

paysans se regardèrent en pleurant et la mort dans lame. Des plaintes ils passèrent aux murmures et finirent par se reprocher mutuellement leurs torts; chacun rejeta le malheur public sur son voisin en l'injuriant.

— Vieil avare! tu as caché ton argent; que ne le donnais-tu? — C’est loi, Lancy, qui le premier as refusé la contribution. — Moi non, c’est Jehan. — Avare

Bref, ils se battirent et déchargèrent sur eux-mêmes la fureur que leur ruine avait allumée. Ce fut bien pis quand lesfuyards revinrent des bois. Image de bien des Étatsl

Cependant Enguerry continuait sa route, et chaque personne qui de loin apercevait la branche de cyprès que tout soldat du Mécréant portait à son casque, s’éloignait au plus vite ou faisait d’humbles salutations aux terribles brigands. A moitié route, un cavalier bien armé, galopant à toutes brides, attira l’attention du sire Enguerry. Le cavalier l’eut bientôt rejoint. - »

— Ah! te voilà, le Barbu, d’où viens-tu? de Casin- Grandes, je parie? — Non, monseigneur. — Prends garde à ce que tu dis, il y va de ta tête; d’où viens-tu? — Monseigneur, je n’ai été que jusqu’à la colline des Amants, où j’ai poursuivi des fuyards. — Tu mens, double chien! tu avais un rendez-vous avec quelque fillette du château de Casin-Grandes. Crois-tu que j’ignore tes pas? Le Barbu, mon ami, un soldat amoureux, ne le . fât-il que depuis quinze jours, est un mauvais outil, et je le casse. — Je ne dis rien que je ne prouve, monseigneur, et voici la preuve, répondit l’imperturbable le Barbu.

En achevant ces mots, il ôta son casque et en tira un sac d’or.

— Tenez, ajouta-t-il, j’ai rencontré un juif qui courait lestement, je l’ai poursuivi,, et lorsqu’il s’est senti près d’être atteint, le castor m’a lâché sa queue. — Allons, le Barbu, ta paix est faite ; garde le sac pour toi et va te mettre à la tête de la troupo ; par le tranchant de mon épée, je t’aurais tué si je t’eusse trouvé amoureux ; gorgez-vous dans le pillage, mais, morbleu, rien de sérieux, ou l’on n’est pas mon fait. — Par le ventre de défunte ma

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pauvre mère, je jure, capitaine, que je ne songe pas au mariage.

Oh arriva au châtêau-fort d’Enguerry, situé sur une hauteur: c’était une des positions imprenables avant l’invention des canons; on pouvait y braver la colère do tous les rois pourvu qu’on eût des vivres, et Enguerry avait soin d’être toujours très-bien approvisionné. Cette position lui donnait son assurance, car jamais il ne déguisait ses desseins!... La force est toujours franche...

Les soudards partagèrent fidèlement entre eux le butin fait à Montyrat ; ils se mirent à boire, chanter et rire sans nul souci de la justice divine et humaine, impuissante dans ces temps-là... Enguerry monta dans son appariement, serra soigneusement sa contribution en un trésor habilement caché dans les murs épais de ce château. Il le conlempla un moment, en mesurant de l’œil la quantité qui n’était pas encore assez considérable pour qu’il pût entreprendre de vastes desseins dont l’époque justifiait la hardiesse. Il ne tendait rien moins qu’à la conquête d’une principauté dont l’héritière, chassée par ses sujets, serait forcée d’accepter la main d’Enguerry. On n’a jamais su quelle était cette princesse, attendu que ce dessein fut le seul sur lequel Enguerry garda le silence.

Le Mécréant, fatigué, se disposait à se coucher, lorsque la sentinelle placée sur la tour d’observation sonna du cor.

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